Prendre le train
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Prendre le train
Oui je sais, je vous avais dit adieu :-)
J'ai fini par monter dans le premier train qui passait. Je ne voulais même pas savoir où il allait. Sa destination n'avait aucune importance. Le tout, c'était qu'il y aille. En ayant l'air de savoir où. Et surtout que je sois du voyage.
Longtemps, je me suis tenue prête, mon sac à roulettes à mes côtés.
Vous dire ce qu'il y a dans ce sac à roulettes me serait bien difficile. Il n'a pas l'air vide. Ni trop plein non plus. Il doit contenir des trucs que j'ai entassés là, ne sachant trop où les mettre. Des trucs inutiles, ou superflus, ou le genre de choses que l'on garde car on se sait jamais, ça peut toujours servir. Ah oui ! en revanche, il y a quelque chose enfoui bien au fond du sac. Jamais je n'aurais eu le courage de le foutre à la poubelle. Même en le rendant méconnaissable et anonyme, je n'aurais pu me résigner à le jeter. Des tordus qui fouillent et qui se font une joie de reconstituer le puzzle, même si les morceaux trempent dans la merde, je suis sûre qu'il en existe.
Donc, ce foutu sac à roulettes, je l'ai hissé dans le train, l'ai poussé à coups de pieds dans les couloirs. Un homme m'a fait signe de le déposer sur une étagère métallique. J'ai dédaigné son invite. Le sac, je l'aurais bien pulvérisé pour qu'il disparaisse n'importe où sans laisser de traces. Mais le ranger sur une étagère à côté d'autres, non ... ce n'est pas possible. C'est quand même mon sac, merde !
Moi je n'aime pas la promiscuité. Alors infliger ça à mon sac, niet.
Longtemps, je me suis tenue prête avec lui et ses roulettes grinçantes. En fait, je me serais bien laissée tenter par un départ en solo, rien dans les mains, rien dans les poches. Voyager léger, comme le dit la pub. Oui ... mais ... non ! Parce que je l'aurais mis où, lui ? La solution eût été de le détruire et de l'oublier. Mais je vais vous dire : je préfère le traîner sur ses roulettes avec tout ce qu'il contient. Au moins les merdes sont bien circonscrites. Parce que sinon, s'il elles n'avaient pas ce contenant que je leur ai offert, elles viendraient squatter mon esprit, j'en suis sûre. Pas elles matériellement, mais leur souvenir.
J'ai donc fini par monter dans le premier train qui passait. Le but de la manoeuvre, c'était de me mêler à du vivant qui bouge. Accroche-toi, ma fille, me suis-je dit. Maintenant que tu es là, il s'agit de tenir ton rôle. Concentre-toi.
Epreuve un : tu es une brave dame qui propose à quelqu'un de hisser son bagage. Tu souris. N'oublie pas de sourire. Tu l'aides à décrypter les signes qui indiquent sa place. Tu souris. N'oublie pas de sourire.
Epreuve deux : Ta voisine te demande où tu vas. Hein ? Où je vais ? Mais qu'est-ce que ça peut lui foutre ? Tu lui réponds que tu vas chez ta mère. Avec le sourire. N'oublie pas de sourire.
Epreuve trois : Tu écoutes les gens parler. La crise, le climat, les bonnes manières qui foutent le camp, le chômage, la maladie ... Tu compatis en souriant. N'oublie pas de sourire. A bon escient, quand même ! Parce que si quelqu'un te dit que son chien s'est fait écraser, il faut prendre une tête de circonstance. Pour toi c'est un simple fait divers que tu n'irais même pas lire dans la rubrique ad'hoc. Soit. Mais un peu de compassion s'impose.
Et le train roule. Avec tous ces gens qui parlent, qui bavardent. Qui se tiennent chaud.
Et toi, qu'as-tu à leur dire ? Rien. Tout est dans ton sac à roulettes.
Merde ! Le sac à roulettes ! On me l'a piqué !
Je le vois tracté par un quidam sur le quai, alors que le train redémarre ! Mais c'est qu'il a l'air joyeux, le salaud ! Et l'autre, le quidam, qui a l'air heureux d'avoir fait une bonne affaire !
