Pour Bertrand-Môgendre
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Pour Bertrand-Môgendre
Sur une idée de Verspomme et de Krystelle, voici un fil dédié à Bertrand-Môgendre, dans lequel on va écrire un texte continué les uns par les autres ("cadavre exquis" ça s'appelle, pour les non-connaisseurs). Il fallait choisir un thème, alors pourquoi pas celui de la nature qu'affectionne tant Bertrand.
Merci de ne déposer ici que les suites de textes et non pas les discussions autour de ce fil, qui peuvent avoir lieu dans la partie "Débats et Causeries"!
A vous de poursuivre!
Merci de ne déposer ici que les suites de textes et non pas les discussions autour de ce fil, qui peuvent avoir lieu dans la partie "Débats et Causeries"!
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Dernière édition par le Ven 23 Nov 2007 - 8:03, édité 1 fois

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Pour Bertrand-Môgendre
Loin, très loin d'ici, il existait une petite cabane. En rondins la cabane. Vermoulue. Vieille. Mais toujours debout. Remplie des bruits du vent, du chant de la pluie. Et aussi d'histoires à raconter. Comme celle-ci...

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Pour Bertrand-Môgendre
Je me suis réveilée un matin dans cette cabane en rondins et malgré la douce pluie qui envahissait le ciel, j'avais trouvé tout au fond de moi même quelques doux rayons de soleil. Il faisait bon dans cette cabane, sans doute grâce aux braises qui rougeoyaient encore dans l'âtre.

verspomme- Nombre de messages: 132
Age: 44
Localisation: à droite toute !!
Date d'inscription: 08/11/2007
Re: Pour Bertrand-Môgendre
Tous les automnes, je m’évadais et là, où d’autres filaient vers des plages bleutées ou des pistes éclatantes de blancheur, je m’isolais dans ce lieu connu de moi seul ou presque. Hors du temps, je l’étais. Les premiers jours, invariablement, je ressassais quelques souvenirs. Mon père, ramenant du petit bois, râlant sur l’humidité qui l’empêchait de s’enflammer, toussant un peu devant les premières fumées.

Charles- Nombre de messages: 6213
Age: 36
Localisation: Hte Savoie - tophiv@hotmail.com
Date d'inscription: 13/12/2005
Re: Pour Bertrand-Môgendre
Ma mère, qui tentait de faire dormir mon jeune frère. Et cette odeur de sous-bois, qui est celle de mon enfance. Mais au fur et à mesure que les jours passaient, les images du passé se froissaient, s'estompaient, pour finalement quitter la vieille cabane.

Tristan- Nombre de messages: 2982
Age: 24
Localisation: Nancy
Date d'inscription: 24/06/2007

Re: Pour Bertrand-Môgendre
Je passais mes journées à effectuer de longues randonnées alentour posant mon sac çà et là pour découper à l’opinel quelques rondelles de saucisson et mordre dans un quignon de pain. Je restais de longs moments à méditer, adossé à un rocher, une souche, griffonnant parfois quelques pensées dans un carnet.

Kilis- Nombre de messages: 5679
Age: 66
Localisation: "Nageur", Charles Matton
Date d'inscription: 12/12/2005
Banquise à suivre
Du moins c'est ce qu'il me reste
comme saveurs du passé.
Aujourd'hui
la cabane ne tiens plus tout à fait debout.
C'est à dire que le nouveau propriétaire de la forêt
saccage sans égards ce qui fait de l'ombre a ses ambitions.
Sitot qu'un chasseur de sa démarche amusante passait,
ou qu'un promeneur du dimanche appliqué à se détendre fuyait,
je quittais cette exquise solitude...
Je tourne en ronds dans mes champs,
à la recherche d'une brebis égarée
ou du temps disparu.
comme saveurs du passé.
Aujourd'hui
la cabane ne tiens plus tout à fait debout.
C'est à dire que le nouveau propriétaire de la forêt
saccage sans égards ce qui fait de l'ombre a ses ambitions.
Sitot qu'un chasseur de sa démarche amusante passait,
ou qu'un promeneur du dimanche appliqué à se détendre fuyait,
je quittais cette exquise solitude...
Je tourne en ronds dans mes champs,
à la recherche d'une brebis égarée
ou du temps disparu.

