En chantant
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En chantant
En chantant...
La vie c'est bien plus marrant en chantant. Ah ça, les philosophes peuvent toujours se coucher tôt. Ils peuvent bien, si ça leur chante, se triturer le cerveau pour des centaines d'années encore. Je ne vais pas les empêcher d'étaler leur confiture sur de jolies phrases, je suis tranquille, ils n'égaleront pas mon Mich'. Pas la peine de chercher midi à quatorze heures, ni de se couper les cheveux en quatre : la vérité est là.
Ma vie se résumait dans ce refrain (Michel, quand tu nous quitteras, j'irai fleurir ta tombe de marguerites, parole de fan). C'est bien simple, un air de musique populaire tournoyait sans cesse dans ma tête. Un véritable juke-box ambulant, je vous assure. Mais je ne causais pas vraiment l'anglais, mis à part quelques classiques du style bebop oh là là ou bien encore the chaud mush go one, c'était exclusivement de la variété française du matin au soir.
Ainsi, quand j'étais petit garçon, France Gall me tenait par la main pour m'amener à l'école avec ses histoires de Charlemagne. Dès la journée terminée, c'était au tour de Sheila. Toute guillerette, elle se pointait dans ma tête avec sa face de collégienne attardée et ses nattes qui battaient la mesure. Elle me raccompagnait à la maison, et moi, je bondissais de flaque en flaque le long du chemin, mais oui, mais oui, l'école est finie. Je ne me posais pas de questions, j'étais heureux, toujours joyeux et ça se voyait drôlement : un gigantesque sourire illuminait constamment mon visage. Adolescent, je vadrouillais en mobylette dans les environs, je ne crains plus personne en Harley Davidson. Ma face de bonne humeur faisait fureur auprès des adolescentes en fleur. Elles ne voyaient même pas ma grosse bedaine à la Richard Anthony. Je ne faisais pas exprès, c'était comme ça, j'aime les filles...
Puis je l'ai rencontrée, mon guide, Nathalie.
Elle habitait Escorneboeuf, un village voisin. Il est juste derrière les coteaux, sur la route de L'Isle-Jourdain. Tu dois tourner à gauche entre les champs du père Lézat et la mare de la mère Espinasse. Ce n'est pas très loin, mais quand t'es jeune, faut le mériter, car toutes les mobylettes peinent pour monter la côte. Combien de fois j'ai du la finir à pied !
Je m'en souviens encore. Nous nous sommes rencontrés lors de la fête taurine de Saint-Paul-sur-Save. Elle était belle, belle, belle, comme le jour avec ses grands yeux bleus pétillants et son visage tout rond. Elle était si belle... Sans savoir trop comment ni pourquoi, peut-être à cause de l'ambiance dans les bals populaires, en un rien d'instant nous nous sommes plu et depuis, elle court, elle court, la maladie d'amour...
Les années ont filé et d'adolescents hébétés, nous sommes devenus mari et femme. Je tenais le petit bureau de tabac de la place centrale de Gimont, Radio Nostalgie me tenait compagnie du matin au soir. Nathalie travaillait à l'hôpital comme infirmière au deuxième étage, en gériatrie, au milieu de patients nostalgiques.
La campagne est tout simplement magnifique vers chez nous. Il suffit de se promener en sortant un peu des sentiers battus pour découvrir un agréable bras de rivière ombragé. Le sol y est tapissé d'une herbe humide et dense. Comment le décrire ? Une peau de bébé ne serait pas plus douce. Le bruit régulier de l'écoulement de l'eau vous berce en douceur et des pépiements d'oiseaux vous chatouillent le cœur. Il y fait bon s'étendre, s'y prélasser des heures durant et y caresser rêveusement son amoureuse. Un air doux et champêtre de Francis Cabrel vous traverse inévitablement l'esprit, la cabane du pêcheur ou un autre, c'est selon. Dans ces conditions, bien vite les caresses perdent leur innocence. Combien de petits paradis bucoliques n'a-t-on pas visités avec Nathalie ?
Pour faire bref, notre union était consommée depuis longtemps déjà et évidemment, en chacune de ces occasions, et bien... je faisais l'amour en chantant. Mich', t'es trop fort.
Nos ébats demeurèrent longtemps des jeux musicaux sans conséquence, je vais et je viens, entre tes reins... puis, un beau jour de mars, son ventre commença à s'arrondir. Son humeur prit des touches capricieuses et ses envies des allures de défi.
