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 NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scèneVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Charles




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MessageSujet: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Mer 7 Mai - 11:01

le pdf : http://acr02.fr/acr/mb/265/NvVague.pdf

le préambule : Grand merci à mes relectrices Sahkti et Réginelle. J'ai repris mon texte, améliorer les détails mais je n'ai pas entrepris certaines modifications plus "profondes" qui m'ont été suggérées car gros manque de temps pour le faire dans l'immédiat ...

le texte :

--------------------------------


Et par la Saône, quitter la scène …

I. La crue charrie les ordures.

Les murs ont encore tremblé ce matin. Dès six heures, comme chaque jour de la semaine, les camions ont repris leurs passages tonitruants, juste assez espacés pour maintenir éveillés les rares occupants de l’hôtel du Lion d’or. Probable que les chambres côté cour ne vibraient pas à chaque convoi. Pourtant, j’avais choisi la vue sur la Saône, par habitude, par défi. Je n’ai pas la mémoire des lieux et des noms mais je me souviens avoir passé toute mon enfance auprès de ces cours d’eau, fleuves ou rivières tantôt grisâtres, tantôt verts du centre de la France. Trimbalé de ville en ville, suivant une mère, parfois seule, le plus souvent accompagnée d’un beau-père, immanquablement médiocre, invariablement violent. Je ne dirais pas que j’aimais côtoyer cette eau mouvante, ce n’était pas non plus un besoin, cela s’apparentait plutôt à une sorte de possession. La puissance sourde, les profondeurs insondables et la peur qu’elles m’inspiraient me retenaient dans ces régions perdues, là où la brique rouge disparaît sous les crachats des camions, où les solitudes se noient dans des fonds de verre, où le suicide et la tristesse semblent ancrés dans un paysage désertique.

Alors, cet hôtel, ce Lion d’or fourbu, il aurait pu être presque n’importe où, à Macon, Nevers, Tournus ou Chalon … J’avais choisi Charipe* pour commencer, pourquoi pas. Chaque matin, je restais au lit jusqu’à neuf heures. Je préférais la compagnie des camions à celle des VRP déjeunant tôt. Je passais ensuite le reste de la journée sur les bords de Saône ou dans le quartier de la Gare, je me fondais dans le paysage, j’attendais qu’on ne me remarque plus, qu’on s’habitue à moi. Je savais déjà où trouver ceux que je cherchais, j’avais en tête mes actions à venir mais je patientais. Le temps n’était pas un problème, le temps n’est jamais un problème pour quelqu’un qui a passé son enfance, derrière une vitre terne, rythmée par les crues et les inondations, les privations et les larmes. Attention, je ne perdais pas mes journées à ressasser le passé, à me complaire dans un apitoiement facile, je ne voyais que le futur proche, le début de mon parcours, ce but que je m’étais fixé, un jour de septembre, quand ma seule rose rouge ornait la boîte de sapin de ma mère.

Après deux mois de Lion d’or, je m’estimais prêt. Ce matin-là, la Saône puait et emplissait ses quais d’une brume glaçante. Je me souviens être arrivé sous le pont de l’île vers dix heures. J’avais très tôt repéré l’endroit. Enfant déjà, je frémissais en contemplant la déchirure des eaux contre les piles du pont, là où le courant, par un effet visuel, semblait plus fort, là où les flots ne manqueraient pas d’engloutir n’importe quel malchanceux, n’importe quel maladroit. Quelques mètres en aval, la rivière lissait à nouveau son niveau, laissant affleurer une forêt d’algues menaçantes, milliers de mains caressant les branches charriées, tentant de retenir les corps des noyés pour les enfouir en son sein et les laisser pourrir avant de les rejeter, vidés de leurs substances, défigurés et blanchâtres.

