Avant le concert

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Avant le concert

Message  Narbah le 17/11/2011, 10:42

Avant le concert


La scène se passe dans la loge décrépie d'un théâtre à l'italienne, quelque part dans une petite ville de province du sud de la France.

Il y là une chanteuse noire à la nature généreuse, un batteur noir désargenté, un pianiste blanc introverti aux dents gâtées par des excès de nicotine, un bassiste échalas hispanico-caraïbe échoué sur le canapé et aussi un manager alcoolique qui tourne à la coke pour remplir les notes de frais. D'autre pointeront leur nez en temps utiles.

- Vous avez une veste fuchsia qui va attirer vers vous les lumières du public, siffla sur le ton d'une comptine sautillante le pianiste blanc introverti au batteur noir désargenté.

La chanteuse chocolat enrobée de bourrelets de satin écarlate éclata d'un rire en cascade, montrant énormément sa nature généreuse comme une gelée anglaise à la réglisse.

- Tu as entendu Gianni, c'est de ta veste d'italien qu'il parle. Moi je l'aime beaucoup cette tache de gaieté fuchsia achetée à Barcelone.

Puis se retournant vers l'homme des claviers blanc aux dents noires gâtées par la nicotine elle lança :

- Tu as raison, je vais être obligée de me porter devant lui pour qu'on me regarde aujourd'hui. Je vais être en contre jour. Sa veste m'éclipse.

Elle riait !

Le batteur noir désargenté faisait tourner obstinément ses baguettes, à la façon d'une majorette, en regardant en l'air, les yeux tournés vers l'intérieur de son crâne sec, désabusé ; les mouches passaient comme des trains de vaches.

Sa veste fuchsia achetée à Barcelone rayonnait sur son visage noir désargenté.

Une stagiaire de l'école d'art voisine, petite et rousse, pénétra, déroutée, dans la loge.
Elle clignait des yeux nerveusement afin qu'on la remarque.
Elle amenait des bières.

Seul le bassiste, un échalas qui aurait pu être basquetteur tellement sa peau était foncée pour un hispanique et claire pour un indien caraïbe, écroulé comme sur une pochette de disque sur un canapé de skaï vert, qui s'ennuyait, remarqua vaguement qu'elle avait une jupe très courte et des petites jambes rondes et roses comme des jambons.

Il abandonna aux vapeurs fumeuses de sa concentration en cours de résolution, par paresse, fatigué par avance, la volonté de laisser se constituer une image érotique. Il venait de fumer un pétard.

Il décida d'ouvrir une bière.

Le pianiste introverti continuait à fixer le batteur désargenté d'un regard haineux.
- Tu as vraiment l'intention de monter sur scène avec cette tenue ridicule ? susurra-t-il sourdement en sifflant bien son serpent afin que le manager le perçoive.

Mais le gros Fario, plus très jeune, se foutait bien de la veste de Gianni. Il faisait les notes de frais de la journée en sirotant son cinquième whisky—il attaquait vers cinq heures et il était déjà 20h—consacrant le résidu de ses matins à la bière, ses après-midis à de vagues siestes agitées, et ses nuits et ses narines énormes et poilues à la coke, pour tenir le coup.

Inutile de dire que les vestes fushia était le cadet de ses soucis et qu'il en avait vu d'autres.

La chanteuse avait un nom de scène comme un néon de pâtisserie : Carmen Partouche, et le public l'idolâtrait sous le simple patronyme de Partouche.

Étrange destin d'un surnom hérité du temps ou, jeune cul ostentatoire, elle vendait sa réputation de porter chance au poker au plus offrant. Jusqu'à ce que le gros Fario la fasse tant et si bien chanter qu'elle était devenue une star.

Elle avait toujours accroché la lumière.

Abigail Freerose, oui, le célèbre Abigail Freerose entra en tenant par les épaules le gamin tellement doué à l'harmonica. Le môme était pâle comme un linge, ce qui était une amélioration par rapport au verdâtre de vampire que sa carnation affichait une demi heure auparavant.

