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Des mendiants

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socque




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Messages : 1270

MessageSujet: Des mendiants   Ven 8 Fév - 7:47

Des textes risqués, peut-être... S'ils vous paraissent empreints de condescendance à l'égard des clochards, merci de me les signaler, que je puisse réfléchir à ce qui ne va pas dans l'expression.

Il y a peu, sur le quai du métro, j'ai croisé un visage pas exactement familier : non inconnu. J'ai mis quelques secondes à me rendre compte qu'il s'agissait d'Alain, entre deux béquilles. Pas de plâtre m'a-t-il semblé (je l'ai vu très vite).

J'ai rencontré Alain une dizaine de fois peut-être au cours des années, voire une vingtaine. Il mendie dans le métro. Sa méthode est d'entrer dans le wagon et d'annoncer à la cantonade qu'il s'appelle Alain, qu'il a quarante-sept, quarante-huit, quarante-neuf ans, et qu'il voudrait de l'argent pour manger et rester propre. La propreté n'a pas toujours fait partie du discours des clochards, je l'ai entendue à mon retour de La Réunion en 1996, pas avant.
J'aime la sobriété et l'absence de misérabilisme du discours d'Alain. Il a en outre une voix bien timbrée (avec une amorce de bégaiement, il bute parfois sur les mots), c'est un grand gars charpenté à l'aspect solide ; les cheveux blonds, un visage marqué, mais il ne fait pas plus vieux que son âge. Souvent, lorsqu'il passe dans le wagon de métro où je suis, je lui donne un ou deux euros. C'est là l'éventail de la somme que je donne lorsque je donne.

Les tactiques des mendiants sont diverses, elles s'adressent à des publics différents. J'avais lu un article expliquant qu'il entrait une bonne part de psychologie dans la mendicité : si on a repéré quelqu'un à qui demander de l'argent, il faut décider quelle approche sera le plus susceptible de le fléchir, par exemple s'il faut donner dans la dignité sobre ou l'humilité obséquieuse.
La plupart des gens qui opèrent dans les wagons du métro appliquent à mon avis un principe inverse : en présence d'un public captif, ils prononcent un texte qui touchera tel ou tel "cœur de cible". C'est en pratique une activité commerciale.

Ainsi, l'approche qui fonctionne avec moi est celle de l'exposition directe, à la cantonade. La tactique apparue récemment qui consiste à parcourir le wagon en disant comme en confidence à chaque groupe de personnes présentes qu'on a besoin d'une petite pièce ferme mon portefeuille. Une seule fois j'ai vu un monsieur d'une soixantaine d'années environ faire son discours à l'ensemble du wagon, mais en psalmodiant. "Hééé, je suis malade, la femme elle a le cancer, donnez pour l'amour de Dieu." Il me semble que sa femme le suivait. Je n'ai rien donné, à cause du côté exagéré du discours, forme et fond.
Les discours où interviennent un nombre indéterminé d'enfants et, d'une manière générale, des éléments d'apitoiement, n'obtiennent pas de moi le résultat souhaité : ils me rebutent. Il m'arrive néanmoins de donner de l'argent à quelqu'un qui a déclaré avoir trois enfants à charge et s'être fait virer après quinze ans de boîte, pourvu que le ton de l'annonce ne soit pas geignard.