De mon côté, la joie de devenir père attisa mes élans artistiques. Chaque soir, je n'oubliais pas de coller mon oreille contre le ventre de ma douce pour y entamer mon répertoire intarissable. Fallait bien instruire la descendance ! Euphorique comme après un verre de trop, je ne ressentis pas les mois défiler. Lorsque septembre arriva, la grossesse approchait de son terme, mais le fiston ne voulait toujours pas montrer le bout de son nez. Je le comprenais, il faisait si chaud ! C'était l'automne, un automne où il faisait beau. Tu parles ! Cette satanée chaleur estivale ne voulait pas quitter le ciel. Elle nous pompait toute notre sueur, la garce. On transpirait ! Alors, il préférait attendre tout à ses aises dans le bidon de sa maman : il avait la climatisation naturelle et son papa lui chantait de belles mélodies toutes joyeuses, pour le plaisir...
Côté température, ce n'était pas vraiment le Connemara mais plutôt l'été indien. L'été indien. J'y vis le signe divin. Garçon ou une fille, notre enfant suivrait son père dans cette joie de vivre, mais à sa manière. Il allait s'appeler Joe. Un futur mètre quatre-vingt-quatre de bonheur surmonté d'un sourire indétrônable. On ira où tu voudras, quand tu voudras mon fiston ! Comme je l'attendais cet enfant, je l'aimais déjà. Hélas...
L'horloge du tabac affichait les 18 heures. Comme d'habitude à ce moment-là, ma boutique ne désemplissait pas. Il s'agissait surtout de voisins qui revenaient au village après une longue journée de travail dans la grisaille des bureaux de la capitale. Pas l'autre ville de cinglés, non non, la notre de capitale, c'est-à-dire Auch. Ils avaient grand besoin d'attention, de se détendre. Je leur offrais tout simplement un peu de bonne humeur, Radio Nostalgie m'aidant à les alléger de leurs soucis. Le téléphone sonna. C'était l'hôpital. Il me prévenait de la venue imminente de Joe. À ce moment, Gérard Lenorman avec sa tête de demeuré nous entrainait dans sa ballade des gens heureux, j'en faisais partie.
Ce coup de fil me mit dans tous mes états, et d'un éclat de joie j'en fis profiter tous mes clients. Il s'en suivit une ovation collective ponctuée d'applaudissements, de poignées de mains et d'accolades chaleureuses. Sitôt cette effusion de sentiments distribuée, ni une, ni deux, je fermai la boutique et me précipitai hors du tabac à toute blinde, tagada, tagada, voilà les Daltons, voilà les daltons. J'allais profiter des premières minutes de vie de mon Joe.
Sitôt arrivé, une infirmière m'attendait. C'était Marie, la meilleure amie de Nathalie. Elle trompait son Serge, mon pote, avec un crétin. Son mari le savait bien, mais comme il aimait davantage avoir la paix pour faire son jeu au PMU de la place centrale que d'être la cible des ragots du village, il feignait l'ignorance. Cocu, mais content, en quelque sorte. Devant la porte, elle m'attendait. Tête baissée, elle serrait sa mine et gardait ses mains enfouies dans les poches de sa blouse. Elle me demanda de la suivre sans en dire davantage tout en prenant garde de ne pas croiser mon regard. Quelques pas plus tard, je me retrouvai dans un bureau dans lequel un docteur m'y attendait. Ce gars-là avait une tête de Mort Shuman à vous glacer le sang.
― Monsieur, me dit-il, l'accouchement ne s'est pas passé comme prévu, votre femme...
― Quoi, ma femme ? Elle est où ? Comment va-t-elle ?
― Elle est décédée, électrocutée.
― Hein ? Y a pas moyen docteur, ça non ! C'est pas une Claudette ma femme, et puis, et puis, on est dans un hôpital, pas dans une salle de bains !
Dans ma tête, le silence. La musique s'était tue, et au lieu d'une mélodie légère et frivole, il n'y avait rien, le néant.
― Toutes mes condoléances, Monsieur, que Mort me dit tout en me serrant la main.
Il rajouta quelques mots sûrement bien placés et très polis, cependant, je n'entendais plus rien. Marie choisit ce moment pour me susurrer à l'oreille « Viens, on va le voir. ». Reprenant une once d'esprit, je lui demandai : « Oui. L'enfant. C'est un garçon ou une fille ? ». Apparemment, la question devait être très compliquée, car elle éclata en sanglots tout en parvenant toutefois à me dire « Viens, on y va. »
Dans la nurserie, elle me montra du doigt un minuscule berceau à l'écart des autres. Je me suis penché et je l'ai vu. Au début, j'ai cru à une mauvaise blague, mais compte tenu des circonstances et des visages déconfits environnants, je me rendis à l'évidence. J'avais probablement abusé de la chansonnette lors de la grossesse. Sur ce point, l'enfant me ressemblait comme deux gouttes d'eau : ma femme avait accouché d'un poste radio.
― Le fil d'alimentation était enchevêtré dans le placenta. Le courant est passé par là, se sentit obligée de rajouter Marie.
