Périscope
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Périscope
Périscope
Laura nageait lentement. Elle s'immergeait, poumons gonflés. Sa bouche heurtait la surface, puis son nez disparaissait d’un coup en dessous du dioptre chloré. Ses oreilles s'obstruaient. Un assourdissement paisible occupait son crâne et la tranquillisait. La terre s’éloignait. La matière solide était troquée contre la fluidité du mouvement. Ce mur d'eau entre elle et la réalité permettait à Laura de réfléchir. Ses sens percevaient tout plus lentement, comme si la voix chaude et brouillée qui lui parvenait ralentissait son rythme pour lui expliquer les choses avec pédagogie. Ses pensées se rangeaient soudain, se toisaient sous sa masse de cheveux noirs avec un mépris égoïste, s’espaçaient les unes des autres, lâchées dans un bouillon étrange. Méthodiquement, Laura les triait. Elle mettait à part les plus gros morceaux, les épais, les filandreux, ceux difficiles à décortiquer. Ceux-là occupaient son univers droit. Dans le gauche, elle plaçait les pensées simples, les idées manichéennes, les raisonnements faciles qui apportent rapidement le repos. Ils étaient les hors-d'œuvre de l'ignorance ravie, de l'imbécile heureuse prête à mettre sur sa bouche le grand sourire de la naïveté. Au cours de sa descente vers le fond, Laura s’en séparait rapidement. Ces pensées-là étaient agréables par leur évidence, leur chair rosie, leur simplicité de forme et de mastication. Facilement digérables, elles se dénouaient aisément, et quand Laura prenait conscience de l'ennui qu'elles provoquaient, elle les éjectait sans scrupules. La jeune femme s'immobilisait ensuite au fond de la piscine, en apesanteur, chien de fusil flottant, ses yeux grand ouverts caressés par les remous, prisonnière du liquide amniotique. Elle revenait doucement à l’essentiel.
L'eau ne lui piquait plus les yeux. Bien qu'ils sortissent rougis et papillonnants de leur bain chimique, ses iris préféraient observer, détailler. Même la nuit, ils sont grand ouverts sur l'intérieur du crâne de la jeune femme et regardent les soleils qui s'éteignent dans l'obscurité. Laura, sur con coussin d'eau, prostrée dans sa méditation aquatique, voyait parfois deux jambes traverser son champ de vision. Un jour, un soutien-gorge, dentelle rouge et fines bretelles, était tombé de la poitrine d'une femme au plongeon maladroit, avait glissé vers le fond et dansé longuement devant les yeux de Laura. La vision furtive, risible, lui avait paru magnifique. De ce bout de tissu rouge, arraché du sein maternel, elle avait fait une Méduse, l'œil et les cheveux effilochés d'une créature fantastique. Depuis, juste avant de s'attaquer aux pensées difficiles, aux morceaux de choix, aux cœurs tristes, avant de déguster les foies mélancoliques, de mener à ses lèvres les biles et les angoisses, Laura songe à sa rêverie passée et s'invente des histoires en arrosant sa mélancolie d'un vin de poésie. Les corps qu'elle discerne dans le miroir de l'eau, perdue elle-même dans le creux de la glace comme une fissure sur du verre, deviennent nuages et loups de mer. Les grosses femmes deviennent silures, les gros garçons bedonnants, lamantins. Les planches à pain se meuvent comme des anguilles dans l'eau tiède, frivoles et frétillantes. Laura rigole, manque de s'étouffer, recrache un jet d'eau et de salive qui remonte vers la surface et ondulent de la queue. Mais les plongeons, les éclaboussures au dessus de sa tête ramènent bientôt la jeune femme sur la grève de la réalité : des bombes nucléaires explosent sur ce ciel trop bleu et une odeur de souffre, ce cendres et de dynamite la tirent, suffocante de lucidité, vers le phare bien trop blafard de ses préoccupations quotidiennes. C'est le temps des gros morceaux, de la charogne, du bétail sauvage et indomptable, cette viande noble et un peu répugnante dans laquelle on hésite à planter la fourchette.
Il reste maintenant à Laura deux ou trois minutes de respiration avant de ressentir les prémices de l’asphyxie. Elle est douée d'une préscience des minutes qui passent. Ce n'est pas une forme d'instinct, plutôt une capacité d'analyse, de déduction, d'intuition. Elle a toujours touché le monde avec des mains connaisseuses. Sur ses poignets restent les résidus inconscients d'expériences précoces que les autres n'ont pas encore traversées. Pendant le court laps de temps qui lui est imparti, elle prend des décisions, scalpe ses incertitudes, démêle les nœuds impossibles de ses dilemmes. Elle verse le désherbant des mots sur le jardin maudit des Hespérides et viole, dans ce cœur intérieur qu'elle explore au fond de l'eau, les sanctuaires des tombeaux de sa mémoire. D'une main experte, Laura cherche les clefs tombées au fond de sa conscience, se souvient de tous les livres lus qui peuvent l'aider à se regarder en tant qu'être humain, ouvre toutes les portes, profite du sursaut de vie que lui insuffle la peur de la noyade pour donner des coups de pied sur tous les caveaux enclavés qui jusque là n'avaient pas voulu s'ouvrir. Elle cherche à révéler dans ce cloaque existentiel la puanteur des actes anciens et de ses culpabilités enfouies. Elle cherche la lucidité. Le bourdonnement qui emplit sa tête, celui de l'eau et celui des mouches, donne du rythme à ses réflexions, aux doigts qui pincent ses neurones pour quelques accords d’une mélodie qui se tienne et ne soit pas trop dure à accepter. La panique qu'impose la rapidité du choix l'oblige à se ruer vers son destin, à le prendre à bras le corps, à le secouer dans tous les sens pour en faire tomber les meilleurs fruits, prometteurs d'une récolte blonde, suave et dorée, d'une récolte de printemps à la fin de l'automne sentimental. Laura a conscience de la stupidité de son attitude, du pas chancelant des nourrissons qu'elle enfante en accouchant de raisonnements hâtifs. Cependant, quand elle remonte à la surface, les yeux brûlés, la poitrine douloureuse, les voies aériennes pleines d'eau, la nécessité de se libérer en hâte des liens qui l'entravaient lui ont donné de nouveaux espoirs.

