Dépôt de bilan
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Dépôt de bilan
Mon premier écrit sur ce forum... Il s'agit d'une courte histoire, d'environ trois ou quatre parties comme celle-ci.
En espérant qu'elle vous plaise^^
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Dépôt de bilan.
I/
Il plongea la main dans la poche intérieure de son imperméable avant de se rendre compte qu’il les avait encore oubliées. Il haussa les épaules, lâchant un court soupir qui se cristallisa au contact de l’air froid, puis se dirigea vers l’autre côté du couloir. Il tapa deux petits coups secs sur la porte en bois massif. A l’intérieur, il entendit un bruit de pas précipités.
« Qui est-ce ? s’enquit une voix fluette. »
Cette fois-ci, il soupira longuement, une ride de contrariété barrant son front buriné.
« Ta mère n’est pas là, hein ?
- Non.
- Ton père ?
- Il est mort, répondit simplement la fille.
- Ah… »
Blanc. Il toussota dans une vaine tentative de rétablir le dialogue. Le son ne sortit même pas de sa bouche, incapable de se propager le long de sa gorge sèche, encore moins d’émerger d’entre ses lèvres craquelées à l’extrême. La jeune fille se mit à tapoter distraitement sur la poignée. Clic. Clic.
« Ecoute, petite…
- Oui ? »
Il inspira profondément, conscient qu’elle ne lui ouvrirait sûrement pas la porte. Les petits enfants n’ouvrent jamais la porte aux inconnus. Tout le monde sait ça. Il tenta quand même le coup, se grattant la joue d’un air gêné.
« Je suis le voisin et j’ai laissé mes clés chez moi. Tu pourrais me laisser entrer pour que je passe par le balcon ?
- Ca ne me pose pas de problème… Mais il faut d’abord que je demande à Momo. »
Il fronça les sourcils, légèrement décontenancé. La fille, quant à elle, tenait son haut conseil de sécurité avec le susnommé, non sans force chuchotements et intonations conspiratrices. Il se demandait de qui il pouvait s’agir. Probablement un animal de compagnie. Les enfants aiment bien s’entretenir avec leurs animaux de compagnie. Dommage pour eux qu’ils ne prennent jamais la peine de répondre. Il se demandait quand les gens comprendraient que si les bêtes ne voulaient pas converser avec eux, c’était parce qu’ils n’avaient pas que ça à faire. C’était déjà assez énervant de les entendre se plaindre à longueur de journée…
Il se rendit compte qu’il risquait d’en avoir encore pour un peu de temps. Il réprima un frisson lorsqu’il s’assit à même le sol humide, dos contre le mur. Il remua un instant, cherchant d’abord la position la plus confortable, puis se résigna à adopter la moins douloureuse. Il passa la main dans la poche arrière de son pantalon, en sortit une cigarette. Il eut un pincement au cœur en voyant le piteux état dans lequel elle se trouvait. Papier froissé, décoloré ; trouée en son milieu, du tabac s’échappait par l’ouverture béante. Rassure-toi, tu n’en à plus pour longtemps. Je vais mettre fin à ton calvaire. Un sourire rassurant étirait le coin de ses lèvres, lèvres entre lesquelles il plaça la malheureuse d’un geste majestueux. Cela faisait un moment qu’il ne s’était pas senti aussi puissant. Le pire était que ça ne l’étonnait même pas.
Chassant ces pensées d’un vague mouvement de la tête, il fit mine de saisir son briquet. Un éclair de lucidité traversa son esprit, soutirant aux méandres de sa mémoire une image anodine : son trousseau de clé, auquel était accrochée l’arme du pseudo crime. Déglutissant péniblement, il saisit la cigarette entre deux doigts. Il ne savait comment lui annoncer la mauvaise nouvelle. Mais il la soupçonnait d’avoir compris en voyant sa mine déconfite. Marmonnant une excuse quelconque, il la remit dans son paquet, promettant de l‘achever dès qu’il en aurait l’occasion. Pour l’heure, il ressentait un intense besoin de se reposer.
Seul dans le sombre couloir, il se pelotonna en position fœtale dans son imperméable, mordillant légèrement son pouce droit. Un faible gémissement s’échappa d’entre ses dents jaunies par le tabac.