À l'hôpital, ils étaient drôlement embêtés avec cette histoire à dormir debout, dans le genre mauvaise publicité, ça se posait là. Alors ils décidèrent de dissimuler l'affaire : tout comme sa mère, l'enfant n'avait pas survécu à l'accouchement.
Cette histoire fit le tour du village. Pour une fois, il s'y passait un événement particulier. Vous pensez bien que les gens s'en donnaient à cœur joie. Puis, de l'eau a coulé dans la Save, et voilà qu'un beau jour, ce pauvre bougre de Serge est surpris dans les quartiers chauds de la capitale pour aller voir les petites filles de Pigalle. Autant Serge aimait se faire oublier, autant sa femme était une citadine du dimanche. Elle devait s'imaginer vivre à Toulouse. Vraiment. Jusqu'au bout des doigts. Pour vous dire, elle se vernissait même les ongles des pieds ! Enfin, je n'ai jamais pu la piffrer, c'est tout. Du coup, au lieu de laver son linge sale en famille, elle préféra étendre jusqu'aux caleçons de son homme devant le nez de toutes les pies de village. Alors, une histoire en chassa une autre, plus personne ne s'occupa de mes problèmes.
Les ragots du bourg, je n'en avais cure. Je n'avais pas quitté ma maison depuis l'enterrement de Nathalie, et, de jour comme de nuit, j'errais d'une pièce à une autre dans une apathie provoquée par mon chagrin et mes insomnies. Dépenaillé, sale, amaigri, j'avais cessé de lutter et ma joie de vivre s'était éteinte, elle reposait auprès de ma femme sous la forme d'un juke-box qui ne fonctionnait plus. De temps à autre, le téléphone sonnait. J'imaginais Serge ou bien un client s'inquiétant de ma santé. Je ne répondais pas. J'attendais, vautré dans un fauteuil, les bras ballants et le regard vide d'expression, que l'interlocuteur se lasse. La sonnette retentit aussi de nombreuses fois. Je ne m'en préoccupais pas davantage. Bien souvent, j'attrapais au hasard un des nombreux cadres disséminés dans toute la maison contenant une photo de Nathalie. Puis je reprenais ma marche pour un temps, jusqu'au moment, où submergé de douleur, je me retrouvai vautré sur le sol en sanglots. Elle me manquait terriblement.
Par contre, Joe se portait bien. Il n'avait peut-être pas l'amour et l'affection qu'un enfant pouvait attendre de son père, mais je le branchais sur secteur dès qu'il grésillait un peu trop fort. Il ne semblait pas se plaindre, il en avait pour sa faim et semblait grandir normalement. Enfin, normalement... ça en avait l'air. Pour tout dire, je manquais d'expérience comme père de poste radio. Il émettait des bruits étranges qui progressivement s'approchaient à de la parole, mais il restait encore bien loin de capter ne serait-ce qu'RTL.
Le temps a filé ainsi. Puis un matin, alors que je venais de pleurer toutes les larmes de mon corps devant une photo de Nathalie, une petite mélodie traversa mon esprit. C'était léger, triste et mélancolique. Vidé et sans ressource, je me laissai emporter par ce courant d'air et me surpris à chantonner :
...
― Dis-lui, je t'en prie, dis lui c'est important, et il attend.
― Dis, tu as fait quelque chose à ma maman ? Elle me fait toujours des grands signes. Elle me dit toujours tout bas : je crois que j'suis pas là....
― Dis-lui que j'ai mal, j'ai mal depuis six ans. C'est ton âge mon enfant.
― Ah non ! Moi, moi j'ai cinq ans. Eh dis, tu la connaissais ma maman ? Pourtant elle ne m'a jamais parlé de toi. Tu restes là ?
― Le téléphone pleure... quand je lui crie, je t'aime, les mots se perdent dans les hauteurs...
Je ne pus retenir de nouveau mes sanglots, la maison me paraissait si vide. Mais la musique ne cessa pas pour autant. Au contraire, elle augmentait en intensité. Le téléphone pleure... Surpris, j'ouvris les yeux et je le vis, Joe. Dans ses premières paroles, il débordait déjà de compassion pour son père. Une joie immense m'inonda et déborda de mes entrailles. J'enserrai fort Joe de mes bras. Je le portai contre ma poitrine bien à l'abri, bien calé contre mon cœur. Mes jambes flageolaient, je manquai de force, et, à bout, tremblant d'émotion, nous continuâmes ce duo, les voix chevrotantes.