Qu'il fouille, qu'il reconstitue le puzzle, qu'il trempe ses mains dans mes merdes. Cela m'est égal. Je ne le connais pas, je ne le reverrai jamais. Ni lui, ni le sac.
Me voilà légère. Heureuse ! Alors ... heureuse ?
Me voilà dans ce train qui bouge et qui vit. Souris, ma fille. N'oublie pas de sourire. Fonds-toi dans la masse. Dis-leur qui tu es, où tu vas et pourquoi tu y vas. Allez, Lance-toi !
E pericoloso sporgersi.
Tu ne sais pas lire ou tu l'as fait exprès ?
J'ai fini par monter dans le premier train qui passait. Je ne voulais même pas savoir où il allait. Sa destination n'avait aucune importance. Le tout, c'était qu'il y aille. En ayant l'air de savoir où. Et surtout que je sois du voyage.
Longtemps, je me suis tenue prête, mon sac à roulettes à mes côtés.
Vous dire ce qu'il y a dans ce sac à roulettes me serait bien difficile. Il n'a pas l'air vide. Ni trop plein non plus. Il doit contenir des trucs que j'ai entassés là, ne sachant trop où les mettre. Des trucs inutiles, ou superflus, ou le genre de choses que l'on garde car on se sait jamais, ça peut toujours servir. Ah oui ! en revanche, il y a quelque chose enfoui bien au fond du sac. Jamais je n'aurais eu le courage de le foutre à la poubelle. Même en le rendant méconnaissable et anonyme, je n'aurais pu me résigner à le jeter. Des tordus qui fouillent et qui se font une joie de reconstituer le puzzle, même si les morceaux trempent dans la merde, je suis sûre qu'il en existe.
Donc, ce foutu sac à roulettes, je l'ai hissé dans le train, l'ai poussé à coups de pieds dans les couloirs. Un homme m'a fait signe de le déposer sur une étagère métallique. J'ai dédaigné son invite. Le sac, je l'aurais bien pulvérisé pour qu'il disparaisse n'importe où sans laisser de traces. Mais le ranger sur une étagère à côté d'autres, non ... ce n'est pas possible. C'est quand même mon sac, merde !
Moi je n'aime pas la promiscuité. Alors infliger ça à mon sac, niet.
Longtemps, je me suis tenue prête avec lui et ses roulettes grinçantes. En fait, je me serais bien laissée tenter par un départ en solo, rien dans les mains, rien dans les poches. Voyager léger, comme le dit la pub. Oui ... mais ... non ! Parce que je l'aurais mis où, lui ? La solution eût été de le détruire et de l'oublier. Mais je vais vous dire : je préfère le traîner sur ses roulettes avec tout ce qu'il contient. Au moins les merdes sont bien circonscrites. Parce que sinon, s'il elles n'avaient pas ce contenant que je leur ai offert, elles viendraient squatter mon esprit, j'en suis sûre. Pas elles matériellement, mais leur souvenir.
J'ai donc fini par monter dans le premier train qui passait. Le but de la manoeuvre, c'était de me mêler à du vivant qui bouge. Accroche-toi, ma fille, me suis-je dit. Maintenant que tu es là, il s'agit de tenir ton rôle. Concentre-toi.
Epreuve un : tu es une brave dame qui propose à quelqu'un de hisser son bagage. Tu souris. N'oublie pas de sourire. Tu l'aides à décrypter les signes qui indiquent sa place. Tu souris. N'oublie pas de sourire.
Epreuve deux : Ta voisine te demande où tu vas. Hein ? Où je vais ? Mais qu'est-ce que ça peut lui foutre ? Tu lui réponds que tu vas chez ta mère. Avec le sourire. N'oublie pas de sourire.
Epreuve trois : Tu écoutes les gens parler. La crise, le climat, les bonnes manières qui foutent le camp, le chômage, la maladie ... Tu compatis en souriant. N'oublie pas de sourire. A bon escient, quand même ! Parce que si quelqu'un te dit que son chien s'est fait écraser, il faut prendre une tête de circonstance. Pour toi c'est un simple fait divers que tu n'irais même pas lire dans la rubrique ad'hoc. Soit. Mais un peu de compassion s'impose.
Et le train roule. Avec tous ces gens qui parlent, qui bavardent. Qui se tiennent chaud.