Blanchâtre, le boucher Chabrol l’était déjà la plupart du temps, pour le reste, il avait plutôt tendance à adopter la coloration de ce qu’il buvait. Simplement, il ne savait pas encore qu’il allait prendre ce jour-là sa couleur définitive. A midi trente, comme tous les jours, dimanche compris, le boucher Chabrol emprunta le quai St Louis pour rentrer déjeuner chez lui. Comme tous les jours depuis deux mois, il croisa un homme sous le pont de l’île. Il pensait passer sans un mot, sans un regard, comme à l’habitude. Tout juste s’il avait remarqué, les jours précédents, que cet homme semblait un peu mystérieux, pas un SDF, pas un promeneur, alors quoi ? En vérité, le boucher Chabrol s’en fichait. Si bien qu’il ne comprit pas tout de suite quand je l’interpellai.
- Te souviens-tu du colibri bleu ?

Le boucher s’arrêta net.

- Pardon, vous m’avez parlé ?
- Te souviens-tu du colibri bleu ?
- On se connaît ?
- Que tu m’aies oublié, ça ne m’étonne pas, mais le colibri, lui, tu t’en souviens, hein ?

Enfin, l’artisan comprit. Mais il était bien tard et il sentait déjà la morsure du froid liquide. La rivière le saisit et le projeta contre la pile du pont la plus proche. Le choc sembla l’assommer tout net et quelques secondes, son corps inanimé continua d’embrasser le béton, hésitant à passer à gauche ou à droite de celui-ci. La crue de la Saône l’emporta ensuite rapidement, franchissant la barrière d’algues sans leur laisser une chance de l’attraper. C’en était fini du boucher Chabrol et ce n’était que justice.

Un peu sonné, je remontai jusqu’à la route et allai déjeuner. J’optai pour un endroit fréquenté, le café de Lyon, face au parvis de Notre Dame des marais. En avalant les quenelles de brochet du plat du jour, je repensais à ce que j’avais dit au boucher. En deux mois, pas une fois je n’avais envisagé de lui parler, je ne devais que le foutre à l’eau, lui offrir une absolution expéditive. Un relent de vengeance m’avait poussé à me dévoiler, je voulais qu’il pense à ma mère en avalant l’eau saumâtre. Alors, ce colibri bleu m’était revenu, ce petit tatouage qui l’a rendait si belle, jeune, ce même tatouage fripé sur sa peau, quelques années plus tard, après Chabrol, après ces autres…
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Charles




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Mer 7 Mai - 11:02

II. Nettoyage à l’alcool.

Léon Dumont était de ces autres. A bien y réfléchir, je l’avais moins détesté que Chabrol. Il était moins violent, moins souvent. Sans l’alcool, peut-être aurait-il pu rendre ma mère heureuse. Il fut le seul qu’elle avait eu le courage de quitter, profitant sans doute d’un coma éthylique plus profond qu’à l’habitude. Il l’avait moins frappée mais finalement, c’était sûrement lui qui l’avait le plus fait souffrir, souffrir de promesses miroitantes, de possibles lendemains sans cesse repoussés. Dumont, j’aurais pu le laisser en vie mais je voulais faire place nette, vraiment nette, plus un seul, plus une trace …

Je l’avais trouvé facilement, il n’avait pas beaucoup bougé en vingt ans, toujours accoudé au zinc du café Van Gogh mais sans café. Les épaules lourdes, l’œil comateux, il n’avait pas vraiment changé. L’alcool, ça conserve bien, les corps morts … Depuis deux mois, j’allais prendre mon café du soir dans son repaire, j’avais même bu un ou deux verres avec lui à l’occasion, toujours histoire de me fondre dans le décor et puis ça m’amusait de contempler son ignorance, de voir qu’il ne se doutait de rien, qu’il oubliait tout en une heure. Le corps de Chabrol apparut dans les conversations plus vite que je ne l’avais prévu. La crue de la Saône avait tellement bien fait son travail qu’elle l’avait empêché de s’approcher des berges, de s’accrocher aux herbes, aux branches et de pourrir dans les roseaux. Il avait échoué à la station hydrologique de Couzon au Mont d’or, empalé sur une herse du barrage, bloquant le passage du conduit de remontée de frayage des truites. Ce fut un des habitués qui lança le sujet en montrant au barman l’encart du journal local.
- En cinquième page qu’ils l’ont mis, le Chabrol. Ils aiment pas les suicides par ici, ils aiment pas…
- Bah, ils peuvent tout de même pas le mettre en Une. C’est le journal de la région, pas la gazette de la ville.
- Ben tout de même, c’était le dernier bon boucher de la ville.
- Le boucher de Charipe se suicide – La ville est privée de viande ! Super titre, ouais !
- Il méritait pas mieux que les carcasses qu’il découpait.

