Chromo...

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Message  coline Dé le Jeu 10 Nov - 1:23



Le paquet avait été livré dans les délais − la maison tient à sa réputation − et je l’avais reçu le vendredi matin, comme prévu, m’apercevant à cette occasion à quel point l’organisation minutieusement coordonnée avait négligé un détail : je n’étais pas prête.
Mentalement.
Pourtant j’avais utilisé mon temps d’enfance aux jeux réglementaires sans aucune réticence, été même plusieurs fois félicitée pour quelque heureuse initiative, couture de petits vêtements ou je ne sais plus quoi…
A l’adolescence bien sûr, les incitations s’étaient accentuées, plus ou moins subtiles. Avais-je développé une insensibilité particulière ? Je passais entre les publicités sans les voir, ignorais les pressions culturelles, et j’affichais avec hauteur un mépris abyssal pour les encourage-
ments financiers.
Ma mère s’était inquiétée. Je sentis nettement nos relations se refroidir, cela me fit un peu de peine, mais je ne comprenais pas d’où cela venait. Elle ne disait rien, car bien sûr nous étions censées choisir sans être influencées.
Il m’arrivait d’entendre des bribes de conversation entre les psy et elle : « … il faut quelque fois plus de temps… Ne désespérez pas, cela viendra tout naturellement… », mais mon insouciance n’établissait pas de liens entre ces discussions, la froideur maternelle et les cours de statuaire qui me furent offerts.
Je tripotai donc la glaise, sans répugnance mais sans goût particulier. C’était une activité. Parmi cent seize. Dans lesquelles je ne me montrais jamais ni bonne ni mauvaise : docile et parfaitement absente. Je sculptai tous les petits chats, les petits ours, les petits bébés moches qu’on voulut.
Il me semble avoir traversé tous les enseignements sans offrir la moindre prise, seulement occupée à être. Un caillou.
C’est une extraordinaire occupation, être. Se déployer jusque dans l’infime, être parfaitement, dense et pleine. Cela ne laisse pas la moindre place à des acquisitions, à des désirs…
J’ignore d’où me venait cette singulière faculté, mais j’en jouissais sans soupçonner à quel point elle me différenciait des autres.
J’ai dû passer pour demeurée bien souvent.
Quelques vagues amies se succédèrent ; faute d’obtenir le degré de pression et de chaleur qu’elles jugeaient indispensables à l’éclosion de sentiments adéquats, elles se reprenaient très vite, parfois avec éclats et reproches. Je n’étais pas douée pour la dramatisation, et ça les chagrinait beaucoup.
Petit à petit, elles se marièrent et eurent des enfants, qu’elles s’obstinèrent à me mettre périodiquement sous le nez avec une fierté qui me laissait perplexe.
Un médecin finit par me prendre en main.
Il semblait savoir de quoi il parlait.
J’écoutais. Un peu. Suffisamment pour qu’il puisse déclarer la cure terminée.
J’étais guérie.
Je n’ai jamais vraiment su de quoi. Je ne remarquai pas de changements notables et acceptai les modalités prescrites pour le suivi.
Ce qui m’amena à faire cette « commande » qui venait de m’être livrée.

L’emballage était assez joli, extrêmement bien conçu : on entrevoyait par une petite ouverture ce dont il s’agissait, sans toutefois tout découvrir, ce qui laissait une part de mystère propice à aiguiser la curiosité. Je défis soigneusement le paquet.
C’était une fille !
Elle était nue, potelée, couchée dans une coque qui épousait parfaitement sa forme et dont les parties inemployées par le corps renfermaient :
− un mode d’emploi rédigé en vingt sept langues,
− un bon de garantie à vie,
− un pinceau et trois flacons de dorure.
Je signai, sans émettre de réserves sur la livraison.
Je posai l’enfant sur la table et entrepris de la dorer.
C’était une occupation pénible, longue et fastidieuse, ça ne tenait pas…
Il me fallut quatre couches.
Je me dis que c’était bien peu pour un bébé. Mais je ne me sentais toujours pas mère.
Elle était grotesque sous ces épaisseurs dégoulinantes qui séchaient mal et dont l’éclat me paraissait d’un goût plus que discutable.
Cette étape était-elle vraiment nécessaire ? L’entreprise qui livrait ces enfants à dorer exigeait que le processus complet soit effectué selon les instructions sous peine de voir la garantie devenir caduque…
Tant pis pour la garantie ! Je saisis le bébé par la peau du dos et la frottai vigoureusement à la pierre ponce, sous le robinet pour éviter l’échauffement.
Elle cria un peu mais prit graduellement une belle couleur de granit.
Je la nommai « Caillou ».
Sans X.


coline Dé

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Re: Chromo...

