La guigne
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La guigne
Il était une fois un homme qui était malheureux comme la pierre : il attirait la malchance. On l’appelait Pierre le Guignon. Quand il allait pêcher, les poissons disparaissaient. A chaque fois qu’il partait chasser, il rentrait bredouille. Sa femme répétait : Pierre qui chasse amasse la poisse et Pierre qui pêche amène la dèche. Mais surtout il n’avait pas d’amis. Pierre qui roule n’attire pas foule. Sa femme l’accueillait chaque fois avec des gémissements car il ne parvenait pas à subvenir à ses besoins. Enfin aucun travail ne se présentait. Sa femme se mettait parfois en colère, persuadée qu’il s’y prenait toujours de travers. On aurait dû t’appeler Pierre le Bon-à-rien. Et il se tordait les mains.
Jusqu’au jour où il décida d’aller trouver le Sage qui habitait à sept jours de marche, dans une petite cabane nichée sur la montagne.
Il prépara donc son baluchon : un bout de pain sec et quelques olives amères et se mit en route. Il marchait depuis une heure quand il rencontra un chat. L’animal vint se frotter à ses jambes, mais Pierre était pressé. Je n’ai pas de temps à perdre, dit-il. Je m’en vais trouver le Sage qui me dira ce que je peux faire pour éloigner la malchance. Tiens ! dit le chaton. Tu vas voir le Sage, dis-tu ? Est-ce que tu pourrais lui poser une question pour moi ? Je suis seul et j’aimerais bien me faire quelques amis. Que dois-je faire pour ça ? Bien, bien, dit Pierre, je n’y manquerai pas.
Puis il reprit son chemin à travers la forêt. Il longea des taillis, parcourut des clairières et, le soir venu, s’allongea sous un arbre. Le lendemain et le surlendemain, il fit de même. Il fut bien content, ses vivres finis, de voir au loin se profiler un beau cerisier. Je vais non seulement faire une pause sous son ombre, mais je vais pouvoir me mettre quelques cerises craquantes sous la dent. Or plus il approchait, plus il devenait clair que le cerisier n’avait pas un seul fruit. Voilà bien ma chance. Il n’y a qu’un seul cerisier à l’horizon et il ne produit pas de cerises ! Et moi qui vais voir le Sage pour savoir comment me débarrasser de ma malchance… Tiens ! dit le cerisier. Si tu rencontres le Sage, peux-tu lui demander ce que je peux faire pour avoir des fruits ? Bien, bien, dit Pierre, je n’y manquerai pas.
Il poursuivit sa route sur la crête de la montagne et là, comme les arbres avaient disparu, la chaleur se faisait plus suffocante. Soudain il entendit sous un bloc de rochers comme un filet d’eau qui ruisselait. Enfin, je vais pouvoir me désaltérer, se dit-il. Mais comme il se penchait, il se rendit compte que l’eau était boueuse et ne donnait pas envie d’y toucher. Mais, bon sang, pourquoi faut-il que l’eau qui chante ici soit si sale ? Heureusement que le Sage va m’indiquer comment me sortir de ce mauvais pas. Tiens ! dit la source ? Tu vas voir le Sage ? Demande-lui, s’il te plaît, ce que je peux faire pour avoir une eau claire comme de l’eau de roche ?
Le septième jour, Pierre arriva en vue de la cabane et rencontra le Sage à la barbe bouclée et aux yeux un peu louches. Ecoute, lui dit-il,, je vois que tu as tout ce qu’il faut pour réussir. Dis-toi seulement une chose : Tu n’as qu’à saisir la moindre occasion. Pierre rmaercia et allait partir, se répétant et se répétant la formule, quand il se rappela les questions de l’arbre, du chat et de la source. Le Sage lui expliqua tout ce qu’ils devaient faire pour se soustraire au sort qui leur avait été jeté.
Pierre s’en retourna le cœur léger. Il passa devant la source qui lui lança : Alors ? Eh bien, le Sage dit qu’un diamant est coincé sous la roche. En sortant, l’eau tourbillonne, le diamant soulève le sable et la rend trouble. Il faut donc que quelqu’un ôte le diamant. Eh bien ! Récupère le diamant, fais-toi un ornement. Mais le Sage n’a pas dit que c’était à moi de le faire.
Plus loin, il arriva sous le cerisier qui lança : Alors ? Le Sage a dit qu’un trésor était enfoui sous tes racines et l’empêche de pousser correctement. Il suffit de déterrer le coffre et tu auras à nouveau des cerises. Eh bien ! Tire le coffre, volontiers je te l’offre. Mais le Sage ne m’a pas dit de le faire.
Et Pierre repartit. Quand il aperçut le chat, ce dernier lui lança : Alors ? Le Sage a dit que tu devais te frotter aux jambes du premier venu et lui proposer ton amitié. Eh bien ! Prends-moi sur tes genoux, mon ami pour toujours. Mais le Sage ne m’a pas présenté les choses comme ça.
Quand Pierre raconta son aventure à sa femme, elle s’arracha les cheveux. Mais tu vois bien que tu as raté toutes les occasions qui se sont offertes. Pierre réalisa alors sa sottise et, en larmes, reprit sa route au pas de course. Plus de chat ! Au pied du cerisier, quelqu’un avait déjà creusé ! Et à la source, l’eau coulait limpide. Le diamant avait été soutiré. Pierre n’en pouvait plus de chagrin. Il avait tout perdu. Tout ? Non, car un miaulement lui rappela juste avant de rentrer qu’il lui restait l’occasion de garder un ami.
Il vint à la maison avec son compagnon. Là, sa femme atterrée, explosant de déception, trucida le chaton.
Jusqu’au jour où il décida d’aller trouver le Sage qui habitait à sept jours de marche, dans une petite cabane nichée sur la montagne.
Il prépara donc son baluchon : un bout de pain sec et quelques olives amères et se mit en route. Il marchait depuis une heure quand il rencontra un chat. L’animal vint se frotter à ses jambes, mais Pierre était pressé. Je n’ai pas de temps à perdre, dit-il. Je m’en vais trouver le Sage qui me dira ce que je peux faire pour éloigner la malchance. Tiens ! dit le chaton. Tu vas voir le Sage, dis-tu ? Est-ce que tu pourrais lui poser une question pour moi ? Je suis seul et j’aimerais bien me faire quelques amis. Que dois-je faire pour ça ? Bien, bien, dit Pierre, je n’y manquerai pas.
Puis il reprit son chemin à travers la forêt. Il longea des taillis, parcourut des clairières et, le soir venu, s’allongea sous un arbre. Le lendemain et le surlendemain, il fit de même. Il fut bien content, ses vivres finis, de voir au loin se profiler un beau cerisier. Je vais non seulement faire une pause sous son ombre, mais je vais pouvoir me mettre quelques cerises craquantes sous la dent. Or plus il approchait, plus il devenait clair que le cerisier n’avait pas un seul fruit. Voilà bien ma chance. Il n’y a qu’un seul cerisier à l’horizon et il ne produit pas de cerises ! Et moi qui vais voir le Sage pour savoir comment me débarrasser de ma malchance… Tiens ! dit le cerisier. Si tu rencontres le Sage, peux-tu lui demander ce que je peux faire pour avoir des fruits ? Bien, bien, dit Pierre, je n’y manquerai pas.
Il poursuivit sa route sur la crête de la montagne et là, comme les arbres avaient disparu, la chaleur se faisait plus suffocante. Soudain il entendit sous un bloc de rochers comme un filet d’eau qui ruisselait. Enfin, je vais pouvoir me désaltérer, se dit-il. Mais comme il se penchait, il se rendit compte que l’eau était boueuse et ne donnait pas envie d’y toucher. Mais, bon sang, pourquoi faut-il que l’eau qui chante ici soit si sale ? Heureusement que le Sage va m’indiquer comment me sortir de ce mauvais pas. Tiens ! dit la source ? Tu vas voir le Sage ? Demande-lui, s’il te plaît, ce que je peux faire pour avoir une eau claire comme de l’eau de roche ?
Le septième jour, Pierre arriva en vue de la cabane et rencontra le Sage à la barbe bouclée et aux yeux un peu louches. Ecoute, lui dit-il,, je vois que tu as tout ce qu’il faut pour réussir. Dis-toi seulement une chose : Tu n’as qu’à saisir la moindre occasion. Pierre rmaercia et allait partir, se répétant et se répétant la formule, quand il se rappela les questions de l’arbre, du chat et de la source. Le Sage lui expliqua tout ce qu’ils devaient faire pour se soustraire au sort qui leur avait été jeté.
Pierre s’en retourna le cœur léger. Il passa devant la source qui lui lança : Alors ? Eh bien, le Sage dit qu’un diamant est coincé sous la roche. En sortant, l’eau tourbillonne, le diamant soulève le sable et la rend trouble. Il faut donc que quelqu’un ôte le diamant. Eh bien ! Récupère le diamant, fais-toi un ornement. Mais le Sage n’a pas dit que c’était à moi de le faire.
Plus loin, il arriva sous le cerisier qui lança : Alors ? Le Sage a dit qu’un trésor était enfoui sous tes racines et l’empêche de pousser correctement. Il suffit de déterrer le coffre et tu auras à nouveau des cerises. Eh bien ! Tire le coffre, volontiers je te l’offre. Mais le Sage ne m’a pas dit de le faire.
Et Pierre repartit. Quand il aperçut le chat, ce dernier lui lança : Alors ? Le Sage a dit que tu devais te frotter aux jambes du premier venu et lui proposer ton amitié. Eh bien ! Prends-moi sur tes genoux, mon ami pour toujours. Mais le Sage ne m’a pas présenté les choses comme ça.
Quand Pierre raconta son aventure à sa femme, elle s’arracha les cheveux. Mais tu vois bien que tu as raté toutes les occasions qui se sont offertes. Pierre réalisa alors sa sottise et, en larmes, reprit sa route au pas de course. Plus de chat ! Au pied du cerisier, quelqu’un avait déjà creusé ! Et à la source, l’eau coulait limpide. Le diamant avait été soutiré. Pierre n’en pouvait plus de chagrin. Il avait tout perdu. Tout ? Non, car un miaulement lui rappela juste avant de rentrer qu’il lui restait l’occasion de garder un ami.
Il vint à la maison avec son compagnon. Là, sa femme atterrée, explosant de déception, trucida le chaton.

