Seule et violente
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Seule et violente
Souris, mon amour, regarde tes mains d'enfant. Elles ne toucheront pas le monde avant longtemps. Elles ne t'appartiennent pas. Ces mains blanches sont à d'autres, plongées dans les nuages, lentes encore, gracieuses, comme deux gants soyeux qui fouillent le ciel et y tirent mes rêves, mes fantasmes tranquilles. Tes articulations ne sont pas encore rougies par le froid et la solitude, les nuits qui recevront ton corps tordu et convulsé, tes membres vrillés sur eux-mêmes. J'ai besoin de ton cœur pur ; le mien s'est tâché si vite que je ne sais de quoi sont faits les mélanomes noirs apparus sur ma peau comme des éclats d'un raisin de crépuscule. Ce sont des fruits que j'ai mangé en cachette dans mon cellier puant, et qui germent maintenant. Les ronces violettes m'écorchent. Je crie. Seule ma gorge m'entend et son râle obscur ne peut rien pour moi. Ma voix tourne en boucle dans les coins. Mes bras tâtonnent. Mon corps n'épouse pas l'air amniotique qui devrait me nourrir. J'ai l'impression d'être un globule rouge de honte injecté aux mauvais endroits.
Elle se tord comme un foetus noir sur le sol de sa salle de bains.
Dans l'emportement de son âme, l'exaltation de sa folie jouissive, elle lèche les carreaux, elle apprécie sur ses pupilles le goût froid de la dalle, l'humidité rance du sol sur lequel elle rampe et se démène. Les cheveux détachés, elle se met sur le dos, agite les jambes comme un animal, crie, s'acharne sur les murs blancs qui l'entourent, sur la baignoire à moitié pleine dans laquelle elle a pris un bain chaud, ses parois glissantes, baignées de sueur et vapeur, ses rebords blancs luisants. Cette propreté la dégoûte. Elle voudrait se rouler dans les cheveux déchirés au bord du lavabo, s'éponger le visage au tissu verdâtre du tapis de bain, cette éponge de bactéries, cette reproduction d'un monde misérable et viscéral. Dans ces baguettes marrons qui longent les plaintes et les recoins, elle voudrait mettre du désordre, faire voler en l'air les paillettes de bois, éplucher l'existence comme un oignon qui fait tomber, un oignon venimeux qui emmène tous les corps vers le sol, dans une fin de tragédie, juste avant que le rideau ne tombe et qu'on se retrouve tous à compter notre argent. Sa gueule de louve voudrait déchirer la matière tendre et malaxer la naïveté de son idéalisme juvénile. Rassasiée, le ventre creux, les yeux pleins de larmes, des crasses jaunes au bord des cils, deux traces noires sur les genoux, la jeune femme s'affalera sur le sol, violée de peurs et d'habitude.
Elle sort nue dans la rue, dans les froidures du soir blanc, elle crache à la figure des passants qui la regardent, des mouches qui courent sur ses hanches, et elle bondit, poussière jaune dans la lumière violente des lampadaires, ombre sauvage et délicate. Serpent qui longe les caniveaux, elle va boire l'eau des flaques, passe une main sur ses lèvres sales, embrasse le cou des enfants qu'elle croise dans les rues violettes, abandonnés dans leurs monceaux de couvertures croûteuses. Habitués pourtant, ils se dispersent en un cri, en une bousculade, les pauvres, ils ont vu un monstre ; ils s'éloignent d'elle et se ruent dans leurs cauchemars orphelins, rejoignent les bras décharnés de leurs mères putains. Un Dieu fait des scalps, dans cette ruelle sombre, des couteaux brillent, des canines poussent sur le front des gens, et dans les rouges qui palpitent aux veines, il y a cette pensée de dévorer le voisin, cette aboutissement des haines, des jalousies, ses salpêtres de peau qui tombent et dévoilent les masques hideux des hommes remplis de haine. On se jette dans la lumière, on fait voir les traits de son visage, les formes de sa bouche, de ses oreilles, de son nez, on montre son corps tout entier, on l'exhibe comme une preuve, et on se dit « Mon Dieu ! Tu es vivant ! », alors même que dans nos deux mains serrées nous tenons le gouvernail des fatalités. Nous sommes heureux de nous apercevoir que nous sommes démiurges, et nous célébrons notre liberté à la gorge de nos congénères.
Toutes les jambes s'entrechoquent, on se rue les uns sur les autres, on s'embrasse dans le sang, comme une dernière parade de vie avant la nuit qui tombe, avant que les animaux ne sortent des corps, des cotons charnels, de ces corps blancs de nourrissons dans lesquels on les avait emprisonnés. Il n'y en a plus que pour cette musique aigre-douce qui tombe des cieux, cette allégro qui chante, lapide les cous, les têtes, et fait danser comme dans un cabaret. On se met nu, on se met crû, il n'y a plus d'individualité, nous sommes une masse humaine qui porte en elle la diversité aussi bien que les pelotes qui nous rapprochent. On ne peut plus de comprendre. Les corps se toisent comme s'ils n'appartenaient pas à la même espèce, les esprits dédaignent les reflets de leurs partenaires, les langues sifflent et ne se mélangent plus. La salive coule le long des villes et des affiches de cinéma, des jaquettes de livres, des pochettes de culture. C'est un cauchemar, une poussée de fièvre dans les remous des draps, elle nous emporte dans sa grotte, et au matin, les yeux hagards, pleins de cette lumière du monde qui n'a pas changé depuis la veille, on sent dans son cœur quelque chose de nouveau, on aperçoit un éclair, on se sent plus libre, et on tend ses bras vers les pluies et les vents, on ouvre son visage à leurs milliers de senteurs et de recroquevillements. Personne n'en parle mais dans ces regards on voit un souffle qui se se meut, une ombre passer, inconsciente, terrible. On chasse de son esprit le cauchemar qui nous a fait sentir la puanteur de notre haleine et les relents de nos respirations trouées. Un regard s'échange, terrorisé. Un autre pense comme nous et nous nous rappelons.