J'ai donné volontiers à un tout jeune homme une fois, qui est entré dans le wagon, l'air déterminé, un milk-shake à la main, et nous a dit qu'il faisait une maîtrise de maths et avait perdu sa bourse d'études parce qu'il avait redoublé une année. Je me rappelle avoir pensé : "Il est fou de se pointer avec de la bouffe pour demander de l'argent ! Il ne va rien obtenir ici, puisqu'il semble avoir déjà quelque chose." Du coup, moi, j'ai donné.
D'une manière générale, j'essaie de rééquilibrer les choses et de satisfaire à la demande de ceux qui, me semble-t-il, auront moins de succès (mis à part Alain, aidé par son physique solide, qui inspire confiance : une vigueur se dégage de lui, qui doit inciter au don) ; ainsi, le plus souvent je ne donne rien à ceux qui font de la musique, parce que je me dis qu'eux récoltent plus, les gens ayant tendance à récompenser l'effort ou le service rendu (c'est le cas de ma sœur, elle donne plutôt aux musiciens). Mais quand la musique était particulièrement bonne, ou m'a mise de bonne humeur, je donne, puisque le clochard m'a vraiment apporté quelque chose.
Ainsi, il y a quelques années, j'ai donné une somme dans la fourchette haute (deux euros) à une vieille femme qui avançait dans le wagon, le dos cassé à angle droit, la main tendue devant elle, en chantant a cappella d'une voix absolument magnifique. Je crois l'avoir revue une autre fois dans la rue (mais je ne suis pas physionomiste, et puis je n'avais pas bien vu son visage) ; une vieille femme donc, qui avançait dans la rue le dos cassé. Cette fois elle ne chantait pas. Je lui ai donné de l'argent, et j'ai croisé le regard désapprobateur d'un chauffeur de bus à touristes ; je crois même qu'il a fait "non" de la tête. Qu'est-ce que ça pouvait lui foutre que je donnasse de l'argent à cette vieille femme ?

Certains mendiants immobiles, dans la rue ou le couloir du métro, choisissent une position inconfortable (génuflexion, voire prosternation), comme s'ils devaient mériter leur argent en souffrant pour l'obtenir ! Déjà que ça ne doit pas être drôle de rester par terre toute la journée, pourquoi diable devrais-je être satisfaite qu'en plus ils se fassent du mal ?! À ceux-là je ne donne jamais, leur méthode me paraît singulièrement perverse et faire appel aux plus bas instincts des éventuels donateurs.
De même, je ne donne jamais rien aux femmes posées par terre avec un bébé dans les bras. Cela me glace : à chaque fois j'imagine qu'elles ont drogué leur gamin pour qu'il ne pleure pas (ces bébés sont toujours singulièrement inertes).

J'ai cru remarquer que la veine "apitoiement" semble de plus en plus exploitée par ces solliciteurs. Ainsi, une figure que j'ai rencontrée à l'occasion dans les années quatre-vingts, celle du clochard jovial, me semble avoir presque complètement disparu. Il paraît inadmissible de nos jours qu'un miséreux prenne son sort avec insouciance. On veut qu'en plus il ait honte. Peut-être cela fait-il partie du mouvement général de normalisation sociale auquel on assiste : nous sommes censés être parfaitement adaptés, et, à la moindre inadaptation, au moins en être malheureux ! On en revient à une notion du 19ème siècle : le pauvre doit se sentir coupable de sa pauvreté.
J'ai toutefois entendu un discours très tonique il y a quelques mois, mais il s'agissait plutôt de satire : le rire en était grinçant...
Cela dit, j'ai rencontré il y a quelques mois une femme d'âge mûr, égarée dans le dix-neuvième, qui cherchait le métro pour retrouver son quartier, à l'Opéra, où manifestement elle avait fait son trou ; c'était la clocharde du coin là-bas, connue de tout le monde. Je l'ai accompagnée jusqu'à la station la plus proche, et là elle m'a tenu la jambe, je ne savais pas comment m'en dépêtrer. Un collègue est opportunément arrivé, ce qui m'a permis de quitter la dame poliment. Je ne lui ai rien donné : lui indiquer le métro et en plus subir son bavardage et ses postillons occasionnels m'a paru suffisant.

Par contraste avec cette clocharde, qui paraissait ancrée dans le réel, j'ai vu il y a fort longtemps une jeune femme complètement paumée ; je crois qu'elle était shootée : elle est entrée dans le wagon nous faire un long discours comme quoi elle venait de se faire chasser de chez elle, est sortie à la station d'après, et est revenue immédiatement par erreur dans le même wagon refaire le même discours. Je lui ai donné la première fois. Elle puait.

