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| | Sur une image de ubik magic | |
| | Auteur | Message |
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Rebecca

Nombre de messages: 3958 Age: 51 Localisation: Sur la terre comme aux cieux Date d'inscription: 30/08/2009
 | Sujet: Sur une image de ubik magic Jeu 11 Mar - 23:11 | |
|  Ils disent que je suis folle. Ils disent la folle du logis. Ils parlent d’une araignée au plafond. Je suis celle qui a régné, certes, en des temps immémoriaux. Je suis peut-être saignée du sous- sol au plafond. Mais ma conscience veille, bleu vigilant, sans défaillance , elle m’éclaire de son œil de cyclope , phare minuscule dans ma nuit, majuscule. Je me suis murée volontairement dans ce qu’ils appellent mon mutisme, pourtant mes hurlements n’ont jamais cessé de me parcourir en tout sens . Avec le temps, je les ai canalisés . J’ai tissé un réseau bien organisé de veines insonorisées et puis patiemment, j’ai créé des dérivations pour les soupirs, les sanglots, et les murmures. Il y a tant à charrier…. l’indicible de cette vie, l’inaudible, l’irracontable, la blanche terreur, la noire désespérance, les tendres supplications des amours mortes et enterrées… Parfois un vaisseau éclate cédant sous la pression de douleurs croupies, de cris coagulés et ça sanguinole noir sur les parois désabusées, décrépies de ma solitude. J’ai du installer et souder quelques tuyaux de diamètre plus important, de façon rudimentaire, certes (parfois les joints ne résistent pas) pour évacuer le plus sordide, le plus dégueulasse vers les égouts à dégoûts : les rêves inachevés, les devenirs à peine ébauchés, les espoirs déçus, les trahisons, les paroles tues, les lambeaux de ma jeunesse crédule et encore vibrante. Tant tant d’amour et de beauté dont se délecte la vie, que digère le temps, et que chie le quotidien. Mais c’est le cours de ma vie qui s’écoule là et mon lit est celui de cette rivière souterraine, où j’aime venir chaque jour mourir un peu. Malgré leur désir maladif de me retenir parmi eux. Leurs médicaments ne peuvent rien contre la souffrance. Ils ne me la voleront pas. Ils n’éteindront pas ma conscience. Avec la souffrance, j’ai bâti une citadelle. Inviolable, imprenable. Avec ma lucidité, je la sauve de l’ensevelissement et des ténèbres. Même si le temps fait son œuvre. Le temps brûle tout, putréfie tout, pétrifie tout . Mais j’aime que la rouille s’installe , ainsi même la trouille fout le camp. Maintenant, je n’ai plus peur. Mon corps est un taudis, mes chairs sont un cloaque .Et je suis une forteresse. Ils croient que j’erre dans ma vie minée, laminée, comme un fantôme en larmes, mais je suis en béton armé . Je ne vivrai plus percée, ouverte, perforée, mes fenêtres et mes portes n’ouvrent plus que sur moi. Ils ne verront jamais l’envers du décor. L’envers de mon corps. Et ma lucidité . Avec leurs certitudes gelées, figées, leurs certitudes pétrifiées d’angoisse. Avec leur imaginaire construit sur du vide et leurs tentatives de description du néant : « Schizophrénie » ! J’ai réconcilié la vie et ce qu’ils croient être ma folie. Pavés qu’ils sont de bonnes intentions. Comme l’enfer. |
|  | | Kash Prex