chrystie12- Nombre de messages: 430
Age: 60
Localisation: souslevent
Date d'inscription: 26/01/2011
Re: La guigne
ça se lit sans soif.
l'aspect conte philosophique, à la coehlo me plait bien, mais moins les histoires de trésor, qui heurtent mes convictions sexuelles politiques et religieuses.
l'aspect conte philosophique, à la coehlo me plait bien, mais moins les histoires de trésor, qui heurtent mes convictions sexuelles politiques et religieuses.
hi wen- Nombre de messages: 340
Age: 15
Date d'inscription: 07/01/2011
Re: La guigne
Les contes initiatiques m'ennuient, c'est une constante. Au moins celui-ci a-t-il l'heur de cultiver le dérisoire avec une chute inattendue et immorale, ça me réconcilie un peu avec le genre.
Et au passage, je m'amuse du double sens du titre, je ne sais pas si c'est voulu mais c'est en tout cas pertinent.
Et au passage, je m'amuse du double sens du titre, je ne sais pas si c'est voulu mais c'est en tout cas pertinent.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12089
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: La guigne
Bien aimé ce texte frais qui évite le ton sentencieux que peuvent avoir certains contes et se termine sur une pirouette cruelle mais amusante.
Ce qui fonctionne je crois, est cette tendresse moqueuse pour le personnage de Pierre et qui transparait dès le tout début (avec les inventions des "Pierre qui"), un splendide looser.
Ce qui fonctionne je crois, est cette tendresse moqueuse pour le personnage de Pierre et qui transparait dès le tout début (avec les inventions des "Pierre qui"), un splendide looser.