Je me rappelle un homme que j'ai vu il y a dix bonnes années gare de l'Est. Lui ne puait pas, mais il avait l'air malade : un visage livide, à l'aspect de pâte lisse, comme si le sang n'y circulait plus. (Il paraît que c'est une peau de grand fumeur.) Comme je lui donnais de l'argent, il m'a dit : "Vous pouvez m'accompagner, vous verrez que c'est pas pour picoler, c'est vraiment pour manger." Comme si ce que je venais de lui donner n'était pas complètement à lui, comme s'il me devait des comptes ! J'en avais été navrée : il abdiquait ma liberté entre ses mains, il me prêtait un pouvoir exorbitant. Sûrement il est mort à présent.

Ce pouvoir que j'ai de donner ou de ne pas donner aux clochards me met mal à l'aise, car c'est un pouvoir illégitime. Il me rappelle à chaque fois que la pauvreté est un scandale. Il me rappelle que la mendicité est avilissante parce qu'elle transforme des êtres humains, sujets de droit, en sujets de caprice, soumis à mon arbitraire !
C'est pourquoi j'ai facilement plus honte de donner que de ne pas donner, car en donnant je réaffirme ce pouvoir. En outre, à ma modeste échelle, je permets au scandale de perdurer, puisque, en donnant, je permets au mendiant de supporter un peu plus longtemps son sort au lieu, poussé à bout, de s'associer avec ses frères en misère et de venir nous égorger, nous les bourgeois, dans nos légendaires lits de plume.

Car c'est tout ce que nous méritons. Je mérite, la prochaine fois que je prendrai le métro, de me faire saigner à mort pour les quelques dizaines d'euros que j'ai sur moi en permanence. (En même temps, je ferai tout pour échapper à ce destin.)
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socque




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MessageSujet: Variations sur le thème   Ven 8 Fév - 7:51

Tu te reposes un moment sur un banc et admires la lumière sur les immeubles.

Le soleil se voile parfois, et c'est d'autant plus beau, ces variations qui disent l'impermanence des choses. Les ombres tour à tour s'effacent et se dessinent.

Bientôt tu vas replonger dans le métro, changer de wagon à chaque station : les quelques mots à la cantonade, repérer ceux qui ont l'air de vouloir pêcher leur argent, circuler en tenant le gobelet, remercier ceux qui donnent. La honte bue depuis longtemps ; c'est un travail finalement, pas pire que dans un bureau, plutôt comme dans la fable Le savetier et le financier :
"Chaque jour amène son pain".
Tu te rappelles la fin :
À la fin, le pauvre homme
S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus :
"Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon somme,
Et reprenez vos cent écus."


Précaire, tu mourras jeune sans doute, d'un mal simple à soigner dont tu auras beaucoup souffert. Comme au temps de La Fontaine. Mais tu auras aussi vu le soleil illuminer la pierre.

*****


Le succès m'a souri et s'est pris mon pied dans les couilles. Il a dit que j'étais aigri, que je réagissais comme un raté en m'en prenant à quelqu'un qui avait réussi.

Je lui ai pété les dents. Ensuite, par un effet tout mécanique, son discours gargouillant a perdu de sa crédibilité.

Il y a de la place pour tous sous le soleil.
Pour vous le soleil est promesse de bronzage, pour nous de cancer de la peau. (Tu avais besoin de ton oreille ?)

J'ai gagné mes privilèges. La vie est dure pour tout le monde.
Certains naissent avec une cuillère d'argent pleine de confiture dans la bouche, d'autres doivent lécher le bâton merdeux qu'on vient de leur enfoncer dans le cul. (Pas très costaud, cet œil.)

La violence ne résoud rien.
Sauf celle de vos flics ! (Désolé pour ta carotide.)