- il va le faire, annonça Abigail d'un ton triomphant. On va tous l'aider, je lui ai promis.

Le pianiste introverti aux dents gâtées par la nicotine eut un imperceptible haussement d'épaules et revint à son sujet de prédilection:

"Abigail, tu ne trouves pas que la veste de Fred est carrément ridicule? Je ne veux pas monter sur scène avec cet énergumène. Ma musique mérite mieux que d'être portée par des guignols habillés comme des artistes de music hall.

Mais le chef d'orchestre intellectuel, avant-gardiste et rigoureux, le célèbre arrangeur, internationalement reconnu, Abigail Freerose, l'homme aux disque d'or le plus exigeant depuis Miles n'avait pas l'habitude de se laisser distraire.

- toi aussi monsieur clavier. Tu vas l'aider tu m'as compris ? Si tu ne veux pas passer toute ta vie à te vanter d'avoir joué avec moi pour trouver des dates.

Sec.

Puis se retournant vers les autres—le batteur à la veste fushia aux baguettes comme des palles d'hélicoptère, le bassiste écroulé et la montagne de voix puissante de Partouche.

Il s'adressa à elle comme a une amoureuse :

- Tu vas l'aider le môme, d'accord Partouche? On va l'aider le gamin. On le laisse pas une minute tout seul.

La chanteuse à la nature généreuse de sombre chair en jelly tremblotante faisait caresser le jeune homme par son timbre de voix au registre velouté un peu grave :

- On va te porter mon bonhomme. Je vais te prendre dans mes bras et te serrer dans mes gros nénés comme une bonne vieille nounou antillaise que je suis au fond du cœur, tu vas voir. Tu vas voir la rigolade qu'on va se payer toi et moi.

Puis elle ajouta d'une voix tonitruante et en clignant de l'œil, ce qui lui fit briller le fard à paupière constellé de paillettes fluorescentes : " Vas faire pipi maintenant, on va pas tarder à rentrer sur scène".

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Re: Avant le concert

Message  Easter(Island) le 17/11/2011, 12:04

Tu me perturbes, Narbah !
D'abord avec ton emploi fantasque des temps (du présent au passé simple à l'imparfait) ; ensuite... cet Abigail... un prénom qui pour moi n'a jamais été que féminin (je viens encore de vérifier dans mon Modern Book of Babies' Names :-))

Et pour finir le rythme de cette phrase, choquant :
"Il abandonna aux vapeurs fumeuses de sa concentration en cours de résolution, par paresse, fatigué par avance, la volonté de laisser se constituer une image érotique."
Pourquoi pas : "Par paresse, fatigué par avance ("d'avance" ?), il abandonna la volonté de laisser se constituer une image érotique aux vapeurs fumeuses de sa concentration en cours de résolution."
Il me semble que cela ferait aussi mieux le lien avec la phrase qui suit.

Sinon, la suite ?

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Re: Avant le concert

Message  Narbah le 17/11/2011, 17:52

Easter(Island) a écrit:Tu me perturbes, Narbah !

Ah ! les filles aiment ça il parait (rire)
D'abord avec ton emploi fantasque des temps (du présent au passé simple à l'imparfait) ;

C'est tout le texte qui est fantasque pour moi. Je me lâche.
ensuite... cet Abigail... un prénom qui pour moi n'a jamais été que féminin (je viens encore de vérifier dans mon Modern Book of Babies' Names :-))

Alors là non. J'ai pris ce prénom dans un bouquin de votre bonne Dame Agatha Christie : un nom d'artiste selon elle. Et puis la preuve : http://fr.wikipedia.org/wiki/Abiga%C3%AFl
Peut-être que tu n'as pas le Old Book of Babies'Names. Ces blacks ont de ces idées. La bible tu vois !

