Après
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Après
Quelque chose de personnel, je ne m'en cache pas. Néanmoins, ça démontre bien mon besoin de tout transformer en objet littéraire ; en conséquence, commentez sans retenue.
........Je ne nourris aucun espoir secret. C'est peu de le dire. Parfois, je me rappelle les choses qui n'ont pas été douces. Elles sont nombreuses, implacables, géantes, contractées dans le tout et dans le détail de la vie. La vie que je n'ai pas voulue, celle que j'ai désirée, celle que j'ai désirée pour moi, celle que j'ai cherchée pour toi, les vies imaginées, bienveillantes ou douloureuses, toujours exacerbées, informes, agressives. Dans chaque objet, dans chaque couloir, dans chaque grain de réel, se dessinent les fantômes d'une lecture jamais lucide, malheureusement, bienheureusement, c'est selon. Dans l'armoire, dans l'odeur des vêtements et du chiotte, dans la bibliothèque, sur le paysage si vaste de la table, dans les manières de s'asseoir et de regarder, dans les draps, dans les draps, dans les draps. Je ne pourrai jamais distinguer tout ce qui s'est trop percé à jour, tout ce qui est resté lové dans le noir, comme des choses perdues et pourries qu'on estime avoir manquées par hasard, qu'on estime, par lâcheté, avoir manquées sans que la faute revienne à soi. C'est fou comme nous avons traîné, dans l'angoisse de la chair, dans les perspectives de changement, dans les retours tortueux, dans les craintes, dans les lignes qu'on a voulues droites enfin, sans parvenir à se débarrasser des théâtres et des masques, des mouvements tronqués, des rancœurs, des regards en arrière, des espoirs hypocrites et religieux. La maladie s'est glissée trop tôt, trop vite, empêchant les agissements, les changements, les sincérités, les beaux instants, les instants neufs, les remises en question, s'est mise à contaminer l'endroit et l'envers, les certitudes et les délires. Que penser lorsque la conscience s'emboîte et se confond, lorsque plus rien ne se reconnaît. Et cette complaisance, cette complaisance, ces habitudes et ces instincts, comme des murs fissurés par lesquels s'échappe le froid, les larmes, les circularités funestes, les redondances, tout ce qui de gelé ne se libérera pas. Le pire, c'est lorsqu'on est tout seul, définitivement, c'est lorsqu'on ne peut plus douter, c'est lorsqu'on est seul, pour de bon, face à son estime, face à sa dignité, et qu'on ne peut plus s'abandonner un peu, qu'on ne peut plus emporter un visage dans sa chute. Il n'y a rien de plus terrible et de plus angoissant que d'affronter les choses, que de juger soi-même ce qu'on doit éliminer, ce qu'on doit vaincre, comme s'il y avait vraiment une constante qui devait mourir pour qu'on avance enfin, dans le concret, dans le pragmatisme, dans le raisonnable, comme si la rigueur, la rage et la logique dérivaient vers l'été. Mais les rues, les trajets, les cocons, les retraites sont happés dans le grand flot des échecs, des déceptions et des promesses avortées. Le sol, les mots, les courses, les régressions, les attentes, la vaisselle, les muscles, cela s'emporte, cela chavire, cela se trimballe comme un poids, comme un linceul, ce sont des morsures transportées sous le bras, dans la ville, dans le corps, jusque dans le sexe. Lorsque je téléphone, à présent, lorsque j'entends ma voix, une couleur me semble appeler au loin, comme si je marchais dans une rue bondée, au milieu de la foule, et qu'une fois rentré dans mon appartement, un objet semblait me manquer, un objet scintillant autrefois collé à ma peau qui se serait perdu, qui se serait détaché de nos