yohanntv- Nombre de messages: 7
Age: 29
Localisation: Lyon
Date d'inscription: 22/11/2007

Re: Pour Bertrand-Môgendre
Sur le cadran de ma montre, les heures, elles aussi, tournaient en rond et je me disais que peut-être, un jour, les aiguilles finiraient par se figer avant d’entamer une nouvelle course, en sens inverse.
J’aurais aimé remonter les secondes, les minutes, les jours et les mois jusqu’à l'automne de cette année là.
J’aurais aimé remonter les secondes, les minutes, les jours et les mois jusqu’à l'automne de cette année là.
Krystelle- Nombre de messages: 7186
Age: 32
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Pour Bertrand-Môgendre
Cette année là... j'étais heureux, sans soucis du lendemain. La ferme tournait rond. Le temps aussi : pas de canicule en Thermidor, pas de grands froids en octobre, pas de déluge à Pâques. Le porc était gras à souhait, je l'imaginais déjà boucané, et les prés verts ravissaient les vaches. A propos de Prévert, je me rappelle sa chanson de l'oiseleur :
L'oiseau qui vole si doucement
L'oiseau rouge et tiède comme le sang
L'oiseau si tendre l'oiseau moqueur
L'oiseau qui soudain prend peur
L'oiseau qui soudain se cogne
L'oiseau qui voudrait s'enfuir
L'oiseau seul et affolé
L'oiseau qui voudrait vivre
L'oiseau qui voudrait chanter
L'oiseau qui voudrait crier
L'oiseau rouge et tiède comme le sang
L'oiseau qui vole si doucement
C'est ton coeur jolie enfant
Ton coeur qui bat de l'aile si tristement
Contre ton sein si dur si blanc
L'oiseau rouge et tiède comme le sang
L'oiseau si tendre l'oiseau moqueur
L'oiseau qui soudain prend peur
L'oiseau qui soudain se cogne
L'oiseau qui voudrait s'enfuir
L'oiseau seul et affolé
L'oiseau qui voudrait vivre
L'oiseau qui voudrait chanter
L'oiseau qui voudrait crier
L'oiseau rouge et tiède comme le sang
L'oiseau qui vole si doucement
C'est ton coeur jolie enfant
Ton coeur qui bat de l'aile si tristement
Contre ton sein si dur si blanc

mentor- Nombre de messages: 19014
Age: 33
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – — -
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Pour Bertrand-Môgendre
Mais un jour je n'y tins plus. Le ciel percé d'étoiles laissait présager le doux songe des nuits d'hiver passées au coin de l'âtre. J'errais las à contempler le temps passé. Des flots de confessions intimes emplissaient mon esprit, me rappelant cette cabane oubliée. J'éventais une bière et faisait valser mon mégot par la fenêtre. Le vent imitait un long soufflement macabre et à quelques encablures les chiens hurlaient à la mort, leur écho, lointain se répercutant dans la nuit béante. Alors j'ai vu l'homme dans toute sa splendeur, celui qui erre tête nue, âme en peine à travers les méandres du temps. L'échine courbée, le dos décharné portant sa vie comme un lourd barda. J'ai pleuré cette nuit la cabane de mes ancêtres. Son bois craquant et ondulé m'implorait. Mon destin était scellé, la ligne de ma vie déviait vers un but unique : rebâtir cette existence perdue.

BB- Nombre de messages: 52
Age: 25
Localisation: Bretagne
Date d'inscription: 03/07/2007

Re: Pour Bertrand-Môgendre
Alors je suis parti, à la fraiche, à l'heure où l'on s'imagine que le bruit des pas sur les feuilles mortes vont réveiller les lièvres, qu'on en trouvera un à bailler au détour d'un bosquet.
C'était, en tous cas, bien avant l'heure à laquelle le nouveau propriétaire faisait embaucher les tronçonneuses.
Ca allait changer. J'avais déjà l'impression que les mésanges me sifflaient des chants de combat, que quelque part les sangliers s'étaient regroupés en troupe, prêts à charger, et que les araignées, qui avaient tissé des toiles où s'accrochaient encore la rosée me faisaient des clins d'oeil.
C'était, en tous cas, bien avant l'heure à laquelle le nouveau propriétaire faisait embaucher les tronçonneuses.
Ca allait changer. J'avais déjà l'impression que les mésanges me sifflaient des chants de combat, que quelque part les sangliers s'étaient regroupés en troupe, prêts à charger, et que les araignées, qui avaient tissé des toiles où s'accrochaient encore la rosée me faisaient des clins d'oeil.

