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La fuite

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sungoldapple




Age : 27
Inscrit le : 12 Juil 2008
Messages : 15

MessageSujet: La fuite   Dim 20 Juil - 15:02

Les poings enragés se mirent à frapper le bois massif de la porte d'entrée.
Aux chocs sourds et rapides se confondirent presque aussitôt les battements du coeur de Marie. Si tôt. Elle n'était pas encore prête. Elle abandonna son livre, souffla la bougie, et se précipita vers la fenêtre. Ils se pressaient probablement devant la métairie, brandissant leurs bâtons et leurs fourches, les visages sombres et déformés par un rictus de haine. Elle avait tant de fois vu la meute grasse et avinée à l'oeuvre.
La jeune femme remonta le battant de la fenêtre guillotine et s'engouffra nerveusement dans l'ouverture. Ils n'avaient pas même pris la peine d'encercler la propriété. Ou bien était-ce une stratégie de leur part pour l'attirer vers des guetteurs tapis derrière les fourrés ? Plus le temps de réfléchir : Marie se suspendit au chambranle, à l'extérieur, et après quelques secondes d'hésitations, se laissa choir dans le vide.
Elle grimaça lorsque ses pieds heurtèrent le sol, mais la terre amortit quelque peu sa chute. Là-bas, le fracas de la porte qu'on était en train de défoncer dominait la clameur de la foule hargneuse. Il ne lui faudrait pas longtemps pour la pulvériser et investir la bâtisse, telle une armée de rats affamés se frayant un passage jusqu'aux sacs de grains.

Marie se mit à courir, mais la peur semblait anesthésier ses muscles, et elle fut tout-à-coup terrorisée à l'idée que son corps même pouvait la trahir et la livrer en pâture à la vindicte populaire. Elle serra les mâchoires et se fit violence pour ne plus songer qu'à la nécessité de fuir à tout prix la mort qui s'approchait. Elle escalada prestement la clôture, malgré la gêne occasionnée par sa longue robe de lin marron, et bondit vers les premiers bosquets qui la séparaient de la forêt. De sinistres aboiements retentirent soudain, lui intimant de redoubler encore d'effort. Quoique stupide et bien peu organisée, la foule des villageois n'en était pas moins déterminée, et elle ne tarderait point à rattrapper son retard. Plus vite. Ils devaient être dans sa chambre à présent. Plus vite, les pieds nus de Marie, survoltés, l'entraînaient à une vitesse folle, malgré la douleur et l'émoi.

Le ciel, crépusculaire, disparut bientôt sous le couvert dense de la fôret. Le petit coeur de Marie, lancé à plein régime, lui cinglait violemment la poitrine ; chaque foulée dans les épines de pins et les esquilles de bois mort lui meurtrissait la plante des pieds, chaque mètre gagné face aux poursuivants asséchait encore davantage ses poumons brûlants, chaque seconde égrénée voyait la belle mécanique de son corps se détériorer et se plaindre, telle une chaudière au bord de l'explosion.

La sueur perlait sur ses muscles et collait sa peau au lin grossier. Echapper à l'implacable justice de la Croix qui fondait sur elle, refuser de périr sous la morsure des flammes et accablé par les imprécations de ses bourreaux. Marie grimaça en entendant les cris se rapprocher. Ils provenaient de multiples directions, et la poussaient inexorablement vers la mer. Une battue géante, sanguinaire, implacable, dans laquelle toute la communauté avait jeté ses forces, comme si Marie était devenue en quelques jours une menace qu'il fallait à tout prix éradiquer. Une bête sauvage détalant à la lueur des torches et au sons des lames cliquetantes, voici comment Marie s'imaginait entre deux halètements désespérés.

Lorsqu'elle déboucha hors du bois, elle sut que sa course folle touchait à sa fin. Ils la talonnaient à présent d'une centaine de mètres. Griffée, contusionnée, le souffle court, l'estomac malmené par une irrepressible nausée, elle trouva tout de même les ressources pour avaler la distance qui la séparait des falaises. Parvenue à deux pas du précipice, elle s'arrêta, et pour la première fois depuis qu'elle avait abandonné sa chambre, elle embrassa le paysage du regard. La nuit tombait. Quelques oiseaux croisaient dans le ciel terne. Elle avisa les premières silhouettes qui émergeaient des arbres et considéra avec mépris la meute qui se positionnait en arc de cercle, pour lui couper toute retraite. Sa tête bourdonnait, de longues estafilades couraient le long de ses bras blafards, la transpiration avait assombri certains pans de sa robe. Le vent frais et humide refroidissait la peau fiévreuse de son corps endolori. Sur ses lèvres sèches, la subtile piqûre du sel marin, dans les paumes de ses mains, une pellicule de sueur odorante. Le parfum de la liberté.
Les faciès arrogants n'étaient plus qu'à quelques pas. Sa décision était prise. Pas de capture, pas de bûcher, plutôt voler.