Et pour finir le rythme de cette phrase, choquant :
"Il abandonna aux vapeurs fumeuses de sa concentration en cours de résolution, par paresse, fatigué par avance, la volonté de laisser se constituer une image érotique."
Pourquoi pas : "Par paresse, fatigué par avance ("d'avance" ?), il abandonna la volonté de laisser se constituer une image érotique aux vapeurs fumeuses de sa concentration en cours de résolution."

Je ne vais passer en français soutenu en plein effort de déconstruction quand même ! (rire)
Il me semble que cela ferait aussi mieux le lien avec la phrase qui suit.

La phrase qui suit est "il venait de fumer un pétard". Je t'accorde que cette phrase est plus que bancale, comme bien d'autre choses dans ce machin. Moi j'aime bien le car deux fois car ça rime avec pétard justement. Je me la joue un peu Kundera.

Sinon, la suite ?

Ben non, c'est fini. Ma chute est belle comme une chute de reins ! C'est un croquis, une esquisse.
Tu ne me dis rien sur le fond. Tu penses quoi de ces artistes célèbres dans une loge pourrie qui adoubent un môme? J'espère que ça se comprends. Ça m'embêterait si ce n'était pas le cas. C'est l'ambiance de la loge que je cherche à faire comprendre. Peut-être que c'est raté.




< Narbah, il serait sympathique que vous respectiez vous aussi les conventions du site, à savoir regrouper vos réponses après plusieurs commentaires, (et non répondre à chaque fois), de manière à éviter de maintenir votre texte en haut de page au détriment de ceux des autres auteurs.
Merci de votre compréhension.
La Modération >

.

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Re: Avant le concert

Message  alex le 17/11/2011, 20:27

Sympa, pour moi, mais sans plus. J'ai reconnu l'hommage ou l'influence de Kundera, que vous évoquez dans votre dernier commentaire.

Voici quelques remarques, à titre indicatif :
- « Il y là » : « il y a là » ;
- « D'autre pointeront » : « d'autres » ;
- « - Vous avez une veste » : le tiret simple ne suffit pas pour introduire les lignes de dialogue, il faut utiliser le tiret cadratin « — » (Alt + 0151 ou mon profil) ;
- « être en contre jour. » : « contre-jour » (orthographe traditionnelle) ou « contrejour » (orthographe 1990) ;
- « qui aurait pu être basquetteur » : « basketteur » ;
- « —il attaquait vers cinq heures et il était déjà 20h— » : n'oubliez pas de marquer une espace avant et après chacun des tirets d'incise ;
- « ses après-midis » : traditionnellement, « après-midi » est invariable ; on l'écrit ainsi sous la graphie 1990 ;
- « les vestes fushia était le cadet » : « étaient » ;
- « du temps ou » : « où » ;
- « une demi heure auparavant » : « demi-heure » (trait d'union) ;
- « - il va » : en plus de l'usage du tiret cadratin, il faudra ajouter la majuscule ;
- « son sujet de prédilection: » : il convient de marquer une espace avant les deux-points ;
- « "Abigail, » : pour les citations, il est préférable d'employer les guillemets français. Ici, vous introduisez une réplique, il faut donc continuer à utiliser le tiret cadratin ;
- « carrément ridicule? » : il faut marquer une espace avant le point d'interrogation ;
- « des artistes de music hall. » : « music-hall » (trait d'union) ;
- « l'homme aux disque d'or » : « aux disques » ;
- « - toi aussi » : tiret cadratin et majuscule ;
- « —le batteur à la veste » : espace après le tiret cadratin ;
- « de Partouche. » : au lieu du point, un second tiret cadratin, pour clore l'incise, puis une virgule. Pas de majuscule à « il s'adressa » par voie de conséquence ;
- « Partouche? » : espace devant le point d'interrogation ;
- « " Vas faire » : usage des guillemets ouvrants et fermants français ; « va ».

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Re: Avant le concert

Message  CROISIC le 17/11/2011, 21:11

Fan des descriptions très colorées et du délire sous-jacent, mais je n'ai pas été emportée (âge ou poids va savoir)

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