Peu de temps après, le tabac avait rouvert et le bal des clients reprit comme si de rien n'était. J'avais retrouvé ma joie de vivre. Nathalie me manquait toujours autant, mais, posé à mes côtés sur le comptoir, se trouvait un étrange poste radio. Il grésillait timidement. La mélodie était tout juste perceptible, les paroles à peine prononcées. Pourtant je préférais mille fois cela à n'importe quel programme radiophonique, quand bien même il eut s'agit d'un spécial Michel (désolé Mich' pour cette infidélité. Tu me comprendras, je le sais, grand amoureux des enfants. Oooh, attention les enfants, danger...). Quant à mon juke-box, et bien, il fonctionnait de nouveau. Il contenait dorénavant un seul disque. Cette chanson passait inlassablement en boucle dans ma tête :
C'est mon fils, ma bataille...
< Texte effacé à la demande de l'auteur >
.
La vie c'est bien plus marrant en chantant. Ah ça, les philosophes peuvent toujours se coucher tôt. Ils peuvent bien, si ça leur chante, se triturer le cerveau pour des centaines d'années encore. Je ne vais pas les empêcher d'étaler leur confiture sur de jolies phrases, je suis tranquille, ils n'égaleront pas mon Mich'. Pas la peine de chercher midi à quatorze heures, ni de se couper les cheveux en quatre : la vérité est là.
Ma vie se résumait dans ce refrain (Michel, quand tu nous quitteras, j'irai fleurir ta tombe de marguerites, parole de fan). C'est bien simple, un air de musique populaire tournoyait sans cesse dans ma tête. Un véritable juke-box ambulant, je vous assure. Mais je ne causais pas vraiment l'anglais, mis à part quelques classiques du style bebop oh là là ou bien encore the chaud mush go one, c'était exclusivement de la variété française du matin au soir.
Ainsi, quand j'étais petit garçon, France Gall me tenait par la main pour m'amener à l'école avec ses histoires de Charlemagne. Dès la journée terminée, c'était au tour de Sheila. Toute guillerette, elle se pointait dans ma tête avec sa face de collégienne attardée et ses nattes qui battaient la mesure. Elle me raccompagnait à la maison, et moi, je bondissais de flaque en flaque le long du chemin, mais oui, mais oui, l'école est finie. Je ne me posais pas de questions, j'étais heureux, toujours joyeux et ça se voyait drôlement : un gigantesque sourire illuminait constamment mon visage. Adolescent, je vadrouillais en mobylette dans les environs, je ne crains plus personne en Harley Davidson. Ma face de bonne humeur faisait fureur auprès des adolescentes en fleur. Elles ne voyaient même pas ma grosse bedaine à la Richard Anthony. Je ne faisais pas exprès, c'était comme ça, j'aime les filles...
Puis je l'ai rencontrée, mon guide, Nathalie.
Elle habitait Escorneboeuf, un village voisin. Il est juste derrière les coteaux, sur la route de L'Isle-Jourdain. Tu dois tourner à gauche entre les champs du père Lézat et la mare de la mère Espinasse. Ce n'est pas très loin, mais quand t'es jeune, faut le mériter, car toutes les mobylettes peinent pour monter la côte. Combien de fois j'ai du la finir à pied !
Je m'en souviens encore. Nous nous sommes rencontrés lors de la fête taurine de Saint-Paul-sur-Save. Elle était belle, belle, belle, comme le jour avec ses grands yeux bleus pétillants et son visage tout rond. Elle était si belle... Sans savoir trop comment ni pourquoi, peut-être à cause de l'ambiance dans les bals populaires, en un rien d'instant nous nous sommes plu et depuis, elle court, elle court, la maladie d'amour...
Les années ont filé et d'adolescents hébétés, nous sommes devenus mari et femme. Je tenais le petit bureau de tabac de la place centrale de Gimont, Radio Nostalgie me tenait compagnie du matin au soir. Nathalie travaillait à l'hôpital comme infirmière au deuxième étage, en gériatrie, au milieu de patients nostalgiques.
La campagne est tout simplement magnifique vers chez nous. Il suffit de se promener en sortant un peu des sentiers battus pour découvrir un agréable bras de rivière ombragé. Le sol y est tapissé d'une herbe humide et dense. Comment le décrire ? Une peau de bébé ne serait pas plus douce. Le bruit régulier de l'écoulement de l'eau vous berce en douceur et des pépiements d'oiseaux vous chatouillent le cœur. Il y fait bon s'étendre, s'y prélasser des heures durant et y caresser rêveusement son amoureuse. Un air doux et champêtre de Francis Cabrel vous traverse inévitablement l'esprit, la cabane du pêcheur ou un autre, c'est selon. Dans ces conditions, bien vite les caresses perdent leur innocence. Combien de petits paradis bucoliques n'a-t-on pas visités avec Nathalie ?
Pour faire bref, notre union était consommée depuis longtemps déjà et évidemment, en chacune de ces occasions, et bien... je faisais l'amour en chantant. Mich', t'es trop fort.
