mentor

Age : 30 Inscrit le : 12 Déc 2005 Messages : 8872
 | Sujet: CYAN C'EST SCIANT (exercice) Jeu 19 Jan - 11:06 | |
| . Aéroport de Kingston. Tarmac brûlant. Ca se sent même à travers la semelle des chaussures ! Atmosphère moite sous un soleil lourd. Pour ça, pas trop dépaysé. On se dirige tous à pied vers le terminal couleur cyan pour récupérer nos bagages. Ca va vite, Le tapis roulant crache sa cargaison par à-coups. Je récupère mon sac et file vers le guichet de douane où officie un fonctionnaire au regard morne. Pas de problème. Peut-être parce que « j’ai la bonne couleur »… Va savoir.
J’arrive de Pointe à Pitre pour une semaine de travail chez un gros client. Pas trop le temps de traîner, je passe chez Hertz récupérer les clés de la voiture réservée avant mon départ. Jusque là c’est parfait : j’ai juste eu besoin de donner mon nom. Le reste s’est déroulé sans anicroche.
Une musique rasta assez lancinante résonne dans les haut-parleurs de l’aérogare, couleur cyan, même à l’intérieur ! Les gens ont une drôle de démarche ici : on dirait qu’ils dansent, tous, en marchant. Les jeunes-coiffures-affros-casquette-zyva-chemises-à-fleurs côtoient les costumes-cravates-gourmette-en-or dans l’air humide brassé par d’immenses ventilateurs de plafond. La foule est dense et bruyante. L’ambiance bon enfant.
Beaucoup d’enfants, justement. Vraiment beaucoup. Pas comme en métropole ! Chaque fois que j’y vais, en métropole, j’ai l’impression de débarquer dans une gigantesque maison de retraite… Faudrait peut-être penser à faire vite fait 2,2 enfants par foyer hein les filles?! Parce que avec 1,8 vous êtes pas sorties d’affaire pour nous payer nos retraites ! Oups ! Pardon pour la digression.
Me voilà au volant d’une Twingo orange dernier cri. La sellerie est tout en nuances de cyan. Ils semblent apprécier cette couleur ici ! On dirait une Play-Mobil avec tous ces gros boutons ronds et tout ce plastic. Double airbags, climatisation climatique s’il vous plaît : à chaque fois que la clim s’enclenche j’ai l’impression de perdre 10 chevaux sur les 60 qui se cachent sous le moteur. Et ils s’y cachent bien ! Ouah les reprises !
J’ai trouvé facilement la sortie en suivant les panneaux « City ». City, ça je comprends encore. Mais on m’a prévenu : « quand tu seras là bas, tu auras un interprète pendant tout le temps de tes rendez-vous. Mais dès que tu seras seul, fini. Alors débrouille-toi pour qu’il ne t’arrive rien ». Papa et maman m’avaient bien dit de bosser un peu plus mon anglais… Fainéant va ! A Dieu vat !
A peine ce cri d’espoir intérieur jeté, la voiture se met à tousser. Puis elle éternue, se cabre - 10 chevaux de moins – rue – encore 10 de perdus – pousse une sorte de hennissement plaintif – encore 10 – et finit par s’étouffer sur l’herbe du bas-côté. Je suis en rase campagne, à 10 bons kilomètres de la City. Mon portable n’est évidemment pas opérationnel pour le réseau local. On peut pas penser à tout, hein ?!
Me voilà donc à tendre le pouce vers le haut à l’intention du véhicule que j’aperçois, à une centaine de mètres. Bonheur, il stoppe. Serviables ici ! Faut dire que je suis bien sapé, non mais.
- Yeah ? What could I do for you ? Wanna get into my car, boy ?
Une jeune fille craquante avec une frimousse adorable a prononcé ces quelques mots que je n’ai pas compris. Mais le regard, le geste pour ouvrir la portière, le cv que je devine ont suffi à me décider. Je m’empare de mon sac resté dans la Twingo et je monte à côté de Suzy.
Ben oui, dans le flot de paroles qui ont suivi, la seule chose que j’ai retenue – et comprise – est qu’elle s’appelle Suzy. Ma foi, ça me suffit. Elle m’a pas semblé trop bécasse puisqu’en lui montrant le porte-clé Hertz, elle m’a expliqué en 4500 mots en 2 minutes qu’elle avait pigé ce que je voulais : aller chercher une autre voiture chez mon loueur.
Nous y sommes déjà. Elle m’accompagne au bureau et se charge d’expliquer la situation à un employé à moitié endormi. Celui-ci se décide à prévenir un mécano surgi de nulle part et qui attrape au vol quelques bidules en forme d’outils, les entasse dans une sacoche, me prend d’autorité les clés que je tenais en mains et sort sans un mot.
L’autre, celui du bureau, à moitié réveillé cette fois, me remet une autre paire de clés et baragouine une explication oiseuse qui me fait autant d’effet que la pluie sur les plumes d’un canard.
C’est donc Suzy qui reprend les rênes de la situation et m’entraîne vers sa propre voiture dans laquelle je dois à nouveau m’installer. Destination ? Va savoir.
Je le sais rapidement : un mignon 2 pièces-cuisine-salle-de-bain-vue-sur-lac dans un quartier résidentiel de la capitale jamaïcaine.
Revenue de la douche en peignoir cyan, la belle Suzy se met aussitôt à la confection d’un aligot local à base de fruits d’arbre à pain bouillis - écrasés à la fourchette s’il vous plaît – mêlés à une tomme de Kingston mémorable. Le résultat est digne d’une poésie de Rimbaud sauce Verlaine.
Quant au dessert, je vous en épargnerai les détails… Disons que lorsqu’il ne s’agit plus que d’une question de langues, certaines situations peuvent se passer des mots… . |
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