C’était Dumont qui avait prononcé cette phrase, coupant sec les conversations, emplissant le bar d’un silence inhabituel.

- Parfaitement, une charogne, le Chabrol. Une putain de brute qui frappait les femmes et ne pensait qu’à son pognon.
- Qu’est-ce qui te fait dire des saloperies pareilles, Dumont ? On cause pas des morts comme ça.
- Ils auraient dû laisser les poissons le béqueter. Je l’ai connu jeune, il était encore qu’apprenti et presque marié. Sa femme, bordel, elle était belle… Enfin, au début, parce qu’après quelques mois de baffes et de coups de poing, elle ne souriait plus, ses yeux appelaient à l’aide.
- Des conneries, ça !
- Des conneries mon cul, oui ! C’est moi qui l’ai aidée à se barrer et j’ai dû mettre une dérouillée au Chabrol pour bien lui faire comprendre que c’était terminé.

Et le récit de Dumont de se perdre en détails alcoolisés. Par chance pour lui, son public était au moins aussi saoul et peu lucide que lui. Sans quoi, nul doute qu’ils se seraient rendu compte du peu de véracité de ses dires. L’histoire s’accommode facilement d’approximations, surtout dans la bouche d’un ivrogne et à propos d’un mort. La vérité, c’était qu’elle avait connu Dumont en premier et qu’elle l’avait quitté, lui et son alcool, pour Chabrol. Et c’était bien Chabrol qui avait tanné Dumont pour qu’il cesse d’essayer de la revoir. Dans les premiers temps, tout allait mieux, plus d’alcool, plus de heurts. Puis l’apprenti boucher était vite devenu jaloux puis violent, sans raison, juste l’attrait de la possession, du pouvoir sur une femme, peut-être. Et ce fut pire qu’avant, ce fut le début des cris, des coups …
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Charles




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Mer 7 Mai - 11:02

III. Le saut de l’ange.

J’avais décidé d’en finir avec Dumont le mardi suivant. Le mardi était le meilleur jour, le bar était toujours presque vide, les gens bossaient, c’était encore le début de la semaine. Les quelques piliers de comptoir cuvaient encore de leur week-end et déprimaient, solitaires, dans leur café sans animation. Dès mon arrivée au bar, je me postai à côté de Dumont. Rapidement, il engagea la conversation. Vous dire de quoi nous parlions, j’avoue volontiers ne pas m’en souvenir, je ne faisais que répondre vaguement tout en essayant de le conduire gentiment aux frontières du coma éthylique, puis j’allais le laisser rentrer, seul, à son domicile sur l’autre rive … Pour ne pas m’exposer à une fantaisie inconsciente de dernière minute, comme celle qui m’avait conduit à parler à Chabrol, je m’étais accordé une petite distraction vengeresse. J’avais déniché un petit porte-clés en forme d’oiseau bleu. Bien sûr, il avait plus l’allure d’une mésange que d’un colibri mais quand je le plaçai sur le comptoir tout en guettant une réaction, je ne jurerais pas qu’une vague réminiscence ne traversa pas l’esprit de l’ivrogne. D’ailleurs quelques instants plus tard, il confirma mon impression :

