Violence : Froide violence

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Violence : Froide violence

Message  Gobu le Mar 18 Sep 2007 - 20:18

Sujet : La violence de la réponse n’est que la réponse de la violence.
Contraintes (de PandaWorks) :
L’histoire se déroule sur le continent antarctique. Durant l’hiver polaire. Les boissons alcoolisées sont bannies. La narration devra comprendre au moins une dizaine de néologismes.

FROIDE VIOLENCE
(Nietzsche est mort. Signé Dieu)

1er janvier 1895

Sacré Jour de l’An ! Jamais je n’aurais dû me laisser empoiscailler dans ce rafiot pourri ! Et avec un tel maître à bord ! Depuis que nous avons passé le cercle polaire, le capitaine Wolf Larsen est quasiment devenu fou. Aujourd’hui, il a sans raison frappé Pablito, le mousse cubain que nous avons embarqué à La Havane, alors qu’il briquait le pont à mains nues et à l’eau très chaude. Il a attrapé le petit par le col, l’a dégorbillé du pont d’une main et lui a flanqué son poing dans la figure. Le pauvre diable a eu le nez cassé. Mr Thornton, le second, s’est avancé comme pour s’interposer, mais le capitaine à lâché le garçon ensanglanté comme un paquet de chiffemous, et sans cesser de mâcher le bout de cigare qui ne quitte jamais le coin de sa bouche, il a jeté à Thornton un tel regard que celui-ci a tourné les talons sans dire un mot. Le soir, dans le dortoir, j’ai relaté l’incident à Lee, le coq chinois qui navigue avec le capitaine Larsen depuis que l’Océan existe. Il a haussé les épaules dans son sac de couchage et m’a dit en riant à la façon aiguë des asiatiques : «Gros ours toujours avoir raison » Il a généralement une sentence en réserve dans son havresac pour clore chaque discussion. Maudit Jour de l’An : en guise d’étrennes, Larsen a fait annoncer une diminution des rations de biscuit de mer.

2 janvier 1895

Ce matin, je descendais aux chaudières comme d’habitude avec O’Reilly, le mécanicien, lorsque le second m’a retenu par le bras. Je me suis dégagé d’une bonne secouette. Ca n’est pas que Mr Thornton ne soit un estimable officier en second, mais je n’aime pas les chocottards Et j’aime encore moins qu’on m’attrape le bras. Le capitaine Larsen veut vous voir, m’a-t-il dit. Ah si c’est le capitaine qui veut me voir, je lui ai répondu, alors va bien falloir que je vous suive, Monsieur. Je ne sais pas s’il a relevé la pointe d’insolence contenue dans cette réponse. De toutes façons, Mr Thornton est un second prudent : il ne fait jamais de réflexions. Le capitaine Larsen m’attendait dans le carré, penché sur une carte, en bras de chemise malgré le froid qui suspend des stalactites de glace à l’intérieur de l’encadrement des fenêtres. Sauf dans la salle des machines, naturellement, où l’on transpire ses tripes.

- Alors, Monsieur le redresseur de torts, il m’a lancé d’un ton grognassier, il paraît que vous n’appréciez pas ma façon de commander ?

Le Chinois n’avait pas su la boucler, naturellement. C’est pour cela qu’il lui était indispensable. Je n’ai rien répondu. Larsen m’a dévisagé un moment comme s’il allait me faire jeter aux fers sur-le-champ, puis il a haussé les épaules.
- Je vous connais, vous et vos semblables. Des mots, des mots, des mots. Mais quand il s’agit de cogner, plus personne. Vous voulez savoir pourquoi j’ai borgnavé ce petit moricaud ?

Je le savais très bien.

- Parce que gros ours toujours avoir raison, capitaine.
- Je vois que Lee vous a bien fait la leçon. C’est exactement ça : j’ai dérouillé ce bon à rien de Pablito parce que ça faisait plus de 24 heures que je n’avais pas cogné sur quelqu’un. Ca me fout en rogne et c’est mauvais pour la discipline. Pas d’objection, Monsieur l’intellectuel ?
- Sur ce bateau, Capitaine, je suis mécanicien en second.
- Eh bien tâchez de ne pas l’oublier. Vous pouvez disposer.

Retour à la salle des machines, j’ai craché épais dans la lucarne de la chaudière. Travaillé jusqu’au soir comme un forçat pour extirper de moi toute la gadoue que cet homme sans cœur s’acharnait à déverser en moi. Sans même un coup à boire : le Capitaine Wolf Larsen interdit l’usage des boissons fortes sur son bateau. Même l’alcool de pharmacie de l’infirmerie est sous clef, et seul l’infirmier de bord y a accès. L’équipage murmure qu’au cours d’une autre campagne, il aurait jeté à la mer un harponneur norvégien qui avait dissimulé une bouteille d’akvavit dans son paquetage. Qu’il aille akvaviter les requins, fut son épitaphe. Connaissant Wolf Larsen comme je le connais, je suis assuré de la véracité de cette anecdote. D’ailleurs il n’y a pas de vérité, seulement des histoires. C’est un chaman Pueblo Acoma, un peau-rouge du Nouveau-Mexique, qui me l’a appris. Ce sont des choses que les indiens savent.