Message  hi wen le Jeu 10 Nov - 1:39

awouè d'accord, un personnage caillou qui voit l'humanité sous forme de caillou.
la lecture m'a rendu un peu caillou.



hi wen

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Re: Chromo...

Message  alex le Jeu 10 Nov - 3:04

Une écriture toujours aussi soignée, qui porte, au service d'une histoire sensible, tendre mais sans complaisance. J'adore te lire ainsi, coline !

Quelques remarques bas de gamme :
- « A l’adolescence bien sûr » : accentuation des majuscules, « À » (Alt + 0192 ou mon profil) ;
- « car bien sûr nous étions censées » : la répétition de « bien sûr » me semble trop proche ;
- « entre les psy et elle » : les mots tronqués prennent pour la plupart la marque du pluriel. Sur le modèle « une télé, deux télés », j'écrirais donc « psys » (à vérifier) ;
- « il faut quelque fois plus de temps » : « quelquefois » ;
- « Je sculptai tous les petits chats, les petits ours, les petits bébés moches qu’on voulut. » : j'aime ces petites touches d'ironie ;
- « je ne me montrais jamais ni bonne ni mauvaise » : ... « volonté » ? ;
- « − un mode d’emploi rédigé en vingt sept langues, » : point-virgule et non virgule à la fin de chaque ligne de liste.

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Message  alex le Jeu 10 Nov - 3:07

Par ailleurs, dans ma dernière remarque, justement : « vingt sept langues » : « vingt-sept langues » (trait d'union). Mais « cent seize » plus haut est ok.

alex

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Re: Chromo...

Message  elea le Jeu 10 Nov - 22:39

Beaucoup aimé toute la subtilité du texte, qui dit sans dire, qui a plusieurs niveaux de lecture et se termine en beauté. Rien ne manque ni n’est à retrancher.
Joli texte, c’est beau un caillou, ça recèle plein de choses sous la froideur apparente.

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Message  Rebecca le Ven 11 Nov - 9:27

Perso, je préfère me faire dorer la pilule que me retrouver à dire (comme ton personnage ?) j'ai et je hais mon bébé à dorer
c'est ta façon de, coline dé, tester la version et l'aversion gore d'une famille en or ?
Mais j'ai le sentiment de me fourvoyer
Je me suis beaucoup interrogée en fait sur ce texte car il est compact comme un caillou. Je ne suis pas sure d'en avoir fait le tour. Ni de l'avoir compris. Surtout quand alex parle d'une histoire sensible et tendre. Un peu déstabilisée quand même.

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Message  Polixène le Ven 11 Nov - 10:35

Humour noir, dérision, légèreté et vivacité pour traiter de sujets délicats et difficiles... Quelle maîtrise!
L'inadéquation au monde, le refus de se laisser formater, embrigader, mettre en cage -même avec un appât-tendresse- ,la relation à la parentalité, à la maternité, c'est d'une richesse!
Exactement comme les géodes, ces pierres sphériques d'apparence banale qui recèlent un véritable trésor si on les ouvre...

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Message  Easter(Island) le Ven 11 Nov - 11:32

Wow ! C'est surprenant. Dérangeant, pour le moins. Je voudrais dire que j'adore mais en fait je crois que je déteste, tout ce que cela m'évoque. Chromo ou le coup de pied dans la fourmilière.

Côté plus anodin, plus consensuel, bravo pour l'écriture soignée.

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Message  RICHARD2 le Ven 11 Nov - 12:40

J'ai bien aimé ton texte qui dévoile des sentiments tout en finesse et la chute, c'est du granit !

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Re: Chromo...