- Marrant ton porte-clé !
- Tu trouves ?
- Me fait penser à une femme que j’ai connue … Pff, c’est vieux, tu devais même pas être né.
- Elle aimait les oiseaux ou elle avait une tête de linotte ?
- Sais pas trop mais elle avait un tatouage, un petit oiseau bleu, un … merde, comment ça s’appelle, les oiseaux des îles, là …
- Un perroquet ?
- Non, plus petit.
- Un colibri, un oiseau mouche.
- Ouais, c’est ça.
- Elle était antillaise ou … ?
- Mais non, qu’est-ce tu me racontes, elle était d’ici, elle avait toujours été ici. Sais pas pourquoi elle avait choisi cet oiseau. Probable qu’elle aurait bien aimé en partir, d’ici … Probable.
- Et alors, qu’est-elle devenue ?
- Ca n’a pas marché…
- Qu’est-ce qui n’a pas marché ?
- J’y ai beaucoup repensé, beaucoup … Je crois que c’est son mioche qui a tout foutu en l’air.
- Son mioche ?
- Ben oui, son mioche, son gosse, son guignol, son …
- Oui, oui, d’accord. Pourquoi ce serait de sa faute ?
- Il m’aimait pas, ce marmot. Il devait avoir six ans et il me détestait comme un adulte. L’a jamais rien voulu savoir. Il montait sa mère contre moi, il croyait que son père allait revenir.
- Ce serait pas un peu facile de mettre ça sur les épaules d’un gosse ? T’aurais pas fait autre chose pour qu’elle se barre ?
- Qui te dit qu’elle s’est barrée ? Personne se barre de chez moi, personne. C’est moi qui l’ai fichue dehors, oui … Non mais, tu crois quoi !
- D’accord, d’accord. Mais je suis sûr que c’était pas la faute de ce gosse.
- T’as pas d’enfant, hein ? Tu sais pas de quoi ils sont capables alors. Parait qu’il y en a même un de douze ans qui en a tué un autre en Angleterre et …

Et c’en était fini de la parenthèse qui me concernait directement. Dumont s’enferra ensuite dans des divagations de plus en plus floues. À ce moment-là, il m’énervait déjà profondément, plus je l’écoutais et plus j’attendais avec impatience le moment de le voir s’abîmer dans la Saône. Avec la nuit noire qu’il devait faire dehors, je ne le verrais peut-être même pas toucher l’eau quand il chuterait du haut du pont de l’île. Vers minuit, Dumont commença à avoir son compte, je dus l’aider à descendre de son tabouret de bar, c’était d’ailleurs miraculeux qu’il ait réussi à tenir encore assis dessus. Pour la forme et surtout pour le barman, je lui demandai assez haut s’il avait besoin d’être raccompagné ? S’il habitait loin ? Évidemment, l’orgueilleux était bien assez grand et puis d’ailleurs, il n’était pas saoul, qu’est-ce qui te fait croire ça, mon petit bonhomme ? Je lui laissais donc dix minutes d’avance, causai un peu avec le barman puis lui annonçai que pour moi aussi, l’extinction des feux approchait.

Le quartier du café Van Gogh était proche de la gare, c’était si l’on peut dire le « vieux » Charipe, des immeubles uniformes, grisâtres, deux étages maximum, d’innombrables ruelles sales et mal éclairées. Je comptais sur ce dédale de raccourcis et de culs-de-sac pour rattraper Dumont, probablement perdu, au pire légèrement déboussolé avec tout ce qu’il avait avalé. Je le retrouvai accoudé sous un lampadaire crasseux. Il avait déjà l’air d’un cadavre sous la lumière orangée. Il tentait désespérément de se rouler une cigarette. A peine surpris de me voir, il me demanda si j’avais du feu.

- Toujours pas !
- Bordel, tu t’améliores pas, alors.
- Je crois qu’on va dans la même direction, on fait le voyage ensemble ?
- Si tu veux, si tu veux … Toi, tu sais plus par où passer, hein ? T’es pas d’ici, faut dire.