Marine- Nombre de messages: 422
Age: 17
Date d'inscription: 30/07/2011
Re: Périscope
Belle plongée en inconscient, Louis devrait faire des merveilles d'analyse avec ce texte !
Si j'ai énormément aimé la teneur des réflexions sur les pensées faciles et tout le reste, plus exigeant en travail d'analyse, si j'ai adoré l'idée que cette reflexion se fasse en apnée, immergée dans un liquide amniotique chloré, j'ai tout de même des réserves sur l'abondance des métaphores que tu utilises dans des registres trop différents, ce qui enlève beaucoup de force et de cohérence à un texte déjà pas si facile à appréhender ( [size=7]tellement riche de sens - au pluriel !) [/size]:
Le phare bien trop blafard de ses préoccupations quotidiennes
Le vin de poésie
Les bombes nucléaires
Le désherbant des mots
Les meilleurs fruits, la récolte blonde
Les clés des caveaux
font exploser le texte dans des champs sémantiques trop éloignés, et c'est dommage.
Si j'ai énormément aimé la teneur des réflexions sur les pensées faciles et tout le reste, plus exigeant en travail d'analyse, si j'ai adoré l'idée que cette reflexion se fasse en apnée, immergée dans un liquide amniotique chloré, j'ai tout de même des réserves sur l'abondance des métaphores que tu utilises dans des registres trop différents, ce qui enlève beaucoup de force et de cohérence à un texte déjà pas si facile à appréhender ( [size=7]tellement riche de sens - au pluriel !) [/size]:
Le phare bien trop blafard de ses préoccupations quotidiennes
Le vin de poésie
Les bombes nucléaires
Le désherbant des mots
Les meilleurs fruits, la récolte blonde
Les clés des caveaux
font exploser le texte dans des champs sémantiques trop éloignés, et c'est dommage.

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Périscope
c'est vrai, mais c'est quand même chouette, très habité, très belle plume

Janis- Nombre de messages: 5023
Age: 51
Date d'inscription: 18/09/2011
Re: Périscope
Bonsoir,
J'ai aimé.
C'est du lourd et chacun trouvera l'image ou la métaphore qui illustrera son présent ou son avenir ... J'ai pour ma part donné beaucoup de sens à cette image : (ses yeux) ... sont grand ouverts sur l'intérieur du crâne de la jeune femme ...
Attention tout de même ! C'est une lecture difficile et lorsqu'on arrive sur ce "Laura, sur con coussin d'eau ...", on donne libre cours à son imagination pendant quelques secondes, on cherche une signification cachée avant d'admettre que, bien évidemment, ce n'est qu'une faute de frappe !
Amicalement,
midnightrambler
J'ai aimé.
C'est du lourd et chacun trouvera l'image ou la métaphore qui illustrera son présent ou son avenir ... J'ai pour ma part donné beaucoup de sens à cette image : (ses yeux) ... sont grand ouverts sur l'intérieur du crâne de la jeune femme ...
Attention tout de même ! C'est une lecture difficile et lorsqu'on arrive sur ce "Laura, sur con coussin d'eau ...", on donne libre cours à son imagination pendant quelques secondes, on cherche une signification cachée avant d'admettre que, bien évidemment, ce n'est qu'une faute de frappe !
Amicalement,
midnightrambler

midnightrambler- Nombre de messages: 1093
Age: 59
Localisation: NORMANDIE laclefdeschamps66@hotmail.fr
Date d'inscription: 10/01/2010
Re: Périscope
Quelle profusion ! Votre écriture est étonnante ; singulière assurément. Je ne suis pas gêné par l'abondance des métaphores soulignée par coline Dé mais peux comprendre cette sensation d'éparpillement…
- « Laura, sur con coussin d'eau » : « son » ;
- « qui remonte vers la surface et ondulent de la queue. » : « ondule » ;
- « au dessus de sa tête » : « au-dessus » ;
- « et une odeur de souffre » : « soufre » ;
- « ce cendres et de dynamite » : « de » ;
- « Elle est douée d'une préscience » : « prescience » ;
- « les sanctuaires des tombeaux de sa mémoire » : l'image est presque chichiteuse, à mes yeux.
- « Laura, sur con coussin d'eau » : « son » ;
- « qui remonte vers la surface et ondulent de la queue. » : « ondule » ;
- « au dessus de sa tête » : « au-dessus » ;
- « et une odeur de souffre » : « soufre » ;
- « ce cendres et de dynamite » : « de » ;
- « Elle est douée d'une préscience » : « prescience » ;
- « les sanctuaires des tombeaux de sa mémoire » : l'image est presque chichiteuse, à mes yeux.
alex- Nombre de messages: 2565
Age: 20
Localisation: « ¿ ¡ à À â  ä Ä æ Æ ç Ç é É ê Ê è È ë Ë í Í î Î ì Ì ï Ï ñ Ñ ó Ó ô Ô ò Ò ö Ö œ Œ ß ú Ú û Û ù Ù ü Ü × ‰ € – — … »
Date d'inscription: 14/01/2010
Re: Périscope
On se demande ce qui peut ainsi troubler Laura. Une écriture riche et puissante. Et c'est cette profusion d'images, incessante mais terriblement efficace qui vient réveiller nos émotions. Moi, je viens à peine de reprendre ma respiration ! J'irais bien lire ce texte sous l'eau, à la piscine municipale et voir l'effet que ça me fait...
LibertyJack- Nombre de messages: 23
Age: 17
Date d'inscription: 18/10/2009
Re: Périscope
J'adore! Les élucubrations, l'auto-analyse du personnage... et l'écriture aussi. En chipotant on pourrait déceler deux-trois maladresses, mais l'ensemble est tellement habile qu'on n'a pas envie de prendre cette peine.