Loupbleu- Nombre de messages: 5849
Age: 40
Localisation: loupbleu@vosecrits.com
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Pour Bertrand-Môgendre
Et à peine parti je me dépose à terre. Ma marche était devenue trop pesante. Fuir mais fuir mais où ?, abandonner,non.
Que les bois me gardent, que les sols me regardent, je suis à leur entière disposition.
Il ne sont pas ou ne seront plus à moi mais je suis pour eux. Je suis mousse, je suis bruyère, je suis racine, je suis fossé.
Un pré aussi.
La départementale m'invite à la boucler de son bitume à zébrure unique . Vous n'y croiserez pas mon pas. Je résiste et signe ici, adossé à mon platane.
Il est frontière.
J'y récite un Ponge de circonstance. Je fais le signe de croire.
Le Platane ou la permanence
Tu borderas toujours notre avenue française pour
ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit
sèchement de la platitude des écorces,
Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte
au ciel à mains plates plus larges d’autant que tu fus
tronqué,
Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu
prépares à bout de branches pour le rapt du vent
Tels qu’ils peuvent tomber sur la route poudreuse
ou les tuiles d’une maison….. Tranquille à ton devoir
tu ne t’en émeus point :
Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu’un
seul succédant vaille au fier Languedoc
A perpétuité l’ombrage du platane.
Que les bois me gardent, que les sols me regardent, je suis à leur entière disposition.
Il ne sont pas ou ne seront plus à moi mais je suis pour eux. Je suis mousse, je suis bruyère, je suis racine, je suis fossé.
Un pré aussi.
La départementale m'invite à la boucler de son bitume à zébrure unique . Vous n'y croiserez pas mon pas. Je résiste et signe ici, adossé à mon platane.
Il est frontière.
J'y récite un Ponge de circonstance. Je fais le signe de croire.
Le Platane ou la permanence
Tu borderas toujours notre avenue française pour
ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit
sèchement de la platitude des écorces,
Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte
au ciel à mains plates plus larges d’autant que tu fus
tronqué,
Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu
prépares à bout de branches pour le rapt du vent
Tels qu’ils peuvent tomber sur la route poudreuse
ou les tuiles d’une maison….. Tranquille à ton devoir
tu ne t’en émeus point :
Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu’un
seul succédant vaille au fier Languedoc
A perpétuité l’ombrage du platane.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: Pour Bertrand-Môgendre
.... je le remonte ... pour que suite ? ... et parce que Bertrand est de passage ;-)

Charles- Nombre de messages: 6213
Age: 36
Localisation: Hte Savoie - tophiv@hotmail.com
Date d'inscription: 13/12/2005
Re: Pour Bertrand-Môgendre
Je me fonds peu à peu à l'écorce, fondu par le soleil qui commence à taper, comme ce pivert sur un arbre voisin.
Pourquoi avais-je décidé de bouger, déjà ? En tout cas, pour marcher, c'était peine perdue. Je me mis à rouler, sur moi-même, sur les coudes et les genoux, profitant que la départementale était légèrement en pente. Rouler, comme une grosse boule de neige, mais jusqu'à où ? Sept ou huit roulades plus loin, c'est l'immobilité, j'ai atterri sur le dos, les membres recroquevillés, les yeux grands ouverts, à contempler le ciel.
Je me sens comme cet étranger de Baudelaire, l'homme énigmatique, sans père, ni mère, ni soeur, ni frère, ni aucune latitude. Je hais l'or, c'est vrai. Quant à la beauté, déesse et immortelle, je l'aimerai volontiers.
C'est dans les nuages que je la goûte le mieux, les nuages qui passent, là bas, là bas, les merveilleux nuages.
Pourquoi avais-je décidé de bouger, déjà ? En tout cas, pour marcher, c'était peine perdue. Je me mis à rouler, sur moi-même, sur les coudes et les genoux, profitant que la départementale était légèrement en pente. Rouler, comme une grosse boule de neige, mais jusqu'à où ? Sept ou huit roulades plus loin, c'est l'immobilité, j'ai atterri sur le dos, les membres recroquevillés, les yeux grands ouverts, à contempler le ciel.
Je me sens comme cet étranger de Baudelaire, l'homme énigmatique, sans père, ni mère, ni soeur, ni frère, ni aucune latitude. Je hais l'or, c'est vrai. Quant à la beauté, déesse et immortelle, je l'aimerai volontiers.
C'est dans les nuages que je la goûte le mieux, les nuages qui passent, là bas, là bas, les merveilleux nuages.