Et Dumont de me suivre cahin-caha. Au départ, il restait silencieux mais il n’a pas pu s’empêcher, il a fallu qu’il ouvre sa grande gueule et me mette en rogne.

- Tu sais le marmot ?
- Quel marmot ?
- C’ui que je t’ai causé… Qui m’aimait pas …
- Ouais, quoi ?
- Le pire, c’est que je l’aimais bien, moi ! Faut dire, j’en avais pas, de marmot alors j’avais pas l’habitude peut-être, je savais pas trop comment lui causer. Mais je te jure, j’aurais bien voulu en faire mon fils ou juste un bon copain, un petit frère, n’importe, ce qu’il aurait voulu, ce qu’il m’aurait offert comme place mais de la place, il en avait plus dans son putain de p’tit cœur de pierre.
- Et alors ?
- Ben, lui, tu vois, quoi que je fasse, il me rabattait toujours les oreilles avec son père, qu’il valait mieux que moi, que lui, il fuyait pas dans l’alcool, qu’il allait revenir et patati, patata.
- Et il est pas revenu te foutre une branlée ?
- Tu parles … Sa mère lui avait raconté des conneries de militaire à l’étranger ou je ne sais quoi mais la vérité, tu sais où il était, son père ? Tu sais ?
- Non, où il était ?
- Ben, ton père, oui mon p’tit gars, parce que si tu crois que je t’ai pas reconnu … Ton père, il est crevé, il s’est balancé dans la Saône, ton père. Il vous a laissés dans la merde et il a fui, pire que moi, un suicidé, ton père.

En l’entendant gueuler ses âneries dans les ruelles, je ne pus plus me contenir et lui balançait un coup de poing au visage qui l’envoya à terre mais il continuait comme si rien ne s’était passé.

- Et moi, bordel, j’aurais pu te donner tout ce qu’il t’avait refusé, petit con !

Je le rouai de coups, des pieds, des poings, des coudes, peu m’importait, mais qu’il se taise, qu’il se taise. Et il se tut, son crâne avait par endroit une teinte violacée qui débordait sur le bitume. Le futur noyé suicidé avait choisi une autre sortie, une sortie bien moins discrète, une sortie qui me mettait dans la merde … Mais à cet instant, je ne pensais pas à ça. Ces paroles agissaient déjà comme un poison. Mon père nous aurait donc abandonnés à tous ces charognards, ces frappeurs, ces alcooliques et pendant tout ce temps, j’en voulais à ma mère de ne l’avoir retenu. Machinalement, je traînai le corps de Dumont dans une petite cour intérieure avant de reprendre le chemin de l’hôtel du Lion d’or. J’avais du sang plein les manches, sur les genoux aussi. J’étais vide, plus rien, plus de conscient, plus d’inconscient… A peine si j’entrevis la seule solution définitive acceptable au moment de franchir la rambarde du pont de l’île, au moment de contempler les flots noirs qui avaient digéré mon père.

* Charipe est une ville imaginaire qui se situerait proche deVillefranche sur Saône. Charipe = Charogne en patois lyonnais.

Avril 2008 – Charles – VosEcrits.com
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apoutsiak




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Mer 7 Mai - 11:32

.

Bu d'un trait. Tellement, tellement vite, alors ça devait charrier aussi bien que la Saône, mais en même temps, je n'ai pas eu le sentiment de m'asseoir un instant, boire avec les gugusses, penser à l'histoire ancienne, de la maman, du tatouage.

Je ne peux pas dire que je te le reproche, parce que ton histoire est bien écrite et bien ficelée, alors c'est peut-être un sentiment très personnel.

Enfin, j'ai du mal à penser que ton héros n'ait pas pu retenir son bras, à la fin, avec ce que lui dit Dumont, avec la manière dont il le lui dit.