Vous avez tout, y compris la bonne conscience. Moi j'ai l'abjection et je la garde.
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Arielle




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Ven 8 Fév - 9:41

Je n'ai pas vraiment apprécié le premier de ces trois textes qui n'a, à mon avis, aucun intérêt littéraire sinon celui de réunir toutes les formes conjuguées du verbe donner jusqu'à ce subjonctif imparfait
"Qu'est-ce que ça pouvait lui foutre que je donnasse de l'argent à cette vieille femme ?" que je trouve un peu rapeux dans ce contexte.
Il y a des remarques très justes:
"le pauvre doit se sentir coupable de sa pauvreté" mais je n'accroche pas du tout à l'ensemble que je trouve indigeste et donc inefficace.
En revanche les deux textes suivants dans lesquels je retrouve votre sens aigu des images m'en disent tout autant et me touchent beaucoup plus
"Le succès m'a souri et s'est pris mon pied dans les couilles"
"Mais tu auras aussi vu le soleil illuminer la pierre."
J'aime!
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apoutsiak




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Ven 8 Fév - 11:42

"Pareil que Miguel"
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apoutsiak




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Ven 8 Fév - 11:43

Tu veux dire : Arielle ?
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apoutsiak




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Ven 8 Fév - 11:44

Pareil.
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à tchaoum




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Sam 9 Fév - 11:02

Oui, je remercie le ciel de m'avoir banni de ce Par(ad)is, et pourtant j'ai pleuré longtemps.
Avoir son circuit, ses clochards, ses pauvres... les pauvres gens. Nous en avons ici aussi, et ils ont bien changé depuis que je ne me bats plus avec eux pour les poubelles du XVI°. Non, il n'y a pas plus de condescendance que lorsqu'on descend dans une station. Je l'ai vu, j'ai raqué, parce que c'est écrit sur mon front que je vais raquer, qu'ils le savent tous, qu'ils se sont donné le mot.
Alors j'ai pâli et pas lu jusqu'au bout.
Ce n'est qu'en écrivant ceci que j'ai parcouru la Revue du sujet et suis tombé sur
Citation:
Le succès m'a souri et s'est pris mon pied dans les couilles

où quelqu'un se fait péter la gueule.
Vous avez raison, ça soulage, quelquefois.
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socque




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Sam 9 Fév - 11:19

Merci de vos lectures et de vos réactions ! Il semble bien que le premier texte soit nettement plus faible, ce qui confirme quelque part ce que je pense : le réel est moins intéressant...
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socque




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Sam 9 Fév - 12:08

Le succès m'a souri : mon pied droit dans les couilles !
Il a ouvert la bouche en grand,
Ma tête a su péter ses dents.
Il ne faut pas, voyez, emmerder les arsouilles,

Chercher le pittoresque enté sur la panouille !
Les pauvres ne sont pas des glands,
Des chienchiens aveulis, rampants,
Et votre charité, bourgeois, elle les souille !

Vous arpentez, fiers, le métro,
Tout vous est dû, rien n'est trop beau,
Vous vous apitoyez sur tous ces malheureux...

Nous aimons nous aussi les douillets lits de plume,
Les alcools gouleyants, les bains bien chauds qui fument :
Craignez la révolte des gueux.
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à tchaoum




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Sam 9 Fév - 12:11

EX-CEL-L-LENT !
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pandaworks




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Dim 10 Fév - 11:40

des coquilles inhabituelles dans votre texte :-)

Satisfaire à la demande: "satisfaire" dans le sens de "contenter" se conjugue sans préposition, à part à la caisse du Monoprix.

dans la même phrase, "aurai" se remplacerait avec plaisir par "auront".

quatre-vingt n'a pas de "s" dans le contexte où il est placé.

"S'associer avec ses frères en misère": s'associer à ses frères de misère?

Voilà ma petite contribution sur votre projet. :-)
Bonne écriture.
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socque




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Dim 10 Fév - 13:58

pandaworks a écrit:
des coquilles inhabituelles dans votre texte :-)

Satisfaire à la demande: "satisfaire" dans le sens de "contenter" se conjugue sans préposition, à part à la caisse du Monoprix.

dans la même phrase, "aurai" se remplacerait avec plaisir par "auront".

quatre-vingt n'a pas de "s" dans le contexte où il est placé.

"S'associer avec ses frères en misère": s'associer à ses frères de misère?

Voilà ma petite contribution sur votre projet. :-)
Bonne écriture.