Elle se tord comme un foetus noir sur le sol de sa salle de bains.
Dans l'emportement de son âme, l'exaltation de sa folie jouissive, elle lèche les carreaux, elle apprécie sur ses pupilles le goût froid de la dalle, l'humidité rance du sol sur lequel elle rampe et se démène. Les cheveux détachés, elle se met sur le dos, agite les jambes comme un animal, crie, s'acharne sur les murs blancs qui l'entourent, sur la baignoire à moitié pleine dans laquelle elle a pris un bain chaud, ses parois glissantes, baignées de sueur et vapeur, ses rebords blancs luisants. Cette propreté la dégoûte. Elle voudrait se rouler dans les cheveux déchirés au bord du lavabo, s'éponger le visage au tissu verdâtre du tapis de bain, cette éponge de bactéries, cette reproduction d'un monde misérable et viscéral. Dans ces baguettes marrons qui longent les plaintes et les recoins, elle voudrait mettre du désordre, faire voler en l'air les paillettes de bois, éplucher l'existence comme un oignon qui fait tomber, un oignon venimeux qui emmène tous les corps vers le sol, dans une fin de tragédie, juste avant que le rideau ne tombe et qu'on se retrouve tous à compter notre argent. Sa gueule de louve voudrait déchirer la matière tendre et malaxer la naïveté de son idéalisme juvénile. Rassasiée, le ventre creux, les yeux pleins de larmes, des crasses jaunes au bord des cils, deux traces noires sur les genoux, la jeune femme s'affalera sur le sol, violée de peurs et d'habitude.
Elle sort nue dans la rue, dans les froidures du soir blanc, elle crache à la figure des passants qui la regardent, des mouches qui courent sur ses hanches, et elle bondit, poussière jaune dans la lumière violente des lampadaires, ombre sauvage et délicate. Serpent qui longe les caniveaux, elle va boire l'eau des flaques, passe une main sur ses lèvres sales, embrasse le cou des enfants qu'elle croise dans les rues violettes, abandonnés dans leurs monceaux de couvertures croûteuses. Habitués pourtant, ils se dispersent en un cri, en une bousculade, les pauvres, ils ont vu un monstre ; ils s'éloignent d'elle et se ruent dans leurs cauchemars orphelins, rejoignent les bras décharnés de leurs mères putains. Un Dieu fait des scalps, dans cette ruelle sombre, des couteaux brillent, des canines poussent sur le front des gens, et dans les rouges qui palpitent aux veines, il y a cette pensée de dévorer le voisin, cette aboutissement des haines, des jalousies, ses salpêtres de peau qui tombent et dévoilent les masques hideux des hommes remplis de haine. On se jette dans la lumière, on fait voir les traits de son visage, les formes de sa bouche, de ses oreilles, de son nez, on montre son corps tout entier, on l'exhibe comme une preuve, et on se dit « Mon Dieu ! Tu es vivant ! », alors même que dans nos deux mains serrées nous tenons le gouvernail des fatalités. Nous sommes heureux de nous apercevoir que nous sommes démiurges, et nous célébrons notre liberté à la gorge de nos congénères.
Toutes les jambes s'entrechoquent, on se rue les uns sur les autres, on s'embrasse dans le sang, comme une dernière parade de vie avant la nuit qui tombe, avant que les animaux ne sortent des corps, des cotons charnels, de ces corps blancs de nourrissons dans lesquels on les avait emprisonnés. Il n'y en a plus que pour cette musique aigre-douce qui tombe des cieux, cette allégro qui chante, lapide les cous, les têtes, et fait danser comme dans un cabaret. On se met nu, on se met crû, il n'y a plus d'individualité, nous sommes une masse humaine qui porte en elle la diversité aussi bien que les pelotes qui nous rapprochent. On ne peut plus de comprendre. Les corps se toisent comme s'ils n'appartenaient pas à la même espèce, les esprits dédaignent les reflets de leurs partenaires, les langues sifflent et ne se mélangent plus. La salive coule le long des villes et des affiches de cinéma, des jaquettes de livres, des pochettes de culture. C'est un cauchemar, une poussée de fièvre dans les remous des draps, elle nous emporte dans sa grotte, et au matin, les yeux hagards, pleins de cette lumière du monde qui n'a pas changé depuis la veille, on sent dans son cœur quelque chose de nouveau, on aperçoit un éclair, on se sent plus libre, et on tend ses bras vers les pluies et les vents, on ouvre son visage à leurs milliers de senteurs et de recroquevillements. Personne n'en parle mais dans ces regards on voit un souffle qui se se meut, une ombre passer, inconsciente, terrible. On chasse de son esprit le cauchemar qui nous a fait sentir la puanteur de notre haleine et les relents de nos respirations trouées. Un regard s'échange, terrorisé. Un autre pense comme nous et nous nous rappelons.