Nos ébats demeurèrent longtemps des jeux musicaux sans conséquence, je vais et je viens, entre tes reins... puis, un beau jour de mars, son ventre commença à s'arrondir. Son humeur prit des touches capricieuses et ses envies des allures de défi.
De mon côté, la joie de devenir père attisa mes élans artistiques. Chaque soir, je n'oubliais pas de coller mon oreille contre le ventre de ma douce pour y entamer mon répertoire intarissable. Fallait bien instruire la descendance ! Euphorique comme après un verre de trop, je ne ressentis pas les mois défiler. Lorsque septembre arriva, la grossesse approchait de son terme, mais le fiston ne voulait toujours pas montrer le bout de son nez. Je le comprenais, il faisait si chaud ! C'était l'automne, un automne où il faisait beau. Tu parles ! Cette satanée chaleur estivale ne voulait pas quitter le ciel. Elle nous pompait toute notre sueur, la garce. On transpirait ! Alors, il préférait attendre tout à ses aises dans le bidon de sa maman : il avait la climatisation naturelle et son papa lui chantait de belles mélodies toutes joyeuses, pour le plaisir...
Côté température, ce n'était pas vraiment le Connemara mais plutôt l'été indien. L'été indien. J'y vis le signe divin. Garçon ou une fille, notre enfant suivrait son père dans cette joie de vivre, mais à sa manière. Il allait s'appeler Joe. Un futur mètre quatre-vingt-quatre de bonheur surmonté d'un sourire indétrônable. On ira où tu voudras, quand tu voudras mon fiston ! Comme je l'attendais cet enfant, je l'aimais déjà. Hélas...
L'horloge du tabac affichait les 18 heures. Comme d'habitude à ce moment-là, ma boutique ne désemplissait pas. Il s'agissait surtout de voisins qui revenaient au village après une longue journée de travail dans la grisaille des bureaux de la capitale. Pas l'autre ville de cinglés, non non, la notre de capitale, c'est-à-dire Auch. Ils avaient grand besoin d'attention, de se détendre. Je leur offrais tout simplement un peu de bonne humeur, Radio Nostalgie m'aidant à les alléger de leurs soucis. Le téléphone sonna. C'était l'hôpital. Il me prévenait de la venue imminente de Joe. À ce moment, Gérard Lenorman avec sa tête de demeuré nous entrainait dans sa ballade des gens heureux, j'en faisais partie.
Ce coup de fil me mit dans tous mes états, et d'un éclat de joie j'en fis profiter tous mes clients. Il s'en suivit une ovation collective ponctuée d'applaudissements, de poignées de mains et d'accolades chaleureuses. Sitôt cette effusion de sentiments distribuée, ni une, ni deux, je fermai la boutique et me précipitai hors du tabac à toute blinde, tagada, tagada, voilà les Daltons, voilà les daltons. J'allais profiter des premières minutes de vie de mon Joe.
Sitôt arrivé, une infirmière m'attendait. C'était Marie, la meilleure amie de Nathalie. Elle trompait son Serge, mon pote, avec un crétin. Son mari le savait bien, mais comme il aimait davantage avoir la paix pour faire son jeu au PMU de la place centrale que d'être la cible des ragots du village, il feignait l'ignorance. Cocu, mais content, en quelque sorte. Devant la porte, elle m'attendait. Tête baissée, elle serrait sa mine et gardait ses mains enfouies dans les poches de sa blouse. Elle me demanda de la suivre sans en dire davantage tout en prenant garde de ne pas croiser mon regard. Quelques pas plus tard, je me retrouvai dans un bureau dans lequel un docteur m'y attendait. Ce gars-là avait une tête de Mort Shuman à vous glacer le sang.
― Monsieur, me dit-il, l'accouchement ne s'est pas passé comme prévu, votre femme...
― Quoi, ma femme ? Elle est où ? Comment va-t-elle ?
― Elle est décédée, électrocutée.
― Hein ? Y a pas moyen docteur, ça non ! C'est pas une Claudette ma femme, et puis, et puis, on est dans un hôpital, pas dans une salle de bains !
Dans ma tête, le silence. La musique s'était tue, et au lieu d'une mélodie légère et frivole, il n'y avait rien, le néant.
― Toutes mes condoléances, Monsieur, que Mort me dit tout en me serrant la main.
Il rajouta quelques mots sûrement bien placés et très polis, cependant, je n'entendais plus rien. Marie choisit ce moment pour me susurrer à l'oreille « Viens, on va le voir. ». Reprenant une once d'esprit, je lui demandai : « Oui. L'enfant. C'est un garçon ou une fille ? ». Apparemment, la question devait être très compliquée, car elle éclata en sanglots tout en parvenant toutefois à me dire « Viens, on y va. »
Dans la nurserie, elle me montra du doigt un minuscule berceau à l'écart des autres. Je me suis penché et je l'ai vu. Au début, j'ai cru à une mauvaise blague, mais compte tenu des circonstances et des visages déconfits environnants, je me rendis à l'évidence. J'avais probablement abusé de la chansonnette lors de la grossesse. Sur ce point, l'enfant me ressemblait comme deux gouttes d'eau : ma femme avait accouché d'un poste radio.