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Island




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Mer 7 Mai - 12:11

Eh bien, dis-moi, il s'en passe des choses pas très orthodoxes dans notre contrée !

Dommage pour la fin, je l'imaginais différente, moins "désespérée", moins radicale... Aussi pour casser le rythme avec les 2 morts précédentes et donner de l'intérêt au récit en détournant le narrateur de ses projets d'origine...
Pour le reste j'ai trouvé le début ( mise en place des lieux et du passé du narrateur) un peu longue, et surtout la transition entre le "je" du narrateur et le boucher Chabrol m'a parue trop soudaine, voire abrupte, maladroite (au § 4).
Bon choix de titre.

Petites questions (curieuses) et remarques (amicales) :
-Pourquoi as-tu choisi d'avoir des chapitres ?
-Un boucher est-il vraiment un artisan ? J'aurais pensé à "commerçant" plutôt...

Des petites fautes :
-ce petit tatouage qui la rendait si belle
-Je lui laissai donc
-par endroits
-Machinalement, je traînai le corps de Dumont dans une petite cour intérieure avant de reprendre le chemin de l’hôtel du Lion d’or : l'adverbe, vu l'action qui suit, me paraît mal choisi.

Merci pour ce voyage sur nos rives, jusqu'au barrage de Couzon, j'ai goûté les quonelles (avec l'accent) !
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Charles




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Mer 7 Mai - 12:41

Island a écrit:

Petites questions (curieuses) et remarques (amicales) :
-Pourquoi as-tu choisi d'avoir des chapitres ?
-Un boucher est-il vraiment un artisan ? J'aurais pensé à "commerçant" plutôt...


les chapitres, en fait, c'était surtout pour le plaisir de leur trouver des titres :-)))

Artisan, commerçant, sais pas. Me semble avoir déjà entendu l'expression "artisan-boûcher". Peut être que ça dépend du boucher ;-)))

Merci à vous deux de m'avoir déjà lu et Island, désolé d'avoir donné une teinte si grise à ta "contrée" ! ;-)
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claude




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Mer 7 Mai - 12:54

Elle file le bourdon ton histoire.
Au début quand un môme part mal dans la vie et qu’il écrit, il est déjà à moitié sauvé et j’avais de l’espoir pour le narrateur. Le vers est le fruit d’une meurtrissure comme le ver est la meurtrissure du fruit.
Là l’entonnoir se termine dans la Saône.
Et quelle vision négative de l’alcool ! moi qui m’en fais une fête et qui n’ai jamais levé la main ni sur une femme ni sur un enfant.
Le pb c’est que l’alcool conserve les fruits, mais pas les viandes.
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Lucy




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Jeu 8 Mai - 2:09

Autre texte lu dans l'après-midi sans possibilité de commenter. Je commence, ici, par le titre : bien trouvé ! L'ambiance, plutôt sombre, laissait présager du pire et je n'ai pas été déçue. Contrairement à Claude, je n'ai pas une perception positive de l'alcool parce que j'en connais son côté destructeur par procuration et, en l'occurence, placé dans cette région ( propice aux vendanges ! ) c'est presque un pied de nez.
Juste une question, il y a un " Lion d'or " à Tournus ? Parce que ça me dit quelque chose, ça... d'un peu particulier, d'ailleurs.
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à tchaoum




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Jeu 8 Mai - 7:53

ça me donne une furieuse envie d'aller regarder couler la Saône, dont je ne connais la réputation de turbulence que via des livres de géographie fermés depuis plus de quarante ans...
C'est sordide à souhait. Le coup de l'autre écriture de l'histoire, différente selon les mémoires, points de vue et informations en possession est très bien vu et distillé.
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Yali