corps d'enfant enroulés dans le noir. Je me rappelle bien des choses que je t'écrivais mais, étrangement, je ne me rappelle de rien. Pourtant nous avons lutté tous deux contre la faiblesse et les rêves, contre le soleil et dans le plus profond détour du miroir. Nous nous sommes réfugiés dans la puérilité de la rancœur et du désaveu, dans tous les clichés et dans toutes les liesses du poison de l'orgueil. Je ne suis pas à l'aise, que ce soit là-bas, ailleurs, dans le tangible ou dans les lieux naguère connus, et c'est dans ma tête que je saisis le mieux, à vif, les non-dits les plus virulents, les plus ancrés, les pressions les plus impératives et les plus secrètes de l'existence sociale. Je t'écrivais bêtement : « Ma chérie, je t’ai tant désirée, tant espérée par le passé, et j’ai tant essayé de me convaincre de deviner un futur sans toi, tant redouté même l’impossibilité d’une trace concrète ou même sans contours de toi à moi, que je ne puis qu’être heureux d’un présent qui dépasse tout ce que je me résignais à ne pas étreindre en rêve, et même si je souffre de l’angoisse de la fin de ce qui n’est qu’une esquisse encore, j’ai tant fait l’amour à moi seul que je fais tout pour me préserver de ce qui adviendra et de ce qui est advenu – car je t’aime et tu m’aimes, n’est-ce pas assez pour oublier et vaincre ce que la lucidité nous présagerait comme belle part de nuit ? ». Il y a bien quelque part une histoire singulière où les traces ne viennent pas du dedans et du flou, un endroit où le mythe a laissé son poids bien loin du monde et des yeux de l'autre. Aujourd'hui je me demande si de tes yeux partent toujours les images et les fables, si de notre inexorable descente se garde le goût de la défaite, ou si sciemment tout se contracte dans la colère. Mais j'espère que je rappelle à l'époque où je n'ai rien pu sauver. Je t'écrivais bêtement : « Jusqu'ici nous sommes parvenus à déblayer la terre ».
........Je ne nourris aucun espoir secret. C'est peu de le dire. Parfois, je me rappelle les choses qui n'ont pas été douces. Elles sont nombreuses, implacables, géantes, contractées dans le tout et dans le détail de la vie. La vie que je n'ai pas voulue, celle que j'ai désirée, celle que j'ai désirée pour moi, celle que j'ai cherchée pour toi, les vies imaginées, bienveillantes ou douloureuses, toujours exacerbées, informes, agressives. Dans chaque objet, dans chaque couloir, dans chaque grain de réel, se dessinent les fantômes d'une lecture jamais lucide, malheureusement, bienheureusement, c'est selon. Dans l'armoire, dans l'odeur des vêtements et du chiotte, dans la bibliothèque, sur le paysage si vaste de la table, dans les manières de s'asseoir et de regarder, dans les draps, dans les draps, dans les draps. Je ne pourrai jamais distinguer tout ce qui s'est trop percé à jour, tout ce qui est resté lové dans le noir, comme des choses perdues et pourries qu'on estime avoir manquées par hasard, qu'on estime, par lâcheté, avoir manquées sans que la faute revienne à soi. C'est fou comme nous avons traîné, dans l'angoisse de la chair, dans les perspectives de changement, dans les retours tortueux, dans les craintes, dans les lignes qu'on a voulues droites enfin, sans parvenir à se débarrasser des théâtres et des masques, des mouvements tronqués, des rancœurs, des regards en arrière, des espoirs hypocrites et religieux. La maladie s'est glissée trop tôt, trop vite, empêchant les agissements, les changements, les sincérités, les beaux instants, les instants neufs, les remises en question, s'est mise à contaminer l'endroit et l'envers, les certitudes et les délires. Que