Sous les quolibets, ses pieds quittèrent le sol, et son corps bascula de l'autre côté. Ultime impulsion. La corolle égratignée de la robe se gonfle, claque et se déforme au fil de la trajectoire démente. L’espace d’une seconde, Marie a l’impression de flotter, au milieu des ténèbres, sous les ailes noires des corbeaux, comme une poupée ensorcelée.
Les yeux écarquillés, une expression de surprise figée sur son visage, elle est soudain happée par le vide et propulsée vers la grève.

Le choc fut terrible. L’impact aussi soudain fût-il, lui parut durer une éternité. Elle tomba sur le côté, la tête heurtant le sol juste avant ses épaules et rebondissant avec une telle force que son cou manqua de peu de s’arracher. Le craquement des cartilages retentissait encore qu’un funeste son mat ponctuait le choc contre ses hanches, et qu’une indicible vague de douleur traversait son corps aux allures de marionnette désarticulée.

Plus rien. De la plage, la clameur des villageois était étouffée par le bruit de la respiration marine. L’obscurité tombait lentement. Le temps n’avait plus d’importance.

Puis les yeux de Marie s’entrouvrirent et elle fut surprise de constater que sa chute n’avait pas été mortelle. Elle se releva, hébétée, et se dirigea vers la mer. Le ressac emplissait ses oreilles et elle fut prise d’un vertige lorsque l’eau entra en contact avec sa peau, recouvrant ses chairs tuméfiées. Sa robe s’alourdit, à mesure qu’elle progressait, et elle eut bientôt de l’eau jusqu’à la poitrine.

Elle eut une dernière pensée pour le monde qui l’avait vu naître, et qu’elle se promettait de ne plus jamais regagner. Elle n’était définitivement pas des leurs.

Pas à pas, elle disparut dans les flots.
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bertrand-môgendre




Age : 53
Inscrit le : 15 Aoû 2007
Messages : 2301
Localisation : Auberge Tadoussac

MessageSujet: Re: La fuite   Dim 20 Juil - 17:50

Un bon texte avec cependant quelques maladresses. Au niveau architectural, tu nous présentes une métairie, bâtisse avec une lourde porte en bois massif donc forcement de gros murs en pierre de taille. Je l'imagine de plain-pied sans étage. Or Marie se suspendit au chambranle, à l'extérieur, et après quelques secondes d'hésitations, se laissa choir dans le vide. Je peux en conclure qu'elle saute de sa propre hauteur, bras tendus soit environ deux mètres au minimum. Ce qui suppose que la bâtisse est construite sur une colline, ou adossée à une pente, de toute manière associée à une forte déclivité. Si telle construction existe, elle est assise sur un soubassement conséquent genre cave, ce qui augmente d'un niveau notre décor, soit trois mètres cinquante (voir quatre mètres cinquante si voutes de soutènement) du sol au tableau (le chambranle est mal adapté) de la fenêtre.
Conclusion : cette femme est jeune et sportive, forte sur ses appuis, mais, gros défaut, elle ne porte pas de chaussures. Mais rien n'est impossible. (Attention, je décris ce que mon imaginaire a élaboré suite à ton écriture que je trouve posée et bien travaillée).

Citation:
Elle escalada prestement la clôture, malgré la gêne occasionnée par sa longue robe de lin marron, et bondit vers les premiers bosquets

Je te trouve très dur envers tes acteurs. Tu mériterais de tourner la scène avec costume et accessoire.

Citation:
Plus vite. Ils devaient être dans sa chambre à présent. Plus vite, les pieds nus de Marie, survoltés, l'entraînaient à une vitesse folle, malgré la douleur et l'émoi.

proposition : Plus vite.

