Taciturne
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Taciturne
Pourquoi tu ne dis rien ?
Assise sur ce divan depuis si longtemps, sans rien dire, sans rien faire, immobile, tu ne dis rien.
Tu ne ries pas, tu ne chantes pas, tu ne bouges pas.
Tes yeux brillent pourtant. Ton visage resplendit.
Pourquoi tu ne dis rien ?
Il faudrait des vies à raconter, réelles ou imaginaires, des récits drôles, des récits épiques, des amours romantiques ; il faudrait des mots en fleurs par bouquets arrosés des plus belles répliques, et tu serais la résurgence des paroles émouvantes, et tu me parlerais, encore et encore, source inextinguible, abondante, et tu me parlerais, encore.
Il faudrait donner à ta voix toutes les voix, les voix disparues, éteintes, celles à jamais perdues, celles jamais entendues. Il faudrait trouver toutes les phrases. Il faudrait trouver mille accents, les tons variés à l’infini, toutes les mélodies. Inventer tous les mots manquants que tu pourrais dire, que tu pourrais écrire.
Qu’en dis-tu ? Dis, qu’en dis-tu ?
Ce silence. Cette absence. La vie en toi s’est tue.
Dis, à quoi penses-tu ?
Tu restes figée au-delà de toute parole. Sans une larme, sans un sanglot.
Il faudrait peser chaque mot sur la balance de l’âme et t’offrir les plus légers et les plus doux.
Il faudrait chercher les réponses aux questions les plus sibyllines, affronter toutes les énigmes, toutes les arcanes, tous les secrets, et ta voix serait cristalline qui saurait répondre aux mystères, aux noires ténèbres.
Pourquoi tu ne dis rien ?
Ton visage resplendit.
Je ne déchiffre plus ta blessure, ta souffrance, ta fêlure.
Tu te souviens quand tous deux, adossés à l’horizon, ensemble nous rêvions. Serrés l’un contre l’autre, faces contre ciel, ciel en face et nos yeux éblouis.
Nos songes se levaient, voiles d’un grand navire poussé par le vent, léger zéphyr. Il flottait sur les dérives des lumières rayonnantes nées aux points fous et brûlants des matins neufs, bouillonnants, effervescents.
Nous nous disions tout, tout ce qui vit, tout ce qui passe, tout ce qui nous dépasse.
Nous appelions le nom des choses, nous saisissions les mots quand ils volent : le phénix et le prodige, une somptuosité, une magnificence, et liesse, tendresse, et caresse.
En écho, nous balbutiions : ensemencement ; nous murmurions : ensemencement. Nous labourions les champs d’étoiles, nous semions les graines de grands soleils, nous récoltions les illuminations.
Tu te souviens ?
Pourquoi tu ne dis rien ?
Tes yeux brillent derrière un voile humide.
Pourquoi tu ne dis rien ?
Tu te souviens ?
Tu te souviens ?
Tu fredonnais le chant de la mer, en chant de vagues montantes ; tu restais des heures mouvantes, ondulantes sur les quais déserts. Tu chantais toute présence, tu redoublais l’existence que sublimait ta voix aimante. Moi, je t’écoutais, l’âme entre les flots. Toi si poignante quand naissait une aria de ta bouche caressée de soleil, toi, diva, en chœur dans la vie qui jouait le grand air d’un opéra. Mille vibrations lyriques parcouraient mon corps et toutes choses à la ronde.
Tu te souviens ? Tu te souviens ?
Maintenant, tout s’est tu. Pas un murmure le long des solitudes. Pas une parole en mesure de pousser les battants noirs de la nuit, d’ouvrir la grille du monde où se libèrent les mots insensés, mille récits dérisoires, les voix des petits riens, ou les révélations intimes, ou de lourds aveux, ou les profondes et sombres oraisons.
Nous irons encore, tu sais, quand vient la nuit, nous irons encore glisser sur le galbe bleu de la lune, nous irons traverser des océans nouveaux, inédits, et puis danser dessous les nuées rouges, en flammes, et rouler follement dans l’herbe verte des collines. Nous traverserons toutes les turbulences, toutes les bourrasques, toutes les violences, et nous retrouverons l’éloquence, les locutions du printemps, l’expression de la vie bruissante, morsure des plages de silence par les vagues répétées, sans fin, contées ; nous retrouverons mille cris, mille mots, mille chants.
Ton visage resplendit.
Pourquoi tu ne dis rien ?
Assise sur ce divan depuis si longtemps, sans rien dire, sans rien faire, immobile, tu ne dis rien.
Tu ne ries pas, tu ne chantes pas, tu ne bouges pas.
Tes yeux brillent pourtant. Ton visage resplendit.
Pourquoi tu ne dis rien ?
Il faudrait des vies à raconter, réelles ou imaginaires, des récits drôles, des récits épiques, des amours romantiques ; il faudrait des mots en fleurs par bouquets arrosés des plus belles répliques, et tu serais la résurgence des paroles émouvantes, et tu me parlerais, encore et encore, source inextinguible, abondante, et tu me parlerais, encore.