Et toi, qu'as-tu à leur dire ? Rien. Tout est dans ton sac à roulettes.
Merde ! Le sac à roulettes ! On me l'a piqué !
Je le vois tracté par un quidam sur le quai, alors que le train redémarre ! Mais c'est qu'il a l'air joyeux, le salaud ! Et l'autre, le quidam, qui a l'air heureux d'avoir fait une bonne affaire !
Qu'il fouille, qu'il reconstitue le puzzle, qu'il trempe ses mains dans mes merdes. Cela m'est égal. Je ne le connais pas, je ne le reverrai jamais. Ni lui, ni le sac.
Me voilà légère. Heureuse ! Alors ... heureuse ?
Me voilà dans ce train qui bouge et qui vit. Souris, ma fille. N'oublie pas de sourire. Fonds-toi dans la masse. Dis-leur qui tu es, où tu vas et pourquoi tu y vas. Allez, Lance-toi !
E pericoloso sporgersi.
Tu ne sais pas lire ou tu l'as fait exprès ?
Iris- Nombre de messages: 441
Age: 49
Date d'inscription: 17/08/2011
Re: Prendre le train
niet en italique, j'avais oublié !
Iris- Nombre de messages: 441
Age: 49
Date d'inscription: 17/08/2011
Re: Prendre le train
Je suis ravi de pouvoir relire du « Iris » ! Voici, en guise de cadeau de retour, une correction orthotypographique aux petits oignons :
– « non ... » : pas d'espace avant les points d'interrogations (par ailleurs, les vrais points sont plus rapprochés « … » (Alt + 0133) ;
– « à mon sac, niet » : « niet » en italique, donc, oui. Toute pardonnée ! :-) ;
– « Oui ... mais ... non ! » : problème des points de suspension (voir remarque 1) ;
– « s'il elles n'avaient » : « si elles » ;
– « Le but de la manoeuvre » : « manœuvre » ;
– « Epreuve un » : « Épreuve » (accent sur la majuscule, Alt + 144) ;
– « Epreuve deux » : pareil ;
– « deux : Ta voisine » : pas de majuscule après les deux-points ;
– « Epreuve trois » : « É » ;
– « trois : Tu écoutes » : pas de majuscule après les deux-points ;
– « la maladie ... » : remplacement par les bons points de suspension et suppression de l'espace avant ;
– « A bon escient » : « À » (Alt + 0192) ;
– « ad'hoc » : parfait pour les italiques… mais pourquoi cette apostrophe ? ;
– « Alors ... heureuse » : remplacement par les bons points de suspension et suppression de l'espace avant ;
– « Allez, Lance-toi ! » : pourquoi cette majuscule à « lance » ?
– « non ... » : pas d'espace avant les points d'interrogations (par ailleurs, les vrais points sont plus rapprochés « … » (Alt + 0133) ;
– « à mon sac, niet » : « niet » en italique, donc, oui. Toute pardonnée ! :-) ;
– « Oui ... mais ... non ! » : problème des points de suspension (voir remarque 1) ;
– « s'il elles n'avaient » : « si elles » ;
– « Le but de la manoeuvre » : « manœuvre » ;
– « Epreuve un » : « Épreuve » (accent sur la majuscule, Alt + 144) ;
– « Epreuve deux » : pareil ;
– « deux : Ta voisine » : pas de majuscule après les deux-points ;
– « Epreuve trois » : « É » ;
– « trois : Tu écoutes » : pas de majuscule après les deux-points ;
– « la maladie ... » : remplacement par les bons points de suspension et suppression de l'espace avant ;
– « A bon escient » : « À » (Alt + 0192) ;
– « ad'hoc » : parfait pour les italiques… mais pourquoi cette apostrophe ? ;
– « Alors ... heureuse » : remplacement par les bons points de suspension et suppression de l'espace avant ;
– « Allez, Lance-toi ! » : pourquoi cette majuscule à « lance » ?
alex- Nombre de messages: 2565
Age: 20
Localisation: « ¿ ¡ à À â  ä Ä æ Æ ç Ç é É ê Ê è È ë Ë í Í î Î ì Ì ï Ï ñ Ñ ó Ó ô Ô ò Ò ö Ö œ Œ ß ú Ú û Û ù Ù ü Ü × ‰ € – — … »
Date d'inscription: 14/01/2010
Re: Prendre le train
J'ai oublié de justifier mais bon… pas grave, je pense !