Nombre de messages: 1149 Age: 22 Localisation: Orly (94) kash_prex@hotmail.fr Date d'inscription: 17/09/2007
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Jeu 11 Mar - 23:41 | |
| Une approche sacrément différente de celle de Ubik, mais que j'apprécie tout autant. La psychologie du personnage pourrait être plus creusée, mais pas sur un texte si court. Les quelques jeux de sonorités complètent joliment le message. Un texte sympa =) | Citation: | Même si le temps fait son œuvre. Le temps brûle tout, putréfie tout, pétrifie tout . Mais j’aime que la rouille s’installe , ainsi même la trouille fout le camp. Maintenant, je n’ai plus peur. Mon corps est un taudis, mes chairs sont un cloaque .Et je suis une forteresse. Ils croient que j’erre dans ma vie minée, laminée, comme un fantôme en larmes, mais je suis en béton armé . Je ne vivrai plus percée, ouverte, perforée, mes fenêtres et mes portes n’ouvrent plus que sur moi. Ils ne verront jamais l’envers du décor. L’envers de mon corps. Et ma lucidité .
Avec leurs certitudes gelées, figées, leurs certitudes pétrifiées d’angoisse. Avec leur imaginaire construit sur du vide et leurs tentatives de description du néant : « Schizophrénie » ! |
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|  | | Ba

Nombre de messages: 2119 Age: 57 Localisation: Le plus loin possible des dogmes à tics, autant dire nulle part d'humaine rétention. Date d'inscription: 08/02/2009
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Ven 12 Mar - 10:25 | |
| Après, chacun déplace ce qu'il veut dans ses couloirs intérieurs. J'aime bien le " démontage " des images alors... |
|  | | Arielle

Nombre de messages: 2930 Age: 64 Localisation: Brocéliande Date d'inscription: 02/01/2008
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Ven 12 Mar - 11:53 | |
| Passionnant ce jeu entre l'image et le texte qui s'éclairent l'un l'autre. Aussi foisonnants l'un que l'autre. J'ai même, grâce au texte, remarqué des détails de l'image qui m'avaient échappés :
Mais ma conscience veille, bleu vigilant, sans défaillance , elle m’éclaire de son œil de cyclope , phare minuscule dans ma nuit, majuscule. |
|  | | Yellow_Submarine

Nombre de messages: 238 Age: 39 Localisation: Fougères Date d'inscription: 08/01/2010
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Ven 12 Mar - 12:21 | |
| Comme Arielle, je suis retournée regarder l'image en y découvrant de nouveaux détails. J'aime beaucoup ce texte qui me parle (j'avais traité un sujet un peu similaire dans "repas funèbre" : folie, mutisme, forteresse) |
|  | | demi-lune

Nombre de messages: 470 Age: 49 Localisation: Corrèze Date d'inscription: 07/11/2009
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Ven 12 Mar - 13:19 | |
| J'ai beaucoup aimé - parce que le texte part d'un parti pris d'une folie (ou du moins d'un état perçu comme tel par les regards extérieurs) qui se "peint", se représente, se traduit, s'exprime et construit son langage au travers de cet univers improbable, étranger au "rationnel", au "normal"... et qui est aussi une vision intérieure, monde à la fois dévasté et refuge, protection contre les "ils", les "agressions" et douleurs du monde dit "normal" et de la vie qui avance. Je retiens tout particulièrement ceci qui, à mon sens en est l'illustration : | Citation: | | Je ne vivrai plus percée, ouverte, perforée, mes fenêtres et mes portes n’ouvrent plus que sur moi. Ils ne verront jamais l’envers du décor. L’envers de mon corps. |
- aussi parce que je trouve le texte fort quant à ce qu'il exprime et bien écrit... |
|  | | Plotine