Message  CROISIC le Ven 11 Nov - 13:40

Je l'ai tournicoté dans tous les sens. Je reviens toujours à mon point de départ : on ne devient pas mère, d'abord nous ne sommes plus obligées de l'être. Même avec la peinture à dorer nous pouvons ne pas être sensible à cet appât.
Perso, même sans la peinture j'ai aimé ton texte moderne et que l'on peut comprendre comme on le souhaite : un conte ou un fait de Société (parfois c'est pareil).
Beaucoup aimé "sans X" et je suis raide dingue des caillou(x).

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Re: Chromo...

Message  Damy le Ven 11 Nov - 19:30

C’était une activité. Parmi cent seize.
Personnellement elle aurait été de trop pour moi…

Sur le mode d’emploi :

私は増加することを望みません =
ولا أريد أن تزيد =
אני לא רוצה להתרבות =
Я не хочу увеличиваться =
non voglio crescere

Moi non plus !

Attention aux ricochets tout de même….


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Re: Chromo...

Message  Ba le Ven 11 Nov - 20:12

Genre d'histoire à me plaire.

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Re: Chromo...

Message  alex le Ven 11 Nov - 20:29

Rebecca a écrit:
Je me suis beaucoup interrogée en fait sur ce texte car il est compact comme un caillou. Je ne suis pas sure d'en avoir fait le tour. Ni de l'avoir compris. Surtout quand alex parle d'une histoire sensible et tendre. Un peu déstabilisée quand même.


J'ai de la tendresse pour ce personnage que le monde ne comprend pas et rejette, pour ce personnage qui ne se laisse pas démonter pour autant et refuse de ployer sous le poids des conventions, des pressions sociales environnantes. Peut-être ai-je mal compris le texte ? La désacralisation de la maternité (« une mère aime forcément son enfant à la naissance, c'est évident ! » dirait l'opinion commune) me paraît fort bien à propos ; elle s'écarte du manichéisme habituel en la matière pour proposer une vision plus nuancée, celle d'une mère qui n'est « pas prête » lorsque ce bébé vient au monde, qui se fait violence mais qui parvient finalement à surmonter ses appréhensions. C'est en cela que je ne trouve pas la chute dérangeante, sauf si je ne la comprends pas (la narratrice-personnage nomme sa fille « caillou » et ce-faisant assume sa filiation). Aurait-elle frotté son bébé si fort au préalable qu'elle a fini par le tuer, seul moyen pour elle d'en supporter l'existence ? Je dois l'admettre, je ne suis pas certain d'avoir saisi et ai peut-être fait sur le texte un gros contresens.

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Re: Chromo...

Message  Rebecca le Ven 11 Nov - 20:37

"A l’adolescence bien sûr, les incitations s’étaient accentuées, plus ou moins subtiles. Avais-je développé une insensibilité particulière ? Je passais entre les publicités sans les voir, ignorais les pressions culturelles, et j’affichais avec hauteur un mépris abyssal pour les encourage-
ments financiers"
C'est cette phrase que je ne comprends pas bien, son rapport avec la suite et l'occupation glaise.

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Re: Chromo...

Message  coline Dé le Ven 11 Nov - 20:38

Je profite d'être en haut : Merci à vous, et particulièrement à Polixène et Alex. Ce texte est un ovni, même pour moi.
La seule chose dont je sois sûre, c'est que toute forme de formatage, au ras du consensuel mollasse me devient insupportable !
Oui, la nommer Caillou, c'est lui donner une existence hors norme. Et ça ne tue pas !!!

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Re: Chromo...

Message  alex le Ven 11 Nov - 20:41

Voilà. Donc le pessimisme n'était pas de mise, comme je le pensais. Je confirme mon premier avis ; le message que tu délivres me plaît, il est beau.

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Re: Chromo...

Message  Louis le Sam 12 Nov - 12:57

Il manque quelque chose à la narratrice, quelque chose qu’elle ne sait pas nommer.
Ce qui apparaît d’abord, c’est le manque en elle de l’idée de procréation, et aussi celle de maternité.
Elle n’enfante pas un bébé, ne se représente pas comme une femme, ne s’identifie pas à une mère. Un enfant ne peut venir à ses yeux que de l’extérieur, et non d’elle-même. Ce que rend l’image au début du texte du colis reçu, par la poste, un enfant « expédié » tout fait.