alex- Nombre de messages: 2565
Age: 20
Localisation: « ¿ ¡ à À â  ä Ä æ Æ ç Ç é É ê Ê è È ë Ë í Í î Î ì Ì ï Ï ñ Ñ ó Ó ô Ô ò Ò ö Ö œ Œ ß ú Ú û Û ù Ù ü Ü × ‰ € – — … »
Date d'inscription: 14/01/2010
Re: Prendre le train
Ah j'aime beaucoup !
Alors on t'a piqué ton sac, veinarde ? !
Le détail des roulettes est très bien trouvé, surtout des roulettes qui grincent !
En revanche, je crois qu'ici tu t'es trompée :
Et là, je n'ai pas compris :
C'est qui, celui qui a l'air joyeux ?
A part ces quelques détails, j'ai trouvé qu'il y avait de la niaque, du punch, de l'allant et au final un texte bien sympa !
Alors on t'a piqué ton sac, veinarde ? !
Le détail des roulettes est très bien trouvé, surtout des roulettes qui grincent !
En revanche, je crois qu'ici tu t'es trompée :
c'est plutôt à qui quelqu'un propose de hisser son bagage, non ?tu es une brave dame qui propose à quelqu'un de hisser son bagage
Et là, je n'ai pas compris :
Mais c'est qu'il a l'air joyeux, le salaud ! Et l'autre, le quidam, qui a l'air heureux d'avoir fait une bonne affaire !
C'est qui, celui qui a l'air joyeux ?
A part ces quelques détails, j'ai trouvé qu'il y avait de la niaque, du punch, de l'allant et au final un texte bien sympa !

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Prendre le train
A mon avis c'est le sac qui a l'air heureux d'avoir changé de propriétaire.
Marrant cette façon de raconter sans rien dévoiler... ça pique la curiosité.
Marrant cette façon de raconter sans rien dévoiler... ça pique la curiosité.

Lamarjo- Nombre de messages: 78
Age: 35
Localisation: marjobonne51@laposte.net
Date d'inscription: 27/11/2011
Re: Prendre le train
Joli, suspense, humour, rire, texte facile qui nous emporte dans le train.
On voudrait la suite !
On voudrait la suite !

roro- Nombre de messages: 186
Age: 29
Localisation: Lointaine et présente
Date d'inscription: 15/09/2008
Re: Prendre le train
Merci pour vos lectures !
coline Dé :
C'est bien moi qui propose à quelqu'un de hisser son sac. Il faudrait que je formule autrement pour mieux le faire comprendre !
Lamarjo :
Bien vu, c'est bien le sac qui a l'air joyeux
Roro :
Il n'y aura pas de suite, et les deux dernières phrases expliquent pourquoi :-)
Et j'ai gardé pour la fin les corrections d'alex que je remercie. Toutefois, je tiens à préciser que s'il elles, et la majuscule à lance sont deux fautes qui viennent de ce que j'ai modifié les phrases en oubliant d'effacer ce qui n'avait plus de raison d'être. Et puis le vigilant alex a oublié une faute au début : je l'ai écrite en gras.
Et voici le texte corrigé :
J'ai fini par monter dans le premier train qui passait. Je ne voulais même pas savoir où il allait. Sa destination n'avait aucune importance. Le tout, c'était qu'il y aille. En ayant l'air de savoir où. Et surtout que je sois du voyage.
Longtemps, je me suis tenue prête, mon sac à roulettes à mes côtés.
Vous dire ce qu'il y a dans ce sac à roulettes me serait bien difficile. Il n'a pas l'air vide. Ni trop plein non plus. Il doit contenir des trucs que j'ai entassés là, ne sachant où les mettre. Des trucs inutiles, ou superflus, ou le genre de choses que l'on garde car on ne sait jamais, ça peut toujours servir. Ah oui, en revanche, il y a quelque chose enfoui bien au fond du sac. Jamais je n'aurais eu le courage de le foutre à la poubelle. Même en le rendant méconnaissable et anonyme, je n'aurais pu me résigner à le jeter. Des tordus qui fouillent et qui se font une joie de reconstituer le puzzle, même si les morceaux trempent dans la merde, je suis sûre qu'il en existe.