Citation:
lui cinglait violemment la poitrine ; chaque foulée dans les épines de pins et les esquilles de bois mort lui meurtrissait la plante des pieds, chaque mètre gagné face aux poursuivants asséchait encore davantage ses poumons brûlants, chaque seconde égrénée voyait la belle

; chaque . . . ; chaque...],
[chaque
mètre gagné face aux poursuivants: c'est la fuite et non le face à face.

Citation:
La sueur perlait sur ses muscles et collait sa peau au lin grossier

proposition : La sueur perlait sur sa peau collée au lin grossier.
Citation:

de longues estafilades couraient le long de ses bras blafards,

verbes zébrer, marquer ?

Voilà pour l'instant. Ta fuite m'a bien plu.
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Lune




Age : 23
Inscrit le : 20 Juil 2008
Messages : 7

MessageSujet: Re: La fuite   Dim 20 Juil - 17:51

Début de roman, extrait ou nouvelle?
Première interrogation qui m'est venue en lisant ce texte c'est pourquoi veut-on la tuer? Considérée comme sorcière, hérétique, autre? Je suppose qu'on l'apprendra plus tard.
Je suis loin d'être un modèle en matière d'écriture alors je te mets en vrac mes petites pensées et interrogations, tu prends ce qui peut t'apporter quelque chose et le reste tu ne t'en occupes pas.
Petit problème sur le corps à plusieurs reprises, il y a les muscles qui suent et qui sont anesthésiés. Les phrases sur l'impact peuvent être améliorées je pense.
Je n'ai pas trop compris à quoi devait être prête Marie? A s'enfuir? Pourquoi n'est-elle pas partie plus tôt alors si elle savait qu'on allait venir pour la tuer?
Pourquoi défoncent-ils la porte qui semble solide et qui va mettre du temps à être défoncée alors qu'ils sont pressés et qu'ils peuvent casser simplement une fenêtre?
Marie semble vivre dans une grande maison mais parallèlement est vêtue d'une robe en lin grossier?
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sungoldapple




Age : 27
Inscrit le : 12 Juil 2008
Messages : 15

MessageSujet: Re: La fuite   Dim 20 Juil - 20:54

Bonsoir Lune,

Merci pour tes commentaires.
Pour répondre à ta question c'est juste une nouvelle. Un texte court sur une fuite, et j'ai volontairement été évasif sur pas mal de points de l'histoire.
Aux yeux des gens, l'héroïne est une hérétique, tout au moins est différente. On comprend à la fin avec sa chute de la falaise, qu'elle l'est effectivement et que finalement, les villageois n'ont pas tort sur ce point. Pourquoi est-celle restée parmi eux ? Je laisse le lecteur libre, mais pour moi elle a fait un essai, elle se savait différente mais a désiré tenter de vivre aux côtés des "humains". En vain car sa différence l'a rattrapée.
Pour moi, la métairie avait un étage, j'imaginais donc une première chute d'environ 2 mètres maximum, dans l'herbe, et comme elle se suspend, la hauteur n'est pas si conséquente. Ceci dit on ne sait pas non plus encore qu'elle est différente. Mais si les métairies sont toujours construites sur un seul niveau... mon héroïne n'est finalement pas très athlétique . Tu as mis le doigt sur une jolie erreur de ma part !
C'est vrai aussi que ma foule est stupide, à tenter de défoncer la porte. J'imaginais les volets clos je crois, quand j'ai écrit ce texte, ou disons que j'imagine bien une foule de villageois assez bête Ils devraient encercler la maison mais ne le font pas. Disons que ça permet à mon héroïne de s'échapper (je ne suis donc pas si méchant avec elle )
Pour ses vêtements, c'est peut-être encore une erreur de contexte de ma part. Pour moi les habitants d'une métairie louent les lieux ou sont employés donc ne sont pas si riches que ça. Cela dit j'avoue mon inculture dans ce domaine... :s
Merci beaucoup pour le temps que tu as passé à lire et commenter mon texte!

olivier
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sungoldapple




Age : 27
Inscrit le : 12 Juil 2008
Messages : 15

MessageSujet: Re: La fuite   Dim 20 Juil - 20:56

En fait petit correctif: merci BERTRAND & LUNE !
Redonnons aux césars ce qui leur est du
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mentor




Age : 30
Inscrit le : 12 Déc 2005
Messages : 9289
Localisation : Complètement à l'Ouest

