D'une poupée à Klaus

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D'une poupée à Klaus

Message  Lord Longford le Ven 9 Déc - 17:19

- Maman, disait-elle, maman ! J’ai perdu ma poupée !

Elle avait vu sa fille courir après elle, traversant les champs comme une petite princesse des contes. Ses cheveux blonds se confondaient avec les pousses de blé, déjà aussi grandes qu’elle.

Elle avait attrapé sa fille par la main, et avec patience elle avait cherché sa poupée, cette magnifique poupée aussi blonde, aussi claire qu’elle.

Maria avait toujours été patiente. Tant d’années passées parmi ce blé, à attendre le retour de l’homme, à guetter le jour où tout redeviendrait normal. Il lui semblait même avoir grandi, triomphé des pousses de blé en taille et en patience, pour pouvoir mieux voir la route depuis sa maison.

Sa fille avait grandi loin du regard paternel, loin des larmes et des armes, loin des fureurs du monde. Elle apprenait le monde, mais du bruit, de la douce fureur du vent passant sur les champs et les forêts. Et puis elle avait perdu sa poupée. Jamais, depuis sa naissance, elle n’avait encore égaré sa sœur de chiffon.

- Grace, avait enfin appelé la mère, je l’ai retrouvée !

La fillette, heureuse, avait essuyé les larmes de ses yeux pour pleurer à nouveau, mais d’une joie innocente et infinie. Grace avait le bonheur sur le visage et dans les yeux, et Maria elle-même, dans l’angoisse permanente de l’attente, avait senti ses traits retrouver leur ancienne fraicheur. Comme si la poupée, devenue témoin du passé, permettait l’expression d’une fugitive lueur d’insouciance.

Maria, au cours de la soirée, avait comme souvent laissé son regard dériver vers la photo, posée sur la commode, où il se tenait fringuant, lui si jeune, lui si beau, trop jeune et trop beau, aurait-on pensé, pour qu’on lui ordonne de tout devoir perdre. Mais c’était à Grace de rêver, pas à elle, Maria. Alors elle avait reporté son attention sur sa fille, sur son monde, tâchant d’être là pour ne pas avoir à imaginer être ailleurs, le voir tressaillir devant le froid, sursauter aux moindres bruits...

Mais on avait soudain frappé à la porte, et Maria avait fait un bond. Elle n’avait pas eu le temps de faire sortir Grace de la maison, ou de la cacher quelque part. Même l’instinct maternel n’avait pas su s’ériger, triompher. Tout était trop brutal, trop inhumain, trop... Ces machinations-là ne laissaient que le vide derrière elles...

On n’avait pas ramassé la poupée. Un dénommé Klaus, en uniforme noir, un terrible symbole à la poitrine, y avait simplement jeté un coup d’œil, comme pour s’assurer qu’elle ne bougerait pas. Ou plus.

Et elle n’a pas bougé pendant longtemps, la poupée. On aurait encore pu sentir l’odeur de la dernière fillette à l’avoir portée, si le temps n’avait plus osé passer. Mais il n’a pas de considération pour une simple poupée de chiffon, le temps.

C’est ainsi qu’un beau jour, une petite fille curieuse passa la tête par entrebâillement de la porte d’entrée. Sur le sol, elle y vit la poupée et la ramassa. Peut-être était-ce dû à la chaleur qui régnait dans la pièce, au printemps qui était là, au soleil dehors qui, radieux, illuminait le monde probablement pour toujours, mais il sembla à la jeune fille, pendant une fraction de seconde, que la poupée exhalait une douce odeur de parfum et qu’elle était un peu chaude...

Comme un rayon de soleil passait dans la pièce, il illumina alors les cheveux dorés de la jeune fille avec grâce. On aurait dit que rien ne s’était passé, que rien n’avait changé depuis lors, que le bonheur souriait encore. Mais pouvait-il jamais être revenu ?

Lord Longford

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  elea le Ven 9 Déc - 20:52

Bien aimé l’idée de la poupée seule trace d’un drame, d’une vie. Et du parfum de cette vie qui reste longtemps sur elle. C’est elliptique et ça fonctionne, sauf peut-être concernant l’homme. Il reste une grande part d’ombre sur lui, mais pourquoi pas, le mystère permet à l’imagination de travailler.

J’ai noté quelques répétitions au début : "pousses de blé" et "fureur". Et certaines phrases m’ont paru trop appuyées, trop en recherche d’émotion au lieu de la laisser émerger de l’histoire en elle-même. Exemples :
Mais il n’a pas de considération pour une simple poupée de chiffon, le temps.
Mais pouvait-il jamais être revenu ?

Et puis j'avoue avoir tiqué sur le "blond comme les blés", un peu trop vu ou "cliché".

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  Marine le Sam 10 Déc - 10:23

J'aime bien l'idée de la poupée par rapport à Klaus Barbie, c'est intéressant, mais finalement on a compris dès les premières lignes ce qu'il va se passer à la fin est c'est vraiment dommage. Pas de suspense, pas d'attention particulière qui nous retienne au texte.
Le ton n'est pas mauvais, mais il y a une sorte d'engagement fébrile qui me déplaît ; je trouve cela très bien de s'essayer au thème mais il me semble qu'ici cela tombe trop vite dans le mélodramatique, toutes les grosses ficelles qui font l'émotion sont exposées à l'air libre.