La plus grande différence entre lui et les humains était qu’il avait saisi qu’il ne serait toujours qu’un enfant.
-**-
Il avait toujours aimé être réveillé par la douce caresse d’un courant d’air. Douce et périodique. D’avant en arrière. D’arrière en avant. Il s’amusait parfois, quand il était encore jeune, à calquer son pouls sur ce rythme obsédant. Maintenant, il n’exerçait plus aucune emprise sur son fébrile cœur. C’était à peine s’il réussissait à le faire pomper le sang à travers le cholestérol de ses artères et veines.
Lorsqu’il ouvrit ses yeux, ceux-ci se posèrent instinctivement sur le plafond rongé par les moisissures et autres entités fongiques. Depuis tout ce temps, il ne s’était toujours pas habitué à dormir sous un toit. Quelle stupide idée que de se priver de la contemplation du ciel à peine tiré du sommeil.
« Vous pouvez rentrer, Monsieur. J’ai finalement convaincu Momo que vous n’êtes pas un méchant.
- Un méchant, hein ? Non, je ne suis pas un méchant, fit-il en se relevant pesamment.
- Je sais. »
Il chancela, manquant de tomber à la renverse. C’était comme si les deux mots prononcés par la fille s’étaient matérialisés et l’avaient percuté de plein fouet. Un propos basique, certes. Mais quel ton… C’était bien simple : il avait cru l’espace d’un instant que Dieu lui adressait la parole. Il éclata de rire devant l’absurdité de ce sentiment. Muscles abdominaux et zygomatiques contractés à l’extrême, échine courbée en deux, épaules soulevées irrégulièrement sous le coup de soubresauts incontrôlables. Il avait oublié combien il était grisant de perdre le contrôle de son corps. Il remercia intérieurement la petite fille, sentant qu’elle l’avait défait d’un énorme poids. Il connaissait finalement le son de la Vérité.
« Monsieur ? »
Sans plus attendre, il pénétra dans l’appartement.
Etrange. Il y avait quelque chose d’étrange. Le plancher grinçait à son passage, comme s’il essayait de le prévenir. De quoi ? Il passa distraitement la main sur un mur lézardé, poussiéreux. Le lieu n’avait rien d’inquiétant en soi. C’était sale, mal éclairé. Une atmosphère assez lugubre. Rien d’inhabituel donc. Cependant, il était perturbé par un élément qu’il n’arrivait pas à définir.
« Par ici… »
Il suivit la petite fille sans poser de question. Celle-ci avançait tranquillement, évitant avec une facilité étonnante les détritus jonchant le sol. C’était loin d’être son cas. Et puis, il avait l’esprit ailleurs, car il venait de comprendre ce qui clochait. L’odeur. Ca sentait comme chez lui. Non. Ca sentait comme lui.
« C’est là. »
La petite fille souriait, montrant de son petit bras tendu le balcon. Il fit un vague signe de la tête en guise de remerciement, mais se mit à arpenter méthodiquement la pièce. Il lui restait une dernière chose à faire avant de rentrer. L’odeur se faisait de plus en plus marquée. Narines frémissantes, il se dirigea vers l’endroit d’où elle semblait provenir.
Ah, c’était donc ça.
Pour la deuxième fois de la journée, il ressentit une irrépressible envie de rire.
« Il est beau, n’est-ce pas ? souffla la petite fille dans son dos.»
Il détailla du regard le gros animal. Ça devait être un chat. Noir, au poil long. Il y passa les doigts. Long et soyeux, avec cette teinte verdâtre caractéristique des corps en décomposition. Il aurait bien aimé savoir de quelle couleur étaient ses yeux. Dommage qu’il n’ait plus sa tête.
« Très beau, répondit-il, un sourire sincère aux lèvres. »
Il a perdu assez de temps. D’un geste décidé, il tire la porte du balcon. Une violente bourrasque fait claquer son vieil imperméable contre ses cuisses. Il se gratte la tête, contrarié. Même les éléments lui mettent des bâtons dans les roues. Ce qui ne le décourage pas pour autant. Il doit rentrer chez lui. Alors il réunit ses forces, s’apprête à affronter le vent. Il se hisse tant bien que mal sur le parapet, accroupi à la manière d’une grenouille. Puis il se lève, lentement, prudemment. Comme un équilibriste, il tend ses bras en guise de balancier. Moins d’un mètre le sépare de sa terrasse. Une petite expiration pour se donner du courage, et il saute.