3 Janvier 1895

Personne n’arrive à comprendre le dessein du capitaine. Nous avons déjà doublé le cercle polaire depuis plusieurs jours et il continue à naviguer plein sud. Nous nous enfonçons vers le pôle au milieu d’icebergs de plus en plus menaçants. Si nous maintenons ce cap, nous allons nous jeter droit sur la côte antarctique ou bien pire encore, nous retrouver embarrattés par la banquise. Lorsqu’on nous a enrôlés sur le port de San Francisco, il était question de chasse à la baleine. Nous en avons croisé des troupeaux entiers, tout le long de la Côte argentine, mais on nous a défendu de les harponner. L’équipage grondait et n’y comprenait rien, mais c’est le capitaine qui commande. Nous n’avons le droit de pêcher que le poisson indispensable à notre ravitaillement, tellement abondant que nous pouvons nous permettre de ne garder que les plus belles prises. Lee nous régale quotidiennement d’énormes steaks de thon rouge, de montagnes de sardines frites ou de marmites de ragoût de congre, mais par contre, nous allons bientôt manquer de biscuits de mer et de thé. Aujourd’hui, j’ai entendu Larsen traiter Thornton de tous les noms et j’ai vu ce dernier sortir du carré les poings serrés et le visage blême de rage ; sa respiration saccadée formait un halo de condensation autour de son visage, on aurait dit qu’il allait éclater comme un poisson-lune qui se gonfle. La nuit, bien qu’il n’y ait pas vraiment de nuit sous ces latitudes où le soleil ne se couche jamais en cette saison, le froid est tel dans le dortoir que nous nous serrons l’un contre l’autre comme des sardines en cale pour pouvoir dormir. Au dessus de nous, sur le pont, nous entendons résonner le pas insomniaque du capitaine Larsen. On dit qu’il ne dort jamais.

4 Janvier 1895

Ce matin, au breakfast, Lee nous a servi notre porridge à l’eau sans sucre. Cela fait lulure que nous n’avons plus de lait et que nous mangeons du hareng salé en guise de bacon. C’est la vie de marin, et nous avons tous signé pour cela. Le charbon est ratiociné aussi, et nous naviguons le plus souvent à la voile, bien que le vent soit faible. Avec la température inférieure à moins quarante degrés en dépit du soleil, la toile ne peut sécher, les écoutes deviennent dures comme du bois et la glace grippe les poulies. Les doigts des hommes se couvrent de blessures que le froid empêche de se refermer, et le second n’a pas assez de voix pour houspiller l’équipage à la manœuvre. Le soir, le capitaine Larsen m’a fait encore venir dans le carré. Il ne m’aime pas, mais il respecte mes cours du soir et mes nombreuses lectures à la bibliothèque municipale, après dix heures passées à repasser du linge à la vapeur ou à creuser des fossés d’irrigation. Il a lu pas mal aussi, et en particulier Nietzsche, auquel il n’a selon moi pas compris grand-chose. Sa conversation m’ennuie, mais j’apprécie le feu qu’il fait allumer dans le poêle du carré pour la nuit. Bien entendu, rien à boire, mais il ne dédaigne pas m’offrir un bon cigare hollandais, dont il semble posséder une réserve inépuisable. A ces heures, il ne lui déplaît pas de philosopher tout en caressant son gros chat noir, Parsifal, roulé en boule sur ses genoux.

- Alors, Monsieur le rat de bibliothèque, ça vous plaît, la vie de château d’eau ? Je sais…je sais…ça n’est pas la première fois que vous embarquez…Mais laissez-moi vous dire une chose : en dépit de vos lectures et de vos peaux d’âne, vous ne valez pas plus cher que le moindre de mes gabiers. Même mon cuisinier chinois vaut mieux que vous, et pourtant que le Diable me zaratoustre mais c’est le plus fieffé forban que la mer ait jamais supporté.

- J’aime bien Lee, Capitaine.
- Ah oui, et pourquoi ça ?
- Il est gros. Ca me tient chaud quand je me colle contre lui dans le dortoir.
- Un jour il vous hallebardera entre les deux épaules avec son grand couteau à désarêter. Il me tue au moins un homme par saison. Pour le plaisir. C’est pour ça que moi je l’aime bien…

J’avais sommeil, je suis allé me coucher, mais quand je me suis collé contre le cuisinier, j’ai gardé la main serrée sur le manche de mon poignard. J’aime bien Lee mais on ne sait jamais. (à suivre sur le même fil)

Gobu

PS : Désolé, mais mon histoire est si longue que je dois la poster en trois fois !

Gobu

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Re: Violence : Froide violence

Message  Gobu le Mar 18 Sep 2007 - 20:28

FROIDE VIOLENCE (2)

5 Janvier 1895

Ce matin, vers 7 heures, nous sommes arrivés en vue d’une terre. Selon Mr Thornton, il ne s’agit pas du Continent Antarctique, mais d’un chapelet d’îles situées à quelques degrés au nord, sans doute les fameuses Iles Froides découvertes au siècle dernier par un navigateur français. En tous cas, la proximité de la terre excite prodigieusement les hommes. Cela veut dire de l’eau potable, la possibilité de se dégourdir les jambes et celle de manger autre chose que du poisson ou de la viande salée rance si l’on y trouve du gibier. Et surtout si le capitaine Larsen autorise l’accostage. A 10 heures, nous arrivons à portée de chaloupe du rivage. Le second descend à la salle des machines pour nous ordonner de mettre en panne, et j’entends à la proue du navire cliqueter les chaînes des ancres. Deux brefs coups de sirène rassemblent l’équipage sur le pont. Dès que nous sommes réunis, Larsen apparaît sur la dunette avant, colossal dans sa grande fourrure de loup, solidement campé sur ses bottes de feutre. Il n’ôte même pas son cigare de la bouche pour nous haranguer.

- Messieurs, après les épreuves, voici le jour de la récompense. Sur cette île, nous trouverons de l’eau douce pour remplir nos citernes, du gibier pour remplir nos estomacs et surtout, nous allons trouver ce pourquoi nous avons supporté toutes ces semaines de pénible navigation.

Le froid semble avoir figé les hommes, tellement ils sont attentifs aux paroles du capitaine.

