Contrée

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Contrée

Message  Calvin le 5/12/2011, 00:26

Je tourne les hémisphères pour voir les deux pôles de tes lèvres Les bruits ont raison de me faire peur L'animalerie est prête à surgir de la forme des arbres Qui ont la forme des baisers ont la forme du coeur Ont la forme des bonbons dont on déroule la couleur A grands coup de larmes Ouvre les étangs là où on trouve un enfant accroupi sur la plaine De ma poitrine frappe ici avec un bâton Il en sortira serpents et fougères tornades et écureuils Toute une immense nature qui se tiendra sur le seuil De mes lèvres comme on se tient au seuil de ses rêves quand la vie n'est plus rêvée Suivre les chemins inversés de la parole et du silence Si elle arrive dans une bouche et qu'elle y posera son baluchon et sa montre sur la commode et une fleur dans le verre à dents et ses songes sur l'oreiller, sa vie sur une poitrine Suivre les chemins des gares efficaces Echouer partout où la nuit est permise Suivre les baisers des amours polis Qu'on garde dans soi avec la beauté des pudeurs comme on garde un soleil pour nulle ombre comme on se garde au fond de soi-même Arriver partout où il y a la lumière Trop grande des pièces qu'on a pas visité Je dirais que je ne sais plus où je vais si je l'avais déjà su Je passe comme un courant d'air entre les portes de la vie permise Chercher les bijoux qui mûrissent au pied des pays bannis des murs Je ferme les yeux Je n'ai pas besoin de voir Je peux voir avec ta chair et ta chair ne pense qu'à elle Je taille un petit ruban que je passe entre mes doigts Je te donne un baiser
je l'accroche à tes cheveux Je passe entre mes doigts deux oiseaux fragiles Et je les jette dans l'espace comme on se jette dans l'opium
chut ne dites rien c'est la nuit

Calvin

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Re: Contrée

Message  Marvejols le 5/12/2011, 01:46

Louis! Comme toujours... Mais où diable trouvez-vous tout cela. Avec un premier vers à vous couper le souffle : Je tourne les hémisphères pour voir les deux pôles de tes lèvres. Ça me sonne trés Eluard ça. Une autre trouvaille très belle: "partout où la nuit est permise". Une petite faiblesse passagère: "Ouvre les étangs là où on trouve un enfant accroupi sur la plaine" : je mettrai " là où L'on trouve".

Je crois voir aux majuscules et à l'absence de ponctuation que ce texte était "disposé en poème". Je jurerais qu'il s'en trouverait mieux ainsi. J'essaie ? Si vous ne voulez pas vous pouvez demander à la modération d'effacer cette verticalisation outrancière:

Je tourne les hémisphères pour voir les deux pôles de tes lèvres
Les bruits ont raison de me faire peur
L'animalerie est prête à surgir de la forme des arbres
Qui ont la forme des baisers ont la forme du coeur
Ont la forme des bonbons dont on déroule la couleur
A grands coup de larmes
Ouvre les étangs là où on trouve un enfant accroupi sur la plaine
De ma poitrine frappe ici avec un bâton
Il en sortira serpents et fougères tornades et écureuils
Toute une immense nature qui se tiendra sur le seuil
De mes lèvres comme on se tient au seuil de ses rêves quand la vie n'est plus rêvée
Suivre les chemins inversés de la parole et du silence
Si elle arrive dans une bouche et qu'elle y posera son baluchon et sa montre sur la commode
et une fleur dans le verre à dents et ses songes sur l'oreiller, sa vie sur une poitrine
Suivre les chemins des gares efficaces
Echouer partout où la nuit est permise
Suivre les baisers des amours polis
Qu'on garde dans soi avec la beauté des pudeurs comme on garde un soleil pour nulle ombre
comme on se garde au fond de soi-même
Arriver partout où il y a la lumière
Trop grande des pièces qu'on a pas visitéES
Je dirais que je ne sais plus où je vais si je l'avais déjà su
Je passe comme un courant d'air entre les portes de la vie permise
Chercher les bijoux qui mûrissent au pied des pays bannis des murs
Je ferme les yeux
Je n'ai pas besoin de voir
Je peux voir avec ta chair et ta chair ne pense qu'à elle
Je taille un petit ruban que je passe entre mes doigts
Je te donne un baiser je l'accroche à tes cheveux
Je passe entre mes doigts deux oiseaux fragiles
Et je les jette dans l'espace comme on se jette dans l'opium
chut ne dites rien c'est la nuit


Cela paraît plus long. Ça ne change pas grand chose, ça n'apporte pas grand chose. Les assonances et les rimes se faisaient sentir dans la version "horizontale" originale. Ma lecture expérimentale est donc close. Le tissage de doigts, de baisers et la prestidigitation silencieuse de la fin est délicieuse...