Le temps s’arrête. Derrière-lui, il croit entendre la petite fille lui crier de faire attention. Il est en l’air, à mi-chemin. Au jugé, il pense qu’il va y arriver. De justesse, mais il va y arriver. Alors il attend. Il attend que le temps daigne bien reprendre son cours. Ce dernier s’exécute sans tarder.
Il a été optimiste.
Il essaie d’agripper le muret. En vain. Ses doigts s’écorchent sur la pierre dure. Il tombe. Son rythme cardiaque s’accélère, mais ne s’affole pas. Une légère montée d’adrénaline. Il se rappelle qu’il a toujours voulu faire du parachute. Là, il fait de la chute, ce qui n’est pas trop différent. Mis à part le résultat. Il se demande s’il va avoir mal. Bien sûr, il va avoir mal. Très mal. Mais les gens comme lui ne devraient pas avoir peur de la douleur physique.
Tiens, ça dure plus longtemps qu’il ne l’aurait cru. Il décide d’occuper cet instant de « flottement » (il est décidément d’humeur festive aujourd’hui…) en considérations rationnelles. Il essaie de déterminer le meilleur rapport (position de chute) / (douleur engendrée). Malheureusement, il n’est pas très calé sur le sujet. De toute façon, il est incapable de bouger. Il ne sait même pas quelle posture il a adopté.
Il est conscient qu’il passe ses derniers instants dans ce corps, mais cela ne l’attriste pas autant qu’il l’imaginait. Un léger pincement au cœur, c’est tout. Il aurait aimé se voir une dernière fois, pouvoir contempler ces formes disgracieuses qui l’ont accompagné pendant une grande partie de sa vie. Ces élans de sentimentalisme ne pourront pourtant pas être satisfaits.
Ça fait un moment qu’il a fermé les yeux. Et il n’est pas près de les rouvrir.
En espérant qu'elle vous plaise^^
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Dépôt de bilan.
I/
Il plongea la main dans la poche intérieure de son imperméable avant de se rendre compte qu’il les avait encore oubliées. Il haussa les épaules, lâchant un court soupir qui se cristallisa au contact de l’air froid, puis se dirigea vers l’autre côté du couloir. Il tapa deux petits coups secs sur la porte en bois massif. A l’intérieur, il entendit un bruit de pas précipités.
« Qui est-ce ? s’enquit une voix fluette. »
Cette fois-ci, il soupira longuement, une ride de contrariété barrant son front buriné.
« Ta mère n’est pas là, hein ?
- Non.
- Ton père ?
- Il est mort, répondit simplement la fille.
- Ah… »
Blanc. Il toussota dans une vaine tentative de rétablir le dialogue. Le son ne sortit même pas de sa bouche, incapable de se propager le long de sa gorge sèche, encore moins d’émerger d’entre ses lèvres craquelées à l’extrême. La jeune fille se mit à tapoter distraitement sur la poignée. Clic. Clic.
« Ecoute, petite…
- Oui ? »
Il inspira profondément, conscient qu’elle ne lui ouvrirait sûrement pas la porte. Les petits enfants n’ouvrent jamais la porte aux inconnus. Tout le monde sait ça. Il tenta quand même le coup, se grattant la joue d’un air gêné.
« Je suis le voisin et j’ai laissé mes clés chez moi. Tu pourrais me laisser entrer pour que je passe par le balcon ?