- ]Vous avez maintes fois dû vous dire : le capitaine Larsen est fou ! Toutes ces baleines que nous avons croisé, et pas le droit d’en harponner une seule. Que ramènerons-nous alors dans nos cales ? De quoi va-t-on nous payer notre solde et nos primes ? Et moi, je vous disais, hommes de peu de foi, ayez confiance dans le capitaine Larsen ! Ai-je jamais débarqué un équipage sans lui verser son dû ? Ai-je jamais ramené un bateau au port sans que ses cales fussent pleines ?

Question de pure rhétorique. Le capitaine connaît ses classiques.

- Sur ces îles, Messieurs, se trouve en abondance un gibier bien plus précieux et plus facile à attraper que les baleines. C’est parce que je ne l’ignorais pas que je vous ai interdit de chasser jusqu’à présent. Et c’est pour cela aussi que j’ai embarqué autant de tonneaux vides et de chaudrons, au risque de passer à vos yeux pour un dément. Mais en vérité je vous le dis, le capitaine Larsen n’est pas fou ! A moins d’un demi-mille de notre bateau, sur la plage désolée qui s’étend sous vos yeux, gît un trésor qui vous fera rentrer dans vos foyers les poches pleines de bons dollars d’argent. Ouvrez les yeux et voyez, hommes de peu de foi !

Larsen est peut-être fou mais il est loin d’être idiot. Sur l’île réside en effet une importante colonie d’éléphants de mer, mammifères marins de grande taille produisant une huile très recherchée par les industries mécaniques. Le capitaine envoie à terre deux chaloupes, l’une sous le commandement de l’officier en second, l’autre dirigée par Mac Dougall, le quartier-maître écossais, un géant roux capable de décoller du pont une ancre de quatre cent livres. Ne restent à bord que le capitaine, l’infirmier de bord, le cuisinier, le mécanicien et deux hommes d’équipage chargés d’alimenter de grands feux sous d’immenses chaudrons. A terre, c’est l’enfer qui se déchaîne. Ces énormes animaux, ni craintifs ni agressifs, se laissent approcher sans réaction et massacrer comme bétail à l’abattoir. Après les avoir tués à coups de harpons, nous devons prélever sur les cadavres les parties graisseuse au tranchoir, et entasser les tronçons sanguinolents dans les chaloupes. Une fois à bord, ils seront plongés dans l’eau bouillante pour en extraire l’huile, qui remonte à la surface. Malgré le froid intense, nous dépensons tellement d’énergie à tuer et équarrir ces pauvres bêtes que nous ôtons rapidement nos manteaux molletonnés et nos chandails de marin pour travailler torse nu. Nous devons sans cesse batailler contre des centaines de mouettes et d’autres oiseaux de mer qui se ruent en nuée sur les bêtes abattues. Le soleil ne se couchant pas, nous travaillons jusqu’à minuit, sans autre interruption que les deux repas que Lee nous fait apporter à midi et à six heures, sur l’une des chaloupes qui font le va-et-vient entre le bateau et ce lieu de carnage. Quand nous rentrons à bord avec la dernière cargaison, nous sommes tellement las que nous n’échangeons pas un seul mot. Nous n’avons qu’un désir : nous laver de tout le sang qui nous recouvre et nous effondrer pour sombrer dans un sommeil sans rêves.

6 Janvier 1895

C’est dimanche, aujourd’hui, mais le capitaine tient à ce que nous travaillions quand même. Plus tôt nous aurons bourré nos cales d’huile de phoque, plus tôt nous pourrons en finir avec cette répugnante besogne et quitter ces rivages inhospitaliers. Je ne peux lui donner tort. Toutefois, en l’honneur du Jour du Seigneur, nous sommes autorisés à nous lever une heure plus tard, et à assister à un sommaire service religieux, célébré sur le gaillard d’avant par Mr Thornton, qui est aussi pasteur dans le civil. La plupart des hommes y participent avec ferveur, y compris le petit Pablito, qui est certainement catholique et Mautoutau, le harponneur fidjien qui est Dieu seul sait quoi. Le capitaine, qui ne croit ni Dieu ni Diable, toise son équipage en prière depuis la dunette du carré, une moue de mépris coinçant son cigare à la commissure de ses lèvres. Quant à moi, je ne sais pas si je crois en Dieu, mais je prends garde au Diable. Et puis je ne souhaite pas m’isoler de mes camarades, même si je tiens la religion pour une honteuse duperie et la plupart des hommes d’Eglise pour de misérables charlatans.

A peine le dernier psaume chanté d’une voix tonitruante, il faut se remettre à la tâche. A midi cependant, on nous amène un repas de fête. Au lieu du poisson et des biscuits de mer moisis qui constituent notre ordinaire, Lee nous apporte de grandes bassines de quartiers de viande rôtie, que nous dévorons à belles dents en dépit de leur goût très fort et leur texture huileuse. Nous savons tous très bien d’où provient cette viande, mais après tout, qu’on dépèce un éléphant de mer pour prendre son huile ou pour en consommer la chair ne présente guère de différence. A peine le repas achevé, il nous faut nous remettre à la tâche. Nous avons déjà tué et découpé au moins une centaine de bêtes, mais elles semblent recouvrir la plage jusqu’à l’horizon, et ne manifestent toujours pas la moindre velléité de fuite ou de rébellion. A ce train-là, dans deux ou trois jours au plus, nous en aurons fini. Le soir, on nous autorise à regagner plus tôt le bord afin que les hommes puissent se détendre en fumant une pipe ou en devisant un petit moment avant d’aller se coucher. C’est dimanche tout de même Le capitaine m’invite de son perchoir à lui rendre visite mais je préfère rester en compagnie de Lee et il rentre dans sa cabine en haussant les épaules.