Lamarjo- Nombre de messages: 78
Age: 35
Localisation: marjobonne51@laposte.net
Date d'inscription: 27/11/2011
Re: Périscope
« Sa bouche heurtait la surface ».
Le verbe « heurter » me semble inapproprié quand il s'agit d'un milieu liquide.
« dioptre chloré» , « liquide amniotique », « bain chimique ».
La composition de la piscine change selon votre humeur. Il faut garder une cohérence dans les descriptions et les images sinon vous déroutez le lecteur. Votre style souffre en effet d'une profusion d'adjectifs qui tirent à hue et à dia. Vous devriez resserrer votre propos pour aller à l'essentiel. En résumé, faites plus sobre.
Si je vous ai bien suivi, le premier paragraphe expose une dichotomie qui vous obsède : d'un côté l'écheveau des pensées intimes, de l'autre la simplicité des pensées élémentaires. Une version de l'éternelle dualité corps esprit finalement.
Le second paragraphe n'apporte pas grand chose de plus. Laura délire à travers une contemplation troublée des autres.
Une phrase lourde car mal structurée : « Depuis, juste avant de s'attaquer aux pensées difficiles … vin de poésie ».
Le dernier paragraphe reprend d'une façon grandiloquente et dramatique vos préoccupations d'être en devenir. Car si j'en crois votre jeune âge, votre route est encore à tracer et certaines pesanteurs vous entravent : « les caveaux enclavés qui jusque là n'avaient pas voulu s'ouvrir ». Vous voulez jouir de la vie « pour en faire tomber les meilleurs fruits ».
Je vois donc dans cet écrit une tentative d'émancipation, portée par un style confus, parfois maladroit mais néanmoins prometteur. Je le répète, la profusion verbale n'est pas un gage de clarté, j'irais même jusqu'à dire, sans vouloir vous froisser, que c'est une preuve d'immaturité en écriture. Personnellement, plus j'avance en âge, plus j'ai tendance à condenser mes propos. Le reste m'apparait comme un enrobage superflu.
Le verbe « heurter » me semble inapproprié quand il s'agit d'un milieu liquide.
« dioptre chloré» , « liquide amniotique », « bain chimique ».
La composition de la piscine change selon votre humeur. Il faut garder une cohérence dans les descriptions et les images sinon vous déroutez le lecteur. Votre style souffre en effet d'une profusion d'adjectifs qui tirent à hue et à dia. Vous devriez resserrer votre propos pour aller à l'essentiel. En résumé, faites plus sobre.
Si je vous ai bien suivi, le premier paragraphe expose une dichotomie qui vous obsède : d'un côté l'écheveau des pensées intimes, de l'autre la simplicité des pensées élémentaires. Une version de l'éternelle dualité corps esprit finalement.
Le second paragraphe n'apporte pas grand chose de plus. Laura délire à travers une contemplation troublée des autres.
Une phrase lourde car mal structurée : « Depuis, juste avant de s'attaquer aux pensées difficiles … vin de poésie ».
Le dernier paragraphe reprend d'une façon grandiloquente et dramatique vos préoccupations d'être en devenir. Car si j'en crois votre jeune âge, votre route est encore à tracer et certaines pesanteurs vous entravent : « les caveaux enclavés qui jusque là n'avaient pas voulu s'ouvrir ». Vous voulez jouir de la vie « pour en faire tomber les meilleurs fruits ».
Je vois donc dans cet écrit une tentative d'émancipation, portée par un style confus, parfois maladroit mais néanmoins prometteur. Je le répète, la profusion verbale n'est pas un gage de clarté, j'irais même jusqu'à dire, sans vouloir vous froisser, que c'est une preuve d'immaturité en écriture. Personnellement, plus j'avance en âge, plus j'ai tendance à condenser mes propos. Le reste m'apparait comme un enrobage superflu.