Marine- Nombre de messages: 422
Age: 17
Date d'inscription: 30/07/2011
Re: Seule et violente
Un style, à n'en pas douter. Un texte très poétique, qui me rappelle à certains moments ceux que peut écrire lu-k. Votre démarche, vos univers de prédilection, me paraissent semblables. Désolé pour le commentaire peu constructif.
Quelques remarques :
- « le mien s'est tâché si vite » : « taché » ;
- « comme des éclats d'un raisin de crépuscule. » : cet emboîtement de compléments du nom me déplaît. J'écrirais : « comme les éclats d'un raison de crépuscule » pour alléger ;
- « Ce sont des fruits que j'ai mangé » : « des fruits que j'ai mangés » ;
- « Elle se tord comme un foetus noir » : « fœtus » (ligature du « œ », Alt + 0156 ou mon profil) ;
- « sur le sol de sa salle de bains. » : « salle de bain » ;
- « Dans ces baguettes marrons » : « marron » (adjectif invariable) ;
- « Serpent qui longe les caniveaux » : je suis rétif à cette image, que je trouve éculée ;
- « cette aboutissement des haines » : « cet aboutissement » (masculin) ;
- « des hommes remplis de haine. » : la répétition me paraît trop proche et ne semble pas avoir été commise à dessein ;
- « cette allégro qui chante » : « cet allegro » (et « allegro » en italique, vu que le terme est italien) ;
- « on se met crû » : « cru » ; la paronomase, pour moi, est facile ;
- « On ne peut plus de comprendre. » : « On n'en peut plus de comprendre. » ? ;
- « un souffle qui se se meut » : « qui se meut ».
Quelques remarques :
- « le mien s'est tâché si vite » : « taché » ;
- « comme des éclats d'un raisin de crépuscule. » : cet emboîtement de compléments du nom me déplaît. J'écrirais : « comme les éclats d'un raison de crépuscule » pour alléger ;
- « Ce sont des fruits que j'ai mangé » : « des fruits que j'ai mangés » ;
- « Elle se tord comme un foetus noir » : « fœtus » (ligature du « œ », Alt + 0156 ou mon profil) ;
- « sur le sol de sa salle de bains. » : « salle de bain » ;
- « Dans ces baguettes marrons » : « marron » (adjectif invariable) ;
- « Serpent qui longe les caniveaux » : je suis rétif à cette image, que je trouve éculée ;
- « cette aboutissement des haines » : « cet aboutissement » (masculin) ;
- « des hommes remplis de haine. » : la répétition me paraît trop proche et ne semble pas avoir été commise à dessein ;
- « cette allégro qui chante » : « cet allegro » (et « allegro » en italique, vu que le terme est italien) ;
- « on se met crû » : « cru » ; la paronomase, pour moi, est facile ;
- « On ne peut plus de comprendre. » : « On n'en peut plus de comprendre. » ? ;
- « un souffle qui se se meut » : « qui se meut ».
alex- Nombre de messages: 2564
Age: 20
Localisation: « ¿ ¡ à À â  ä Ä æ Æ ç Ç é É ê Ê è È ë Ë í Í î Î ì Ì ï Ï ñ Ñ ó Ó ô Ô ò Ò ö Ö œ Œ ß ú Ú û Û ù Ù ü Ü × ‰ € – — … »
Date d'inscription: 14/01/2010
Re: Seule et violente
Un sacré style...
J'ai adoré ca !
Il faudra quand même que je relise pour pouvoir en dire plus.
On se jette dans la lumière, on fait voir les traits de son visage, les formes de sa bouche, de ses oreilles, de son nez, on montre son corps tout entier, on l'exhibe comme une preuve, et on se dit « Mon Dieu ! Tu es vivant ! », alors même que dans nos deux mains serrées nous tenons le gouvernail des fatalités.
J'ai adoré ca !
Il faudra quand même que je relise pour pouvoir en dire plus.