Il faudrait donner à ta voix toutes les voix, les voix disparues, éteintes, celles à jamais perdues, celles jamais entendues. Il faudrait trouver toutes les phrases. Il faudrait trouver mille accents, les tons variés à l’infini, toutes les mélodies. Inventer tous les mots manquants que tu pourrais dire, que tu pourrais écrire.
Qu’en dis-tu ? Dis, qu’en dis-tu ?
Ce silence. Cette absence. La vie en toi s’est tue.
Dis, à quoi penses-tu ?
Tu restes figée au-delà de toute parole. Sans une larme, sans un sanglot.
Il faudrait peser chaque mot sur la balance de l’âme et t’offrir les plus légers et les plus doux.
Il faudrait chercher les réponses aux questions les plus sibyllines, affronter toutes les énigmes, toutes les arcanes, tous les secrets, et ta voix serait cristalline qui saurait répondre aux mystères, aux noires ténèbres.
Pourquoi tu ne dis rien ?
Ton visage resplendit.
Je ne déchiffre plus ta blessure, ta souffrance, ta fêlure.
Tu te souviens quand tous deux, adossés à l’horizon, ensemble nous rêvions. Serrés l’un contre l’autre, faces contre ciel, ciel en face et nos yeux éblouis.
Nos songes se levaient, voiles d’un grand navire poussé par le vent, léger zéphyr. Il flottait sur les dérives des lumières rayonnantes nées aux points fous et brûlants des matins neufs, bouillonnants, effervescents.
Nous nous disions tout, tout ce qui vit, tout ce qui passe, tout ce qui nous dépasse.
Nous appelions le nom des choses, nous saisissions les mots quand ils volent : le phénix et le prodige, une somptuosité, une magnificence, et liesse, tendresse, et caresse.
En écho, nous balbutiions : ensemencement ; nous murmurions : ensemencement. Nous labourions les champs d’étoiles, nous semions les graines de grands soleils, nous récoltions les illuminations.
Tu te souviens ?
Pourquoi tu ne dis rien ?
Tes yeux brillent derrière un voile humide.
Pourquoi tu ne dis rien ?
Tu te souviens ?
Tu te souviens ?
Tu fredonnais le chant de la mer, en chant de vagues montantes ; tu restais des heures mouvantes, ondulantes sur les quais déserts. Tu chantais toute présence, tu redoublais l’existence que sublimait ta voix aimante. Moi, je t’écoutais, l’âme entre les flots. Toi si poignante quand naissait une aria de ta bouche caressée de soleil, toi, diva, en chœur dans la vie qui jouait le grand air d’un opéra. Mille vibrations lyriques parcouraient mon corps et toutes choses à la ronde.
Tu te souviens ? Tu te souviens ?
Maintenant, tout s’est tu. Pas un murmure le long des solitudes. Pas une parole en mesure de pousser les battants noirs de la nuit, d’ouvrir la grille du monde où se libèrent les mots insensés, mille récits dérisoires, les voix des petits riens, ou les révélations intimes, ou de lourds aveux, ou les profondes et sombres oraisons.
Nous irons encore, tu sais, quand vient la nuit, nous irons encore glisser sur le galbe bleu de la lune, nous irons traverser des océans nouveaux, inédits, et puis danser dessous les nuées rouges, en flammes, et rouler follement dans l’herbe verte des collines. Nous traverserons toutes les turbulences, toutes les bourrasques, toutes les violences, et nous retrouverons l’éloquence, les locutions du printemps, l’expression de la vie bruissante, morsure des plages de silence par les vagues répétées, sans fin, contées ; nous retrouverons mille cris, mille mots, mille chants.
Ton visage resplendit.
Pourquoi tu ne dis rien ?
Louis- Nombre de messages: 329
Age: 56
Date d'inscription: 28/10/2009
Re: Taciturne
J'ai été réticent pendant le premier tiers du texte à cette écriture qui, pour moi, abusait de procédés, se faisait trop visible et étouffait l'émotion. Puis, un étrange basculement s'est opéré : j'ai été emporté dans un tourbillon hypnotique et j'ai enfin pu apprécier la poésie de l'écriture à sa juste valeur. Un texte fascinant et communicatif, extrêmement touchant, surtout.
Deux remarques :
- « Tu ne ries pas » : « ris » ;
- « et ta voix serait cristalline qui saurait répondre aux mystères » : je mettrais une virgule après « cristalline », sauf effet stylistique.
Deux remarques :
- « Tu ne ries pas » : « ris » ;
- « et ta voix serait cristalline qui saurait répondre aux mystères » : je mettrais une virgule après « cristalline », sauf effet stylistique.
alex- Nombre de messages: 2564
Age: 20
Localisation: « ¿ ¡ à À â  ä Ä æ Æ ç Ç é É ê Ê è È ë Ë í Í î Î ì Ì ï Ï ñ Ñ ó Ó ô Ô ò Ò ö Ö œ Œ ß ú Ú û Û ù Ù ü Ü × ‰ € – — … »
Date d'inscription: 14/01/2010
Re: Taciturne
Magnifique.
J'ai été soulevée par la houle de tes mots, brassée par ce ressac de phrases comme par une mer vive... puis j'ai échoué, éblouie !
J'ai été soulevée par la houle de tes mots, brassée par ce ressac de phrases comme par une mer vive... puis j'ai échoué, éblouie !