elea- Nombre de messages: 3184
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Re: La guigne
Une belle esquisse de conte. Probablement que toutes les contraintes y sont. En revanche, il y a profusion de "et" et ils m’énervent.
Sur le fond, belle science-fiction matriarcale. C'est beau de rêver.
Sur le fond, belle science-fiction matriarcale. C'est beau de rêver.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: La guigne
Un joli conte, bien écrit, respectueux des codes traditionnels (répétition des motifs, personnages tracés aux crayons de couleur, volontairement antinomiques…). Si je regrette l'outrance de la chute dans sa rupture de registre (« explosant », « trucida »), j'en apprécie cependant la brutalité : elle rompt avec l'aspect quelque peu consensuel de la forme. Bref, j'ai beaucoup aimé, surtout pour la tendresse qui se dégage de tes lignes.
Quelques remarques sans importance :
– « A chaque fois » : « À » (Alt + 0192) ;
– « Enfin aucun travail » : virgule après « Enfin » ;
– « et quelques olives amères et se mit en route. » : virgule après « amères » (la conjonction « et » ne coordonne pas sur le même plan). La suppression de l'article « il » me gêne, dans le contexte ;
– « Demande-lui, s’il te plaît, ce que je peux faire pour avoir une eau claire comme de l’eau de roche ? » : point et non point d'interrogation (interrogative indirecte) ;
– « Ecoute » : « É » (Alt + 144) ;
– « lui dit-il,, » : une virgule en trop ;
– « seulement une chose : Tu n’as qu’à saisir » : pas de majuscule après les deux-points ;
– « Pierre rmaercia » : « remercia » ;
– « Il passa devant la source qui lui lança : Alors ? » : ne pas oublier les guillemets français gauches et droits avant « Alors ? » ;
– « Eh bien ! Récupère le diamant, fais-toi un ornement. Mais le Sage n’a pas dit que c’était à moi de le faire. » : pourquoi cette absence de distinction dans les paroles des personnages ? Des guillemets français ou des tirets cadratins seraient bienvenus ;
– « Alors ? » : même remarque ;
– « Eh bien ! Tire le coffre, volontiers je te l’offre. Mais le Sage ne m’a pas dit de le faire. » : idem… (et pour le troisième aussi).
Quelques remarques sans importance :
– « A chaque fois » : « À » (Alt + 0192) ;
– « Enfin aucun travail » : virgule après « Enfin » ;
– « et quelques olives amères et se mit en route. » : virgule après « amères » (la conjonction « et » ne coordonne pas sur le même plan). La suppression de l'article « il » me gêne, dans le contexte ;
– « Demande-lui, s’il te plaît, ce que je peux faire pour avoir une eau claire comme de l’eau de roche ? » : point et non point d'interrogation (interrogative indirecte) ;
– « Ecoute » : « É » (Alt + 144) ;
– « lui dit-il,, » : une virgule en trop ;
– « seulement une chose : Tu n’as qu’à saisir » : pas de majuscule après les deux-points ;
– « Pierre rmaercia » : « remercia » ;
– « Il passa devant la source qui lui lança : Alors ? » : ne pas oublier les guillemets français gauches et droits avant « Alors ? » ;
– « Eh bien ! Récupère le diamant, fais-toi un ornement. Mais le Sage n’a pas dit que c’était à moi de le faire. » : pourquoi cette absence de distinction dans les paroles des personnages ? Des guillemets français ou des tirets cadratins seraient bienvenus ;
– « Alors ? » : même remarque ;
– « Eh bien ! Tire le coffre, volontiers je te l’offre. Mais le Sage ne m’a pas dit de le faire. » : idem… (et pour le troisième aussi).
alex- Nombre de messages: 2565
Age: 20
Localisation: « ¿ ¡ à À â  ä Ä æ Æ ç Ç é É ê Ê è È ë Ë í Í î Î ì Ì ï Ï ñ Ñ ó Ó ô Ô ò Ò ö Ö œ Œ ß ú Ú û Û ù Ù ü Ü × ‰ € – — … »
Date d'inscription: 14/01/2010
Re: La guigne
Une chute inattendue qui donne toute la saveur de ce curieux conte. On jette des pierres au ciel…