Elle ne se sent pas femme, la féminité lui manque, mais lui manquent aussi la vie, l’humanité. Elle se sent « être », être, mais non vivre. « … seulement occupée à être. Un caillou. ». Elle ne s’éprouve pas humaine, pas même animal, mais minérale : un caillou. Caillou inerte, sans vie.
« C’est une extraordinaire occupation, être. Se déployer jusque dans l’infime, être parfaitement, dense et pleine. Cela ne laisse pas la moindre place à des acquisitions, à des désirs… ».
Elle s’identifie à un minéral, sans vie, parce qu’elle ne sent pas en elle le désir. Aucun désir. Handicapée du désir, il lui manque ce qui caractérise par essence la vie. Le désir est éprouvé comme manque, or elle se veut « être parfaitement, dense et pleine ». Un pur « être » sans le vide, ce « trou d’être » comme dirait Sartre, ce « néant » du manque. Cette part manquante en elle, au fond, c’est le manque.
Etre sans néant, elle ne s’éprouve pas vivante. Simple caillou. Froid caillou. Froideur qui empêche l’amitié durable : « … faute d’obtenir le degré de pression et de chaleur qu’elles [les éventuelles amies] jugeaient indispensables ».
Le manque dont elle est dépourvue semble s’exprimer dans le manque d’une lettre.
Lorsqu’elle reçoit le bébé, elle comprend qu’il lui faut le « dorer ». Et non l’adorer. Il manque le « a », le petit a, « l’objet petit a » comme dirait Lacan, l’objet absent du désir. Petit a : la lettre du néant.
Atteinte, elle ne l’est pas. Toujours froide, toujours de pierre, pierre ponce, elle donne à l’enfant une teinte, sans a : elle « prit graduellement une belle couleur de granit ». Elle ne porte pas atteinte au bébé, pas de culpabilité, elle le porte à la teinte du granit. Teinte : chromo.
L’enfant sera nommé : « caillou », mais « sans x ». Il est aussi l’enfant du manque. Il ne naît pas sous x, mais sans x. Il n’est pas vraiment féminin ( Caillou est d’ailleurs masculin), il lui manque justement un chromosome, le second x du féminin. Pas un garçon non plus, sans x il n’y a plus qu’un y.
Ainsi le manque s’étend, de a jusqu’à x, de a jusqu’ à y. Tout un alphabet du vide, l’alphabet de la vie absente, de la vie sans couleur. Vie éteinte, atone.

Le personnage narrateur semble faire sien cet enfant, ce bébé reçu, non porté, mais a-pporté ; sans gestation, mais livraison par une compagnie, pas une compagnie des cigognes, plutôt de facteurs : facteurs lettres manquantes.
Est-ce bien pourtant son enfant ? Deviendrait-elle mère ? Pas vraiment. Elle se projette en lui. Elle est pierre, il est caillou. Il n’est pas procréation, mais reproduction de son être minéral. Fragment de roche détaché d’elle-même ? Pas même. Juste un miroir teint. Miroir chromo.

Le narrateur est une sorte de statue animée, un peu comme l’hypothèse de la statue faite par Condillac, mais à qui il a manqué ce qui permettrait de devenir un être humain, une femme, une mère. L’enfant est statufié dans le granit par le narrateur, femme pétrifiée, qui répète les activités infantiles qu’elle a interprétées comme relevant de la sculpture : « les cours de statuaire qui me furent offerts (…) Je sculptai tous les petits chats, les petits ours, les petits bébés moches qu’on voulut ».

Comment cette femme en est-elle venue à s’identifier à une statue de pierre animée ?
Il y a le regard de l’autre qui fige, celui de la mère, celui des « psy » et des amitiés avortées, regard qui fige, qui enferme dans une définition. Regard de méduse qui pétrifie. On pense à Sartre, aux personnages de Huis clos qui, par le regard pétrificateur que chacun porte à l’autre, font de leur existence un enfer de pierre, où manque le néant qui permet de s’échapper.
Sans statut social, la narratrice n’est pas vue comme être vivant à part entière, femme et mère, elle n’est plus que statue, définie dans l’être minéral, dans la froideur inhumaine de la pierre. Les autres lui ont donné son être.