7 Janvier 1895

J’ai remarqué que la répétition des gestes du massacre et les flots de sang dans lesquels nous pataugeons ont un effet délétère sur le moral de l’équipage. Bien sûr, il ne s’agit pour nous que d’un travail, pénible et peu ragoûtant, certes, mais que nous effectuons sans états d’âme comme n’importe quelle autre besogne qui nous échoit. Cependant, certains d’entre nous semblent se laisser aller à leur cruauté naturelle, et j’ai surpris à plusieurs reprises des hommes s’y reprenant à de nombreuses reprises pour tuer leur proie, comme s’ils prenaient un plaisir pervers à la voir souffrir. J’en ai fait la remarque à Mr Thornston, mais il m’a sèchement intimé l’ordre de me remettre à l’ouvrage, ajoutant qu’il n’était pas là pour donner des leçons de morale à l’équipage mais pour veiller à la discipline et à l’avancement du travail. J’avais envie de lui répondre qu’il ne se gênait pas pour leur faire la morale avec une Bible à la main, mais il n’aurait sans doute pas compris. Notre second est de ces hommes qui ne mélangent pas le sentiment religieux et le business.

Au retour, il s’est produit un incident qui aurait pu avoir des conséquences très fâcheuses. Alors qu’ils venaient de hisser à bord les chaloupes pour éviter qu’elles ne risquent de rompre leurs amarres durant notre sommeil, deux des hommes se sont empoignés furieusement en s’injuriant. En roulant sur le pont, l’un d’eux a flanqué un coup de pied dans un chaudron encore plein d’huile de phoque bouillante. Le liquide brûlant s’est répandu sur le bois glacé en grésillant. Heureusement, tout le monde s’est écarté assez vivement pour n’être pas brûlé, mais il a fallu ensuite récurer et briquer soigneusement le pont pour en ôter toute cette graisse. J’étais curieux de voir la réaction du capitaine Larsen : non seulement il ne tolère pas la moindre altercation à bord, mais nous avions perdu plus de deux cent cinquante pintes de notre précieuse cargaison. Il avait assisté à l’incident depuis le carré ; il s’est précipité sur les deux marins qui se tenaient la tête baissée, la casquette à la main, en l’attente de leur inévitable châtiment. Dégainant le revolver qui ne quitte jamais son ceinturon, il a ajusté les coupables comme s’il apprêtait à les abattre sur le champ, puis, se ravisant, il leur a administré à chacun un violent coup de son arme dans le ventre qui les a fait se plier en deux.

- Je devrais vous casser la tête pour ce que vous avez fait, misérables, mais j’ai besoin de tous mes hommes. Mais ne vous croyez pas quittes : je déduirai de votre prime la totalité de ce que vous avez stupidement gaspillé.

Tous les yeux étaient braqués sur le capitaine, et j’ai cru un moment qu’au moins l’une de ses deux victimes allait lui sauter à la gorge. Mais celui qui tient le revolver toujours avoir raison aussi, et puis ils n’avaient eu que ce qu’ils méritaient. Il n’y a pas si longtemps de cela, on les aurait pendu à la grande vergue sans autre forme de procès : un navire sans discipline est un vaisseau fantôme. Cette fois-ci, le Maître à bord après Dieu ne m’a pas laissé m’en tirer à si bon compte et m’a impérativement fait signe de le suivre jusqu’au carré. Le second nous a emboîté le pas mais Larsen l’a congédié d’une grossièreté mettant la réputation de sa mère en cause. J’aurais probablement tué ou au moins giflé un homme qui m’aurait parlé de la sorte, mais Mr Thornton semble avoir d’inépuisables réserves de patience.

- Alors, Monsieur l’humaniste, ce travail vous convient ?
- Pour vous dire la vérité, capitaine, j’ai hâte qu’il soit fini.
- Ca vous dégoûte, hein, de massacrer toutes ces pauvre bêtes sans défense ?
- Je ne pensais pas aux bêtes, capitaine. Je pensais aux hommes. Ils sont en train de retourner à l’état sauvage.
- Et vous-même, Monsieur le délicat, vous vous pensez d’une autre essence ? Vos mains ne sont pas moins couvertes de sang que celles de ce cannibale de Mautoutau, en dépit de toute votre science. Je vous l’ai déjà dit : c’est Nietzsche qui a raison. Seul le plus fort survit dans cette existence impitoyable. Et le faible ne regrette qu’une chose, n’avoir pas assez de volonté pour prendre la place du fort. La volonté, voilà la clef qui ouvre les portes de ce monde de violence. Tout le reste est boniments de curé ou de sophiste. La violence de la réponse n’est jamais que la réponse de la violence. Point à la ligne.

A mon sens notre capitaine confond Nietzsche avec Darwin, mais je n’avais aucune envie de me lancer dans une dispute philosophique avec lui. Il a du le sentir car il s’est levé, sans cesser de caresser son chat Parsifal, dont on dit qu’il est le seul être au monde à qui il soit capable de témoigner de l’affection. Je tiens surtout ce félin pour le seul être au monde à témoigner de l’affection à Larsen.

- Bonne nuit, Monsieur le poète. Je vous souhaite de beaux rêves, c’est la consolation habituelle de ceux de votre espèce.

