Lulla* et John**

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Lulla* et John**

Message  Rebecca le Sam 28 Jan 2012 - 23:50

Le perforateur de sommeil m’avait ramenée à la réalité en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire .

Ce qui est le moins qu’il puisse faire si l’on considère le temps inouï que mettaient les Anciens à oraliser une pensée. Habituée comme mes contemporeux à communiquer par translation instantanée d’ondes cérébrales, je m’entrainais souvent à exprimer par onde sonore le fruit de mes cogitations intellectuelles ou l’état de mes humeurs mais souvent, le temps que je rassemble phonèmes avec idées et ressentis, celles-ci étaient dépassées et ceux-ci avaient fluctué.

Tout était décalé, désynchronisé, voire avarié et je me demandais comment les Anciens, aussi bien les préPlatoniques que les post Nique Ta Mère avaient pu se comprendre avec un mode d’expression aussi archaïque.
Aucune fulgurance cérébrale n’était transmissible en temps réel et aucun partage émotionnel ne pouvait se targuer d’exactitude . Je trouvais insensée l’énorme déperdition que le temps passés à les énoncer générait , sans compter les aléas dus à un émetteur défaillant, un récepteur défectueux , une météo sentimentale orageuse, une situation contextuelle conflictuelle.
Pauvres hères victimes des malentendants malentendus lapsus , approximations , bégaiements, et autres névroses, victimes aussi de leurs colères , timidités et sentiments versatiles à haute valeur dégénérative.
Ils avaient inventé l’écriture mais c’était pire, comment aurait-elle pu cerner une réalité et la décrire au fur et à mesure qu’elle changeait sauf à figer le temps et à signer des tableaux ne représentant que des natures mortes. Ils avaient inventé la poésie, un langage particulièrement dévoyé et hautement inefficace.

Pourtant j’avoue que ces modes de transmission langagier, si peu performants qu’ils eussent été, me passionnaient et ils étaient devenus l'un des axes de mon module d’exploration dans le cadre de mes études d’archéo- ethnologie . Je m’étais donc fait implanter les connaissances qui me permettaient d’utiliser les idiomes de ces peuplades primitives et l’appareil phonatoire qui allait avec dans un premier temps.

Dans les soirées branchées, on utilisait ces implants à des fins ludiques. C’était surtout la fonction « rire » qui était activée, déconcertante et tout à fait incongrue. Le «hoquet » aussi était très prisé, dont personne n’avait jamais réussi à extraire la signification véritable, et des bribes de verbiages dont nul traducteur parmi les plus compétents n’avait pu comprendre le sens profond mais qu’on se lançait au visage comme une incantation, comme une évocation d’un monde secret , impénétrable, et mystérieux. S’échangeaient alors des « sacrebleu », « saperlipopette », « corneguidouille » et « bordel à cul » comme une invitation rituelle à faire partie d’un cercle d’initiés pénétrés de l’étendue de leurs connaissances ésotériques. Oh grand scarificateur de l’univers, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils disent.

Moi, je n’avais pas voulu en rester là.

Tandis que sous mes paupières s’allumait l’agenda affichant mon planning de la journée et que d’un clin d’œil automatisé je me connectais aux réseaux sociaux interplanétaires dont j’étais membre, je réalisai qu’aujourd’hui était le premier jour de ma mission trés spéciale . Enfin, mes recherches allaient se concrétiser par une immersion sensorielle en total live.

J’allais vivre durant sept cycles la vie d’un humain post-pubère des années deux mille, en compagnie de John**.

Rebecca

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Re: Lulla* et John**

Message  Easter(Island) le Dim 29 Jan 2012 - 11:22

J'ai décroché, Rebecca. Et pourtant, dieu sait que le titre clin d'oeil à m'a attirée. En fait, d'entrée j'ai éprouvé une réticence, j'ai poursuivi un peu mais sans grande conviction. Le fond ne me paraît pas dénué d'intérêt, mais il est à mon avis amoindri par l'effort mis à déchiffrer les jeux de mots et allitérations, la longueur des phrases.

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Re: Lulla* et John**

Message  alex le Dim 29 Jan 2012 - 17:46

Tout pareil qu'Easter(Island). Pour tout dire, j'ai trouvé cela bien lourd, et c'est dommage : tu as de la suite dans les idées.