MessageSujet: Re: La fuite   Dim 20 Juil - 21:38

Vif et très bien écrit, y a du souffle et du vocabulaire
ça m'a bien plu
je trouve un peu dommage qu'elle se noie volontairement après être sortie quasi indemne d'une telle chute ! ça aurait valu une vraie fuite hors de portée ;-)
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Lune




Age : 23
Inscrit le : 20 Juil 2008
Messages : 7

MessageSujet: Re: La fuite   Dim 20 Juil - 22:05

Désolée j'avais pas vu pour la métairie, j'ai lu un peu en diagonale certains passages.
Par contre c'est marrant, moi j'avais compris qu'elle s'en allait au loin à la nage pas qu'elle se laissait mourir en se noyant. Elle aurait pu se tuer plus facilement, pourquoi cette fuite alors? (question à moi même, oublie, je suis le genre à me demander pourquoi pour tout).
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sungoldapple




Age : 27
Inscrit le : 12 Juil 2008
Messages : 15

MessageSujet: Re: La fuite   Dim 20 Juil - 22:54

Citation:
je trouve un peu dommage qu'elle se noie volontairement après être sortie quasi indemne d'une telle chute

Bonjour Mentor, en fait elle ne se noie pas, elle part. Elle aurait du mourir de sa chute. Elle n'est pas tout à fait humaine, ou elle a quelque pouvoir, ça n'a pas tellement d'importance. En tous les cas à mon sens elle ne se noie pas à la fin du texte.
Merci pour ton commentaire !

Citation:
Par contre c'est marrant, moi j'avais compris qu'elle s'en allait au loin à la nage

Oui c'est exact (enfin sous ma plume en tous les cas, après tout le lecteur est libre) !

Citation:
je suis le genre à me demander pourquoi pour tout

C'est plutôt une belle qualité ça !

olivier
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Lyra will




Age : 20
Inscrit le : 12 Déc 2005
Messages : 6267

MessageSujet: Re: La fuite   Lun 21 Juil - 14:00

Un texte bien écrit. C'est fluide, très agréable. On suit vite le personnage dans sa course folle. J'ai trouvé la chute particulièrement bien décrite, enfin c'est atroce, mais bien exprimé. Par contre je n'adhère pas trop à la fin, pour moi la chute suffisait amplement, j'aurais "préféré" qu'elle meurt sur le coup, plus crédible déjà, et puis c'est étrange de la faire se relever, on se demande où elle trouve encore la force d'aller se noyer… mais bon pourquoi pas ;0)
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sungoldapple




Age : 27
Inscrit le : 12 Juil 2008
Messages : 15

MessageSujet: Re: La fuite   Lun 21 Juil - 21:16

Bonjour Lyra,

Citation:
j'aurais "préféré" qu'elle meurt sur le coup, plus crédible déjà, et puis c'est étrange de la faire se relever, on se demande où elle trouve encore la force d'aller se noyer… mais bon pourquoi pas ;0)

L'héroïne ne meurt pas, contrairement aux apparences. Elle est "spéciale". Elle a survécu à sa chute grâce à ça. Et c'est aussi la raison pour laquelle elle était traquée. C'est ma petite touche fantastique... il est vrai que je suis très évasif dans le texte.

Houlala je me rends compte que ma chute n'est pas claire du tout. Je crois qu'une seule personne a compris ce que je voulais dire !

Merci pour ton commentaire !

olivier
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Sahkti




Age : 34
Inscrit le : 12 Déc 2005
Messages : 12653
Localisation : Suisse et Belgique

MessageSujet: Re: La fuite   Ven 25 Juil - 17:11

L'action que tu tentes de décrire (avec ce que cela comporte de vitesse, de frayeur, de battements de coeur, etc) est, à mes yeux, trop noyée dans la masse de phrases longues et trop figées. L'effet de style s'applique difficilement à cela et l'anéantirait presque.

Sinon, j'apprécie le fait que tu demeures évasif sur certains points, cela permet au lecteur de s'inventer une part du récit mais tout de même, tu donnes pas mal de détails donc ce côté "suggéré" perd aussi en efficacité face à ça.

De manière générale, j'ai moyennement accroché à cause de cette impression de "trop" et c'est domamge, parce qu'il y a du bon et de belles idées à exploiter.
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La fuite

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