J’ai réveillé Lee en me serrant contre lui, et il avait déjà son couteau à la main. Je l’ai rassuré en sifflant comme j’en avais l’habitude. Lee a autant confiance dans les autres membres de l’équipage que la chèvre dans la mansuétude du loup. Comme je lui demandais comment diable un homme tel que Larsen avait pu s’attacher à un animal, il me répondit « Gros chat tuer petites souris. Larsen aimer petites souris…mortes, hi hi hi » (A suivre sur le même fil)

Gobu

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Re: Violence : Froide violence

Message  Gobu le Mar 18 Sep 2007 - 20:39

FROIDE VIOLENCE (3)

8 Janvier 1895

Rien à signaler aujourd’hui. Cependant, l’équipage devient chaque jour de plus en plus nerveux, et même s’il file doux à cause de l’incident d’hier, le navire me fait penser chaque jour d’avantage à une chaudière sur le point d’exploser. Quand ils se frôlent ou se bousculent par mégarde, les hommes grognent et se montrent les dents, y compris ceux qui auparavant semblaient se témoigner de la sympathie. L’atmosphère est d’autant plus pesante que le capitaine, en sus de l’alcool, interdit le jeu à bord, et le soir, après une éprouvante journée de travail, les hommes n’ont pas même la possibilité de se distraire en lançant les dés ou en s’affrontant au tric-trac ou au gin-rami. Rude éprouve pour des marins, et surtout pour Lee, lequel, en bon Chinois, ne met rien au dessus de l’excitation du jeu. Quant à Larsen, lorsqu’il n’est pas au poste de commandement ou en train d’arpenter le pont avec l’œil à tout, je suppose qu’il continue à explorer Nietzsche avec son chat au poil de ténèbres sur les genoux. A moins qu’il ne s’agisse de Schopenhauer ou de Fichte : le capitaine ne jure que par la philosophie allemande.

9 Janvier 1895

Aujourd’hui, nous en avons enfin terminé avec notre travail de bouchers. Il n’y a plus un baril de vide dans la cale, et Mr Thorton affirme que nous avons récolté au moins cinquante mille dollars d’huile. S’il dit vrai, une fois déduits la part du capitaine, qui est aussi l’armateur du bateau, et les frais de l’expédition, il restera au moins vingt-cinq mille dollars à partager entre les membres de l’équipage au retour à San Francisco. Une petite fortune, à condition de revenir au port. Avant d’appareiller, il nous faut récurer et astiquer les chaudrons, débarrasser le pont des restes des foyers que nous avons fait brûler quotidiennement depuis quatre jours, ranger et nettoyer tout le matériel utilisé, bref, mettre le navire en ordre. Si tout se passe bien, nous pourrons lever l’ancre demain.

10 Janvier 1895

Nous avons pu lever l’ancre dès sept heures du matin, suivis par un cortège jacassant d’oiseaux marins avides de nos restes, profitant d’une bonne brise de sud-ouest qui nous a permis d’appareiller à la voile. Notre bateau est un brick mixte, armé en goélette et équipé d’un puissant propulseur à vapeur, de sorte que nous pouvons naviguer aussi bien au moteur qu’à la voile. Les hommes ne sont pas fâchés de reprendre la mer ; tout endurcis qu’ils soient, ils en avaient assez de cet écœurant carnage. Et puis un marin n’est heureux que lorsqu’il navigue.

La tension n’est pas retombée pour autant. Les hommes n’oublient pas l’attitude jour après jour plus tyrannique du capitaine Larsen et les humiliations quotidiennes qu’il inflige à chaque membre de l’équipage, quel que soit son rang, et la supportent avec de moins en moins de patience. Personne n’ose s’en prendre de front à lui, tant à cause de la crainte qu’il inspire qu’en raison de ses fonctions, mais par derrière, le suivent de nombreuses prunelles dans lesquelles luisent des couteaux. Le soir, dans le dortoir, certains maudissent à voix basse le capitaine ; ils échafaudent des projets de vengeance. Je pense qu’il n’en ignore rien, mais n’en a cure, ou tout au moins fait mine. Aussi longtemps qu’on lui obéit au doigt et à l’œil et que la manœuvre s’effectue sans reproche, le capitaine Larsen est satisfait. Les regards dans le dos assassins et les complots de dortoir, il en a l’habitude. En revanche, qu’on lui tienne tête ou simplement qu’on lui déplaise, et le voilà redevenu Wolf Larsen, le Loup des Mers prêt à déchiqueter sa proie à belles dents.

C’est le pauvre Lee qui en a fait les frais aujourd’hui. Pour fêter le succès de l’expédition et le départ sur la route du retour, le capitaine est venu déjeuner en compagnie de l’équipage dans le réfectoire. D’ordinaire, il se fait servir ses repas tout seul dans sa cabine, ou parfois dans le carré en compagnie du second. De quoi peuvent bien parler deux êtres au caractère si dissemblable, je serais bien en peine de le dire. Je suppose que leur conversation porte sur le travail de l’équipage, la conduite du navire ou bien encore les aspects financiers de l’expédition. Mr Thornton, en bon quaker, n’est pas insensible au tintement des monnaies. Cela me surprendrait que le capitaine l’entretienne de la notion de volonté chez Fichte ou de concept du surhomme dans l’œuvre de Nietzsche. Quant à lui, je pense qu’il se moque d’être riche ou pauvre, mais il sait qu’on peut aussi faire ployer son monde avec de l’argent, un des visages de la violence.

La présence à table du capitaine n’incitait guère l’équipage à plaisanter et sacrer comme à l’accoutumée, et le repas se déroulait dans une ambiance compassée et morose. Les hommes ne s’adressaient les uns au autres qu’avec la plus extrême politesse, et la conversation elle-même semblait avoir une serviette blanche au cou. Seul le second tentait parfois de la relancer en évoquant les conditions météorologiques, unique sujet toléré à table pour des gentlemen. Larsen mangeait en silence, avec appétit. Nous avons dû nous contenter d’eau mêlée de sirop de réglisse pour porter l’inévitable toast au succès de la campagne, mais nous avons eu droit au café à la fin du repas. Nous n’en avions plus dégusté depuis notre dernière escale sur la côte argentine. Il nous a été servi par Lee, flanqué du petit Pablito qu’il semble avoir promu cuisinier en second, de sorte que le pauvre garçon doit effectuer à sa place les plus désagréables corvées du service. Alors que le Chinois remplissait la tasse du capitaine, un coup de roulis l’a déséquilibré ; il a généreusement aspergé de café la serviette et la chemise du commandant de bord. La mise du capitaine Larsen est toujours impeccable ; il avait ôté sa vareuse d’officier pour déjeuner en bras de chemise, une belle chemise blanche en coton au col et aux manchettes raides d’amidon. Il s’est relevé d’un bond, sans un cri malgré la brûlure du café sur son torse, faisant choir avec violence sa chaise sur le parquet.