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Taciturne
Respect...

Easter(Island)- Nombre de messages: 12089
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Taciturne
Un texte puissant et émouvant, c'est difficile d'en dire plus... Je le verrais très bien en chanson, guitare-voix ou piano-voix.

Kash Prex- Nombre de messages: 1481
Age: 23
Localisation: Mitilini (Grèce) kash_prex@hotmail.fr
Date d'inscription: 17/09/2007

Re: Taciturne
Une brassée de bravos...

Ba- Nombre de messages: 3022
Age: 59
Localisation: Tout dépend du vent, c'est dire...
Date d'inscription: 08/02/2009
Re: Taciturne
Une jolie toile de mots tissés pour piéger le silence.

Rebecca- Nombre de messages: 8051
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Taciturne
Louis... c'est beau, c'est bouleversant comme une Messe de Bach dans une église vide.
J'ai pleuré, oui, en te lisant.
J'ai pleuré, oui, en te lisant.

CROISIC- Nombre de messages: 1459
Age: 57
Localisation: COGNAC
Date d'inscription: 29/06/2009

Re: Taciturne
Superbe ! Ce texte m’a prise aux tripes, merci pour cette belle émotion. J’avais moi aussi envie de dire « mais pourquoi tu ne dis rien, pourquoi tu ne réponds pas ? ».

elea- Nombre de messages: 3184
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Re: Taciturne
je n'aime pas le texte et la façon et essaye depuis ce matin tôt de trouver les mots pour le dire
chaque fois je me plante
tranché
lapidaire
je vais essayer, plus tard
me demande même si un exercice autour de ton texte, louis, avec ta pemission, ne pourrait pas être passionnant...
chaque fois je me plante
tranché
lapidaire
je vais essayer, plus tard
me demande même si un exercice autour de ton texte, louis, avec ta pemission, ne pourrait pas être passionnant...
grieg- Nombre de messages: 5925
Localisation: plus très loin
Date d'inscription: 13/12/2005
Re: Taciturne
Une très belle supplique!
Sa poésie pure, comme timide au début, se déploie et s'allège ensuite.
(Je partage l'avis d'Alex, peut-être trop de "il faudrait", et de "mille" ? L'emploi répété de l'imparfait, sonnant précieux ? )
Ce texte m'a touchée , -cependant bien moins que d'autres de ta plume-.
Merci pour ce partage.
Sa poésie pure, comme timide au début, se déploie et s'allège ensuite.
(Je partage l'avis d'Alex, peut-être trop de "il faudrait", et de "mille" ? L'emploi répété de l'imparfait, sonnant précieux ? )
Ce texte m'a touchée , -cependant bien moins que d'autres de ta plume-.
Merci pour ce partage.