Donc, ce foutu sac à roulettes, je l'ai hissé dans le train, l'ai poussé à coups de pieds dans les couloirs. Un homme m'a fait signe de le déposer sur une étagère métallique. J'ai dédaigné son invite. Le sac, je l'aurais bien pulvérisé pour qu'il disparaisse n'importe où sans laisser de traces. Mais le ranger sur une étagère à côté d'autres, non… ce n'est pas possible. C'est quand même mon sac, merde !
Moi je n'aime pas la promiscuité. Alors infliger ça à mon sac, niet.
Longtemps, je me suis tenue prête avec lui et ses roulettes grinçantes. En fait, je me serais bien laissée tenter par un départ en solo, rien dans les mains, rien dans les poches. Voyager léger, comme le dit la pub. Oui… mais… non ! Parce que je l'aurais mis où, lui ? La solution eût été de le détruire et de l'oublier. Mais je vais vous dire : je préfère le traîner sur ses roulettes avec tout ce qu'il contient. Au moins les merdes sont bien circonscrites. Parce que sinon, si elles n'avaient pas ce contenant que je leur ai offert, elles viendraient squatter mon esprit, j'en suis sûre. Pas elles matériellement, mais leur souvenir.
J'ai donc fini par monter dans le premier train qui passait. Le but de la manœuvre, c'était de me mêler à du vivant qui bouge. Accroche-toi, ma fille, me suis-je dit. Maintenant que tu es là, il s'agit de tenir ton rôle. Concentre-toi.
Épreuve un : tu es une brave dame qui propose à quelqu'un de hisser son bagage. Tu souris. N'oublie pas de sourire. Tu l'aides à décrypter les signes qui indiquent sa place. Tu souris. N'oublie pas de sourire.
Épreuve deux : ta voisine te demande où tu vas. Hein ? Où je vais ? Mais qu'est-ce que ça peut lui foutre ? Tu lui réponds que tu vas chez ta mère. Avec le sourire. N'oublie pas de sourire.
Épreuve trois : tu écoutes les gens parler. La crise, le climat, les bonnes manières qui foutent le camp, le chômage, la maladie… Tu compatis en souriant. N'oublie pas de sourire. À bon escient, quand même ! Parce que si quelqu'un te dit que son chien s'est fait écraser, il faut prendre une tête de circonstance. Pour toi c'est un simple fait divers que tu n'irais même pas lire dans la rubrique ad hoc. Soit. Mais un peu de compassion s'impose.
Et le train roule. Avec tous ces gens qui parlent, qui bavardent. Qui se tiennent chaud.
Et toi, qu'as-tu à leur dire ? Rien. Tout est dans ton sac à roulettes.
Merde ! Le sac à roulettes ! On me l'a piqué !
Je le vois tracté par un quidam sur le quai, alors que le train redémarre.. Mais c'est qu'il a l'air joyeux, le salaud ! Et l'autre, le quidam, qui a l'air heureux d'avoir fait une bonne affaire !
Qu'il fouille, qu'il reconstitue le puzzle, qu'il trempe ses mains dans mes merdes. Cela m'est égal. je ne le connais pas, je ne le reverrai jamais. Ni lui, ni le sac.
Me voilà légère. Heureuse ! Alors… heureuse ?
Me voilà dans ce train qui bouge et qui vit. Souris, ma fille. N'oublie pas de sourire. Fonds-toi dans la masse. Dis-leur qui tu es, où tu vas et pourquoi tu y vas. Allez, lance-toi !
E pericoloso sporgersi.
Tu ne sais pas lire ou tu l'as fait exprès ?
coline Dé :
C'est bien moi qui propose à quelqu'un de hisser son sac. Il faudrait que je formule autrement pour mieux le faire comprendre !
Lamarjo :
Bien vu, c'est bien le sac qui a l'air joyeux
Roro :
Il n'y aura pas de suite, et les deux dernières phrases expliquent pourquoi :-)
Et j'ai gardé pour la fin les corrections d'alex que je remercie. Toutefois, je tiens à préciser que s'il elles, et la majuscule à lance sont deux fautes qui viennent de ce que j'ai modifié les phrases en oubliant d'effacer ce qui n'avait plus de raison d'être. Et puis le vigilant alex a oublié une faute au début : je l'ai écrite en gras.