Marine

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  M-arjolaine le Sam 10 Déc - 11:16

Contrairement à Marine, je n'avais pas prévu la fin à l'avance, je ne trouve pas que le récit pêche de ce côté là.
En revanche j'ai trouvé que c'était un peu... mielleux, ça ne s'assume pas vraiment je trouve. Les mots sont un peu maladroits, il y a des moments ou on n'avance pas, je trouve cela dommage. L'idée de base avec la poupée n'est pas mauvaise, mais le traitement ne me convainc pas vraiment.

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  hi wen le Sam 10 Déc - 13:00

ah oui d'accord, c'est klaus qui a trouvé sa barbie.

bien aimé l'histoire avec les blés. je trouve ce texte plein de blés.

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  Easter(Island) le Sam 10 Déc - 13:36

Ce qui me gêne le plus dans ce texte c'est le côté caricatural, vraiment trop appuyé des personnages, la maman si aimante et maternelle, l'enfant modèle au prénom tellement explicatif, le papa auréolé de la gloire du disparu, le méchant Klaus tout de noir vêtu...
Mais j'aime bien la façon dont le texte pirouette à la fin, l'expression est toujours guimauve mais l'idée est bonne.

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  Carmen P. le Sam 10 Déc - 19:48

J'ai aimé le soin apporté à l'écriture, l'atmosphère qui se dégage de cette histoire. Le personnage de Klaus est trop flou, je n'ai pas bien saisi ce qui s'est passé. Sans doute as-tu pensé que décrire le drame allait nuire à la poésie du texte ?!
Perso, je pense que non.

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  coline Dé le Sam 10 Déc - 21:34

Un peu trop de blé et de blond, d'angélisme et pourtant un certain charme, dû en grande partie à cette excellente idée de la poupée.
J'ai noté une faute (qui m'agace toujours !)
Sur le sol, elle y vit la poupée
Pourquoi ce "y" alors que tu as déjà dit où était la poupée : sur le sol ?

coline Dé

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  Lord Longford le Sam 10 Déc - 22:17

Merci à tous pour les commentaires...
Ah, Coline Dé, j'avoue que je n'ai pas toujours l'œil assez exercé pour tout voir, sinon je revendique l'angélisme et le côté "blond comme les blés ", de même qu'un certain goût pour simplifier un peu les personnages. Je commence à en avoir assez des personnages trop complexes, trop torturés, trop incohérents, trop changeants. On en lit trop, on en voit trop, on en parle trop, et j'aime à dire, comme quelqu'un que j'avais lu sur le web, que la littérature a pour but d'expliquer et d'interroger le réel, et pas nécessairement de l'imiter. D'ailleurs j'essaie de mettre au point un univers littéraire où l'humour et le manichéisme seraient de retour, pour déformer le réel et mieux l'interroger...
Pour Carmen P , j'avoue que non, je n'ai pas pensé que le drame nuirait à la poésie du texte, d'ailleurs je n'ai pas vraiment cherché à faire un texte poétique, ni trop chargé en émotions. Je voulais plutôt de la profondeur, des suggestions, des silences.
Ah, Easter(Island), oui, je trouve votre commentaire lui-même caricatural, au sens où trop de complexités, de nuances et de réalisme psychologique tue le sens même de la littérature, du moins le sens que je m'en fais. Je peux créer des personnages complexes, tout en nuances et sans angélisme, je l'ai déjà fait dans mes deux romans précédents, mais je me lasse parce que j'ai l'impression qu'ils me ressemblent trop, qu'ils nous ressemblent trop, qu'ils ne me font pas ou plus rêver. Je ne suis plus un adepte d'une littérature égo centrée, intimiste, trop psychologique, qui reproduit la réalité humaine plus qu'elle n'en interroge le sens. A ce propos, en France, il y a selon moi beaucoup beaucoup trop d'auteurs de cette vaine-là. Je préfère partir d'un homme, d'un individu, d'un drame, et élargir le propos pour interroger une époque, une société, une civilisation. En l'occurrence, c'est pour ça que je n'ai pas développé les persos de ce texte, leur complexité, leurs nuances, leurs turpitudes... parce que ce n'est pas le but, et parce que je voulais un texte très court, qui insiste sur autre chose, sur des questions plus globales, plus de civilisation.