- Ca ne me pose pas de problème… Mais il faut d’abord que je demande à Momo. »
Il fronça les sourcils, légèrement décontenancé. La fille, quant à elle, tenait son haut conseil de sécurité avec le susnommé, non sans force chuchotements et intonations conspiratrices. Il se demandait de qui il pouvait s’agir. Probablement un animal de compagnie. Les enfants aiment bien s’entretenir avec leurs animaux de compagnie. Dommage pour eux qu’ils ne prennent jamais la peine de répondre. Il se demandait quand les gens comprendraient que si les bêtes ne voulaient pas converser avec eux, c’était parce qu’ils n’avaient pas que ça à faire. C’était déjà assez énervant de les entendre se plaindre à longueur de journée…
Il se rendit compte qu’il risquait d’en avoir encore pour un peu de temps. Il réprima un frisson lorsqu’il s’assit à même le sol humide, dos contre le mur. Il remua un instant, cherchant d’abord la position la plus confortable, puis se résigna à adopter la moins douloureuse. Il passa la main dans la poche arrière de son pantalon, en sortit une cigarette. Il eut un pincement au cœur en voyant le piteux état dans lequel elle se trouvait. Papier froissé, décoloré ; trouée en son milieu, du tabac s’échappait par l’ouverture béante. Rassure-toi, tu n’en à plus pour longtemps. Je vais mettre fin à ton calvaire. Un sourire rassurant étirait le coin de ses lèvres, lèvres entre lesquelles il plaça la malheureuse d’un geste majestueux. Cela faisait un moment qu’il ne s’était pas senti aussi puissant. Le pire était que ça ne l’étonnait même pas.
Chassant ces pensées d’un vague mouvement de la tête, il fit mine de saisir son briquet. Un éclair de lucidité traversa son esprit, soutirant aux méandres de sa mémoire une image anodine : son trousseau de clé, auquel était accrochée l’arme du pseudo crime. Déglutissant péniblement, il saisit la cigarette entre deux doigts. Il ne savait comment lui annoncer la mauvaise nouvelle. Mais il la soupçonnait d’avoir compris en voyant sa mine déconfite. Marmonnant une excuse quelconque, il la remit dans son paquet, promettant de l‘achever dès qu’il en aurait l’occasion. Pour l’heure, il ressentait un intense besoin de se reposer.
Seul dans le sombre couloir, il se pelotonna en position fœtale dans son imperméable, mordillant légèrement son pouce droit. Un faible gémissement s’échappa d’entre ses dents jaunies par le tabac.
La plus grande différence entre lui et les humains était qu’il avait saisi qu’il ne serait toujours qu’un enfant.
-**-
Il avait toujours aimé être réveillé par la douce caresse d’un courant d’air. Douce et périodique. D’avant en arrière. D’arrière en avant. Il s’amusait parfois, quand il était encore jeune, à calquer son pouls sur ce rythme obsédant. Maintenant, il n’exerçait plus aucune emprise sur son fébrile cœur. C’était à peine s’il réussissait à le faire pomper le sang à travers le cholestérol de ses artères et veines.
Lorsqu’il ouvrit ses yeux, ceux-ci se posèrent instinctivement sur le plafond rongé par les moisissures et autres entités fongiques. Depuis tout ce temps, il ne s’était toujours pas habitué à dormir sous un toit. Quelle stupide idée que de se priver de la contemplation du ciel à peine tiré du sommeil.
« Vous pouvez rentrer, Monsieur. J’ai finalement convaincu Momo que vous n’êtes pas un méchant.
- Un méchant, hein ? Non, je ne suis pas un méchant, fit-il en se relevant pesamment.
- Je sais. »
Il chancela, manquant de tomber à la renverse. C’était comme si les deux mots prononcés par la fille s’étaient matérialisés et l’avaient percuté de plein fouet. Un propos basique, certes. Mais quel ton… C’était bien simple : il avait cru l’espace d’un instant que Dieu lui adressait la parole. Il éclata de rire devant l’absurdité de ce sentiment. Muscles abdominaux et zygomatiques contractés à l’extrême, échine courbée en deux, épaules soulevées irrégulièrement sous le coup de soubresauts incontrôlables. Il avait oublié combien il était grisant de perdre le contrôle de son corps. Il remercia intérieurement la petite fille, sentant qu’elle l’avait défait d’un énorme poids. Il connaissait finalement le son de la Vérité.
« Monsieur ? »
Sans plus attendre, il pénétra dans l’appartement.
Etrange. Il y avait quelque chose d’étrange. Le plancher grinçait à son passage, comme s’il essayait de le prévenir. De quoi ? Il passa distraitement la main sur un mur lézardé, poussiéreux. Le lieu n’avait rien d’inquiétant en soi. C’était sale, mal éclairé. Une atmosphère assez lugubre. Rien d’inhabituel donc. Cependant, il était perturbé par un élément qu’il n’arrivait pas à définir.