― Le fil d'alimentation était enchevêtré dans le placenta. Le courant est passé par là, se sentit obligée de rajouter Marie.
À l'hôpital, ils étaient drôlement embêtés avec cette histoire à dormir debout, dans le genre mauvaise publicité, ça se posait là. Alors ils décidèrent de dissimuler l'affaire : tout comme sa mère, l'enfant n'avait pas survécu à l'accouchement.
Cette histoire fit le tour du village. Pour une fois, il s'y passait un événement particulier. Vous pensez bien que les gens s'en donnaient à cœur joie. Puis, de l'eau a coulé dans la Save, et voilà qu'un beau jour, ce pauvre bougre de Serge est surpris dans les quartiers chauds de la capitale pour aller voir les petites filles de Pigalle. Autant Serge aimait se faire oublier, autant sa femme était une citadine du dimanche. Elle devait s'imaginer vivre à Toulouse. Vraiment. Jusqu'au bout des doigts. Pour vous dire, elle se vernissait même les ongles des pieds ! Enfin, je n'ai jamais pu la piffrer, c'est tout. Du coup, au lieu de laver son linge sale en famille, elle préféra étendre jusqu'aux caleçons de son homme devant le nez de toutes les pies de village. Alors, une histoire en chassa une autre, plus personne ne s'occupa de mes problèmes.
Les ragots du bourg, je n'en avais cure. Je n'avais pas quitté ma maison depuis l'enterrement de Nathalie, et, de jour comme de nuit, j'errais d'une pièce à une autre dans une apathie provoquée par mon chagrin et mes insomnies. Dépenaillé, sale, amaigri, j'avais cessé de lutter et ma joie de vivre s'était éteinte, elle reposait auprès de ma femme sous la forme d'un juke-box qui ne fonctionnait plus. De temps à autre, le téléphone sonnait. J'imaginais Serge ou bien un client s'inquiétant de ma santé. Je ne répondais pas. J'attendais, vautré dans un fauteuil, les bras ballants et le regard vide d'expression, que l'interlocuteur se lasse. La sonnette retentit aussi de nombreuses fois. Je ne m'en préoccupais pas davantage. Bien souvent, j'attrapais au hasard un des nombreux cadres disséminés dans toute la maison contenant une photo de Nathalie. Puis je reprenais ma marche pour un temps, jusqu'au moment, où submergé de douleur, je me retrouvai vautré sur le sol en sanglots. Elle me manquait terriblement.
Par contre, Joe se portait bien. Il n'avait peut-être pas l'amour et l'affection qu'un enfant pouvait attendre de son père, mais je le branchais sur secteur dès qu'il grésillait un peu trop fort. Il ne semblait pas se plaindre, il en avait pour sa faim et semblait grandir normalement. Enfin, normalement... ça en avait l'air. Pour tout dire, je manquais d'expérience comme père de poste radio. Il émettait des bruits étranges qui progressivement s'approchaient à de la parole, mais il restait encore bien loin de capter ne serait-ce qu'RTL.
Le temps a filé ainsi. Puis un matin, alors que je venais de pleurer toutes les larmes de mon corps devant une photo de Nathalie, une petite mélodie traversa mon esprit. C'était léger, triste et mélancolique. Vidé et sans ressource, je me laissai emporter par ce courant d'air et me surpris à chantonner :
...
― Dis-lui, je t'en prie, dis lui c'est important, et il attend.
― Dis, tu as fait quelque chose à ma maman ? Elle me fait toujours des grands signes. Elle me dit toujours tout bas : je crois que j'suis pas là....
― Dis-lui que j'ai mal, j'ai mal depuis six ans. C'est ton âge mon enfant.
― Ah non ! Moi, moi j'ai cinq ans. Eh dis, tu la connaissais ma maman ? Pourtant elle ne m'a jamais parlé de toi. Tu restes là ?
― Le téléphone pleure... quand je lui crie, je t'aime, les mots se perdent dans les hauteurs...
Je ne pus retenir de nouveau mes sanglots, la maison me paraissait si vide. Mais la musique ne cessa pas pour autant. Au contraire, elle augmentait en intensité. Le téléphone pleure... Surpris, j'ouvris les yeux et je le vis, Joe. Dans ses premières paroles, il débordait déjà de compassion pour son père. Une joie immense m'inonda et déborda de mes entrailles. J'enserrai fort Joe de mes bras. Je le portai contre ma poitrine bien à l'abri, bien calé contre mon cœur. Mes jambes flageolaient, je manquai de force, et, à bout, tremblant d'émotion, nous continuâmes ce duo, les voix chevrotantes.