Je suis étonné de certains commentaires : beaucoup de remarques sur la forme, les phrases, le style... Alors peut-être les ellipses rendent-elles le récit trop obscur, je ne sais pas, mais je pensais plutôt que ce qui ferait réagir serait non pas ce qui est dit, mais plutôt ce qui n'est pas dit. En fait, je voyais plutôt le récit comme une interrogation, une question. Une famille confrontée à la guerre, aux rafles nazies.
Oui il y a une référence à Klaus Barbie. C’est ce nom qui m’a donné envie d’écrire ce texte, un bourreau nazi au nom d’une poupée. D’où l’opposition entre la poupée, symbole par excellence de candeur, d’enfance et d’innocence, à l’horreur nazie. J’ai tissé l’histoire autour de cette opposition, pour interroger le drame, image de millions d’autres drames : comment d’une poupée on passe à Klaus (Barbie ) ? Comment d’une société civilisée comme l’Allemagne des années 30 on passe au troisième Reich ? Ce n’est donc pas le drame en lui-même qui compte, ici, mais ce qu’il révèle, ce qu’il dit, ce qu’il cache.
Voilà pourquoi, M-arjolaine et Marine, je suis surpris de votre insistance sur le suspens, les temps morts, l'action. Car ce ne me semble pas l'essentiel...
hi wen, je vais passer pour un donneur de leçon, mais tant pis... Avant de poster un commentaire, il vaut toujours mieux se demander si ce que l'on va dire sera constructif pour l'auteur. Perso, je ne commente presque pas parce que je ne me fais pas assez confiance pour ça. J'ai peur de ne pas être suffisamment utile pour l'auteur.

Lord Longford

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  Marine le Sam 10 Déc - 22:46

Pour quelque chose de très con : le message, aussi essentiel soit-il, tombe à l'eau si la forme ne suit pas.
(Pour faire imagé, on préfère manger un gâteau qui a une jolie forme plutôt que l'apparence d'une flaque de vomi, même si au fond le goût est exactement le même.)
(Euh, je précise, c'est pour me faire comprendre, votre texte a des qualités quand même, hein !)

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  coline Dé le Sam 10 Déc - 22:57

Cher Lord, ce qui m'étonne, moi, c'est comment interroger le sens si on simplifie à l'extrême ? Vite fait on tombe dans la caricature ! dans les arguments qui alimentent les extêmes, (droite ou gauche, c'est la même connerie, la même façon d'aplatir, de schématiser pour manipuler...) Je ne dis pas que ce soit ton cas ici, c'est juste une remarque générale.
Par ailleurs, concilier l'humour et le manichéisme... je demande à voir !
Et enfin, il ne s'agit pas de faire des personnages torturés,changeants, incohérents juste pour le plaisir de compliquer les choses, mais complexes, peut-être précisément pour interroger le réel !
Ce qui me plaît dans un personnage, c'est ce qu'il ignore ou ne veut pas savoir de lui-même. C'est là que les choses se révèlent : dès qu'on sort de l'image, de la représentation. Et il n'y a qu'à voir la violence des réactions sitôt qu'on touche à l'image que les gens veulent présenter d'eux pour savoir que c'est bien là que se situe le nœud crucial.
Mais si tu veux continuer la conversation, il vaudrait sans doute mieux le faire sur le fil discuss sur nos textes.

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  alex le Sam 10 Déc - 23:53

Je ne comprends pas pourquoi vous érigez le manichéisme en valeur (simplicité n'est pas simplisme) mais ce que je regrette surtout, c'est le ton du texte, affecté, cherchant à tout prix à émouvoir au risque d'en perdre en naturel. L'écriture a quelque chose de séduisant mais manque, pour moi, de précision et use de tropes trop pesants.

- « - Maman, disait-elle » : le tiret simple ne suffit pas pour introduire les dialogues, il faut employer le tiret cadratin « — » (Alt + 0151) ;
- « - Grace, avait enfin appelé la mère » : idem ;
- « Grace avait le bonheur sur le visage et dans les yeux » : lourd ;
- « retrouver leur ancienne fraicheur » : « fraîcheur » (orthographe traditionnelle) ;
- « où il se tenait fringuant » : « fringant » ;
- « sursauter aux moindres bruits... » : vous n'employez pas les bons points de suspension « … » (Alt + 0133) ;
- « trop inhumain, trop... » : idem ;
- « que le vide derrière elles... » : idem ;
- « passa la tête par entrebâillement de la porte d’entrée » : manque l'article avant « entrebâillement » (sans doute est-ce un procédé de style, mais je ne le trouve pas expressif) ;
- « qu’elle était un peu chaude... » : mauvais points de suspension ;
- « les cheveux dorés de la jeune fille avec grâce. » : l'onomastique « Grace » et l'effet de parallélisme me semble convenu, trop appuyé en tout cas.

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Re: D'une poupée à Klaus

Message  midnightrambler le Dim 11 Déc - 2:18

Bonsoir,

La poupée comme le témoin inter-générationnel d'un angélisme qui n'a pas plus d'authenticité que la barbarie que véhicule le prénom dans un rappel historique parallèle trop sommaire qui ne doit rien, c'est évident, à la germanophobie ambiante.
L'écriture soignée donne à ce texte de réelles qualités littéraires.

Amicalement,
midnightrambler

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La poupée Klaus Barbie.

Message  ubikmagic le Lun 23 Jan - 1:04

Elle est tentante, l'idée de la poupée Klaus Barbie. Sujet délicat, qu'il convient de traiter de façon mesurée.
Il me semble que c'est le cas ici. Ni trop, ni trop peu, avec une langue claire, maniant les ellipses à bon escient.
Beau petit boulot, ciselé au scalpel.

Ubik.

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