Chako Noir- Nombre de messages: 4213
Age: 21
Localisation: sur la lune
Date d'inscription: 08/04/2008

Re: Pour Bertrand-Môgendre
Ils (les nuages) dessinent mieux que quiconque toutes les cabanes les plus accueillantes. Puis aidés par le vent, ils ajoutent le chien. Celui qui rit lorsqu'il vous voit rouler dans les prés en pente.
Lorsque enfin , le vertige passé, on se relève, la lune jour à cache-cache ou à "un, deux, trois, soleil" . On ne sait plus très bien, si la musique que l'on perçoit vient du ruisseau tapi dans le sous-bois ou des étoiles guidant toujours les distraits.
Lorsque enfin , le vertige passé, on se relève, la lune jour à cache-cache ou à "un, deux, trois, soleil" . On ne sait plus très bien, si la musique que l'on perçoit vient du ruisseau tapi dans le sous-bois ou des étoiles guidant toujours les distraits.

éclaircie- Nombre de messages: 1641
Age: 56
Localisation: au monde et du bon coté
Date d'inscription: 18/02/2009

Re: Pour Bertrand-Môgendre
Et j'ai senti les chaînes mordre ma chair, vu les lames qui me poursuivaient.
J'ai frappé sans voir autour, en tempête, en forêt blessée, en cataclysme insurmontable et j'ai mêlé mes larmes aux eaux blanches de l'orage et ma colère à la sienne. Ils ont fui en tous sens, eux, mes pareils, loin des miens d'écorce rugueuse, de terre moite, de souffle de miel. J'ai posé ma tête trop lourde contre leur flanc brun, leurs joues grises...Et je les ai entendus.
J'ai frappé sans voir autour, en tempête, en forêt blessée, en cataclysme insurmontable et j'ai mêlé mes larmes aux eaux blanches de l'orage et ma colère à la sienne. Ils ont fui en tous sens, eux, mes pareils, loin des miens d'écorce rugueuse, de terre moite, de souffle de miel. J'ai posé ma tête trop lourde contre leur flanc brun, leurs joues grises...Et je les ai entendus.

demi-lune- Nombre de messages: 597
Age: 51
Localisation: Corrèze
Date d'inscription: 07/11/2009
Re: Pour Bertrand-Môgendre
Une fois encore, je remercie les participants actifs de ce fil, qui je l'avoue me dérange, dans le sens bousculé, remué.
Ici, en votre compagnie, au moment où il le fallait, j'ai trouvé du réconfort derrière vos écrits, de l'humanité derrière vos avatars.
L'histoire n'a pas de fin, nos prochaines rencontres en témoigneront.
Aussi, pour mettre à terme à ce bel élan, et donc à cet espace, je vais demander à l'administrateur de bloquer vos réponses.
Merci à TOUS !
Ici, en votre compagnie, au moment où il le fallait, j'ai trouvé du réconfort derrière vos écrits, de l'humanité derrière vos avatars.
L'histoire n'a pas de fin, nos prochaines rencontres en témoigneront.
Aussi, pour mettre à terme à ce bel élan, et donc à cet espace, je vais demander à l'administrateur de bloquer vos réponses.
Merci à TOUS !

bertrand-môgendre- Nombre de messages: 5936
Age: 56
Localisation: à vau-le-vent
Date d'inscription: 15/08/2007

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