Jano- Nombre de messages: 461
Age: 42
Localisation: Pyrénées Atlantiques
Date d'inscription: 06/01/2009
Re: Périscope
Je profite que le texte soit en haut pour vous répondre.
Merci à tous, tout d'abord, de vos commentaires.
Coline et Jano, je vous réponds simultanément, étant donné que vos commentaires se recoupent sur de nombreux points. Je ne peux qu'être d'accord avec vous deux sur l'abondance des métaphores et la confusion qu'elle entraîne. Je ne retravaille pas le texte tout de suite, je sais que ça ne sert à rien, je n'arriverai pas, il est trop frais. Je pense que pour progresser il faut que je laisse mes textes dans un tiroir un ou deux mois sans les relire pour pouvoir cibler ensuite tout ce qui est à supprimer. J'aime bien, en fait, avoir de la matière au début, quitte à donner des coups de cisaille à l'intérieur plus tard. Je verrai ainsi ce qui est incompréhensible pour le lecteur et ce qui rend la lecture plus fastidieuse qu'agréable. Je verrai donc tout ça aux vacances de Noël, peut-être que je vous solliciterai pour savoir si c'est mieux !
J'ai déjà remplacé le "phare" par quelque chose de plus simple. "Le vin de poésie", j'ai du mal à le supprimer, j'affectionne l'image. Les "bombes", c'est pareil, c'est vraiment ce que m'évoquait le bruit des corps des nageurs qui plongent et viennent troubler Laura dans sa méditation. Ce qui est sûr, c'est que le dernier paragraphe est à élaguer.
Je me permets de formuler une objection, peut-être, Jano, quant au deuxième paragraphe. Il n'est pas fait pour apporter quelque chose en lui-même, c'est une façon pour moi de dire que Laura est impulsive, elle est perdue sans ses pensées puis dérive soudainement, ça met en forme son instabilité, d'où, peut-être, la confusion ressentie.
Jano, il faut dire que ça tient à des périodes aussi. Parfois j'ai envie de laisser faire, je suis trop flemmard pour faire vraiment attention, pour élaguer mon propos afin de le rendre clair. "Festina lente", tout ça, j'oublie, j'ai envie de me faire plaisir en écrivant, du coup j'oublie qu'il y a un lecteur qui doit me comprendre. Il faut que je trouve un juste milieu entre instaurer une ambiance et être clair.
Enfin, ce que je me dis souvent, c'est que mon style tient davantage de la maladresse (cette immaturité que vous releviez) que d'une originalité véritable. Est-ce cela que vous avez voulu me dire ? Vous m'avez bien cerné.
Merci, Janis pour votre commentaire, et à vous aussi Midnight, cette faute de frappe m'a bien fait rire !
Alex, une fois de plus, merci, je file à la correction !
Liberty, Larmarjo, merci de votre lecture et commentaires !
Merci à tous, tout d'abord, de vos commentaires.
Coline et Jano, je vous réponds simultanément, étant donné que vos commentaires se recoupent sur de nombreux points. Je ne peux qu'être d'accord avec vous deux sur l'abondance des métaphores et la confusion qu'elle entraîne. Je ne retravaille pas le texte tout de suite, je sais que ça ne sert à rien, je n'arriverai pas, il est trop frais. Je pense que pour progresser il faut que je laisse mes textes dans un tiroir un ou deux mois sans les relire pour pouvoir cibler ensuite tout ce qui est à supprimer. J'aime bien, en fait, avoir de la matière au début, quitte à donner des coups de cisaille à l'intérieur plus tard. Je verrai ainsi ce qui est incompréhensible pour le lecteur et ce qui rend la lecture plus fastidieuse qu'agréable. Je verrai donc tout ça aux vacances de Noël, peut-être que je vous solliciterai pour savoir si c'est mieux !
J'ai déjà remplacé le "phare" par quelque chose de plus simple. "Le vin de poésie", j'ai du mal à le supprimer, j'affectionne l'image. Les "bombes", c'est pareil, c'est vraiment ce que m'évoquait le bruit des corps des nageurs qui plongent et viennent troubler Laura dans sa méditation. Ce qui est sûr, c'est que le dernier paragraphe est à élaguer.
Je me permets de formuler une objection, peut-être, Jano, quant au deuxième paragraphe. Il n'est pas fait pour apporter quelque chose en lui-même, c'est une façon pour moi de dire que Laura est impulsive, elle est perdue sans ses pensées puis dérive soudainement, ça met en forme son instabilité, d'où, peut-être, la confusion ressentie.
Jano, il faut dire que ça tient à des périodes aussi. Parfois j'ai envie de laisser faire, je suis trop flemmard pour faire vraiment attention, pour élaguer mon propos afin de le rendre clair. "Festina lente", tout ça, j'oublie, j'ai envie de me faire plaisir en écrivant, du coup j'oublie qu'il y a un lecteur qui doit me comprendre. Il faut que je trouve un juste milieu entre instaurer une ambiance et être clair.
Enfin, ce que je me dis souvent, c'est que mon style tient davantage de la maladresse (cette immaturité que vous releviez) que d'une originalité véritable. Est-ce cela que vous avez voulu me dire ? Vous m'avez bien cerné.
Merci, Janis pour votre commentaire, et à vous aussi Midnight, cette faute de frappe m'a bien fait rire !
Alex, une fois de plus, merci, je file à la correction !
Liberty, Larmarjo, merci de votre lecture et commentaires !

Marine- Nombre de messages: 422
Age: 17
Date d'inscription: 30/07/2011
Re: Périscope
Pardon pour le double poste, j'oubliai, pour Jano : il y a aussi le fait que mes textes en ce moment ne visent pas tellement à se faire comprendre, mais plus à distiller des choses grâce à une ambiance.