Polixène- Nombre de messages: 1146
Age: 49
Localisation: dans un pli du temps
Date d'inscription: 23/02/2010

Taciturne
C'est un très beau texte pour dire des choses difficiles. Baucoup de finesse. Le silence du deuxième personnage est bien marqué et la fin est vraiment très bien. Beaucoup de réflexions dans ce texte. C'est dit d'une façon douce et simple, bravo !!

RICHARD2- Nombre de messages: 129
Age: 51
Date d'inscription: 27/08/2010
Re: Taciturne
Je remercie toutes les commentatrices et tous les commentateurs de Taciturne.
Grieg, j'accepte bien sûr un exercice autour du texte, bien que je ne voie pas en quoi il pourrait consister. Je ne sacralise pas les textes, et surtout pas les miens.
Grieg, j'accepte bien sûr un exercice autour du texte, bien que je ne voie pas en quoi il pourrait consister. Je ne sacralise pas les textes, et surtout pas les miens.
Louis- Nombre de messages: 329
Age: 56
Date d'inscription: 28/10/2009
Re: Taciturne
j'essaye de trouver un ordinateur sur lequel je puisse taper plus de trois mots
j'essaye de rassembler ces mots pour te faire un commentaire digne de nom
et je te, vous, nous propose un exercice
début de semaine... ou avant
j'essaye de rassembler ces mots pour te faire un commentaire digne de nom
et je te, vous, nous propose un exercice
début de semaine... ou avant
grieg- Nombre de messages: 5925
Localisation: plus très loin
Date d'inscription: 13/12/2005
Re: Taciturne
j'aime aussi, indéniable, même si la progression et trop attendue. alors, est-ce-qu'on peu faire valser le temps sans perdre le fil ? J'attends l'exo grieg , ça me botte d'avance.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: Taciturne
Bon ! J’ai dit plus haut que je n’aimais pas, et là, je me dois de dire pourquoi.
Je pense que ce texte est sciemment incomplet.
Incomplet, d’abord, parce que j’ai le sentiment que tu laisses la porte ouverte à toute interprétation et construis cette élégie en piège à lecteur, à mémoire, trappe à nostalgie, avec pour appâts quelques images bien senties.
De quoi s’agit-il ici ?
D’un couple au bout d’une vie, de la fin d’un amour, d’une relation, une querelle éternelle ; d’ennui, de dépression ; s’agit-il de maladie, de folie, d’un traumatisme ; ou bien encore est-ce un écrivain qui s’adresse à sa Muse, un homme qui parle à sa Vie…
Tu donnes à chacun la possibilité de poser son histoire, son pathos…
Le procédé en soi n’est pas condamnable, mais je n’ai personnellement rien trouvé à y mettre, car tes mots ne m’ont pas séduit, emporté. Avant d’être embarqué, de laisser l’empathie me submerger, j’ai eu cette impression de déjà-lu qui m’a laissé sur le côté.
Peut-être parce que tu uses de tous ces artifices, éculés, eux-mêmes : appel aux cieux, à la terre, à la mer et aux vents, aux mélodies, aux chants de l’homme et de la nature, mais jamais ne les dépasse.
Certaines images sont belles, mais elles ne sont que ça.
J’applaudis aux références d’un « peser chaque mot sur la balance de l’âme », au rythme d’un « ta blessure, ta souffrance, ta fêlure. », au lyrisme des « dérives des lumières rayonnantes nées aux points fous et brûlants des matins neufs », « Nous labourions les champs d’étoiles », « Pas un murmure le long des solitudes », « nous irons encore glisser sur le galbe bleu de la lune ».
Pour le reste, tu te sers de mots-monde (les fleurs, voix, mélodies, noires ténèbres, horizon et ciel, songes et voiles et vent, mers chants, nuits et nuées), de listes, énumération ou gradation atypique (« questions les plus sibyllines, affronter toutes les énigmes, toutes les arcanes, tous les secrets, et ta voix serait cristalline qui saurait répondre aux mystères », « le prodige, une somptuosité, une magnificence, et liesse »…), et surtout, tu les assènes sans les transformer, les faire vivre, leur donner un sens original…
