Dans l’enivrant sentiment de torpeur des papilles, ma langue colle à ta peau, cependant que tu feule et que le jour succombe. Compulsives caresses par nous deux décidées, un fumet délicat confirmant nos envies, tu effleures une mangue quand je goûte une figue. Et le nectar amer ruisselant dans ma bouche est arsenic à mon passé… ou comment nostalgie est par goût annulée.
Nos repas dionysiaques par tous deviennent enviés (du moins je m’en convaincs !), mais sont notre pitance et construisent l’ébauche d’une route, me dis-je, cependant que ma langue toujours colle à ta peau. Sublime met qui me délecte, divine table que ton corps, fébrile plat que nos désirs ; pantagruéliques effluves entre deux infinis.
C’est un voyage qui se profile, en des terres inconnues mais peuplées de touristes. Je t’emmène sac au dos - sur ton dos tu me portes - ou bien je te transporte : peu me chaut. Pourvu que l’on s’emporte. Hormis le temps rythmique, par les repas dictés, tout autre n’est que transport, de corps ou de délires. D’adjuvants.
Je nous imagine tellement : toi tu lirais un livre, et moi je mordillerais un cigare (léger !) car les mots sur papiers me seraient épuisants. On aurait la sueur de nos corps, perlante, qui tomberait à terre en rythme irrégulier pour nous empêcher de sombrer dans les bras de Morphée. Car ma Morphée c’est toi : c’est les tiens de bras que désormais j’attends pour tomber chaque soir, les divinités grecques sont bien trop vieilles, ne me font plus rêver comme avant ma rencontre avec le couperet. Je sais dorénavant que l’île est le sommeil clair d’une discussion franche, mais que mes passions ne se partagent qu’entre mon pancréas et mon cervelet froids. Et tournant une page, si tu me souriais, tu me verrais ravi.
Nos gènes ou nos parents ne décident de rien : on se téléphone puis on s’aime.
(Je crois croire.)
Je veux que l’on s’attarde au plat de résistance, et tandis que je nous projetais en des terres alizées, nos langues dégustaient, cartésiennes léchaient, olfactives et fugaces connaissaient le chemin pour mener à l’extase… je me demande qui guide l’autre : toi ou moi, ma langue ou ma raison ? Et tout se crispe dans une prémisse d’extatique tablée, d’orgasmique repas.
Et dans ce long chemin, une vie trois soupirs, quand on feule je souris ; quand tes yeux se révulsent je souhaiterais comme eux pouvoir percer en toi.
Je voudrais que tu m’offres, tout de suite, une corbeille de fruits pour y plonger le nez. Je ne plaisante pas, je veux ta liqueur savoureuse pour goûter à la vie et dans mes doigts agiles faire jongler du raisin. C’est le fameux dessert de la petite mort que l’on goûte chaque jour que je-ne-sais-qui fait. Je me fais hôte si tu te fais hôtesse et je n’attends de toi que le déliement lent de nos cœurs chavirés. Mais je ne suis que le convive d’une vie de papier ou les hôtes se succèdent dans des temps qui s’effilent comme du plâtre qui prend, friable. Ce désordre affolant de nos langues rappelle le primat insolent de la flamme qui flanche, ou de mains sur tes hanches. De ma langue qui, vivante, m’abreuve de ton essence. Je vis pour ces repas et ce qui s’effondrait reprend vie de plus belle.
Au dehors tout s’écroule et toi tu joues au bilboquet comme un enfant naïf : qui ne voudrait prendre part à ton jeu ? Et si j’étais marin tu serais le seul port parmi les autres ports, mon port flamand, ma femme. Mais si j’étais marin, sûrement l’eau me perdrait et si j’étais marin, passif et apeuré, je ne prendrai pas part à nos orgies tranquilles. Sans doute j’en rêverais.
Parfaite quand tu m’invites dans un dîner des sens, jamais je ne refuse… je sais qu’une passion déguisée en froideur parfume nos délices, et ma langue s’affirme. Et ma complexité jamais n’empêchera que je te remercie. Et ma langue et ta peau. Imparfait châtelain, je veux que l’on s’invente. Ta peau contre ma bouche est le dessert qui m’exulte.