Pour "satisfaire", maintenant que vous le dites, je suis d'accord (je ne comprends pas votre remarque sur "à la caisse du Monoprix", que voulez-vous dire ?) ; en revanche, la phrase dit bien :
"satisfaire à la demande de ceux qui, me semble-t-il, auront moins", je viens d'aller voir.

Les "années quatre-vingt", je l'ignorais ; "S'associer avec", je n'avais pas fait attention, honnêtement en relisant cela ne me choque pas, mais c'est plus lourd, effectivement... "frères en misère", cela je crois que j'y tiens.

Merci en tout cas de votre lecture attentive !
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outretemps




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Dim 10 Fév - 14:35

[quote="socque"][i]

Ce pouvoir que j'ai de donner ou de ne pas donner aux clochards me met mal à l'aise, car c'est un pouvoir illégitime. C'est pourquoi j'ai facilement plus honte de donner que de ne pas donner, car en donnant je réaffirme ce pouvoir. En outre, à ma modeste échelle, je permets au scandale de perdurer, puisque, en donnant, je permets au mendiant de supporter un peu plus longtemps son sort au lieu, poussé à bout, de s'associer avec ses frères en misère et de venir nous égorger, nous les bourgeois, dans nos légendaires lits de plume.
Il est pour moi "des mendiants" comme des autres que je vois autour de moi. On va pas sauver le monde, mais comme pour mes amis, les mendiants à qui je donne c'est ceux qui me font mal. Je pense que quand on donne ce n'est jamais que pour nous rester suportables à nous même. Et je ne mets pour ce qui me concerne, un peu de pommade que sur les plaies que je pense pouvoir soulager.
A part cela j'ai trouvé votre texte en tout remarquable, et par sa forme et son courage.
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socque




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Dim 10 Fév - 15:21

outretemps a écrit:
(...) Je pense que quand on donne ce n'est jamais que pour nous rester suportables à nous même. (...)


Oui, c'était cela que je voulais dire ! Merci outretemps, bon dimanche confortable (à écrire j'espère, c'est que je veux savoir comment continue la noce !).
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claire




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Dim 10 Fév - 21:27

socque a écrit:
le réel est moins intéressant...


N'y aurait-il donc qu'un réel ? alors que vous écrivez 3 textes. Le réel n'est qu'un agencement par le point de vue/par la perspective; et nous n'avons rien d'autre que le réel... quoi qu'on écrive, pense, conçoive .... Le réel est bien ce qui advient, alors s'il est moins intéressant, il semblerait qu'il manque un terme, moins intéressant que quoi que nous n'avons pas!

1er texte, sur les tactiques, stratégies, techniques de mendicité; regard extérieur de celui qui n'est pas mendiant mais à qui le mendiant permet d'écrire ou de penser ou d'imaginer ... Nous sommes donc pris dans la réalité du mendiant et le mendiant, comme nous, (qui le sommes tout autant, autrement, sans pour autant former un groupe homogène ou une caste à l'instar de celui/celle que l'on crée pour ou sur les mendiants quand on écrit sur eux ou parlent d'eux), donc les mendiants comme nous, (!!! ah ah ah ce "nous" !!! la belle communauté homogène et généreuse et princière et altruiste et non fumeuse, là j'ai pas pu m'empêcher, c'est gratuit, quoique .), je reprends donc, les mendiants comme nous, sommes pris dans des rapports économiques et des rapports d'économie (économie de pensée, économie de gestes, économies de regards, ..), sauf qu'on crée un nous et un eux pour se sentir concernés par la honte, ce sain sentiment de flagellation et d'auto-flagellation, hmmm, on en redemande du mal et de la honte; la honte d'être un homme, serait plutôt celle que j'éprouve. C'est, disons , ce que m'inspire et ce texte et ce "nous" que j'entends et que je lis, ici, et dans la rue, et .. enfin dans le réel !
2ème texte, un "je"; écrire pour celui qui n'a pas la parole, ou celui qui ne peut pas parler, oui.
Et pour le 3ème texte, il faut que j'y retourne, je ne me souviens plus.
(je sens que ça râle dans mon corps et dans ma tête, parce que je nous emmerde avec nos discours sur "les" mendiants.) Ne le prenez pas mal ou contre vous, c'est de la colère, pas de la pitié, de la colère et du dégoût de bien des choses qui passent par là; par la calcul fait de combien j'ai de pièces, penser à la pièce, la pièpièce au chienchien, et se faire alpaguer dans la rue, tout le temps, tout ça, les deux. Je rencontre un mec dans les rues, ce mec là qui fait la manche, des fois, il demande si on n'aurait pas 400 euros pour le dépanner (!!); on se dit bonjour, comment ça va, fait froid, oh c'est l'habitude, bon, d'accord, il ajoute, ya pas le choix, je marche, je me retourne , "vraiment ? ya pas le choix?", vraie question je m'interroge, vrai point d'interrogation, ça me fait chier, j'ai des réponses possibles, pensables, mais pas de réponse, évidemment.
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claire