Quand Aragon me dit dans « Journal de moi » :
Ce qui est devant ressemble à la mer et vais-je la trouver moins belle d’être mon naufrage
Ou encore, quand Michaux écrit « Nous deux encore » et finit ainsi :
Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…
Ils usent des mêmes artifices mais me touchent par l’originalité du sentiment et de la forme, et me bouleversent parce qu’ils m’entraînent au-delà et au-delà et au au-delà.
Pour moi, ton élégie est à la prose lyrico-intimiste ce que les superproductions hollywoodiennes sont au 7ème art.
(Pardon ! J’exagère pour le plaisir)
Pour souligner encore l’idée d’incomplétude (dieu que ce mot est laid), je vais faire référence au cinéma, et à un film en particulier (je pourrais aussi en appeler à « 2001, l’odyssée de l’espace » ou à « Johnny got his gun » pour dire la même chose) :
« The tree of life »
Durant 20 minutes ce film ne propose que des acteurs qui jouent, des mouvements de caméras qui se montrent, des apartés esthétiques pseudo-lyriques, à tel point que j’ai fini par m’écrier : « non ! Il ne va pas me sortir l’aurore boréale ou l’espace… » Et si ! Une demi-heure de plus d’esthétique et de symbolisme lobotomisant …
J’avais le doigt sur « stop », la cervelle en capilotade… Mais l’ennui était si fort que je n’ai pas trouvé la force de quitter l’écran…
Bonne chose.
Parce que c’était bel et bien un lavage de cerveau auquel le réalisateur m’avait soumis.
Il m’avait saturé l’émotion pour me donner à voir avec un œil neuf une histoire, libre de toute référence. Il m’avait vidé la pensée pour laisser la place à son art, sans interférence.
Et quelle beauté, quelle émotion… Quel pied !
Il m’a manqué cette deuxième partie dans ton texte ; le souffle puissant qui m’aurait fait chavirer.
Cela dit, et pour conclure - pas comme une excuse mais plutôt pour que mon commentaire soit complet - je reconnais que tu as la maîtrise, et un style. Et suis heureux que des textes comme les tiens existent ici.
Je suis même ravi par tes analyses de textes freudiennes (même si je ne dirai pas ce que j’en pense… On pourrait croire que je t’en veux personnellement).
Certains qui me connaissent penseront que de toute façon ce texte n’est pas mon genre, et ils n’auront pas tort, mais j’aime aussi lire autre chose et apprécie les textes de milo ou de mitsouko. Je suis ébahi par la plume de kilis et donnerait une jambe pour avoir l’ombre de son talent… Je n’aime pas que ce que je devrais aimer.
Je pense que ce texte est sciemment incomplet.
Incomplet, d’abord, parce que j’ai le sentiment que tu laisses la porte ouverte à toute interprétation et construis cette élégie en piège à lecteur, à mémoire, trappe à nostalgie, avec pour appâts quelques images bien senties.
De quoi s’agit-il ici ?
D’un couple au bout d’une vie, de la fin d’un amour, d’une relation, une querelle éternelle ; d’ennui, de dépression ; s’agit-il de maladie, de folie, d’un traumatisme ; ou bien encore est-ce un écrivain qui s’adresse à sa Muse, un homme qui parle à sa Vie…
Tu donnes à chacun la possibilité de poser son histoire, son pathos…
Le procédé en soi n’est pas condamnable, mais je n’ai personnellement rien trouvé à y mettre, car tes mots ne m’ont pas séduit, emporté. Avant d’être embarqué, de laisser l’empathie me submerger, j’ai eu cette impression de déjà-lu qui m’a laissé sur le côté.
Peut-être parce que tu uses de tous ces artifices, éculés, eux-mêmes : appel aux cieux, à la terre, à la mer et aux vents, aux mélodies, aux chants de l’homme et de la nature, mais jamais ne les dépasse.
Certaines images sont belles, mais elles ne sont que ça.