Marine- Nombre de messages: 422
Age: 17
Date d'inscription: 30/07/2011
Re: Périscope
Tes textes sont foisonnants Marine et parfois cela leur nuit un peu.
Ici le résultat est déjà superbe, j’aime énormément le ton, le fond, les images et l’apnée. C’est déjà remarquable, tu as du talent, du potentiel comme on dit, mais je n’aime pas trop ce mot. Tu es une promesse et une belle promesse.
Mais (je vais utiliser une image à la c.. mais parlante) ce texte est un diamant brut, il lui manque un tour de taille, pour le ciseler, et le rendre plus beau encore.
Même si ce qui t’intéresse est l’ambiance (et c’est une réussite) elle ressortirait encore mieux en élaguant. Resserrer quelques passages, ôter un peu ici pour que ce soit moins lourd, polir un peu là pour faire ressortir l’éclat de certaines phrases.
C’est délicat, parce que tu as déjà ton style, c’est énorme. Et tu sais faire passer de la beauté, de l’émotion, de la poésie, de la délicatesse.
Mais parfois je vois encore l’outil, je vois encore la forme. Là où j’aime être emportée totalement dans un univers au point de ne plus faire attention à la manière dont on m’y emmène, dans ce texte je la vois encore transparaître par endroits, et fatalement ça me sort de l’univers pour me remettre dans une place de lectrice.
Malgré ces remarques qui semblent des critiques, je tiens à dire encore à quel point je peux aimer te lire, peut-être que si je prends la peine de te dire tout ça c’est que je sens que ce pourrait être mieux encore. Et je viens de lire ta réponse, j’espère que tu nous feras lire le texte une fois modifié. Quand tu le reprendras après l’avoir laissé "mariner" :-)
Ici le résultat est déjà superbe, j’aime énormément le ton, le fond, les images et l’apnée. C’est déjà remarquable, tu as du talent, du potentiel comme on dit, mais je n’aime pas trop ce mot. Tu es une promesse et une belle promesse.
Mais (je vais utiliser une image à la c.. mais parlante) ce texte est un diamant brut, il lui manque un tour de taille, pour le ciseler, et le rendre plus beau encore.
Même si ce qui t’intéresse est l’ambiance (et c’est une réussite) elle ressortirait encore mieux en élaguant. Resserrer quelques passages, ôter un peu ici pour que ce soit moins lourd, polir un peu là pour faire ressortir l’éclat de certaines phrases.
C’est délicat, parce que tu as déjà ton style, c’est énorme. Et tu sais faire passer de la beauté, de l’émotion, de la poésie, de la délicatesse.
Mais parfois je vois encore l’outil, je vois encore la forme. Là où j’aime être emportée totalement dans un univers au point de ne plus faire attention à la manière dont on m’y emmène, dans ce texte je la vois encore transparaître par endroits, et fatalement ça me sort de l’univers pour me remettre dans une place de lectrice.
Malgré ces remarques qui semblent des critiques, je tiens à dire encore à quel point je peux aimer te lire, peut-être que si je prends la peine de te dire tout ça c’est que je sens que ce pourrait être mieux encore. Et je viens de lire ta réponse, j’espère que tu nous feras lire le texte une fois modifié. Quand tu le reprendras après l’avoir laissé "mariner" :-)

elea- Nombre de messages: 3184
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Re: Périscope
Super jeu de mot Elea
Oui cela foisonne et pourtant ce n'est ni lourd, ni ennuyeux, ni pédant. Je trouve que Marine fait preuve d'une incroyable maturité dans son écriture, au contraire. Surtout qu'évoquer comme ça une introspection, des élucubrations, ça pourrait vite devenir inintéressant, et "prise de tête", et trop nombriliste pour être intelligible.
Tu as 16 ans Marine... Je suis tellement ébahie par ce que je lis sur ce forum de la part de personne très jeunes... Si tu savais ce que mes élèves, qui ont presque ton âge, m'écrivent... Mais tu dois le savoir, d'ailleurs
Oui cela foisonne et pourtant ce n'est ni lourd, ni ennuyeux, ni pédant. Je trouve que Marine fait preuve d'une incroyable maturité dans son écriture, au contraire. Surtout qu'évoquer comme ça une introspection, des élucubrations, ça pourrait vite devenir inintéressant, et "prise de tête", et trop nombriliste pour être intelligible.
Tu as 16 ans Marine... Je suis tellement ébahie par ce que je lis sur ce forum de la part de personne très jeunes... Si tu savais ce que mes élèves, qui ont presque ton âge, m'écrivent... Mais tu dois le savoir, d'ailleurs

Lamarjo- Nombre de messages: 78
Age: 35
Localisation: marjobonne51@laposte.net
Date d'inscription: 27/11/2011
Re: Périscope
Je suis entièrement d'accord avec tout ce que dit elea. Je ne vais donc pas faire un commentaire redondant sur la necessité de calibrer parfois le flux des mots. Mais bravo pour la grâce de l'écriture et cette plongée en apnée à l'intérieur d'une pensée aux multiples remous.