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Jeu 8 Mai - 8:19

Une histoire tout droit sortie d'un roman noir. Les codes du genre y sont, c'est pas pour me déplaire. La narration est claire, efficace. Manque à mon goût quelques détails qui auraient augmenté l'effet dramatique et auraient du même coup contribué à la psychologie du personnage : à quelle occasion l'enfant vit-il le tatouage de sa mère pour la première fois (était-ce une situation gênante ?) ce genre de chose…
Manque aussi une écluse (là c'est très perso, j'ai toujours vu les écluses comme de parfaites scènes de drame, va comprendre Charles…)
Sinon, j'ai appris qu'il existait des échelles à truites pour la fraie, j'ai toujours cru qu'elles étaient construites expressément pour les saumons moi.
En bref, texte réussi : ambiance installées, personnages palpables.
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Charles




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Jeu 8 Mai - 9:23

Lucy

Lion d'or à Tournus ? Je ne sais pas ! :-)) c'est un nom assez courant, je crois, pas autant que l'hôtel de la gare mais presque ;-)

Yali

Saumon, Truite ... Des cousins :-) Il y en a même qui ont des ascenseurs particuliers ;-)

http://www.actumontagne.com/quand-les-truites-prennent-l-ascenseur-article_0230.html
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Sahkti




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Jeu 8 Mai - 10:41

Island a écrit:
-Un boucher est-il vraiment un artisan ? J'aurais pensé à "commerçant" plutôt...
Y a des bouchers qui seraient furieux de se voir assimiler à de simples commerçants...
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Sahkti




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Jeu 8 Mai - 10:44

Regard attaché à ce texte pour l'avoir relu et le relire maintenant. J'aime sa noirceur, j'aime cette fin tragique, j'aime ce personnage déchiré entre ses conflits intérieurs. Pas de bons sentiments ou de morale pour prendre le dessus, c'est bien.

Un récit qui mérieterait d'être développé, d'être transformé en vraie longue nouvelle, parce qu'il y a pas mal d'idées intéressantes et le canevas est là, suivant la trame d'un drame noir efficace. Des détails en plus, davantage de personnages et de thèmes du passé à exploiter... tout cela pourrait servir, un jour, plus tard, à retravailler ce texte qui est vraiment une bonne base à mes yeux.
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Arielle




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Ven 9 Mai - 10:31

Noir, gris et rouge ... Des images aux couleurs de Tardi dans ses meilleures BD. J'aime beaucoup cette ambiance glauque, parfaitement rendue. Ancrés dans leur histoire vécue chacun à sa manière, ces personnages existent vraiment même celui de la mère qui plane, mystérieuse et fragile comme un ange déchu au dessus de ces vies blêmes.
Une des plus réussies de cette série de nouvelles que je n'ai pas encore toutes lues...
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Krystelle




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Ven 9 Mai - 10:36

Un texte qui happe le lecteur et du coup on a presque l’impression d’en sortir trop vite. Je m’imaginais déjà des crimes en série, finalement il n’y en a que deux. Ce n’est pas plus mal, tu évites ainsi tout effet de lassitude mais je reste quand même sur cette impression de quitter le texte et ton narrateur trop tôt. Peut-être que l’on ne devrait pas imposer de limite de signes finalement, pour ne pas brider de beaux élans comme le tien. J’aurais aimé que tu prennes le temps de poser le décor et creuser tes personnages.
Il n’empêche que pas un seul moment je n’ai levé la tête de mon écran, c’est donc que le récit est efficace. Et puis je trouve que ta plume est belle, Charles. Et c’est justement parce qu’elle est si agréable que je me permets de relever deux ou trois détails sur lesquels j’ai butés et qui seraient sans doute passés inaperçus si l’écriture n’avait été si soignée :
- Il y a beaucoup de « moins » ici, et même si l’insistance est maîtrisée, j’aurais allégé un peu : « A bien y réfléchir, je l’avais moins détesté que Chabrol. Il était moins violent, moins souvent. Sans l’alcool, peut-être aurait-il pu rendre ma mère heureuse. Il fut le seul qu’elle avait eu le courage de quitter, profitant sans doute d’un coma éthylique plus profond qu’à l’habitude. Il l’avait moins frappée etc… »
- « Le choc sembla l’assommer tout net » : j’ai du mal avec le « tout net », la légèreté de l’expression, son côté presque enfantin colle mal, je trouve, avec le contexte.
- Peut-être un « encore » de trop ici : « c’était encore le début de la semaine. Les quelques piliers de comptoir cuvaient encore de leur week-end ».
Voilà pour les détails, pour le reste, merci pour ce très agréable moment de lecture.
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Reginelle