Jean Lê- Nombre de messages: 409
Age: 53
Localisation: Bretagne
Date d'inscription: 22/11/2010
Re: La guigne
Comme Easter, je ne goûte guère les contes à morale ni le merveilleux, mais ici le petit côté décalé donne beaucoup de charme à ce texte.

Janis- Nombre de messages: 5025
Age: 51
Date d'inscription: 18/09/2011
Re: La guigne
Moi je n'ai pas trop aimé. Je trouve cela assez prévisible. La chute est bien cependant ! Elle donne un côté cynique bienvenu.
Lifewithwords- Nombre de messages: 777
Age: 20
Localisation: Rennes
Date d'inscription: 27/08/2007
Re: La guigne
J'aime bien les contes quand, comme celui-ci, ils ne sont pas trop prêchi-préchat !
Et la chute est ... mortelle ! Bon, je sors...
Enfin quoi, j'ai beaucoup aimé !
Et la chute est ... mortelle ! Bon, je sors...
Enfin quoi, j'ai beaucoup aimé !

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: La guigne
J'ai toujours aimé les contes.
Celui-là aussi
Celui-là aussi

mentor- Nombre de messages: 18993
Age: 33
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – — -
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: La guigne
Merci de vos lectures et éclaircissements.
Une mention spéciale à Alex pour sa traque infatigable.
Une mention spéciale à Alex pour sa traque infatigable.

chrystie12- Nombre de messages: 430
Age: 60
Localisation: souslevent
Date d'inscription: 26/01/2011
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