Nombre de messages: 1997 Age: 68 Date d'inscription: 01/08/2009
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Ven 12 Mar - 13:32 | |
| Ah oui ! C'est super. J'aime bien la fin. Elle est dans l'air du temps. Les schizos ne sont pas fous ce sont les autres qui le sont : qu'on se le dise ! Sinon Rebecca, c'est très bien écrit et on s'y croirait en plus. Enfin, d'après ce que j'imagine ce qu'est la schizophrénie. Et, bien sûr, ça colle très bien avec l'image.
Moi aussi j'avais fait un texte sur le travail d'Ubik et sur la folie qui vaut bien celui-là mais bon... personne ne me prend au sérieux. [img)http://imdoc.fr/design/forum/icones/redface.gif[/img] |
|  | | Louis
Nombre de messages: 193 Age: 54 Date d'inscription: 28/10/2009
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Ven 12 Mar - 19:56 | |
| Archi texture intérieure. Archi texte d’un esprit dérangé, arrangé, qui compose de ses mots, en structure, trame, charpente du visible, l’image qu’il donne à voir de son espace intérieur. La folle du logis, c’est la folie d’un logitexte, d’un logimage, d’un logiciel. C’est un château, un fort intérieur qui présente sa façade à l’extérieur. Un dedans renversé en un dehors. Les murs ne sont pas simples murmures ; il y a les cris, hurlements qui lézardent ces murailles de silence. Un réseau où coulent sans bruit, dans les veines d’un temps ridé, le sang des pleurs anciens. L’esprit a du corps. Un corps texte. Un corps emmuré, dans d’imagin’ aires. Corps figuré, transfiguré. Et cet art mur pour raconter le passé des amours mortes, des terreurs enfouies, des désespoirs circonscrits, armure contre l’oubli, contre les périls indicibles. Beau texte, Rebecca, qui saisit quelque chose d’essentiel dans l’image de Ubik. Ubik qui devrait apprécier, je crois, ce texte en grande partie. |
|  | | silene82

Nombre de messages: 3480 Age: 53 Localisation: par là Date d'inscription: 30/05/2009
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Ven 12 Mar - 20:25 | |
| Yé bé mé far des amichs, qué yé lé préféré lé texchte avant qué la imach, qué des imach coum cha, ya oun mossio Ubik qué fach rien qué en fabriquer. Tutta la santa giornata. Anqué lé texchte, il est bonne, lé texchte. Et court en plouch, qué chinon yé m'endors. |
|  | | Iryane

Nombre de messages: 319 Age: 29 Localisation: là où je dois être ...enfin, sans certitude. Date d'inscription: 26/01/2010
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Ven 12 Mar - 21:12 | |
| voila tu écris, en mieux, différement, de facon plus explicite, ce que je voulais exprimer dans mon texte. Les oeuvres d' Ubik me font vraiment l'effet d'un monde interieur torturé, d'une oeuvre et création d'un esprit tourmenté (pas Ubik hein, mais la personne qu'on imagine plongée dans cet univers ( folie, coma, enfermement psychique, trouble pshyschologique).
l'image EST le personnage, son intérieur pshychique. c'est ainsi que je ressens les oeuvres d' Ubik, et c'est ainsi que tu le l'exprime si bien. |
|  | | CROISIC
Nombre de messages: 535 Age: 56 Localisation: COGNAC Date d'inscription: 29/06/2009
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Ven 12 Mar - 21:33 | |
| Les images d'Ubik c'est du vivant, de l'agonisant, de l'enfermement, comme le dit très bien Iryane "l'image est le personnage". D'ailleurs j'ai été fortement troublée par la vs12 qui est l'expression parfaite d'un de mes rêves anciens - que j'ai déjà décrit.
Rebecca, ta rencontre avec cette image d'UBIK a donné naissance à un texte inouï, extrêmement troublant et d'une grande beauté sauvage. |
|  | | ubikmagic

