Hello,
Une fois n'est pas coutume. Au lieu de poster un extrait de mon roman, je me suis risqué au difficile exercice de créer un texte autour de Vulcania Submarine.
Je suis reparti de l'image que notre amie Iryane avait choisie de traiter, la VS 38. Et mon texte fait la transition avec une autre œuvre, que j'ai terminée récemment, la VS 45 ( qui m'a donné pas mal de fil à retordre ).
Je m'applique donc à restituer un quelque chose qui pourrait fonctionner au moins à cette échelle, à la marge d'une image, au commencement d'une autre. Rien ne dit que le projet serait viable au niveau du corpus entier ( j'ai, en fait, une cinquantaine d'œuvres, certaines bloquées à un stade où je n'arrive pas à les clôturer, d'autres croissant comme une inquiétante maladie, quasi foudroyante ). J'ai déjà osé franchir le pas, et tenter la périlleuse acrobatie. Chaque chose en son temps. Ceci constitue donc une expérience pour moi.
Vous jugerez...****************
Hier, j’en suis certain, je m’étais endormi devant une porte close, baignée d’une lueur parme. J’avais bien tenté de la forcer, je m’étais acharné sur le loquet, sans résultat. En examinant le bas, j’avais vu le bois gonflé, gorgé d’une sorte de mousse brune à l’aspect repoussant. Et puis, dans les interstices, des lianes se faufilaient, achevant de rendre l’ouverture impossible. Je m’étais donc contenté de me recroqueviller devant le seuil, comme un chien. Des vapeurs m’entouraient, me faisant tourner la tête. J’ignorais s’il s’agissait de fuites de gaz émanant des conduites alentour, ou d’une sorte de méthane émis par les formes de vie grouillant dans le caniveau.
Ce matin, je suis tout surpris de reprendre connaissance non pas sur ces dalles dures et humides, mais au sommet d’une tour. Je me trouve dans une pièce au carrelage éclaté, dévasté par les racines qui l’ont obligé à se soulever. Endolori, je m’ébroue et m’approche de la fenêtre. Une vague lueur orange vient de cette direction.
Les vitres sont brisées. Aussi loin que mon regard puisse porter, je ne vois rien que le vide absolu.
Du côté opposé, il y a un chambranle, puis une volée de marches, que j’emprunte. Le boyau présente une drôle de configuration, il semble descendre puis remonter, s’entortiller autour de lui-même. Me serais-je aventuré dans quelque colimaçon infini, ou la coquille d’un Nautile géant ? Curieusement, lorsqu’on quitte la verticale, mes pas restent fermes sur les degrés, comme si la pesanteur s’adaptait à cette déformation.
J’arrive à présent dans une salle immense, voûtée pour ce que j’en vois, malgré l’éclairage chiche. Quelques torchères brûlent aux murs, mais d’un éclat voilé, huileux. Elles répandent des vapeurs grasses qui m’étourdissent. Mes pas résonnent ainsi que dans une cathédrale. Je m’avance vers ce qui ressemble, de loin, à une énorme roue dentée, je ne distingue pas bien. Mais bien vite je rebrousse chemin : au-dessus, quelque part, un mugissement s’élève. Cela bouge et frémit. Je ne veux pas savoir ce que c’est, je m’éloigne en courant, je trébuche, me prends les pieds dans les pierres que là encore, les végétaux ont bousculé de façon anarchique.
Sur ma droite, une porte que je n’avais pas remarquée. Celle-ci cède à la première sollicitation. Mais heureusement, je ne l’ai pas franchie sur mon élan : elle ne donne sur rien. Une plaque en marbre, portant un ancien chevron, presque effacé, s’incline vers les parois à pic. Je la touche du plat de la main : elle est glissante, comme si des millions de gens l’avaient piétinée. Je suis certain que si je m’y étais risqué, je serais maintenant mort, des dizaines de kilomètres plus bas. Je reste coi, attiré par le néant, meublé d’exhalaisons, de gargouillements, qui montent vers moi. Fermer les yeux, m’avancer, cela ne prendrait que quelques secondes. C’est une pensée qui me tente depuis plusieurs jours.
Mais en-dessous deux conduites tortueuses permettraient peut-être de trouver une issue. Je ramasse quelques gravats que je jette sur la première : pas un mouvement, silence total. Si cette chose vit, elle est pour l’instant en repos.
Avec d’infinies précautions, au prix d’un difficile effort, je me suspens à une ferraille qui dépasse. Rongée de rouille, elle menace de rompre. Il me faut pourtant m’y cramponner. Je tâte du pied, mais ne trouve aucun appui. Il manque un mètre ou deux. Si je me rate, c’est le plongeon. Mais ai-je le choix ?
J’atterris sur la fibre qui, comme je le pensais, présente une texture molle. La peau palpite au ralenti, mais ne réagit pas à mon poids. Elle suinte d’une humeur légèrement visqueuse, mais rien qui puisse m’amener à déraper. Toutefois, en proie au vertige, je me mets à quatre pattes, plantant mes ongles dans le lichen qui pousse par endroits. Mes jambes pendent de part et d’autre, j’ai le pantalon souillé, poisseux.
Parvenu à l’extrémité, je m’aperçois qu’il y a une sorte de passage, taillé dans la pierre. Cela ressemble à un tunnel de chemin de fer. Il fait noir là-dedans, et la puanteur y est terrible. Je prends mon souffle et me résigne à continuer. C’est à moitié nauséeux que je rampe sur ces choses gluantes, progressant lentement vers la lumière, là-bas, tout au bout. Il me semble que ma reptation dure des heures.
Epuisé, quand enfin j’émerge, c’est pour me rendre compte que je suis à l’endroit où je me trouvais hier. Un énorme découragement m’envahit. Je me laisse tomber au sol.
Je sais que je ne peux demeurer longtemps immobile, en tous cas pas ici, sur cette mince bande de ciment craquelé, trop proche des abysses ; c’est dangereux. Mais pourtant, là, à cet instant précis, je voudrais mourir, qu’on en finisse.
Je crois avoir compris que ces lieux bougent. Probablement pas à la façon des pièces emboitées de ces jeux pour enfants, qui, replacées correctement, permettent de reconstituer un dessin. Non, cela n’a rien de mécanique. C’est plutôt comme un bourgeonnement silencieux et rapide. Cela me fait penser à je ne sais plus quel artiste, qui filmait au ralenti diverses « natures mortes ». On voyait ensuite, en quelques instants, un bouquet se faner, des pommes pourrir dans leur panier. Oui, il y a un phénomène de cet ordre. Une évolution rapide mais sournoise, un processus qui m’échappe, mais dont je ne peux que constater les résultats. Dès que je détourne le regard, ce décor s’arrange à sa façon, dans mon dos. Cela fait trois fois au moins que pareille aventure m’arrive : j’ai beau aller à droite ou à gauche, je me retrouve toujours là d’où j’étais parti.
Je désespère de quitter un jour ce lieu maudit.
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... J'ai essayé de mettre l'image directement ici, mais n'y parviens pas. Si le modérateur veut le faire, merci à lui. Sinon, voilà le lien :http://vulcania-submarine.deviantart.com/art/VS-45-156517276< Prochain texte : pas avant lundi 15, merci.
La Modération >.