Rebecca- Nombre de messages: 8051
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Périscope
Bon, je n'ai pas pu attendre jusqu'aux vacances pour voir cela à tête reposée, du coup je me suis mis au boulot hier soir et je poste la seconde version - si j'avais attendu j'aurais perdu ce qui me porte vers les thèmes abordés. J'ai essayé de suivre vos conseils. Je n'ai pas tellement réduit la longueur, mais j'ai resseré les champs lexicaux et travaillé un peu les phrases. Si c'est pire qu'avant, n'hésitez pas à me le dire, de la même façon que si vous trouvez que j'ai supprimé des choses qui étaient bien ou qui vous plaisaient. Merci encore pour vos commentaires précédents, j'espère les avoir utilisés à bon escient.
Laura nageait lentement. Elle s'immergeait, poumons gonflés. Sa bouche s’enfonçait en premier et ses lèvres goûtaient l'eau avant que son nez ne perçoive l’odeur chlorée. Ses oreilles s'obstruaient, ses cheveux se gonflaient. Un assourdissement paisible débutait, occupait son crâne et la tranquillisait. Le niveau du sol s'éloignait. La matière solide était troquée contre la fluidité de l'eau et de son mouvement. Le corps de la jeune femme s'enfonçait peu à peu. Ce mur liquide brassé entre Laura et la réalité lui permettait de réfléchir. Ses sens percevaient tout plus lentement, comme si les voix chaudes et brouillées qui lui parvenaient ralentissaient soudain leur rythme pour lui expliquer les choses avec pédagogie. Dans sa plongée, Laura devenait un petit enfant à la pensée d’adulte. Son esprit s'éclaircissait soudain. Au fur et à mesure que l'opacité autour d'elle se faisait plus épaisse, sous sa masse de cheveux noirs épars, ses pensées se toisaient, se dilataient, s'examinaient avec un mépris égoïste, s'espaçaient les unes des autres pour tenter de se comprendre, prises dans un bouillon étrange. Méthodiquement, Laura les triait. Elle éloignait les plus gros morceaux, les plus épais, les filandreux, les questions difficiles à décortiquer dont elle ne pouvait encore séparer la tête de la queue, la perle de l’habitacle. Ces interrogations-là tombaient tout en bas de la liste des menus, en digestifs nauséeux, et occupaient l'univers droit de la jeune femme. Dans le gauche, elle plaçait les pensées simples. Idées manichéennes, raisonnements faciles, celles-là apportaient rapidement le repos et fondaient sous la langue. Ils étaient les hors-d’œuvre de l'ignorance ravie, de l'imbécile heureuse prête à clouer sur sa bouche le grand sourire de la naïveté, et, dans sa lente descente, Laura s’en séparait rapidement. Ces pensées étaient agréables par leur évidence, leur chair rosie, leur simplicité de mastication. Facilement digérables, elles se consumaient cependant aisément, et Laura les éjectait sans scrupules lorsqu'elle prenait conscience de l'ennui qu'elles provoquaient. La jeune femme, arrivée au terme de ses paliers de décompression, s'immobilisait ensuite au fond de la piscine, les yeux grands ouverts, caressée par les remous, en chien de fusil flottant, bercée du liquide amniotique. Doucement, elle revenait à l'essentiel.
L'eau ne lui piquait plus les yeux. Bien qu'ils sortissent toujours rougis et papillonnants de leurs épopées sous-marine, ses iris préféraient observer les mouvements de l'eau, leurs vagues reflets, leurs puissantes divagations. Les yeux de Laura, de toute façon, ne se ferment jamais. La nuit, ses lunes artificielles restent grandes ouvertes sur l'intérieur de son crâne et regardent les soleils qui s'éteignent dans l'obscurité. Laura, parfois, sur son coussin d’eau, à demi-somnolente dans la cataracte de sa méditation aquatique, voyait la trace ou l'ombre de jambes et de pieds. Un jour, un soutien gorge, dentelle rouge et fines bretelles, tombé de la poitrine d'une femme au plongeon maladroit, glissa vers le fond et fit devant les yeux de Laura une danse surréaliste. La vision trouble et furtive de cet éclair rouge lui parut magnifique. De ce bout de tissu arraché du sein maternel, elle avait fait une Méduse, l'œil et les cheveux effilochés d’une créature marine. Dès lors, au fond de l’eau, pour se donner du courage, Laura songeait à ses rêveries passées et s'inventait des histoires en arrosant sa mélancolie d'un vin de poésie. L'alcool de l'imagination donnait à ses mains la force de s'attaquer aux morceaux de choix, aux cœurs tristes et abîmés, de déguster les foies mélancoliques pour mener à ses lèvres les angoisses et les biles. Les corps que la jeune femme discernait dans le miroir de l’eau devenaient nuages et loups de mer. Les grosses femmes se changeaient en silures, les gros garçons bedonnants, en lamantins. Les planches à pain se mouvaient comme des anguilles frivoles et frétillantes dans l’huile de leurs eaux tièdes pendant que Laura regagnait les lagons de sa conscience. La jeune femme rigole, manque de s’étouffer, recrache un jet d’eau et de salive qui ondule de la queue et fuse vers la surface. Mais les plongeons, les éclaboussures au dessus de sa tête ramènent bientôt Laura sur la grève sèche de la réalité. Des bombes nucléaires explosent sur son ciel trop bleu : ce sont les nageurs qui s’écrasent à la surface de l’eau. Laura, troublée, regarde vers le haut la tâche de jour qui flotte. Il ne lui reste plus beaucoup de temps. C’est l’instant des gros morceaux, de la charogne, du bétail sauvage et indomptable, cette viande noble et un peu répugnante dans laquelle on hésite à planter la fourchette. Laura sait qu’elle doit se dépêcher.
Il lui reste maintenant deux ou trois minutes de respiration avant qu’elle ne commence à ressentir les prémices de l’asphyxie. A demi-aveugle, pourvue d’une capacité d’analyse, de déduction, d’intuition, plus que d’une forme d’instinct, Laura est douée d’une prescience du temps qui passe. Elle touche l’eau avec des mains connaisseuses, et sur ses poignets flétris croupissent les résidus d’expériences précoces que les autres n’ont pas encore vécues. Des algues la retiennent à la réalité. Pendant le court laps de temps qui lui est imparti, Laura prend des décisions, démêle les nœuds marins de ses dilemmes. Elle plonge pour violer dans son cœur intérieur, cette épave du fond de l’eau, les sanctuaires de sa mémoire. D’une main experte, Laura cherche les clefs tombées au fond de son oubli, se souvient de tous les livres lus, des pages et des pages de littérature bleue qui peuvent l’aider à se regarder en tant qu’être humain. Laura voudrait ouvrir dans les abysses noires toutes les portes souterraines, profiter du sursaut de vie que lui insuffle la peur de la noyade pour donner des coups de pieds sur tous les caveaux noyés qui jusque là n’avaient pas voulu s’ouvrir. Elle cherche la lucidité. Le bourdonnement qui emplit sa tête, celui de l’eau et celui de l’oppression familière des grands fonds, donne du rythme à ses réflexions. Elle a mal au cœur, ses bronches souffrent du manque d’oxygène. Elle souffle en vain sur l’obscurité des profondeurs. La panique qu’impose la rapidité du choix l’oblige à se ruer vers son destin, à le prendre à bras le corps, à le secouer dans tous les sens. Pour celle qui ne voit plus les écailles dans les bras de l’eau sont des étoiles de mer sur la toile de la nuit. Laura a conscience de la stupidité de son attitude, du pas chancelant des nourrissons qu’elle enfante en accouchant de raisonnements hâtifs. Cependant, quand elle donne un coup de pied dans le fond des choses et remonte à la surface, les yeux brûlés, la poitrine douloureuse, la tête pleine d’eau, la nécessité de se libérer en hâte des liens qui l’entravaient lui ont donné de nouveaux espoirs. Le voile qui obscurcissait ses yeux s’est retiré sur la plage de son regard de quelques centimètres.