Peu de temps après, le tabac avait rouvert et le bal des clients reprit comme si de rien n'était. J'avais retrouvé ma joie de vivre. Nathalie me manquait toujours autant, mais, posé à mes côtés sur le comptoir, se trouvait un étrange poste radio. Il grésillait timidement. La mélodie était tout juste perceptible, les paroles à peine prononcées. Pourtant je préférais mille fois cela à n'importe quel programme radiophonique, quand bien même il eut s'agit d'un spécial Michel (désolé Mich' pour cette infidélité. Tu me comprendras, je le sais, grand amoureux des enfants. Oooh, attention les enfants, danger...). Quant à mon juke-box, et bien, il fonctionnait de nouveau. Il contenait dorénavant un seul disque. Cette chanson passait inlassablement en boucle dans ma tête :
C'est mon fils, ma bataille...
< Texte effacé à la demande de l'auteur >
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chris- Nombre de messages: 64
Age: 36
Date d'inscription: 25/05/2011
Re: En chantant
En fin de lecture, j'oscille entre sourire et irritation profonde, si tu savais comme je t'en veux de m'avoir remis ces scies en tête ! Ah ! je ne te remercie pas ! Maintenant, je vais passer le reste de la journée à chasser les mauvais souvenirs...
Donc, ça fonctionne et ça fonctionne même très bien. Tu te moques, de nous, d'eux, de lui, de toi, c'est impeccable. En lisant le passage sur la naissance du poste radio, je me disais que tu aurais aussi pu glisser : "qu'est-ce qu'y fait, qu'est-ce qu'il a, qui c'est celui-ça", non ?
J'ai aperçu deux ou trois coquilles en route, je me contente de te signaler celle-ci parce qu'elle est très laide : quand bien même il eut s'agit => "quand bien même il se fut agi" (les verbes pronominaux se conjuguent avec "être" aux temps composés)
Donc, ça fonctionne et ça fonctionne même très bien. Tu te moques, de nous, d'eux, de lui, de toi, c'est impeccable. En lisant le passage sur la naissance du poste radio, je me disais que tu aurais aussi pu glisser : "qu'est-ce qu'y fait, qu'est-ce qu'il a, qui c'est celui-ça", non ?
J'ai aperçu deux ou trois coquilles en route, je me contente de te signaler celle-ci parce qu'elle est très laide : quand bien même il eut s'agit => "quand bien même il se fut agi" (les verbes pronominaux se conjuguent avec "être" aux temps composés)

Easter(Island)- Nombre de messages: 12089
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: En chantant
Plaisant et enlevé, oui. Pas toujours facile de glisser des titres ou des paroles dans un texte sans que le sens n'en souffre. Pari relevé !
Remarques :
- « En chantant... » : ce ne sont pas les bons points de suspension « … » (Alt + 0133) ;
- « j'aime les filles... » : idem ;
- « Elle habitait Escorneboeuf » : attention à bien marquer les ligatures (« œ », Alt + 0156) ;
- « j'ai du la finir » : « dû » ;
- « Elle était si belle... » : mauvais points de suspension ;
- « la maladie d'amour... » : idem ;
- « la cabane du pêcheur » : en italique (titre) ;
- « et bien... » : « eh bien » ; mauvais points de suspension ;
- « entre tes reins... » : idem ;
- « pour le plaisir... » : idem ;
- « Garçon ou une fille » : « garçon ou fille » (sans l'article indéfini féminin) ;
- « Hélas... » : mauvais points de suspension ;
- « la notre de capitale » : « la nôtre » ;
- « sa tête de demeuré nous entrainait » : « entraînait » (orthographe traditionnelle) ;
- « voilà les Daltons, voilà les daltons. » : « voilà les Dalton, voilà les Dalton. » ;
- « dans lequel un docteur m'y attendait. » : ce « m'y » est redondant : « dans lequel un docteur m'attendait » ;
- « votre femme... » : mauvais points de suspension ;
- « « Viens, on va le voir. ». » : il faut supprimer le point après « voir » et avant les guillemets fermants ;
- « à me dire « Viens, on y va. » » : il faut placer le point après les guillemets fermants ;
- « Alors, une histoire en chassa une autre » : « chassant » ;
- « jusqu'au moment, où submergé de douleur, » : décalez la virgule après « moment » à « où » ;
- « normalement... » : mauvais points de suspension ;
- « s'approchaient à de la parole » : le « à » est de trop ;
- « mais il restait encore bien loin de capter » : la tournure me semble incorrecte. Plutôt que « restait », j'aurais employé « était » ;
- « ne serait-ce qu'RTL. » : « ne serait-ce que RTL. » ;
- « ... » : mauvais points de suspension ;
- « dis lui c'est important » : « dis-lui » (trait d'union) ;
- « que j'suis pas là.... » mauvais points de suspension, par ailleurs toujours au nombre de trois ;
- « Le téléphone pleure... » : mauvais points de suspension ;
- « dans les hauteurs... » : idem ;
- « Le téléphone pleure... » : idem ;
- « quand bien même il eut s'agit » : déjà relevé par Easter(Island) avant moi, je confirme ;
- « danger... » : mauvais points de suspension ;
- « et bien, il fonctionnait de nouveau. » : « eh bien » ;
- « ma bataille... » : idem.