Kash Prex- Nombre de messages: 1481
Age: 23
Localisation: Mitilini (Grèce) kash_prex@hotmail.fr
Date d'inscription: 17/09/2007

Re: Seule et violente
Je reviens à la charge pour une broutille. Il fallait bien sûr lire « comme les éclats d'un raisin de crépuscule » et non « comme les éclats d'un raison de crépuscule ».
Mon avis n'a pas varié depuis tout à l'heure, sinon.
Mon avis n'a pas varié depuis tout à l'heure, sinon.
alex- Nombre de messages: 2564
Age: 20
Localisation: « ¿ ¡ à À â  ä Ä æ Æ ç Ç é É ê Ê è È ë Ë í Í î Î ì Ì ï Ï ñ Ñ ó Ó ô Ô ò Ò ö Ö œ Œ ß ú Ú û Û ù Ù ü Ü × ‰ € – — … »
Date d'inscription: 14/01/2010
Re: Seule et violente
Un style, un univers, c'est beau !
Violent, lyrique, poétique
C'est drôle, ça me rappelle ce que j'écrivais quand j'avais 16 ans (depuis j'ai épuré, mais l'esprit et l'univers de l'époque sont restés)
Un cri poétique
Violent, lyrique, poétique
C'est drôle, ça me rappelle ce que j'écrivais quand j'avais 16 ans (depuis j'ai épuré, mais l'esprit et l'univers de l'époque sont restés)
Un cri poétique