Son périscope d’amoureuse
Laura nageait lentement. Elle s'immergeait, poumons gonflés. Sa bouche s’enfonçait en premier et ses lèvres goûtaient l'eau avant que son nez ne perçoive l’odeur chlorée. Ses oreilles s'obstruaient, ses cheveux se gonflaient. Un assourdissement paisible débutait, occupait son crâne et la tranquillisait. Le niveau du sol s'éloignait. La matière solide était troquée contre la fluidité de l'eau et de son mouvement. Le corps de la jeune femme s'enfonçait peu à peu. Ce mur liquide brassé entre Laura et la réalité lui permettait de réfléchir. Ses sens percevaient tout plus lentement, comme si les voix chaudes et brouillées qui lui parvenaient ralentissaient soudain leur rythme pour lui expliquer les choses avec pédagogie. Dans sa plongée, Laura devenait un petit enfant à la pensée d’adulte. Son esprit s'éclaircissait soudain. Au fur et à mesure que l'opacité autour d'elle se faisait plus épaisse, sous sa masse de cheveux noirs épars, ses pensées se toisaient, se dilataient, s'examinaient avec un mépris égoïste, s'espaçaient les unes des autres pour tenter de se comprendre, prises dans un bouillon étrange. Méthodiquement, Laura les triait. Elle éloignait les plus gros morceaux, les plus épais, les filandreux, les questions difficiles à décortiquer dont elle ne pouvait encore séparer la tête de la queue, la perle de l’habitacle. Ces interrogations-là tombaient tout en bas de la liste des menus, en digestifs nauséeux, et occupaient l'univers droit de la jeune femme. Dans le gauche, elle plaçait les pensées simples. Idées manichéennes, raisonnements faciles, celles-là apportaient rapidement le repos et fondaient sous la langue. Ils étaient les hors-d’œuvre de l'ignorance ravie, de l'imbécile heureuse prête à clouer sur sa bouche le grand sourire de la naïveté, et, dans sa lente descente, Laura s’en séparait rapidement. Ces pensées étaient agréables par leur évidence, leur chair rosie, leur simplicité de mastication. Facilement digérables, elles se consumaient cependant aisément, et Laura les éjectait sans scrupules lorsqu'elle prenait conscience de l'ennui qu'elles provoquaient. La jeune femme, arrivée au terme de ses paliers de décompression, s'immobilisait ensuite au fond de la piscine, les yeux grands ouverts, caressée par les remous, en chien de fusil flottant, bercée du liquide amniotique. Doucement, elle revenait à l'essentiel.
L'eau ne lui piquait plus les yeux. Bien qu'ils sortissent toujours rougis et papillonnants de leurs épopées sous-marine, ses iris préféraient observer les mouvements de l'eau, leurs vagues reflets, leurs puissantes divagations. Les yeux de Laura, de toute façon, ne se ferment jamais. La nuit, ses lunes artificielles restent grandes ouvertes sur l'intérieur de son crâne et regardent les soleils qui s'éteignent dans l'obscurité. Laura, parfois, sur son coussin d’eau, à demi-somnolente dans la cataracte de sa méditation aquatique, voyait la trace ou l'ombre de jambes et de pieds. Un jour, un soutien gorge, dentelle rouge et fines bretelles, tombé de la poitrine d'une femme au plongeon maladroit, glissa vers le fond et fit devant les yeux de Laura une danse surréaliste. La vision trouble et furtive de cet éclair rouge lui parut magnifique. De ce bout de tissu arraché du sein maternel, elle avait fait une Méduse, l'œil et les cheveux effilochés d’une créature marine. Dès lors, au fond de l’eau, pour se donner du courage, Laura songeait à ses rêveries passées et s'inventait des histoires en arrosant sa mélancolie d'un vin de poésie. L'alcool de l'imagination donnait à ses mains la force de s'attaquer aux morceaux de choix, aux cœurs tristes et abîmés, de déguster les foies mélancoliques pour mener à ses lèvres les angoisses et les biles. Les corps que la jeune femme discernait dans le miroir de l’eau devenaient nuages et loups de mer. Les grosses femmes se changeaient en silures, les gros garçons bedonnants, en lamantins. Les planches à pain se mouvaient comme des anguilles frivoles et frétillantes dans l’huile de leurs eaux tièdes pendant que Laura regagnait les lagons de sa conscience. La jeune femme rigole, manque de s’étouffer, recrache un jet d’eau et de salive qui ondule de la queue et fuse vers la surface. Mais les plongeons, les éclaboussures au dessus de sa tête ramènent bientôt Laura sur la grève sèche de la réalité. Des bombes nucléaires explosent sur son ciel trop bleu : ce sont les nageurs qui s’écrasent à la surface de l’eau. Laura, troublée, regarde vers le haut la tâche de jour qui flotte. Il ne lui reste plus beaucoup de temps. C’est l’instant des gros morceaux, de la charogne, du bétail sauvage et indomptable, cette viande noble et un peu répugnante dans laquelle on hésite à planter la fourchette. Laura sait qu’elle doit se dépêcher.
Il lui reste maintenant deux ou trois minutes de respiration avant qu’elle ne commence à ressentir les prémices de l’asphyxie. A demi-aveugle, pourvue d’une capacité d’analyse, de déduction, d’intuition, plus que d’une forme d’instinct, Laura est douée d’une prescience du temps qui passe. Elle touche l’eau avec des mains connaisseuses, et sur ses poignets flétris croupissent les résidus d’expériences précoces que les autres n’ont pas encore vécues. Des algues la retiennent à la réalité. Pendant le court laps de temps qui lui est imparti, Laura prend des décisions, démêle les nœuds marins de ses dilemmes. Elle plonge pour violer dans son cœur intérieur, cette épave du fond de l’eau, les sanctuaires de sa mémoire. D’une main experte, Laura cherche les clefs tombées au fond de son oubli, se souvient de tous les livres lus, des pages et des pages de littérature bleue qui peuvent l’aider à se regarder en tant qu’être humain. Laura voudrait ouvrir dans les abysses noires toutes les portes souterraines, profiter du sursaut de vie que lui insuffle la peur de la noyade pour donner des coups de pieds sur tous les caveaux noyés qui jusque là n’avaient pas voulu s’ouvrir. Elle cherche la lucidité. Le bourdonnement qui emplit sa tête, celui de l’eau et celui de l’oppression familière des grands fonds, donne du rythme à ses réflexions. Elle a mal au cœur, ses bronches souffrent du manque d’oxygène. Elle souffle en vain sur l’obscurité des profondeurs. La panique qu’impose la rapidité du choix l’oblige à se ruer vers son destin, à le prendre à bras le corps, à le secouer dans tous les sens. Pour celle qui ne voit plus les écailles dans les bras de l’eau sont des étoiles de mer sur la toile de la nuit. Laura a conscience de la stupidité de son attitude, du pas chancelant des nourrissons qu’elle enfante en accouchant de raisonnements hâtifs. Cependant, quand elle donne un coup de pied dans le fond des choses et remonte à la surface, les yeux brûlés, la poitrine douloureuse, la tête pleine d’eau, la nécessité de se libérer en hâte des liens qui l’entravaient lui ont donné de nouveaux espoirs. Le voile qui obscurcissait ses yeux s’est retiré sur la plage de son regard de quelques centimètres.

