AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
 

Lettre à un enfant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Sahkti




Age : 34
Inscrit le : 12 Déc 2005
Messages : 12081
Localisation : Suisse et Belgique

MessageSujet: Lettre à un enfant   Mar 17 Jan - 19:17

Six ans déjà…

Je pourrais dire que le temps passe vite. En réalité, je ne l'aperçois même plus. Chaque seconde se transforme en heure, mais devant le torrent des années, il réside comme un sentiment que demain sera peut-être le dernier jour. Vivre. Vite. Très vite.
Un appel. Le coup de sang. La folie. Il est là! Une heure à peine. Déjà une heure de vie. Il faisait beau, le soleil chantait, les nuages dansaient, Rome respirait la douceur. On n'a pas idée de partir donner la vie en Italie... Qu'à cela ne tienne, la tribu irait à toi. Le lien était plus fort que tout le reste. Pour rien au monde, nous ne serions restés ailleurs. Souvenirs épiques. Ghiu en balade, s'essayant à la langue de Dante. Mamouche hilare devant cet accent français désastreux. C'est sûr, question accent, elle avait l'avance de ses origines. De la fébrilité dans les veines. L'attente. Enfin tu es arrivé. Tu étais là, devant nous, indifférent au monde extérieur, à l'abri dans ses bras à "Elle". Il y a eu comme un courant, une fusion, une petite voix intérieure qui disait "Ne le perds jamais de vue". Un signe indien? Va savoir avec la vie...

La vie a grandi au fil des saisons. Mélange de racines invraisemblables qui n'étaient pas des liens de sang. Découverte d'une terre bigarrée qui n'était pas la tienne. Une famille était née. Des dingues, des saltimbanques, des déracinés... Aucune importance, un lien de cette nature jamais ne se brise. Puis un jour la vie a repris ses droits. "Elle" s'en est allée. Fuite ou fatigue, peur ou raison... aucune explication n'atténuera la colère. Et toi tu étais là. Tellement petit. Souvenir d'une promesse, promesse d'une vie, vie à remplir, remplir le vide, vide insupportable. Alors nous avons essayé de construire un équilibre. Drôle d'équilibre, il est vrai. Entre les valises, les avions, les nuits, les autoroutes, les amis, les doutes, les joies, les lits défaits, les MacDo, les bouts du monde, les paradis ou les enfers... nous avons tenu le coup.
Y sommes-nous arrivés? Comment décrire cette complicité qui s'est installée? Maternelle? Adulte? Un mélange à la couleur de la famille. Indescriptible. Qui fait bondir ou fait sourire. Mais peu importe après tout qu'on se gave de raviolis en boîte en pyjama devant la télé. Ton sourire en dira toujours plus long que les plus beaux discours de bonne éducation. Des petits bras serrés très fort pour un "vrai câlin d'amoureux", le premier "Maman" que je n'ai eu le cran de refuser, l'illusion de le devenir, le sentiment de l'être malgré tout.

Il y a de ces vies bousculées dont le chemin emprunte des détours sinueux. Les courbes ont toujours été plus belles que les lignes droites et moins tranchantes que les angles à 90°. Nous y arriverons. Quoiqu'il se passe. Oubliant les obstacles. Tournant les pages du livre. Ignorant les menaces. Rien ni personne ne pourrait détourner une telle destinée. Car c'est d'une ligne droite que l'on peut s'écarter, jamais d'un méandre infini dont on emprunte sans cesse les mystères et les rondeurs. Un lien de vie s'est transformé en lien de sang. Dans notre pays de bandits, on connaît la valeur du sang. Inestimable.
Je t'aime.
Revenir en haut Aller en bas

Lettre à un enfant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vos écrits :: Archives-