- Monsieur Lee, a-t-il rugi, je sais que vous êtes la pire fripouille que la mer ait jamais porté, mais je ne vous savait pas incompétent.

Le cuisinier s’est ratatiné sous l’insulte. Qu’on le traite de fripouille le laisse indifférent. Il sait le compliment mérité. Mais qu’on mette publiquement en cause ses talents professionnels, il le ressent comme une humiliation majeure. Il n’en a rien montré, bien entendu : le Chinois doit conserver la face en toutes circonstances. Le capitaine poursuivait sa diatribe.[/size]

- S’il y avait à bord quelqu’un d’autre qui sache tenir une casserole, je vous démettrais sur le champ de vos fonctions. Dorénavant, ce ne sera plus vous qui servirez les officiers, mais Pablito. Il est moins maladroit que vous. Et vous me blanchirez cette chemise vous-même. Je veux la voir sur ma couchette ce soir, repassée, pliée et amidonnée.
- A vos ordres, capitaine, répondit le cuisinier en faisant courbette sur courbette. Humbles excuses. Maladresse de Lee impardonnable. Vraiment impardonnable.

Après le départ du capitaine fumant de rage, nous avons fini notre café sans échanger un mot, mais tous les yeux étaient braqués sur Lee. Celui-ci débarrassait la table avec un visage impassible, semblant avoir oublié l’incident, mais je sais que le Chinois n’oublie pas l’insulte aussi facilement. Le Chinois attend sur le pont que passe le cadavre de son ennemi, mais il lui arrive de le pousser lui-même dans la rivière pour plus de sûreté. A l'exticntion des feux, lorsque je m’ allonge contre Lee, il répond par un grognement à mes veux de bonne nuit.

11 Janvier 1895

Le drame que je sentais venir depuis plusieurs jours s’est produit. Le capitaine, lorsqu’il se sent d’humeur à philosopher, professe que la violence est naturelle à la condition humaine et même à la création entière. Seule y règne la loi du plus fort et du plus déterminé. Je pense, quant à moi, qu’il se trompe. Le respect du prochain et la tendresse y ont aussi leur mot à dire. Mais il est vrai qu’au milieu de l’océan glacé, au sein d’une nature hostile et sujette à d’imprévisibles accès de fureur, parmi des individus entassés entre eux sur une coque ballottante, et soumis aux vexations d’un chef impitoyable, seul le respect de la discipline et la crainte du châtiment peuvent les dissuader de s’abandonner à leurs impulsions violentes et se rebeller contre une autorité si tyrannique. Les mutins, lorsqu’on les attrape, sont promis à la corde ou à tout le moins au bagne, et s’ils ne veulent pas se faire prendre, il sont condamnés à une existence de paria. C’est pourquoi je ne croyais pas à une mutinerie en règle, qui nous aurait d’ailleurs privés de nos salaires et de nos primes. En revanche, je redoutais une vengeance personnelle, prenant la forme d’une flambée de violence irrépressible, ou encore d’un acte cruel et sournois dont on ne pourrait identifier l’auteur. Après tout, le capitaine avait offensé et rudoyé tant d’hommes à bord, qu’il n’y en a pas un seul qui n’ait de bonnes raisons pour lui souhaiter le pire, y compris moi qu’il a à maintes reprises traité de poltron, d’imbécile et de naïf. Je suis peut-être naïf, mais ma naïveté ne va pas jusqu’à me rendre aveugle et sourd. Et tout mes sens me disaient qu’une chose affreuse allait immanquablement survenir.

Ce matin, lorsque l’équipe de quart a pris son tour, a retenti un cri terrible qui a précipité tout le monde sur le pont. Mautoutau, blême de peur en dépit de son teint plutôt sombre, désignait d’un doigt tremblant la base du mât de misaine, sur laquelle on avait écartelé le chat Parsifal, ensanglanté et les tripes à l’air. L’un d’entre nous avait eu le cœur, après avoir crucifié la pauvre bête, de l’écorcher et de lui ouvrir le ventre. J’ai mon idée sur l’auteur de cette atrocité, et le capitaine Larsen certainement aussi, mais il ne pourra rien faire faute de preuve. On a sûrement depuis des heures soigneusement nettoyé et rangé dans son étui le couteau employé. Il sait bien que le coupable se trouve parmi nous mais ne peut faire mieux que de promener sur son équipage un regard plein de la plus impuissante des rages. Quoi qu’il puisse dire, cette fois-ci, la violence de la réponse laisse Wolf Larsen sans réponse.

FIN

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Re: Violence : Froide violence

Message  claire le Mar 18 Sep 2007 - 21:48

Gobu, en commençant à lire ton texte,les noms, les fonctions des personnages, les tempéraments, caractères et déroulement de "l'action", la destination du voyage, j'ai immédiatement pensé à Jack London, Le loup des mers avec son Wolf Larsen comme capitaine à la fois brutal, énigmatique et revendiquant la violence comme appartenant indissociablement à la nature humaine, si ma mémoire ne me fait pas trop faux bon; je recherche le roman dans mes rayons de biblio. mais... je ne le retrouve plus. Je réagis à chaud, je suis étonnée de tant de similitudes avec une impression énorme de déjà lu.