Janis- Nombre de messages: 5023
Age: 51
Date d'inscription: 18/09/2011
Re: Seule et violente
Un truc me gêne, je ne saurais dire quoi. Une sorte de fermeture, de fusion forcée, un destin choisi qui ne laisse aucun échappatoire aux mots en leur faisant dire ce qu'ils disent et pas autre chose, et ça JE TROUVE IN-NAD-MI-SSIBLE. On est en DEMOCRATIE, Mergggle !
hi wen- Nombre de messages: 340
Age: 15
Date d'inscription: 07/01/2011
Re: Seule et violente
Merci beaucoup Alex, pour vos corrections, merci de les faire ainsi à chaque fois, ça permet d'éliminer tout ce qui passe à côté de notre oeil. Et c'est vachement pratique, les raccourcis pour les symboles en dessous de votre avatar !
Merci Kash Prex et Janis de vos commentaires.
J'ai du mal à comprendre Hi Wen, je ne saisis pas vraiment ce que vous voulez dire... Saisissez-vous chez moi comme des pointes de totalitarisme ? ( Ce que je ne récuse pas, mais j'aimerais mieux comprendre, j'attends votre explication pour en discuter mieux avec vous. )
Merci Kash Prex et Janis de vos commentaires.
J'ai du mal à comprendre Hi Wen, je ne saisis pas vraiment ce que vous voulez dire... Saisissez-vous chez moi comme des pointes de totalitarisme ? ( Ce que je ne récuse pas, mais j'aimerais mieux comprendre, j'attends votre explication pour en discuter mieux avec vous. )

Marine- Nombre de messages: 422
Age: 17
Date d'inscription: 30/07/2011
Re: Seule et violente
par exemple, la première phrase : " Souris, mon amour, regarde tes mains d'enfant. Elles ne toucheront pas le monde avant longtemps."
voilà, la place est assignée, tout est fermé dans le tue-dire.
voilà, la place est assignée, tout est fermé dans le tue-dire.
hi wen- Nombre de messages: 340
Age: 15
Date d'inscription: 07/01/2011
Re: Seule et violente
C'est une pensée, Hi Wen, la pensée est solitaire, ça ne veut pas dire qu'elle est juste, néanmoins c'est une pensée. Ça ne veut pas dire qu'elle est totalitaire, peut-être que dans un autre texte on trouvera "Elle toucheront le monde bientôt".
Vous me reprochez, en fait, un manque de nuances dans le texte, une exagération ?
C'est assez ça, le texte est un cauchemar, se veut exagéré.
Vous me reprochez, en fait, un manque de nuances dans le texte, une exagération ?
C'est assez ça, le texte est un cauchemar, se veut exagéré.

Marine- Nombre de messages: 422
Age: 17
Date d'inscription: 30/07/2011
Re: Seule et violente
C'est assez ça, le texte est un cauchemar, se veut exagéré.
d'accord, excusez moi. j'ai un problème de focale, j'ai parfois du mal à voir la distance qu'entretient un auteur envers son texte.
à la relecture, les perspectives me paraissent changées.
par exemple, dans "On se jette dans la lumière, on fait voir les traits de son visage, les formes de sa bouche, de ses oreilles, de son nez, on montre son corps tout entier, on l'exhibe comme une preuve, et on se dit « Mon Dieu ! Tu es vivant ! », alors même que dans nos deux mains serrées nous tenons le gouvernail des fatalités. Nous sommes heureux de nous apercevoir que nous sommes démiurges, et nous célébrons notre liberté à la gorge de nos congénères"
maintenant, j'entends un "presque", nous ne tenons pas le gouvernail des fatalités, nous nous apercevons que nous ne sommes pas démiurge.
hi wen- Nombre de messages: 340
Age: 15
Date d'inscription: 07/01/2011
Re: Seule et violente
Oui, un style qui fait bellement écho à celui de Lu−k ( z’etes doués !)
Sur le détail :
Mais j’aime ces éclats de raisin, surtout si modifiés comme le préconise Alex
Ça aussi :
Un texte violent, dont je me demande s'il s'inscrit dans quelque chose de plus long...
Fais quand même peut-être gaffe à ne pas tomber dans le lyrisme... j'ai l'impression qu'il ne faudrait pas te pousser beaucoup ! ;-)))
Sur le détail :
Tiens, j’aurais dit « je sais de quoi »…le mien s'est tâché si vite que je ne sais de quoi sont faits les mélanomes noirs
Mais j’aime ces éclats de raisin, surtout si modifiés comme le préconise Alex
. Au mauvais endroit ?J'ai l'impression d'être un globule rouge de honte injecté aux mauvais endroits
sur ses papilles ?elle apprécie sur ses pupilles le goût froid
comme un oignon qui fait tomber, un oignon venimeux qui emmène tous les corps vers le sol, dans une fin de tragédie, juste avant que le rideau ne tombe
Je trouve que ce " pauvres " fait trop rupture, ça détone par rapport au reste du texte.Habitués pourtant, ils se dispersent en un cri, en une bousculade, les pauvres, ils ont vu un monstre ;
Un peu convenules bras décharnés de leurs mères putains.
Tout ce passage est très bon, rythme de ces énumérations qui viennent en collision avec ce « mon dieu, tu es vivant ! », j’aime beaucoup.Un Dieu fait des scalps, dans cette ruelle sombre, des couteaux brillent, des canines poussent sur le front des gens, et dans les rouges qui palpitent aux veines, il y a cette pensée de dévorer le voisin, cette aboutissement des haines, des jalousies, ses ( ces) salpêtres de peau qui tombent et dévoilent les masques hideux des hommes remplis de haine. On se jette dans la lumière, on fait voir les traits de son visage, les formes de sa bouche, de ses oreilles, de son nez, on montre son corps tout entier, on l'exhibe comme une preuve, et on se dit « Mon Dieu ! Tu es vivant ! », alors même que dans nos deux mains serrées nous tenons le gouvernail des fatalités. Nous sommes heureux de nous apercevoir que nous sommes démiurges, et nous célébrons notre liberté à la gorge de nos congénères.
Ça aussi :
La salive coule le long des villes et des affiches de cinéma, des jaquettes de livres, des pochettes de culture. C'est un cauchemar, une poussée de fièvre dans les remous des draps,
Un texte violent, dont je me demande s'il s'inscrit dans quelque chose de plus long...
Fais quand même peut-être gaffe à ne pas tomber dans le lyrisme... j'ai l'impression qu'il ne faudrait pas te pousser beaucoup ! ;-)))