Nombre de messages: 575 Age: 48 Localisation: ... dans le sud, peuchère ! Date d'inscription: 13/12/2009
 | Sujet: Effaré. Ven 12 Mar - 22:49 | |
|  Bon, passons maintenant aux choses sérieuses... Bravo et surtout merci. C'est grand honneur que tu me fais. Je relève que tu mets en avant le thème de la folie, mais ce qui est troublant, c'est qu'on ne sait pas si c'est un humain qui se serait entouré d'un mur intérieur ( comme dans The Wall de Pink Floyd, métaphore de la folie et de la régression, du refus de ce monde si fou, mieux vaut être fou à sa façon dans son coin, que contaminé par cette folie si meurtrière, l'enfer étant les autres, d'une certaine façon ). On se demande si c'est donc un humain qui se terrerait ainsi en lui-même, emmuré vivant, ou si ça n'est pas l'édifice, le corps / maison qui parlerait... La maison comme métaphore de l'image de soi, sauf que là, on ne sait pas où finit tel bâtiment et où commence le suivant. Tout s'imbrique, s'emboîte, bourgeonne, s'emberlificote, et les frontières entre technique et vivant s'estompent, et même quand c'est vivant ou en a l'air, on ne sait pas si c'est plutôt végétal ou animal. On est en plein dans la démarche graphique, bien vu. C'est venu un jour où, me trouvant devant une maison, je remarquai une conduite qui descendait, genre Plymouth noir mat, mais qui avait vers le bas enflé, comme une hernie, quelque chose de malade. Et puis on y avait collé de la Calandrite, et d'autres zinzins sortaient de là, en un grouillement intestinal ou presque et je suis resté, comme on dit dans mon coin, "tanqué devant", fasciné, à me dire que là, il y avait un je ne sais quoi de malsain, qu'on ne pouvait plus distinguer justement si on était encore dans du plastique, du métal, ou je ne sais quelle matière vivante. J'ai fait une tentative d'interprétation à partir de cette impression quelque temps plus tard, à l'aérographe sur papier, que je n'ai pas terminée je ne sais plus pourquoi, et des années après, j'ai repris ça grâce à Mamptah mon ami, formateur dans divers domaines, qui a insisté pour que j'essaie des programmes de graphisme, à un moment où ma carte son était en rade. Je n'ai pas commencé directement par cette série, je suis passé par quelque chose de plus "raisonnable", toutes proportions gardées. Et plus tard encore, j'ai voulu faire ce que tu vois là, enfin, les premières images, nettement plus simples, et je m'y suis cassé le nez. Et j'ai repris un mois ou deux après et là, j'ai trouvé le biais et j'ai dit ok, c'est possible. VS 45 est donc le fruit d'une lente évolution. En réalité, ça remonte à une vingtaine d'années, cette histoire. Mais revenons à la tienne : Notre ami Silène a employé le terme de "fulgurance". Je dois te dire que je suis considérablement frappé de voir à quel point tu as pu fulgurer en ce qui me concerne. Iryane ( que je suis très content de retrouver ici ) dit que le narrateur dans mon univers doit être quelque peu dérangé. Je lis et je vois que ce que je peins inspire l'idée de folie. Cela ne va pas sans m'inquiéter. Mais bon, je sais mon imaginaire puissant et fertile. Je ne me fais pas de souci. Fou, au regard de quelque norme étriquée, peut-être. Mais je ne pense pas. Comme on dit : pas folle, la guêpe. Non, c'est d'un autre ordre. Je ne tiens pas particulièrement à raconter les épreuves assez immondes que j'ai subies, mais j'y trouve, assez curieusement, un écho dans ce que tu énonces à propos de mes images, comme si tu avais, avec ta sensibilité, ton intuition, deviné des éléments me concernant. Je note : | Rebecca a écrit: | | Je suis peut-être saignée du sous- sol au plafond. |
... Et là, je dis : pan dans le mille.
| Rebecca a écrit: | | Ils croient que j’erre dans ma vie minée, laminée, comme un fantôme en larmes, mais je suis en béton armé |
... Et sur ce coup, je dis, je jure devant Dieu que je n'en reviens pas, que tu ne sais pas à quel point tu es dans le vrai, ça me scie, ça me fout le cul par terre. Terrible, l'intuition des femmes. C'est vraiment le truc qui tue. Franchement, chapeau bas. Oui, à un moment donné, j'ai été contraint de me transformer en béton armé pour résister, j'ai fait ce qu'on appelle "la chemise de fer" en Arts Martiaux, on s'ancre dans le sol, dans la position du cavalier, Kiba-dachi, et on se visualise ainsi, comme un bouddha en pierre, en métal, indestructible. Oui, j'ai dû me blinder comme jamais de ma vie j'aurais cru devoir le faire.
| Rebecca a écrit: | | Je me suis murée volontairement dans ce qu’ils appellent mon mutisme, pourtant mes hurlements n’ont jamais cessé de me parcourir en tout sens |
... Bordel, mais comment tu fais ? Si tu savais, si tu savais... Je n'en reviens pas. Et avec cette phrase :
| Rebecca a écrit: | | Parfois un vaisseau éclate cédant sous la pression de douleurs croupies, de cris coagulés et ça sanguinole noir sur les parois désabusées, décrépies de ma solitude. |
... Tu achèves de me mettre le doute. On t'a dit ? Tu sais ? Ou alors tu as des dons de voyance ? Ou tu es psy de ton métier ?
... Et ça continue, que dis-je, ça déferle :