Remarques :
- « En chantant... » : ce ne sont pas les bons points de suspension « … » (Alt + 0133) ;
- « j'aime les filles... » : idem ;
- « Elle habitait Escorneboeuf » : attention à bien marquer les ligatures (« œ », Alt + 0156) ;
- « j'ai du la finir » : « dû » ;
- « Elle était si belle... » : mauvais points de suspension ;
- « la maladie d'amour... » : idem ;
- « la cabane du pêcheur » : en italique (titre) ;
- « et bien... » : « eh bien » ; mauvais points de suspension ;
- « entre tes reins... » : idem ;
- « pour le plaisir... » : idem ;
- « Garçon ou une fille » : « garçon ou fille » (sans l'article indéfini féminin) ;
- « Hélas... » : mauvais points de suspension ;
- « la notre de capitale » : « la nôtre » ;
- « sa tête de demeuré nous entrainait » : « entraînait » (orthographe traditionnelle) ;
- « voilà les Daltons, voilà les daltons. » : « voilà les Dalton, voilà les Dalton. » ;
- « dans lequel un docteur m'y attendait. » : ce « m'y » est redondant : « dans lequel un docteur m'attendait » ;
- « votre femme... » : mauvais points de suspension ;
- « « Viens, on va le voir. ». » : il faut supprimer le point après « voir » et avant les guillemets fermants ;
- « à me dire « Viens, on y va. » » : il faut placer le point après les guillemets fermants ;
- « Alors, une histoire en chassa une autre » : « chassant » ;
- « jusqu'au moment, où submergé de douleur, » : décalez la virgule après « moment » à « où » ;
- « normalement... » : mauvais points de suspension ;
- « s'approchaient à de la parole » : le « à » est de trop ;
- « mais il restait encore bien loin de capter » : la tournure me semble incorrecte. Plutôt que « restait », j'aurais employé « était » ;
- « ne serait-ce qu'RTL. » : « ne serait-ce que RTL. » ;
- « ... » : mauvais points de suspension ;
- « dis lui c'est important » : « dis-lui » (trait d'union) ;
- « que j'suis pas là.... » mauvais points de suspension, par ailleurs toujours au nombre de trois ;
- « Le téléphone pleure... » : mauvais points de suspension ;
- « dans les hauteurs... » : idem ;
- « Le téléphone pleure... » : idem ;
- « quand bien même il eut s'agit » : déjà relevé par Easter(Island) avant moi, je confirme ;
- « danger... » : mauvais points de suspension ;
- « et bien, il fonctionnait de nouveau. » : « eh bien » ;
- « ma bataille... » : idem.
alex- Nombre de messages: 2565
Age: 20
Localisation: « ¿ ¡ à À â  ä Ä æ Æ ç Ç é É ê Ê è È ë Ë í Í î Î ì Ì ï Ï ñ Ñ ó Ó ô Ô ò Ò ö Ö œ Œ ß ú Ú û Û ù Ù ü Ü × ‰ € – — … »
Date d'inscription: 14/01/2010
Re: En chantant
J'aime bien le principe des chansons qui est dans la continuité du basculement avec la radio. J'ai aimé l'intro.

drayano- Nombre de messages: 99
Age: 22
Date d'inscription: 23/02/2011

Re: En chantant
ma jeunesse (mon enfance) revisitée
drôle et triste à la fois !
les postes de radio résistent mieux au temps que nos ex stars botoxisées !
mais rondement mené, je trouve
drôle et triste à la fois !
les postes de radio résistent mieux au temps que nos ex stars botoxisées !
mais rondement mené, je trouve

Janis- Nombre de messages: 5023
Age: 51
Date d'inscription: 18/09/2011
Re: En chantant
Beaucoup aimé, finalement pas tant pour les paroles glissées ici et là même si c'est parfaitement fait et qu'elles s'intègrent au millimètre dans le texte ; mais surtout pour l'histoire en elle-même, pleine d'émotions, qu'elles soient joyeuses ou tristes et avec cette touche de fantastique ou d'absurde qui lui donne son teint si particulier.
Une jolie histoire.
Une jolie histoire.

elea- Nombre de messages: 3184
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
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