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Re: Violence : Froide violence

Message  Gobu le Mar 18 Sep 2007 - 22:08

Bien vu, Claire. Wolf Larsen est en effet une création de Jack London. J'avais lu le livre dans mon adolescence et il m'avait fasciné. La dimension nietzschéenne de la problématique m'a de façon littéralement magnétique orienté vers ce personnage, de même que la contrainte imposée (continent antarctique) Disons que j'ai eu envie de le faire revivre le temps d'un exercice...ne serait-ce que pour ceux qui ne le connaissaient pas.

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Re: Violence : Froide violence

Message  bertrand-môgendre le Mer 19 Sep 2007 - 3:25

gobu, j'ai toujours du mal à suivre un texte long sur un écran. Avec toi, pas de problèmes. L'ambiance m'a un instant plongé dans "court serpent" de Bernard du Boucheron (un sujet portant sur les aventures maritimes d'un équipage dans les mers, au nord du nord, en nouvelle Thulé, au quatorzième siècle (à lire pour ceux qui souhaitent affiner leur vocabulaire)). C'est d'ailleurs un livre qui colle au sujet "violence". Bref, ton histoire a le mérite de raconter une aventure qui se tient, même si j'ai quelques petites remarques relatives à la cohérence des situations : le froid polaire avec l'activité maritime ; la cruauté de ce capitaine face à un équipage besogneux, perpétuellement sous tension ne peut, à mon avis, pas durer longtemps, s'il ne possède pas un soutien autre que celui du cuisinier. (rassure toi, ce ne sont que des petits détails).
Une simple remarque concernant des répétitions relevées dans un chapitre
J’ai remarqué que la répétition des gestes du massacre et les flots de sang dans lesquels nous pataugeons ont un effet délétère sur le moral de l’équipage. Bien sûr, il ne s’agit pour nous que d’un travail, pénible et peu ragoûtant, certes, mais que nous effectuons sans états d’âme comme n’importe quelle autre besogne qui nous échoit. Cependant, certains d’entre nous semblent se laisser aller à leur cruauté naturelle, et j’ai surpris à plusieurs reprises des hommes s’y reprenant à de nombreuses reprises pour tuer leur proie, comme s’ils prenaient un plaisir pervers à la voir souffrir. J’en ai fait la remarque

Félicitation pour l'ensemble du travail.
Ah oui, j'ai cru voir le capitaine Akab quand tu écris
Au dessus de nous, sur le pont, nous entendons résonner le pas insomniaque du capitaine Larsen. On dit qu’il ne dort jamais.

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Re: Violence : Froide violence

Message  Gobu le Mer 19 Sep 2007 - 10:43

bertrand-môgendre a écrit:gobu, j'ai toujours du mal à suivre un texte long sur un écran. Avec toi, pas de problèmes. L'ambiance m'a un instant plongé dans "court serpent" de Bernard du Boucheron (un sujet portant sur les aventures maritimes d'un équipage dans les mers, au nord du nord, en nouvelle Thulé, au quatorzième siècle (à lire pour ceux qui souhaitent affiner leur vocabulaire)). C'est d'ailleurs un livre qui colle au sujet "violence". Bref, ton histoire a le mérite de raconter une aventure qui se tient, même si j'ai quelques petites remarques relatives à la cohérence des situations : le froid polaire avec l'activité maritime ; la cruauté de ce capitaine face à un équipage besogneux, perpétuellement sous tension ne peut, à mon avis, pas durer longtemps, s'il ne possède pas un soutien autre que celui du cuisinier. (rassure toi, ce ne sont que des petits détails).
Une simple remarque concernant des répétitions relevées dans un chapitre
J’ai remarqué que la répétition des gestes du massacre et les flots de sang dans lesquels nous pataugeons ont un effet délétère sur le moral de l’équipage. Bien sûr, il ne s’agit pour nous que d’un travail, pénible et peu ragoûtant, certes, mais que nous effectuons sans états d’âme comme n’importe quelle autre besogne qui nous échoit. Cependant, certains d’entre nous semblent se laisser aller à leur cruauté naturelle, et j’ai surpris à plusieurs reprises des hommes s’y reprenant à de nombreuses reprises pour tuer leur proie, comme s’ils prenaient un plaisir pervers à la voir souffrir. J’en ai fait la remarque

Félicitation pour l'ensemble du travail.
Ah oui, j'ai cru voir le capitaine Akab quand tu écris
Au dessus de nous, sur le pont, nous entendons résonner le pas insomniaque du capitaine Larsen. On dit qu’il ne dort jamais.


Merci B-M

Concernant les incohérences que tu as relevées, je puis t'assurer que pas mal d'expéditions maritimes juqu'au XXème siècle se sont déroulées dans des conditions aussi terribles, voire pires. La dureté de la plupart des commandants de bord des baleiniers ou d'autres bateaux de pêche de l'époque dépasse l'imagination et seule la terreur qu'ils inspiraient pouvait maintenir la discipline parmi des équipages généralement composés de durs à cuire et soumis à des conditions de vie et de travail particulièrement éprouvantes. Ce qui n'empêchait pas régulièrement des mutineries de se produire !

Je ne sais pas comment j'ai pu laisser passer autant de lourdeurs dans un seul passage ! Je vais d'ailleurs le réécrire de ce pas.

Le capitaine Achab a certainement inspiré London lorsqu'il a créé le personnage de Wolf Larsen. Le roman Moby Dick, avec son immense a d'ailleurs fortement influencé les auteurs de littérature "d'aventures" de la fin du XIXème comme Jack London, mais aussi Joseph Conrad ou Robert-Louis Stevenson.

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Re: Violence : Froide violence

Message  claire le Mer 19 Sep 2007 - 12:17

Gobu a écrit: Moby Dick a d'ailleurs fortement influencé les auteurs de la fin du XIXème comme Jack London, mais aussi Joseph Conrad ou Robert-Louis Stevenson.