Texte très intéressant coline, un texte à la Borgès qui pousse jusqu’à l’extrême les conséquences d’une femme qui ne se sent pas femme, mère et personne vivante.
Le seul point « optimiste » de ce texte, c’est la parole. La narratrice parle d’elle-même, prend donc conscience de son histoire, et par là se sauve un peu de la minéralité, ne se confond plus tout à fait avec une statue figée, sans vie.
Bravo Coline pour ce texte profond et riche de sens.

Louis

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Re : Chromo

Message  Raoulraoul le Sam 12 Nov - 17:42

Bien construit ton texte. Tu nous amènes vers quelque chose qui ne vient jamais. "Etre" évidemment telle est la question sans réponse. Suffit d'être pour exister hors du mot. Cette poupée me paraît être l'allégorie d'une impossibilité, d'un désir, d'une soif etc... Mots simples mais allusifs. Ce paquet pourrait être anecdotique, mais tu parviens à trangresser le colis, pour nous renvoyer ce bébé à nous-même... Merci de la livraison.
RAOUL

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Re: Chromo...

Message  Arielle le Sam 12 Nov - 17:43

Si je savais tirer
du ventre mou des pierres
si têtue
si menue
cette voix muselée
refusant de se taire ...
avant de fuir en sable entre les doigts de l'air
lèverais du silence le voile quotidien
sur la saveur du monde


Un ovni qui m'a émue, Coline.
Que dire de la tendresse et de la souffrance des pierres !

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Re: Chromo...

Message  Janis le Dim 13 Nov - 8:55

... Qui tenait dans sa paume
un caillou sans couleur,

Pour le montrer au jour
Pour lui donner le jour

Pour nous montrer leurs noces
Pour tenter la lumière

...

Peut-être que tu vas
Plus avant dans les pierres
Qu'elles ne sont allées


Guillevic

Merci Coline ! Un texte beau, profond et mystérieux

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Re: Chromo...

Message  Lyra will le Dim 13 Nov - 20:10

Ouuh j'aimerais bien voir passer des ovnis plus souvent :0)
Plein de pistes intéressantes là-dedans, des choses qu'on n'aborde pas assez aussi, du coup je reste presque sur ma faim, ce texte, il est passé comme un ovni, très vite, et je suivrais bien cette femme sur du plus long, non dans un survol.
Me plait pour plein de raisons !


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Re: Chromo...

Message  Polixène le Mar 15 Nov - 12:29

Et puis "caillou", c'est l'anonymat absolu, c'est l'image même de la non-personnalité, et la négation du nom.
Car " Le nom fonde le Seul. L'innommé, c'est l'eau dans l'eau" (Bernard Noël)
J'y vois une autre piste de réflexion . Ton personnage n'a pas de nom, pas plus que son étrangeté (Guérie, mais de quoi?), pas plus que ce qui lui échoit. Toute sa "non-existence" ne découle-t-elle pas de ce refus premier?

En tous cas, c'est vraiment étonnant, ce texte intrigue, plaît, dérange, inspire, etc...mais ne laisse pas indifférent je crois.
Continue à piéger des ovnis, Coline. S'il te plaît.

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Re: Chromo...

Message  grieg le Jeu 17 Nov - 11:07

Je ne trouve toujours pas les mots coline
Mais quoi qu’il en soit, j’aime ton écriture et ton esprit
J’aime ce texte pour tout ce qu’il contient, c’est une allégorie intime, un mythe de la mine, une pépite plus qu’un ovni

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Re: Chromo...

Message  pandaworks le Jeu 17 Nov - 15:30

en toute franchise, je n'ai pas été intéressé par le sujet. En revanche, le rendu s'approche et plus que s'approche du travail d'un romancier. Rien ne casse, rien ne heurte, toutes ses années de boulot portent leur fruits, t'es un écrivain.

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Re: Chromo...