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Lun 12 Mai - 19:49

il n'a pas de nom, pas d'identité... c'est peut-être idiot, mais il me semble que cela donne encore plus de dimension à ce justicier. Une histoire bien sombre, comme je les aime, de celles qui se finissent mal... ben oui...
Elle ne pouvait pas finir autrement, même après les confidences de Dumont, et peut-être, surtout à cause de ces dernières. Comment cet homme, après tout ce temps à nourrir une rancune, à poursuivre des "coupables", pourrait-il se remettre en question, lui-même ? Comme ça ? Au contraire, je trouve logique ce déchaînement de violence, pour faire taire celui qui le pousse à voir les choses autrement... il n'y avait pas d'autre fin possible... Pour que cela finisse autrement il aurait fallu qu'il n'y ait aucun meurtre. C'était déjà trop tard...

Un goût d'amertume pour des vies gâchées...
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Gobu




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Mar 13 Mai - 14:25

Ca me fait penser à du Simenon revu par...Chabrol, justement. Pas un hasard si tu as baptisé ainsi ton boucher. Y a tous les ingrédients. Le fleuve imperturbable qui charrie souvenirs et espoirs engloutis, les petites ruelles provinciales si propices aux ressentiments recuits pendants des lustres, la pauvre fille-mère qui passe de bras en bras - de poings en poings, plutôt - le fils traînant un secret meurtrier trop lourd pour lui, et même le mystère en forme de tatouage au colibri. Bleu, comme la peur. Et noir, comme les eaux de Saône au crépuscule, quand y glissent les cadavres...Ce noir-là va bien au teint de cette histoire désespérée et désespérante.
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Gobu




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Mar 13 Mai - 14:28

PS : je ne me souviens s'il y a un hôtel du Lion d'Or à Tournus, en revanche, on y trouve le Restaurant Greuze, une des meilleures tables régionales de la Bourgogne, voire de France.
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mentor




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Ven 16 Mai - 17:30

c’est du Chabrol… pardon : du Charles, du bien noir, bien glauque. Même si ce n’est pas particulièrement loufoque (tu le sais, je préfère quand il y a du sourire, même en coin), c’est un bon texte, bien construit, bien pensé. C’est du solide. On peut y croire contrairement à plusieurs autres textes qui sont plus orientés « contes » et allégories. Là on est dans le court métrage en noir et blanc, brouillard, alcool et turpitudes du passé avec fin violente. J’ai lu d’une traite car c’est prenant. Et bien écrit, ça va sans dire avec toi. Une corde à ton arc que je ne vois pas souvent. C’est bien.
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bertrand-môgendre




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MessageSujet: Re: NOUVELLE VAGUE : Et par la Saône quitter la scène   Sam 17 Mai - 4:24

Son mioche ?
- Ben oui, son mioche, son gosse, son guignol, son …
...son gone Petite rectification : à Villefranche, la Saône est rouge. . .
Il me manque un autre meurtre entre les deux personnages, Chabrol et Dumont. Ce dernier aurait certainement eut droit ainsi, à s'en sortir un peu mieux que les autres. Mais, là, c'est une autre histoire.
Ta nouvelle possède un bon rythme.
J'aime bien ceux qui se vengent, un peu à l'image de ma "Lou" fétiche. (je vous posterai un jour, ce scénario).
Ton écriture est directe. Oui, c'est un bon noir.
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