penser lorsque la conscience s'emboîte et se confond, lorsque plus rien ne se reconnaît. Et cette complaisance, cette complaisance, ces habitudes et ces instincts, comme des murs fissurés par lesquels s'échappe le froid, les larmes, les circularités funestes, les redondances, tout ce qui de gelé ne se libérera pas. Le pire, c'est lorsqu'on est tout seul, définitivement, c'est lorsqu'on ne peut plus douter, c'est lorsqu'on est seul, pour de bon, face à son estime, face à sa dignité, et qu'on ne peut plus s'abandonner un peu, qu'on ne peut plus emporter un visage dans sa chute. Il n'y a rien de plus terrible et de plus angoissant que d'affronter les choses, que de juger soi-même ce qu'on doit éliminer, ce qu'on doit vaincre, comme s'il y avait vraiment une constante qui devait mourir pour qu'on avance enfin, dans le concret, dans le pragmatisme, dans le raisonnable, comme si la rigueur, la rage et la logique dérivaient vers l'été. Mais les rues, les trajets, les cocons, les retraites sont happés dans le grand flot des échecs, des déceptions et des promesses avortées. Le sol, les mots, les courses, les régressions, les attentes, la vaisselle, les muscles, cela s'emporte, cela chavire, cela se trimballe comme un poids, comme un linceul, ce sont des morsures transportées sous le bras, dans la ville, dans le corps, jusque dans le sexe. Lorsque je téléphone, à présent, lorsque j'entends ma voix, une couleur me semble appeler au loin, comme si je marchais dans une rue bondée, au milieu de la foule, et qu'une fois rentré dans mon appartement, un objet semblait me manquer, un objet scintillant autrefois collé à ma peau qui se serait perdu, qui se serait détaché de nos corps d'enfant enroulés dans le noir. Je me rappelle bien des choses que je t'écrivais mais, étrangement, je ne me rappelle de rien. Pourtant nous avons lutté tous deux contre la faiblesse et les rêves, contre le soleil et dans le plus profond détour du miroir. Nous nous sommes réfugiés dans la puérilité de la rancœur et du désaveu, dans tous les clichés et dans toutes les liesses du poison de l'orgueil. Je ne suis pas à l'aise, que ce soit là-bas, ailleurs, dans le tangible ou dans les lieux naguère connus, et c'est dans ma tête que je saisis le mieux, à vif, les non-dits les plus virulents, les plus ancrés, les pressions les plus impératives et les plus secrètes de l'existence sociale. Je t'écrivais bêtement : « Ma chérie, je t’ai tant désirée, tant espérée par le passé, et j’ai tant essayé de me convaincre de deviner un futur sans toi, tant redouté même l’impossibilité d’une trace concrète ou même sans contours de toi à moi, que je ne puis qu’être heureux d’un présent qui dépasse tout ce que je me résignais à ne pas étreindre en rêve, et même si je souffre de l’angoisse de la fin de ce qui n’est qu’une esquisse encore, j’ai tant fait l’amour à moi seul que je fais tout pour me préserver de ce qui adviendra et de ce qui est advenu – car je t’aime et tu m’aimes, n’est-ce pas assez pour oublier et vaincre ce que la lucidité nous présagerait comme belle part de nuit ? ». Il y a bien quelque part une histoire singulière où les traces ne viennent pas du dedans et du flou, un endroit où le mythe a laissé son poids bien loin du monde et des yeux de l'autre. Aujourd'hui je me demande si de tes yeux partent toujours les images et les fables, si de notre inexorable descente se garde le goût de la défaite, ou si sciemment tout se contracte dans la colère. Mais j'espère que je rappelle à l'époque où je n'ai rien pu sauver. Je t'écrivais bêtement : « Jusqu'ici nous sommes parvenus à déblayer la terre ».