Quelques remarques de forme :
– « pour le dire . » : pas d'espace avant le point ;
– « je m’entrainais souvent » : « m'entraînais » (orthographe traditionnelle) ;
– « par onde sonore » : « onde sonore » ou « ondes sonores » ? ;
– « de mes humeurs mais souvent » : virgule après « humeurs » ;
– « voire avarié et je me demandais » : virgule après « avarié » ;
– « aussi bien les préPlatoniques » : sur le modèle de « présocratiques », j'écrirais « préplatoniques » ;
– « que les post Nique Ta Mère » : sans certitude, évidemment, j'écrirais « post-nique-ta-mère » – ou plus comique encore, « postniquetamère », vu que la particule « post », d'ordinaire, s'accole au mot qui suit (sauf dans les mots latins) ;
– « se targuer d’exactitude . » : pas d'espace avant le point ;
– « que le temps passés à les énoncer » : « passé » ;
– « générait , sans compter » : pas d'espace avant la virgule ;
– « un récepteur défectueux , une » : idem ;
– « Pauvres hères victimes des malentendants malentendus » : un peu de ponctuation atténuerait la lourdeur ;
– « lapsus , approximations , bégaiements, et autres névroses » : pas d'espace avant la virgule ! ;
– « victimes aussi de leurs colères , timidités » : idem ;
– « au fur et à mesure qu’elle changeait sauf à figer » : virgule après « changeait » ;
– « que des natures mortes. » : point d'interrogation et non simple point ;
– « me passionnaient et ils étaient » : virgule après « passionnaient » ;
– « d’archéo- ethnologie . » : pas d'espace après le trait d'union (logique, il unit !), ni avant le point ;
– « Le «hoquet » aussi » : espace après les guillemets ouvrants ;
– « et des bribes de verbiages » : « verbiage » ;
– « d’un monde secret , impénétrable » : pas d'espace avant la virgule ;
– « impénétrable, et mystérieux » : pas de virgule ;
– « pardonne leur » : « pardonne-leur » (trait d'union) ;
– « de ma mission trés spéciale . » : « très » et pas d'espace avant le point ;
– « en total live » : « live » en italique.

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Message  ubikmagic le Dim 29 Jan 2012 - 22:37

Voilà un discours abstrait, très science-fictif des années 70, que je me suis efforcé de lire consciencieusement mais sans y trouver de plaisir, fut-ce nostalgique. Vers quoi cela va-t-il ?

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Re: Lulla* et John**

Message  hi wen le Dim 29 Jan 2012 - 22:40

Rebecca a écrit:Le perforateur de sommeil m’avait ramenée à la réalité en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire .


ce point! on ne voit que lui !

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Re: Lulla* et John**

Message  Louis le Lun 30 Jan 2012 - 18:24

Une voix nous parle, celle de la narratrice, venue d’un monde futur, monde qui, paradoxalement, aurait dépassé celui de l’expression, à la fois orale et écrite, une vieillerie archaïque de ce point de vue futuriste.
Dans ce monde de l’au-delà de la parole, la communication se fait directement entre cerveaux par «translation instantanée d’ondes cérébrales », c’est-à-dire par une sorte de télépathie. Les esprits communiquent directement, sans l’intermédiaire de la parole orale ou écrite.

La voix d’outre-mots considère que la pensée serait plus rapide que la parole, et mettre des mots sur les idées pour les communiquer demanderait du temps, un temps perdu inutilement, « Je trouvais insensée l’énorme déperdition que le temps passé à les énoncer générait ».
Un décalage temporel, une « désynchronisation », se produirait donc entre la pensée et son expression écrite et orale. Décalage qui entraînerait une déformation de la pensée. Dans l’expression orale les pensées parviendraient à l’interlocuteur avec retard, elles perdraient donc leur fraîcheur, leur naturel, leur spontanéité, au point de se gâter dans le temps long pris par l’expédition vers leur destinataire. Les paroles trahiraient donc toujours la pensée, sans jamais réussir à rendre sa « fulgurance », son authenticité, «aucun partage émotionnel ne pouvait se targuer d’exactitude ». La pensée serait ineffable.
Le langage oral ne pourrait alors être source que de « malentendus », de « lapsus », d’ « approximations » et de « bégaiements », défauts inhérents à l’expression orale, toujours dans un temps de retard avec la pensée qu’elle exprime. Son défaut essentiel serait le manque d’instantanéité, auquel s’ajouteraient les perturbations de la communication produites par les émotions, « victimes aussi de leurs colères, timidités et sentiments versatiles à haute valeur dégénérative ». Sous l’effet des passions, les paroles seraient troublées quand les pensées conserveraient leur netteté et leur clarté.
L’expression écrite, d’autre part, souffrirait de ne pouvoir représenter la réalité dans son devenir. L’idée ici est quasi bergsonienne. Les mots seraient incapables d’exprimer la durée, la continuité du temps dans le changement, mais ne pourraient saisir les choses qu’en les « figeant », dans des discontinuités, des juxtapositions de « natures mortes » laissant échapper le courant du temps vivant en son écoulement.
De même, les mots figeraient la pensée qui ne cesse de « fluctuer ». Pauvres îlots que ces mots dans le courant ininterrompu de la pensée vivante !