Message  lu-k le Jeu 17 Nov - 23:21

Je suis toujours touché, comme beaucoup, par cette écriture suggestive, intime, dont les échos viennent informes, indistincts, puissants, comme des choses enfouies et absolues que la parole a du mal à atteindre. Il n'y a rien de donné et de rationnel ici, c'est de la sensibilité à l'état pur que la douceur (violente !) de l'écriture épouse et transcrit à merveille. Le message de fin (donc du texte) est contradictoire, fabuleusement nuancé, tel que je le reçois : être simplement, se sentir caillou (philosophiquement, chez Heidegger, être-en-soi et non pour-soi), c'est à la fois souffrir d'une inadaptation, d'une marginalisation dans le rapport aux choses et à l'autre, mais c'est aussi l'espoir de trouver une vérité et une authenticité en dehors des codes, des traçages de la société et du devoir. Cette fille, que l'on peint autant que faire se peu, c'est donner une couleur, c'est se reproduire, avec sa beauté, mais aussi avec ses carences, fatalement. Au jeu de la responsabilité (qui questionne forcément et nécessairement sa propre légitimité), dont la plus haute figure est sans aucun doute celle de la maternité, ou plus généralement de la transmission, on donne mais on enlève aussi des possibilités de devenir. Être caillou et transmettre ce savoir-vivre (un savoir-vivre en dehors des conventions, et c'est là tout le paradoxe, je trouve : en étant un caillou, un être-pour-soi, on acquiert une humanité et un libre-arbitre indépassables) c'est communiquer une liberté et une entièreté sans failles, mais c'est aussi condamner à une douloureuse forme de solitude. On construit, mais sur des manques ; voilà pour moi quelque chose qui résume bien ce texte.

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Re: Chromo...

Message  Béatrice44 le Ven 18 Nov - 19:57

J'étais happée par ma lecture, un peu déroutée aussi.

Je l'ai lu hier mais beaucoup de choses me sont restées...

La "normalité", la société de consommation, la jeunesse dorée, et ce caillou...plein...d'être.

"C’est une extraordinaire occupation, être. Se déployer jusque dans l’infime, être parfaitement, dense et pleine. Cela ne laisse pas la moindre place à des acquisitions, à des désirs…"

J'adore ce passage et me surprend à vouloir ressembler à un caillou, mais un caillou en mouvement...une pierre qui roule !



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Re: Chromo...

Message  coline Dé le Ven 18 Nov - 21:05

Ah oui, rolling stone ! merci Béatrice !

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Re: Chromo...

Message  Iris le Sam 19 Nov - 19:24

J'ai lu ce texte dès sa parution. Je ne crois pas l'avoir commenté. Non pas parce qu'il l'a laissée indifférente. Bien au contraire. Il m' atteinte. M'a laissée sans voix. Je le relis et l'impression est la même. Comme il a été dit, il est dérangeant. Et cela n'est pas péjoratif.

Iris

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Re: Chromo...

Message  pachyderme le Mer 14 Déc - 0:21

j'étais parti pour écrire de jolies choses genre: "les pierres se polissent quand les hommes se rident, se sont les deux sculptures du temps" et puis tout à coup il m'a semblé que ce texte était très pervers sous ses dehors ingénus. Après tout faire un bébé sans X ça ne s'est jamais vu, comme dirait saint thomas à la vierge. Ce bébé dans le dos qu'on reçoit par la poste fleure bon la débauche. Toute sa vie elle a modelé gentillement, disant oui à maman et aux hommes pas nan! ça m'plaît cette innocence qui trompe son monde!
blague à part l'image du bébé peint et poncé est superbe, on la voit. J'aurais aimé qu'il y ait des descriptions des sculptures.
Je suis contre le terme bébé moche, c'est trop caractérisant alors que le personnage se donne des airs détachés, le mot se remarque trop, je suis sûr qu'il y a quelque chose de plus insidieux à trouver.

pachyderme

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Re: Chromo...

Message  gaeli le Mer 14 Déc - 11:55

Bravo! Un texte mystérieux qui laisse interrogative face au petit caillou avec ou sans x que nous sommes tous. Profondément humain et féminin et l'inconnu y n'y peut rien. Oui vraiment à se demander si on guérira un jour et de quoi?
Une belle écriture d'un monde psychologique. J'amire la qualité de l'auto-analyse.

gaeli

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Re: Chromo...

Message  gaeli le Mer 14 Déc - 12:07

Sans X évidemment...(lol)


gaeli

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