Et voici le texte corrigé :
J'ai fini par monter dans le premier train qui passait. Je ne voulais même pas savoir où il allait. Sa destination n'avait aucune importance. Le tout, c'était qu'il y aille. En ayant l'air de savoir où. Et surtout que je sois du voyage.
Longtemps, je me suis tenue prête, mon sac à roulettes à mes côtés.
Vous dire ce qu'il y a dans ce sac à roulettes me serait bien difficile. Il n'a pas l'air vide. Ni trop plein non plus. Il doit contenir des trucs que j'ai entassés là, ne sachant où les mettre. Des trucs inutiles, ou superflus, ou le genre de choses que l'on garde car on ne sait jamais, ça peut toujours servir. Ah oui, en revanche, il y a quelque chose enfoui bien au fond du sac. Jamais je n'aurais eu le courage de le foutre à la poubelle. Même en le rendant méconnaissable et anonyme, je n'aurais pu me résigner à le jeter. Des tordus qui fouillent et qui se font une joie de reconstituer le puzzle, même si les morceaux trempent dans la merde, je suis sûre qu'il en existe.
Donc, ce foutu sac à roulettes, je l'ai hissé dans le train, l'ai poussé à coups de pieds dans les couloirs. Un homme m'a fait signe de le déposer sur une étagère métallique. J'ai dédaigné son invite. Le sac, je l'aurais bien pulvérisé pour qu'il disparaisse n'importe où sans laisser de traces. Mais le ranger sur une étagère à côté d'autres, non… ce n'est pas possible. C'est quand même mon sac, merde !
Moi je n'aime pas la promiscuité. Alors infliger ça à mon sac, niet.
Longtemps, je me suis tenue prête avec lui et ses roulettes grinçantes. En fait, je me serais bien laissée tenter par un départ en solo, rien dans les mains, rien dans les poches. Voyager léger, comme le dit la pub. Oui… mais… non ! Parce que je l'aurais mis où, lui ? La solution eût été de le détruire et de l'oublier. Mais je vais vous dire : je préfère le traîner sur ses roulettes avec tout ce qu'il contient. Au moins les merdes sont bien circonscrites. Parce que sinon, si elles n'avaient pas ce contenant que je leur ai offert, elles viendraient squatter mon esprit, j'en suis sûre. Pas elles matériellement, mais leur souvenir.
J'ai donc fini par monter dans le premier train qui passait. Le but de la manœuvre, c'était de me mêler à du vivant qui bouge. Accroche-toi, ma fille, me suis-je dit. Maintenant que tu es là, il s'agit de tenir ton rôle. Concentre-toi.
Épreuve un : tu es une brave dame qui propose à quelqu'un de hisser son bagage. Tu souris. N'oublie pas de sourire. Tu l'aides à décrypter les signes qui indiquent sa place. Tu souris. N'oublie pas de sourire.
Épreuve deux : ta voisine te demande où tu vas. Hein ? Où je vais ? Mais qu'est-ce que ça peut lui foutre ? Tu lui réponds que tu vas chez ta mère. Avec le sourire. N'oublie pas de sourire.
Épreuve trois : tu écoutes les gens parler. La crise, le climat, les bonnes manières qui foutent le camp, le chômage, la maladie… Tu compatis en souriant. N'oublie pas de sourire. À bon escient, quand même ! Parce que si quelqu'un te dit que son chien s'est fait écraser, il faut prendre une tête de circonstance. Pour toi c'est un simple fait divers que tu n'irais même pas lire dans la rubrique ad hoc. Soit. Mais un peu de compassion s'impose.
Et le train roule. Avec tous ces gens qui parlent, qui bavardent. Qui se tiennent chaud.
Et toi, qu'as-tu à leur dire ? Rien. Tout est dans ton sac à roulettes.
Merde ! Le sac à roulettes ! On me l'a piqué !
Je le vois tracté par un quidam sur le quai, alors que le train redémarre.. Mais c'est qu'il a l'air joyeux, le salaud ! Et l'autre, le quidam, qui a l'air heureux d'avoir fait une bonne affaire !