lu-k- Nombre de messages: 1132
Age: 18
Localisation: Drôme
Date d'inscription: 24/12/2008
Re: Après
Permets que... j'inaugure ? =) En fait j'ai tout lu (oui oui j'ai tout lu comme un grand) et j'avouerais que j'ai eu un peu de mal à suivre. D'un autre côté ce n'est pas une trame et c'est assez délié mais comme c'est bien écrit quand même et passionné je me suis dit ça mérite au moins ce respect. Si j'avais juste une ou deux critique à faire... c'est cette incontrôlable propension à l'énumération, la première fois bon c'est un effet de style ça a bien sa place, mais je pense qu'au bout de trois ou quatre fois ça devient plus pesant. Néanmoins je peux comprendre que dans ce genre d'épanchement très prenant pour celui qui écrit le... flot de mots emporte le flux d'émotion sur le "papier". La seule autre chose qui me dérange si on peut dire c'est la référence au sexe MAIIIS je vais mettre ça sur le fait que je sois un éternel frustré psycho-phalique.

Sekril- Nombre de messages: 18
Age: 24
Localisation: Athis Mons
Date d'inscription: 15/01/2012

Re: Après
Deux petites erreurs :
– « comme des murs fissurés par lesquels s'échappe le froid, les larmes, etc. » : « s'échappent » ;
– « je ne me rappelle de rien » : « je ne me rappelle rien ».
Je dois admettre m'être ennuyé, n'avoir pas été réceptif à un texte que je trouve trop chargé, mais bien écrit, oui, certes. Ma lecture, rapide, ne fait pas honneur aux sans doute nombreuses heures de travail que tu as dû mettre à rédiger tout cela.
– « comme des murs fissurés par lesquels s'échappe le froid, les larmes, etc. » : « s'échappent » ;
– « je ne me rappelle de rien » : « je ne me rappelle rien ».
Je dois admettre m'être ennuyé, n'avoir pas été réceptif à un texte que je trouve trop chargé, mais bien écrit, oui, certes. Ma lecture, rapide, ne fait pas honneur aux sans doute nombreuses heures de travail que tu as dû mettre à rédiger tout cela.
alex- Nombre de messages: 2565
Age: 20
Localisation: « ¿ ¡ à À â  ä Ä æ Æ ç Ç é É ê Ê è È ë Ë í Í î Î ì Ì ï Ï ñ Ñ ó Ó ô Ô ò Ò ö Ö œ Œ ß ú Ú û Û ù Ù ü Ü × ‰ € – — … »
Date d'inscription: 14/01/2010
Re: Après
Tu as au moins la chance - le talent - que ce sujet aussi personnel, et clos au lecteur, soit servi par une écriture ample, généreuse et réfrénée tout à la fois. Ceci compense cela.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12092
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Après
J'ai aimé aussi, tout compris, aussi, c'est solide et pour une fois je n'ai pas bondi de tes arabesques écrites pour l’œil et que je prend dans la gueule avec cœur. Alors cette veine, épurée, simple est du type à me donner envie de te relire, moi qui avait abdiqué, les sens paniqués.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: Après
Merci pour cette tranchée de vie intérieure dans laquelle j'ai aimé me promener.
Comme j'ai eu du mal à me représenter la conscience qui s'emboîte (car je cherchais avec quoi elle s'emboîtait), je n'ai pas compris ça. Pas non plus compris la phrase "J'espère que je rappelle à l'époque où je n'ai rien pu sauver"
Comme j'ai eu du mal à me représenter la conscience qui s'emboîte (car je cherchais avec quoi elle s'emboîtait), je n'ai pas compris ça. Pas non plus compris la phrase "J'espère que je rappelle à l'époque où je n'ai rien pu sauver"

igloo26- Nombre de messages: 213
Age: 40
Localisation: délocalisée
Date d'inscription: 18/01/2012
Re: Après
J'ai bien aimé le propos (en même temps c'est rare que je n'aime pas dans tes écrits) mais ce qui m'a le plus sauté aux yeux c'est le nombre de virgules, d'appositions, etc. En particulier dans le début du texte, tu ne fais pas une phrase sans aligner les sujets ou les COD ; l'énumération c'est cool, mais là je pense que c'est trop ; si tu en restreignais certaines, celles qui restent prendraient vraiment une place forte.
Contrairement à Easter, il me semble que c'est une certaine retenue stylistique qui manque au moins à une partie du texte.
Contrairement à Easter, il me semble que c'est une certaine retenue stylistique qui manque au moins à une partie du texte.

Rêvelin- Nombre de messages: 1441
Age: 20
Localisation: Angers
Date d'inscription: 12/11/2009

Re: Après
Je parlais du vocabulaire, Rêvelin, bien loin de l'emphase, de l'effet de manches facile.
Et bonjour à toi ! ;-)
Et bonjour à toi ! ;-)

Easter(Island)- Nombre de messages: 12092
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

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