Marine- Nombre de messages: 422
Age: 17
Date d'inscription: 30/07/2011
Re: Périscope
C'est plus fluide effectivement mais quelque chose me gêne que je n'avais pas remarqué à la première lecture. C'est le passage où le récit entamé au passé se prolonge au présent. Je ne vois pas ce qui justifie ce changement de point de vue, ça commence à 'la jeune femme rigole"

Rebecca- Nombre de messages: 8051
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Périscope
Je préférais le premier titre : périscope, tout court.
Sinon c’est plus sobre oui, donc encore plus fort pour moi. Les thèmes abordés me semblent mieux ressortir.
Sinon c’est plus sobre oui, donc encore plus fort pour moi. Les thèmes abordés me semblent mieux ressortir.

elea- Nombre de messages: 3184
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Re: Périscope
Vous n'hésitez pas à vous remettre en question en tenant compte de nos remarques. C'est une preuve de modestie, vous ne pourrez que progresser ainsi.
Cette seconde version est effectivement plus épurée, les états d'âme de Laura ressortent davantage. On sent réellement que vous avez fait un effort de synthèse pour mieux contenir vos propos. Bravo.
(Moi aussi je préférais le premier titre.)
Cette seconde version est effectivement plus épurée, les états d'âme de Laura ressortent davantage. On sent réellement que vous avez fait un effort de synthèse pour mieux contenir vos propos. Bravo.
(Moi aussi je préférais le premier titre.)

Jano- Nombre de messages: 461
Age: 42
Localisation: Pyrénées Atlantiques
Date d'inscription: 06/01/2009
Re: Périscope
C'est pas mal du tout (je parle de la seconde version, n'ayant pas lu la première). Une démarche qui n'est pas, à sa façon, sans rappeler Le Monde de Sophie.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12089
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

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