| Rebecca a écrit: | | patiemment, j’ai créé des dérivations pour les soupirs, les sanglots, et les murmures. Il y a tant à charrier…. l’indicible de cette vie, l’inaudible, l’irracontable, la blanche terreur, la noire désespérance, les tendres supplications des amours mortes et enterrées |
... Tu ne crois pas si bien dire !
J'aime bien le mot "dérivation", il dit très bien la volonté d'esquiver, de détourner le flot, de diviser les forces du mal, d'évacuer le trop-plein, de "faire avec", tant bien que mal.
| Rebecca a écrit: | | les rêves inachevés, les devenirs à peine ébauchés, les espoirs déçus, les trahisons, les paroles tues, les lambeaux de ma jeunesse crédule et encore vibrante. |
Et là encore, j'hallucine. Vraiment, je suis scotché. Souvent, les hommes ont un discours plus ou moins condescendant envers les femmes, un côté macho, ils pensent qu'ils font tout mieux qu'elles. Ils ont incontestablement un côté technique et guerrier, mais moi je dis, et c'est mille fois vrai ici : putain, vous êtes loin devant ! Va donc imaginer un mec en train de faire un truc pareil... Vous avez de ces antennes ! Vous êtes de véritables récepteurs psychiques ambulants. Là, you put me on the floor !
Par contre, au niveau du style, ça me gêne quand tu es plus directe, du genre :
| Rebecca a écrit: | | évacuer le plus sordide, le plus dégueulasse |
... ou encore :
| Rebecca a écrit: | | Tant tant d’amour et de beauté dont se délecte la vie, que digère le temps, et que chie le quotidien |
Je trouve que ce qu'on y gagne en "efficacité", on y perd en mystère. C'est certes un gnon qu'on file au lecteur, mais le reste est suffisant, il est déjà assommé, il a son compte. Et du coup, ça ternit un peu la valeur du reste, justement. Je veux dire, point n'est besoin d'aller jusque là pour le mettre les quatre fers en l'air. C'est prendre un marteau-pilon pour écraser un moustique, non ?
... Ceci relance la problématique que j'abordais précédemment, lorsque j'avançais l'idée qu'il fallait dire sans dire, user de métaphores, rester prudent, être minimaliste. En fait, en y réfléchissant, je me rends compte que, tout simplement, cela revient à cette distinction que j'évoquais dans un texte que j'ai commenté récemment, entre le merveilleux et le fantastique. Nommer, dire, explicitement, tue le fantastique. Laisser le doute, la part d'ombre, crée le le terreau propice à la prolifération du fantastique, qui est une sorte de Taxifolia vénéneuse, fluctuante, mouvante et incertaine.
Toujours au niveau du style, tu joues admirablement avec les mots. Je note :
| Rebecca a écrit: | | phare minuscule dans ma nuit, majuscule. |
.. Et puis :
| Rebecca a écrit: | | Le temps brûle tout, putréfie tout, pétrifie tout. |
... Je dois dire que, par-delà la beauté de cette phrase, tu mets dans le mille once again, car je fais dans mes images un travail sur le temps, le retour au chaos, l'usure, la rouille, la décrépitude et donc, en dernier ressort, j'y exorcise mon angoisse sur le vieillissement et la mort.
Poursuivons :
| Rebecca a écrit: | | Mon corps est un taudis, mes chairs sont un cloaque .Et je suis une forteresse. |
Là, je dis que c'est majestueux, d'une part. Et vrai d'autre part. Car j'ai dû faire de moi une forteresse, bien obligé. Je suis une fois de plus pétrifié par ta clairvoyance.
| Rebecca a écrit: | | Je ne vivrai plus percée, ouverte, perforée, mes fenêtres et mes portes n’ouvrent plus que sur moi. |
...Effectivement, j'ai dû me murer, comme tu le dis.
| Rebecca a écrit: | | Avec leurs certitudes gelées, figées, leurs certitudes pétrifiées d’angoisse. Avec leur imaginaire construit sur du vide et leurs tentatives de description du néant |
C'est inimaginable comme tu peux mettre le doigt là où ça fait mal, toi.
| Rebecca a écrit: | | Pavés qu’ils sont de bonnes intentions. Comme l’enfer. |
Bien vu, tu es, encore une fois, à fond dans le sujet. Tu lis en moi, par image interposée, comme dans un livre ouvert. Cela devient inquiétant.
Bon, je n'avais vraiment pas l'intention, tu peux me croire, de parler de moi. Mais là, je ne sais pas quel tour de magie tu as opéré, et c'était impossible de faire l'économie de mon propre éclairage.
Cela dit et si on veut bien oublier mes assertions personnelles et autres digressions intimes, reste que ce texte, si on excepte les deux petits défauts sus-mentionnés, est véritablement remarquable, par la qualité qu'il maintient tout le long ou presque, par sa justesse, sa pertinence, par son style surtout et par ce délicat équilibre, justement, qui fait qu'on reste presque tout le temps dans quelque chose qui suggère mais sans écraser et réduire, en laissant une marge à d'autres possibles, en ne réduisant pas tout en miettes sur son passage. C'est plus un souffle délétère qu'une tornade dévastatrice et ça c'est bien, même si je fus, en temps et heure, dévasté avec méthode.
En résumé, je ne sais pas ce que ça "vaut" au sens objectif du terme. Là, j'avoue être dépassé par la justesse du propos, qui frise le bizarroïde tant ça cadre avec une certaine réalité. Alors qu'au départ, ça n'était sans doute pas le but. Du coup j'en reste confondu, con fondu même, et ne sais plus quoi ajouter.
Je me tais donc, ayant déjà sans doute trop parlé. Avant de regretter et tout effacer, je m'efface, effaré, et m'incline devant ton art.
Ubik. |
|  | | Polixène