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Dim 10 Fév - 21:30

Et le 3ème, c'est un bon texte pour moi, "sujet" (ou plutôt objet, faudrait bannir ce mot de "sujet") à controverses; perspectives, perspectives; ça parle, radical, un point de vue.
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socque




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Dim 10 Fév - 21:54

Pour faire bref, claire, j'entendais "réel" par opposition à "fiction", le premier texte étant un récit d'événements qui se sont produits, les autres de la fiction... Il me semble qu'il est plus difficile de faire du "réel" matière à littérature, et que moi en tout cas je n'y réussis pas.

Sinon je suis certainement d'accord avec vous sur : "les mendiants comme nous, sommes pris dans des rapports économiques et des rapports d'économie" !

Merci de votre lecture et de vos remarques !
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Sahkti




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Mer 13 Fév - 12:19

Je n'ai pas vraiment accroché à ce texte, que j'ai trouvé sans âme, mélange d'essai pas assez documenté et de réflexions sur le monde pas tout le temps pertinentes.
Désolée, pas séduite cette fois.
Parce que la mendicité pour ceux qui ont des bébés drogués ou qui se prosternent à genoux le dos voûté rime la plupart du temps avec réseaux, coups et enfermement. De ceci, je ne vois point dans ce texte, la mendicité organisée y est certes évoquée mais pas la pire, pas la vraie, celle qui hante les ruelles des villes encombrées de monde ou de touristes (un petit détour par Florence tiens...).
Il me manque donc quelque chose d'important.

Pas apprécié non plus des remarques comme "La propreté n'a pas toujours fait partie du discours..." ou "les tactiques des mendiants"que je trouve réductrices, à la limite du cliché et trop légèrement énoncées.
Il y a là une assimilation et un melting-pot qui ne conviennent pas à un thème tel que la mendicité.

Au final, le texte ressemble à mes yeux à une compilation de diverses réflexions, n'allant jamais jus'au bout des choses, ne creusant pas assez le sujet et surfant sur la vague de la généralité.
Désolée si je suis un peu dure, mon intention n'est pas de blesser mais je n'ai pas trouvé beaucoup de qualités à ce texte (ni à la poésie de fin!), dommage.
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socque




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Mer 13 Fév - 13:43

Je vous remercie de votre franchise, Sahkti ! À la réflexion, je suis d'accord avec vous que le sujet mérite sans doute mieux qu'un ressenti épidermique de quelqu'un qui ne peut imaginer la vie dans les conditions que connaissent les mendiants.

Je profite de l'occasion pour annoncer ici que je n'interviendrai plus sur "Vos écrits". Je le regrette, car j'apprécie vraiment le fait de pouvoir parler des textes, les miens et ceux des autres, en toute sincérité, et la grande attention apportée ici à la correction de la langue, mais il s'avère que je n'ai pas l'humour nécessaire pour supporter la condescendance rieuse dont j'ai l'impression que claire et apoutsiak m'ont gratifiée, et leur refus de m'expliquer ce qu'ils voulaient dire au juste par leurs piques dont je percevais bien la raillerie mais pas la signification exacte. (cf. le sujet de claire intitulé "Francis Joyeux, la vie et rien d'autre", et je voudrais aussi dire à claire que je regrette d'avoir pollué la discussion autour de son écrit.)