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Re: Contrée

Message  Calvin le 5/12/2011, 22:13

Désormais il est inutile de dire
désormais les lignes de mains se jettent dans le monde
et ne rencontrent que ce que j'aime
désormais je vais vivre comme un matelot suspendu
à mon regard qui crie "terre!" de te voir arriver
comme un horizon sans peine

je dirais que je ne sais plus où je vais si je l'avais déjà su
je passe comme un courant d'air entre les portes de la vie permise
je ferme les yeux et je n'ai plus besoin de voir
je peux voir avec ta chair et ta chair ne pense qu'à elle

je taille un petit ruban je le passe entre mes doigts
je te donne un baiser je l'accroche à tes cheveux
je passe entre mes paumes deux oiseaux fragiles
et les jette dans l'espace comme on fait d'un sourire

chut ne dites rien c'est la nuit
j'écoute moi aussi passer les songes
et la beauté banale des gestes sublimés
de battre dans deux endroits

chut ne dites rien
la pudeur c'est porter un soleil en soi
qui éclaire la beauté que la nuit a permise

la beauté de deux gestes résolus en un comme un baiser coïncident

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Re: Contrée

Message  Calvin le 6/12/2011, 01:53

Voilà (soupir) :

désormais il est inutile de dire
désormais les lignes de mains se jettent dans le monde
et ne rencontrent que ce que j'aime
désormais je vais vivre comme un matelot suspendu
à mon regard qui crie "terre!" de te voir arriver
comme une contrée sans peine

je dirais que je ne sais plus où je vais si je l'avais déjà su
je passe comme un courant d'air entre les portes de la vie permise
je ferme les yeux et je n'ai plus besoin de voir
je peux voir avec ta chair et ta chair ne pense qu'à elle

je taille un petit ruban je le passe entre mes doigts
je te donne un baiser je l'accroche à tes cheveux
je passe entre mes paumes deux oiseaux fragiles
et les jette dans l'espace comme on fait d'un sourire

chut ne dites rien c'est la nuit
j'écoute moi aussi passer les songes
et la beauté banale des gestes sublimés
de battre en deux endroits

chut ne dites rien
la pudeur c'est porter un soleil en soi
qui éclaire les douceurs que la nuit a permise

deux gestes résolus en un comme un baiser coïncident

et de ce qu'il reste de bruit je les pourrais congédier comme on ferme un livre
comme on jette un lit
sous un immense matin


**

Désormais je vous dit au revoir. Il faut savoir visiter autre chose que ces pays toujours les mêmes où vous mène votre pente naturelle. Bonne continuation à tous.

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Message  Polixène le 7/12/2011, 08:11

Dans le premier, à part ce que je pense être une coquille ( animalerie? plutôt animalité, une "animalerie" est un horrible néologisme désignant un magasin, un des pires! rien à voir avec la nature )
je ne trouve rien de trop, je suis embarquée.
Dans les autres aussi...

"La pudeur c'est de porter un soleil en soi", je garderai ça de toi.

"Désormais je vous dit au revoir. Il faut savoir visiter autre chose que ces pays toujours les mêmes où vous mène votre pente naturelle. Bonne continuation à tous."

Je ne sais pas si c'est définitif, en tous cas tu vas manquer sur ce forum, ta poésie est vivifiante comme un torrent de montagne.Mais bon, c'est pour une raison supérieure... Bon vent à toi


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Message  Marvejols le 7/12/2011, 19:14

Louis! a écrit:Désormais je vous dit au revoir. Il faut savoir visiter autre chose que ces pays toujours les mêmes où vous mène votre pente naturelle. Bonne continuation à tous.

Je n'avais pas vu ce bas de message. J'espère que ce n'est qu'une figure de style. Sans les textes de Louis! je me sentirais orphelin.

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Message  Narbah le 7/12/2011, 19:56

Louis! a écrit:Désormais je vous dit au revoir. Il faut savoir visiter autre chose que ces pays toujours les mêmes où vous mène votre pente naturelle. Bonne continuation à tous.

Louis, j'espère que tu ne prends pas ça trop au sérieux. J'espère que c'est seulement un procédé Hitchcockien pour nous faire frémir ! A moins que ne te la tape un peu. je n'arrive pas bien à voir. Tu me fait un peu peur.

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Message  Maryse le 7/12/2011, 20:00

Salut Louis!
J't'aimais bien tu sais!!!

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Re: Contrée

Message  coline Dé le 7/12/2011, 22:26

Louis! je n'ai jamais pu t'atteindre.
J'espérais quand même.
Dommage. Et sois toi ailleurs, heureux si c'est possible.

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Message  Marvejols le 8/12/2011, 06:44

Ne transformons peut-être quand même pas la page en oraison funèbre...

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Message  Janis le 8/12/2011, 15:20

oui c'est vrai, l'est parti mais l'est pas mort !
toujours une expérience unique de lire du Louis !


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Message  Arielle le 9/12/2011, 12:14

je dirais que je ne sais plus où je vais si je l'avais déjà su
je passe comme un courant d'air entre les portes de la vie permise

Reviens-nous dès que tu te seras un peu posé, dès que tu auras fait un peu de tri et de ménage ... Nous te retrouverons avec plaisir.

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Re: Contrée

Message  Marvejols le 9/12/2011, 13:42

Oremus et cantemus...

Amen. Apitoiement, tout ce dont Louis! a sans doute horreur à en juger par la teneur de ses textes (mais cela n'engage que moi).

J'aime ceux qui sur un départ en trombe
Viennent cracher
Un amen deux pater
Sans pouvoir se cacher
Qu'ils ont manqué
Au jugement d'un dernier commentaire

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Re: Contrée

Message  Lizzie le 26/1/2012, 14:30

Louis!

J'ai cherché un texte de toi parce que j'étais d'humeur "louisienne". Que tu sois ici ou ailleurs, tes mots sont restés, et je m'y sens si bien. Merci !

Lizzie

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