Nombre de messages: 307 Age: 47 Localisation: (peinture: Pierre Darcel) Date d'inscription: 23/02/2010
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Sam 13 Mar - 2:16 | |
| Ubik, pensais-tu que tes images étaient des passe-temps? Chacun peut s'y lire (délires) parcequ'elles sont viscérales .
Et la maestria de Rebecca les rend audibles ... |
|  | | Plotine

Nombre de messages: 1997 Age: 68 Date d'inscription: 01/08/2009
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Sam 13 Mar - 10:58 | |
| | Polixène a écrit: | Ubik, pensais-tu que tes images étaient des passe-temps? Chacun peut s'y lire (délires) parcequ'elles sont viscérales .
Et la maestria de Rebecca les rend audibles ... |
Viscérales, c'est le mot. Je vois même un gros côlon. |
|  | | outretemps

Nombre de messages: 637 Age: 63 Date d'inscription: 19/01/2008
 | Sujet: Re: Sur une image de ubik magic Dim 14 Mar - 13:45 | |
| Tripes et boyaux sur la table! En quel merveilleux étalage d'impuissances, résignations convulsées. Vachement bien vu et dit, Rebecca.
Que de la juste joie partout, hélas ! (très grande binnette qui rit très jaune) |
|  | | | | Sur une image de ubik magic | |
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