« Par ici… »
Il suivit la petite fille sans poser de question. Celle-ci avançait tranquillement, évitant avec une facilité étonnante les détritus jonchant le sol. C’était loin d’être son cas. Et puis, il avait l’esprit ailleurs, car il venait de comprendre ce qui clochait. L’odeur. Ca sentait comme chez lui. Non. Ca sentait comme lui.
« C’est là. »
La petite fille souriait, montrant de son petit bras tendu le balcon. Il fit un vague signe de la tête en guise de remerciement, mais se mit à arpenter méthodiquement la pièce. Il lui restait une dernière chose à faire avant de rentrer. L’odeur se faisait de plus en plus marquée. Narines frémissantes, il se dirigea vers l’endroit d’où elle semblait provenir.
Ah, c’était donc ça.
Pour la deuxième fois de la journée, il ressentit une irrépressible envie de rire.
« Il est beau, n’est-ce pas ? souffla la petite fille dans son dos.»
Il détailla du regard le gros animal. Ça devait être un chat. Noir, au poil long. Il y passa les doigts. Long et soyeux, avec cette teinte verdâtre caractéristique des corps en décomposition. Il aurait bien aimé savoir de quelle couleur étaient ses yeux. Dommage qu’il n’ait plus sa tête.
« Très beau, répondit-il, un sourire sincère aux lèvres. »
Il a perdu assez de temps. D’un geste décidé, il tire la porte du balcon. Une violente bourrasque fait claquer son vieil imperméable contre ses cuisses. Il se gratte la tête, contrarié. Même les éléments lui mettent des bâtons dans les roues. Ce qui ne le décourage pas pour autant. Il doit rentrer chez lui. Alors il réunit ses forces, s’apprête à affronter le vent. Il se hisse tant bien que mal sur le parapet, accroupi à la manière d’une grenouille. Puis il se lève, lentement, prudemment. Comme un équilibriste, il tend ses bras en guise de balancier. Moins d’un mètre le sépare de sa terrasse. Une petite expiration pour se donner du courage, et il saute.
Le temps s’arrête. Derrière-lui, il croit entendre la petite fille lui crier de faire attention. Il est en l’air, à mi-chemin. Au jugé, il pense qu’il va y arriver. De justesse, mais il va y arriver. Alors il attend. Il attend que le temps daigne bien reprendre son cours. Ce dernier s’exécute sans tarder.
Il a été optimiste.
Il essaie d’agripper le muret. En vain. Ses doigts s’écorchent sur la pierre dure. Il tombe. Son rythme cardiaque s’accélère, mais ne s’affole pas. Une légère montée d’adrénaline. Il se rappelle qu’il a toujours voulu faire du parachute. Là, il fait de la chute, ce qui n’est pas trop différent. Mis à part le résultat. Il se demande s’il va avoir mal. Bien sûr, il va avoir mal. Très mal. Mais les gens comme lui ne devraient pas avoir peur de la douleur physique.
Tiens, ça dure plus longtemps qu’il ne l’aurait cru. Il décide d’occuper cet instant de « flottement » (il est décidément d’humeur festive aujourd’hui…) en considérations rationnelles. Il essaie de déterminer le meilleur rapport (position de chute) / (douleur engendrée). Malheureusement, il n’est pas très calé sur le sujet. De toute façon, il est incapable de bouger. Il ne sait même pas quelle posture il a adopté.
Il est conscient qu’il passe ses derniers instants dans ce corps, mais cela ne l’attriste pas autant qu’il l’imaginait. Un léger pincement au cœur, c’est tout. Il aurait aimé se voir une dernière fois, pouvoir contempler ces formes disgracieuses qui l’ont accompagné pendant une grande partie de sa vie. Ces élans de sentimentalisme ne pourront pourtant pas être satisfaits.
Ça fait un moment qu’il a fermé les yeux. Et il n’est pas près de les rouvrir.

Stheil- Nombre de messages: 15
Age: 21
Localisation: Lyon, France
Date d'inscription: 02/05/2008
Re: Dépôt de bilan
ça me plaît bien !
tu as un style, je trouve, ce qui est déjà bien, très bien même
un vocabulaire riche
le changement de temps m'a un peu gêné, du passé simple au présent sans transition, c'est bizarre.