J’applaudis aux références d’un « peser chaque mot sur la balance de l’âme », au rythme d’un « ta blessure, ta souffrance, ta fêlure. », au lyrisme des « dérives des lumières rayonnantes nées aux points fous et brûlants des matins neufs », « Nous labourions les champs d’étoiles », « Pas un murmure le long des solitudes », « nous irons encore glisser sur le galbe bleu de la lune ».
Pour le reste, tu te sers de mots-monde (les fleurs, voix, mélodies, noires ténèbres, horizon et ciel, songes et voiles et vent, mers chants, nuits et nuées), de listes, énumération ou gradation atypique (« questions les plus sibyllines, affronter toutes les énigmes, toutes les arcanes, tous les secrets, et ta voix serait cristalline qui saurait répondre aux mystères », « le prodige, une somptuosité, une magnificence, et liesse »…), et surtout, tu les assènes sans les transformer, les faire vivre, leur donner un sens original…
Quand Aragon me dit dans « Journal de moi » :
Ce qui est devant ressemble à la mer et vais-je la trouver moins belle d’être mon naufrage
Ou encore, quand Michaux écrit « Nous deux encore » et finit ainsi :
Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…
Ils usent des mêmes artifices mais me touchent par l’originalité du sentiment et de la forme, et me bouleversent parce qu’ils m’entraînent au-delà et au-delà et au au-delà.
Pour moi, ton élégie est à la prose lyrico-intimiste ce que les superproductions hollywoodiennes sont au 7ème art.
(Pardon ! J’exagère pour le plaisir)
Pour souligner encore l’idée d’incomplétude (dieu que ce mot est laid), je vais faire référence au cinéma, et à un film en particulier (je pourrais aussi en appeler à « 2001, l’odyssée de l’espace » ou à « Johnny got his gun » pour dire la même chose) :
« The tree of life »
Durant 20 minutes ce film ne propose que des acteurs qui jouent, des mouvements de caméras qui se montrent, des apartés esthétiques pseudo-lyriques, à tel point que j’ai fini par m’écrier : « non ! Il ne va pas me sortir l’aurore boréale ou l’espace… » Et si ! Une demi-heure de plus d’esthétique et de symbolisme lobotomisant …
J’avais le doigt sur « stop », la cervelle en capilotade… Mais l’ennui était si fort que je n’ai pas trouvé la force de quitter l’écran…
Bonne chose.
Parce que c’était bel et bien un lavage de cerveau auquel le réalisateur m’avait soumis.
Il m’avait saturé l’émotion pour me donner à voir avec un œil neuf une histoire, libre de toute référence. Il m’avait vidé la pensée pour laisser la place à son art, sans interférence.
Et quelle beauté, quelle émotion… Quel pied !
Il m’a manqué cette deuxième partie dans ton texte ; le souffle puissant qui m’aurait fait chavirer.
Cela dit, et pour conclure - pas comme une excuse mais plutôt pour que mon commentaire soit complet - je reconnais que tu as la maîtrise, et un style. Et suis heureux que des textes comme les tiens existent ici.
Je suis même ravi par tes analyses de textes freudiennes (même si je ne dirai pas ce que j’en pense… On pourrait croire que je t’en veux personnellement).
Certains qui me connaissent penseront que de toute façon ce texte n’est pas mon genre, et ils n’auront pas tort, mais j’aime aussi lire autre chose et apprécie les textes de milo ou de mitsouko. Je suis ébahi par la plume de kilis et donnerait une jambe pour avoir l’ombre de son talent… Je n’aime pas que ce que je devrais aimer.
grieg- Nombre de messages: 5925
Localisation: plus très loin
Date d'inscription: 13/12/2005
Re: Taciturne
et pour l'exercice, oublions !
Je n'aurais ni le temps, ni la force d'aller au bout de l'idée.
Je n'aurais ni le temps, ni la force d'aller au bout de l'idée.
grieg- Nombre de messages: 5925
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