Un même présupposé est présent dans toutes ces conceptions de l’expression écrite et orale, cet archaïsme du point de vue de la narratrice : il y aurait une distance entre la pensée et le langage, une séparation et une extériorité entre elles, surtout une préexistence de l’une par rapport à l’autre, de la pensée par rapport à l’expression dans les mots. Or ce présupposé semble fort douteux. C’est dans les mots que l’on pense, et non hors d’eux, sans eux. Pensée et langage sont indissociables.

La narratrice se situe par-delà les mots, par-delà l’écrit, et c’est de cet au-delà qu’elle vient se plonger en « total live » dans le monde des mots, oraux et écrits, dans notre monde du XXIème siècle, et dans tout le contexte dans lequel ils prennent sens. Elle se présente comme une « archéo-ethnologue » qui effectue des recherches sur notre monde présent.
Le point de vue est original. Habituellement, on part de l’infra, de l’en-deçà de la parole pour suivre le processus qui s’élève vers elle et vers la pensée ; ici inversement, on part, non de l’infra mais de l’ultra de la parole, de son au-delà, pour replonger dans les mots, ces moyens si lents et si archaïques, ces dinosaures de la communication.

Il y a une intéressante originalité dans ce texte, Rebecca, mais je ne suis pas d’accord avec le présupposé sur lequel il repose.

PS : Le début du texte présente le monde futur de l’au-delà du langage comme producteur de trous et de fissures : le « perforateur de sommeil », « les contemporeux ». Est-ce parce qu’il aurait réussi à fissurer le lien entre la pensée et le langage ? A produire une faille, un hiatus entre eux ? S’agirait-il d’un monde fêlé ? un monde de fêlés ?



Louis

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Re: Lulla* et John**

Message  Samarcande le Mar 31 Jan 2012 - 19:44

Je n'aime pas l'idée philosophique à la base du texte, pour tout plein de raisons évidentes à n'importe quel mioche bachelier relisant ses cours de philo, raisons qu'a tenu à exposer (en longueur et en conditionnel) Mer-Louis-Ponty.

Avez-vous remarqué ? La bonne science-fiction est rarement philosophique, la mauvaise science-fiction l'est presque toujours.

Sur la forme de l'idée, passez-moi-Hegel, c'est poussif, délivré trop platement. Idée et son développement, dissertation fictionnelle. C'est cousu de fil blanc aussi : "ô mon Dieu finalement la parole c'est ce qui gît au mystère des hommes et fait de nous des humains !". Votre univers est invraisemblable et illogique : pensez-vous vraiment qu'en l'absence de mots les "soirées branchées" le seraient toujours ? Qu'il y aurait toujours des universités avec des modules de cours ? Je pense pour ma part que les structures de la vie deviendraient tellement éloignées des nôtres, en l'absence de mots, qu'elles ne nous seraient plus compréhensibles, et certainement pas en quelques lignes.
Exemplification intellectuelle : un jour, sans doute, les réseaux sociaux seront ubiquitaires, mais ce jour-là, ils ne s'appelleront sans doute plus "réseaux sociaux".

Ce que j'ai aimé : "contemporeux", "post-NTM", même s'ils sont mal amenés.

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Re: Lulla* et John**

Message  Carmen P. le Mer 1 Fév 2012 - 0:14

Je trouve l'idée intéressante. Des jeux de mots à conserver mais alléger l'ensemble ?!

Si les personnages sont parvenus à dépasser le langage tel que nous le pratiquons, le texte devrait en témoigner et c'est à ce niveau qu'il faudrait travailler.

Il pourrait même y avoir une progression sensible du style au fil des expériences des personnages. (mais cet exercice doit être très difficile à mener)




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Re: Lulla* et John**

Message  Ba le Mer 1 Fév 2012 - 16:21

Lu, mais moins convaincue par ce " je " de lumière...

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Re: Lulla* et John**

Message  pandaworks le Jeu 9 Fév 2012 - 19:22

Lu. La communication pare au plus pressé, d'habitude, point qui tend a supporter ton texte, et doute, sur le comment la pensée va se dispenser de l'utilisation d'un langage. Sur le style, plus déployé qu'employé, il me fatigue, sans vouloir enfoncer les portes ouvertes par les précédents commentaires.

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