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Seule et violente
Après plusieurs lectures assez espacées, il me semble que ce texte découle d'une vision . Et que les mots déboulent sous ta plume en bousculade, au plus près de ton imagerie. C'est très touchant , on sent cette urgence , cet impératif à faire exister le tableau d'abord à tes propres yeux. Ceci n'est qu'un ressenti, bien sûr, et il est possible que je sois à côté de la plaque...
Pour ce qui est du texte lui -même , la graduation est intéressante , pouvant donner le sens de folie contagieuse. En tous cas, sa densité intensifie encore tes propres images, et génère une ambiance à la Jérôme Bosch très réussie.
Pour ce qui est du texte lui -même , la graduation est intéressante , pouvant donner le sens de folie contagieuse. En tous cas, sa densité intensifie encore tes propres images, et génère une ambiance à la Jérôme Bosch très réussie.

Polixène- Nombre de messages: 1146
Age: 49
Localisation: dans un pli du temps
Date d'inscription: 23/02/2010

Re: Seule et violente
Ce texte est en fait une grande incoherence organisee, exactement comme un cauchemar. Mais c'est surtout la puissance descriptive qui m'a frappe, elle degage une atmosphere glauque palpable.
Je pense que tu pourrais/devrais te lancer dans des textes plus longs qui te permettraient encore plus de profondeur dans les ressentis, les situations.
Je pense que tu pourrais/devrais te lancer dans des textes plus longs qui te permettraient encore plus de profondeur dans les ressentis, les situations.

Kash Prex- Nombre de messages: 1481
Age: 23
Localisation: Mitilini (Grèce) kash_prex@hotmail.fr
Date d'inscription: 17/09/2007

Re: Seule et violente
" Au mauvais endroit ?"
Merci Coline, je cherchais depuis avant-hier ce qui clochait, c'était le pluriel au lieu du singulier !
Merci à tous, j'aime votre interprétation du tableau, c'est un peu ça, comme une série de diapositives, une vision.
Merci Coline, je cherchais depuis avant-hier ce qui clochait, c'était le pluriel au lieu du singulier !
Merci à tous, j'aime votre interprétation du tableau, c'est un peu ça, comme une série de diapositives, une vision.

Marine- Nombre de messages: 422
Age: 17
Date d'inscription: 30/07/2011
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