Le début de la 2ème partie est un peu maladroit, je trouve, au niveau des phrases, un peu tordues, ("Maintenant, il n’exerçait plus aucune emprise sur son fébrile cœur. C’était à peine s’il réussissait à le faire pomper le sang à travers le cholestérol de ses artères et veines.")
mais après tu reprends un bon rythme
Du coup, j'ai envie, très envie, de connaître la suite
tu as un style, je trouve, ce qui est déjà bien, très bien même
un vocabulaire riche
le changement de temps m'a un peu gêné, du passé simple au présent sans transition, c'est bizarre.
Le début de la 2ème partie est un peu maladroit, je trouve, au niveau des phrases, un peu tordues, ("Maintenant, il n’exerçait plus aucune emprise sur son fébrile cœur. C’était à peine s’il réussissait à le faire pomper le sang à travers le cholestérol de ses artères et veines.")
mais après tu reprends un bon rythme
Du coup, j'ai envie, très envie, de connaître la suite

mentor- Nombre de messages: 19017
Age: 33
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – — -
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Dépôt de bilan
C'est sympa, j'aime bien le style. Un peu trop bizarre peut-être. Je ne comprends pas bien ce qu'il se passe...A la limite un peu effrayant mais très prenant !
J'attendrai la suite
J'attendrai la suite

Yaäne- Nombre de messages: 619
Age: 21
Date d'inscription: 11/04/2008
Re: Dépôt de bilan
de même, je guette la suite! le style un peu spécial me plaît (déjà j'aime bien ne serait-ce que le style propre à son auteur, quand l'écriture se démarque un peu, je ne veux pas dire au dessus des autres, mais légèrement à côté)
c'est vrai que c'est assez glauque, mais après tout, tant mieux, l'adrénaline monte en même temps que celle du héros!
après tout comme mentor je trouve assez bizarre le passage sans transition passé simple / présent: ok le présent permet d'être plus dans l'action, mais dans ce cas là au temps abandonner le passé dès le début de la deuxième partie (en revanche pour la première vraiment rien à redire)
sinon globalement ça me plaît (en plus pas de soucis question orthographe, et ça c'est cool!)
bref, je le redis, en attente de la suite =)
c'est vrai que c'est assez glauque, mais après tout, tant mieux, l'adrénaline monte en même temps que celle du héros!
après tout comme mentor je trouve assez bizarre le passage sans transition passé simple / présent: ok le présent permet d'être plus dans l'action, mais dans ce cas là au temps abandonner le passé dès le début de la deuxième partie (en revanche pour la première vraiment rien à redire)
peut-être qu'une périphrase serait mieux ici?Stheil a écrit:(position de chute) / (douleur engendrée)
sinon globalement ça me plaît (en plus pas de soucis question orthographe, et ça c'est cool!)
bref, je le redis, en attente de la suite =)

Chako Noir- Nombre de messages: 4214
Age: 21
Localisation: sur la lune
Date d'inscription: 08/04/2008

Re: Dépôt de bilan
Merci à tous pour vos commentaires^^ Il est vrai que le changement passé/présent est brusque, voire déroutant. J'aurais peut être du, comme l'a dit chako, faire toute la deuxième partie au présent. Mais j'avais envie de retranscrire la précipitation de la chute (ça se dit, ça?^^). Et puis, quand j'écris vite, j'ai toujours tendance à tout mettre au présent... Fâcheuse habitude :-(
En tout cas, je relis la suite et je la poste^^
Et encore merci pour vos critiques et compliments :-)
En tout cas, je relis la suite et je la poste^^
Et encore merci pour vos critiques et compliments :-)

Stheil- Nombre de messages: 15
Age: 21
Localisation: Lyon, France
Date d'inscription: 02/05/2008
Re: Dépôt de bilan
Ouah, quelle chute !
Bon, c'est un peu facile. Désolée !
Ton texte est bien ficelé. J'aime tout simplement. Alors, comme les autres, j'attends la suite.
Le passage passé/présent peut dérouter ( c'est un truc que je fais tout le temps et dont je n'arrive pas à me défaire ) mais j'aime cela, également.
Alors, bienvenue sur VE !
Bon, c'est un peu facile. Désolée !