Gobu


Oui, en effet Gobu, et à la suite de Wolf Larsen, on peut penser au "Maître de Ballantrae".

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Re: Violence : Froide violence

Message  Sahkti le Mer 19 Sep 2007 - 15:15

Et bien... quand j'ai vu la longueur, j'ai hésité en me disant "Pourvu que ça soit bien". et ça l'est! J'ai été emportée dans le tourbillon des mots, dans cette aventure. L'impression de lire un bon mélange de plusieurs auteurs qui ont parlé de la mer. Ne serait-ce déjà que le grand classique "20.000 lieues sous les mers", entre autres, pour la description de certaines scènes.
Je n'aborderai pas les détails techniques, juste donner mon impression générale: c'est prenant et grisant.

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Re: Violence : Froide violence

Message  ninananere le Jeu 20 Sep 2007 - 12:24

C'est vrai qu'il y a du Jules Verne. J'ai lu "les aventures d'Arthur Gordon Pym" de Poe, Verne a fait la suite "le sphinx des glaces". T'es à fond dans l'ambiance. Tu réussi à redonner une ambiance, les couleurs, le froid, le chaud, l'odeur... C'est bien, super...

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Re: Violence : Froide violence

Message  mentor le Jeu 20 Sep 2007 - 17:24

C’est vrai, ton capitaine Larsen est une synthèse de tous les méchants capitaines de la littérature ! Je croyais entendre sa jambe de bois arpenter le pont tandis que je grelottais de peur et de froid dans ma carrée. Ca m’a rappelé mon tout premier texte que j’ai osé balancer sur un site il y a déjà… longtemps ! et où je me mettais en scène sur un galion appelé « Caraïbe Libre » alias CL ;-).
J’ai tellement placé ton texte dans les temps de la flibuste que j’ai été choqué par le mot moteur qui m’a ramené sur terre, si je puis dire.
Pas de doute Gobu, tu as le potentiel pour écrire du long et du bon. Et si ça se trouve tu veux pas nous le dire mais tu l’as déjà fait ?! Allez, le nom de l’éditeur svp ! ;-)
Ps : j’ai bien aimé que tu ne nous re-serves pas la phrase clé in extenso, c’est bien mieux de la citer indirectement en disant qu’elle est nulle :-)))

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Re: Violence : Froide violence

Message  pandaworks le Sam 22 Sep 2007 - 7:31

Belle éxécution sur le thème.
J'ai apprécié l'écriture accessible sans tomber dans le mauvais romanesque.
tu réussis en un texte a satisfaire un large public.
C'est ponctué d'une multitude de clins d'oeil
Bonne nuit, Monsieur le poète. Je vous souhaite de beaux rêves, c’est la consolation habituelle de ceux de votre espèce.

Un texte très vivant et consensuel.
J'aime la facilité de ta narration qui génere la sympathie du lecteur.

allez vas, ton équipage a gagné le droit a tonneaux de Jack.
:-)

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Re: Violence : Froide violence

Message  Krystelle le Lun 24 Sep 2007 - 13:41

Un journal bien mené, bien écrit, des personnages bien campés. On suit ton récit sans lassitude aucune.
Pourtant, sans avoir lu le roman de Jack London dont parlait Claire, je ressors de ce texte avec une impression de déjà lu ou déjà vu. La cruauté du Capitaine, la dureté de des périples, l'idée même du journal... sont des leitmotiv du genre. Tu les as abordés sous un angle certes très documenté mais il manque peut-être à ton récit une dimension personnelle, une réelle appropriation qui aurait apportée une touche particulière au récit. Tes personnages me semblent un peu archétypaux, j'aurais aimé que ta plume leur donne plus de vie.
Je trouve néanmoins que ce texte témoigne de réelles qualités d'écriture, il est bien mené, bien construit.

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Re: Violence : Froide violence

Message  Kilis le Lun 24 Sep 2007 - 14:09

Je prends à mon compte tous les éloges qui t'ont été faits sur ce texte. Rien à redire, tu excelles dans le genre et c'est peu de le dire.
La question qui me vient est: quel est l'intérêt de reprendre un genre littéraire comme celui-là sans l'actualiser ou lui donner un quelque chose en plus, l'aborder d'une manière neuve. J'ai un peu l'impression de revoir un vieux film, avec un certain plaisir, oui, mais...

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Re: Violence : Froide violence

Message  Gobu le Lun 24 Sep 2007 - 15:24

kilis a écrit:Je prends à mon compte tous les éloges qui t'ont été faits sur ce texte. Rien à redire, tu excelles dans le genre et c'est peu de le dire.
La question qui me vient est: quel est l'intérêt de reprendre un genre littéraire comme celui-là sans l'actualiser ou lui donner un quelque chose en plus, l'aborder d'une manière neuve. J'ai un peu l'impression de revoir un vieux film, avec un certain plaisir, oui, mais...

Je pense qu'au fond, le seul intérêt de cette histoire est le plaisir que j'ai éprouvé à l'écrire, et éventuellement celui qu'ont pu prendre les lecteurs à le lire. Le sujet et les contraintes se prêtaient merveilleusement à un hommage à Jack London et quelques autres géants du récit d'aventures, et j'ai sauté sur l'occasion, sans chercher outre mesure à me montrer original ou novateur. :0)

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Re: Violence : Froide violence

Message  Kilis le Lun 24 Sep 2007 - 17:11

Oui, et tu as parfaitement raison Gobu. C'est vrai que j'avais un peu perdu de vue que c'était dans le cadre d'un exercice à contraintes, à cause sans doute de l'importance de ton texte. Et je le répète, j'ai eu aussi du plaisir à te lire.

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