Je n'ai toujours pas compris cette remarque de claire : "Mais dans votre commentaire, vous parlez plus de vous , c'est-à-dire de votre malaise; on fait tous ça; je sens bien, là, que je frôle l'injuste ou la goujaterie, mais telle n'est point mon intention, dit-elle, le sourire aux lèvres.", ni celle d'apoutsiak : "Un petit bof bof à socquette, j'aime lui piquer ses bofs de temps à autre, pour persister et signer ce qui n'est que dans sa tête, rebondit sur le nain et retourne d'où elle vient chargée d'on ne sait quelle transmutation. Mais, je l'ai dit ailleurs, je sens une socque en mutation depuis un moment, non ?", et apprécierais de savoir ce qu'ils ont voulu dire.

En souhaitant à tous une bonne continuation, je me permettrai de continuer à vous lire, parce qu'il y a des textes sacrément intéressants ici !
Merci de m'avoir accueillie quelque temps. Le défaut est chez moi, cela fait plusieurs fois que je ne parviens pas à m'intégrer durablement à un site Internet...
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mentor




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Mer 13 Fév - 13:56

c'est votre décision socque, et je la déplore
il faudrait que vous veniez un peu plus souvent dans le fil des "débats et billevesées" de manière à débattre en toute franchise et sans "polluer" les textes, comme vous dites
cela permettrait (sans doute ?) de dédramatiser tout cela qui ne me semble pas bien grave
à très bientôt
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Charles




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Mer 13 Fév - 14:31

Alors, un peu en vrac :

sur le 1er texte
- pas trop d'accord avec ta conclusion "je permets au scandale de perdurer ..."
- pour moi, la phrase de fin est en trop "car c'est tout ce que nous méritons...."
- je dirai "un peu long". Le même discours tiendrai dans plus court et condensé, gagnerai en force. Attention aussi à ne pas trop frôler les lieux communs ou clichés.
- suis pas fan des textes de type "essais" et en plus, pour un produire un bon, il y a une nécessité de solidité et de complétude du propos toujours difficile à atteindre. me semble que la forme romanesque pour évoquer ce genre de thème peut être plus appropriée. Pourquoi pas quelques petits textes de personnages qui raconteraient chacun leur manière de vivre cette situation ...


Le 2ème texte
"Tu te reposes un moment ..."
bien aimé, assez réussi, je lui trouve une certaine poésie.

"Le succès m'a souri ..."
pas fan. un peu trop défouloir, m'a semblé un peu facile dans l'écriture


Et sur la brouille, le départ :

Je n'ai pas suivi l'histoire mais je dirai juste deux choses :

- Mentor a raison, passer discuter un peu sur le fil cité, participer à un ou deux lives et puis tout va mieux. Chacun commence à mieux connaître les autres intervenants et les incompréhensions se gomment peu à peu. Je prends un exemple. Je me souviens de l'arrivée de PandaWorks. On (Je ?) a mis un peu de temps avant de bien le "cerner". Il y a eu quelques incompréhensions et maintenant, après explications ... c'est un fidèle incontesté du site ...

- Et puis un dernier truc ... Même si tu devais rester "fâchée" avec deux véeliens, ce ne serait pas non plus un drame. On n'est pas obligé de tous s'apprécier, l'essentiel étant juste de ne pas s'étriper sur le site et de prendre plaisir à cotoyer la majeure partie des intervenants ...
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Do




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MessageSujet: Re: Des mendiants   Jeu 14 Fév - 15:02

j'ai lu... un sujet qui me tenait à coeur pour avoir été de l'autre coté.
le premier texte me gene, non pas parce qu'il décrit des évenements réels, mais parce qu'il sonne comme une analyse froide d'un probleme de société.
je veux dire que tu te cantonnes à analyser les comportements d'une économie parrallèle, les dernieres phrases sont les moins froides.
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Des mendiants

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