Qu'il fouille, qu'il reconstitue le puzzle, qu'il trempe ses mains dans mes merdes. Cela m'est égal. je ne le connais pas, je ne le reverrai jamais. Ni lui, ni le sac.
Me voilà légère. Heureuse ! Alors… heureuse ?
Me voilà dans ce train qui bouge et qui vit. Souris, ma fille. N'oublie pas de sourire. Fonds-toi dans la masse. Dis-leur qui tu es, où tu vas et pourquoi tu y vas. Allez, lance-toi !
E pericoloso sporgersi.
Tu ne sais pas lire ou tu l'as fait exprès ?
Iris- Nombre de messages: 441
Age: 49
Date d'inscription: 17/08/2011
Re: Prendre le train
J'ai relevé les deux mêmes incongruités que Coline dans le premier texte (pas lu la version corrigée), c'est dommage, ça a gâché un peu ma lecture, comme une offense à ma logique personnelle :-)
Sinon, très bien vu cette façon d'évoquer le contenu du sac sans jamais en révéler le détail.
Sinon, très bien vu cette façon d'évoquer le contenu du sac sans jamais en révéler le détail.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12092
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Prendre le train
Beaucoup aimé deux choses :
- ce sac à roulettes dont on comprend à quoi il sert, son utilité (et son poids) sans avoir besoin de savoir exactement ce qu’il contient, c’est une très belle image (et idée).
- et le ton du texte, vivant, rythmé, plutôt juste pour figurer une personne se parlant dans cette situation, avec cette espèce de lucidité désabusée.
Mais si je comprends bien la fin, elle n’est pas heureuse du tout pour moi, s’agissait-il d’une peur de l’inconnu, peur du changement, de la légèreté, de finalement ne plus avoir à le traîner ce sac ?
Mais ce n’est peut-être que mon interprétation personnelle et cette fin n’est peut-être qu’une pirouette.
Quoi qu’il en soit, un texte qui me touche et remue des choses…
- ce sac à roulettes dont on comprend à quoi il sert, son utilité (et son poids) sans avoir besoin de savoir exactement ce qu’il contient, c’est une très belle image (et idée).
- et le ton du texte, vivant, rythmé, plutôt juste pour figurer une personne se parlant dans cette situation, avec cette espèce de lucidité désabusée.
Mais si je comprends bien la fin, elle n’est pas heureuse du tout pour moi, s’agissait-il d’une peur de l’inconnu, peur du changement, de la légèreté, de finalement ne plus avoir à le traîner ce sac ?
Mais ce n’est peut-être que mon interprétation personnelle et cette fin n’est peut-être qu’une pirouette.
Quoi qu’il en soit, un texte qui me touche et remue des choses…

elea- Nombre de messages: 3186
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Re: Prendre le train
Bonsoir,
Un joli texte vif et original ...
Peut-être fallait-il poser sur le papier cette envie de partir pour lui ôter toute raison d'être ! (Psychologie de comptoir - Bar des Amis - à l'approche de minuit !)
re-BIENVENUE SUR VOS ECRITS !
Amicalement,
midnightrambler
Un joli texte vif et original ...
Peut-être fallait-il poser sur le papier cette envie de partir pour lui ôter toute raison d'être ! (Psychologie de comptoir - Bar des Amis - à l'approche de minuit !)
re-BIENVENUE SUR VOS ECRITS !
Amicalement,
midnightrambler

midnightrambler- Nombre de messages: 1095
Age: 59
Localisation: NORMANDIE laclefdeschamps66@hotmail.fr
Date d'inscription: 10/01/2010
Du petit lait.
Je ne sais pas ce que le sac contient... Je suppose que ça fait partie de son charme. Mais en tous cas, tout ça se boit comme du petit lait. Rien n'accroche, rien ne vient ralentir ou perturber le plaisir de lire. Bravo.
Ubik.
Ubik.

ubikmagic- Nombre de messages: 946
Age: 50
Localisation: ... dans le sud, peuchère !
Date d'inscription: 13/12/2009

Re: Prendre le train
J'ai bien aimé suivre les péripéties de ce sac qui se fait la malle tandis qu'elle choisit de s'échapper du train train quotidien

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
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