Ton texte est bien ficelé. J'aime tout simplement. Alors, comme les autres, j'attends la suite.
Le passage passé/présent peut dérouter ( c'est un truc que je fais tout le temps et dont je n'arrive pas à me défaire ) mais j'aime cela, également.
Alors, bienvenue sur VE !

Lucy- Nombre de messages: 2628
Age: 34
Date d'inscription: 31/03/2008
Re: Dépôt de bilan
Beaucoup d'aisance, voire d'élégance dans ton style et le vocabulaire que tu utilises. Un humour décalé que j'apprécie énormément. Des personnages un peu mystérieux dans une ambiance étrange, un clair-obscur qui laisse deviner...que cette chute, dans laquelle on retient son souffle avec le personnage, va forcément nous mener quelque part.
Bravo! Un beau début.
Et bienvenue Stheil
Bravo! Un beau début.
Et bienvenue Stheil

Arielle- Nombre de messages: 4554
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: Dépôt de bilan
Ton anti-héros est très sympa.
j'aime bien son humour.
ex :
T’es obligé de le faire mourir ? Y a pas moyen de le faire revenir ?
j'aime bien son humour.
ex :
Le lieu n’avait rien d’inquiétant en soi. C’était sale, mal éclairé. Une atmosphère assez lugubre. Rien d’inhabituel donc.
T’es obligé de le faire mourir ? Y a pas moyen de le faire revenir ?

souris- Nombre de messages: 64
Age: 20
Date d'inscription: 02/04/2008
Re: Dépôt de bilan
La suite, comme promis =)
C'est plus long, plus compliqué et encore plus torturé que le début de l'histoire... J'espère que vous apprécierez la lecture^^
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II/
Arth devrait dormir. C’est d’ailleurs ce pourquoi il s’est étendu par terre, près de la fenêtre. Evidemment, il n’y a pas de lit dans sa chambre. Arth est plutôt du genre à avoir du mal à se réveiller. Beaucoup de mal. La dernière fois, il lui a fallu sept ans pour se décider à sortir de sa couche chaude et moelleuse. Quelle raison, plus importante que ce sentiment de sûreté absolue, aurait pu le motiver à se réveiller ? Heureusement, Chron était venu le tirer de son sommeil à coups de pied dans le cul. Alors maintenant, il est prévenu. Il ne s’assoupit que très rarement, terrifié à l’idée de rester captif de son sens du confort surdéveloppé. Et quand cela s’impose, il s’allonge à même le sol, rassuré de savoir qu’il sera tôt ou tard tiré de ses délicieuses rêveries par une injonction nerveuse de son dos entortillé et torturé. Seulement, il affronte à présent le problème inverse. Arth se fait violence, conscient qu’il se doit de permettre à son corps de recharger ses batteries. Il se rend compte que laisser la fenêtre ouverte était un mauvais choix. Il ne peut s’empêcher de se laisser distraire par les bruits nocturnes. Notamment celui du vent, qui souffle légèrement sur le pâle rideau. Arth sent les poils de sa nuque se hérisser alors qu’un long frisson remonte son échine le plus lentement du monde. Autant de signes avant-coureurs d’une explosion prochaine. Ça le tue de devoir l’admettre, mais il ne peut se laisser submerger par la Verve. Pas dans un moment pareil. Il se lève donc à contrecœur et ferme douloureusement les volets.
Voilà, c’est le silence maintenant.
Il tient très exactement trois minutes. Ce qui fait trois minutes de plus qu’à l’ordinaire. D’un geste fébrile, maladif, il s’empare du petit cylindre en métal posé sur sa table de nuit. Consciencieusement, il s’emploie à démêler les écouteurs. Ça l’apaise un peu, même si le silence est toujours aussi assourdissant. Arth garde cependant son calme, réprimant les tremblements presque imperceptibles de ses mains. Ça y est, il a fini. Avec un soupir de soulagement, il place les petits ronds dans ses oreilles. La musique ne s’y écoule pas encore, mais le bourdonnement chaleureux du lecteur lui tire un sourire satisfait. Il laisse durer le plaisir, caressant doucement le bouton en forme de triangle. Au dernier moment, il se rend compte qu’il ne dormira probablement pas. Peu importe, il n’aurait de toute façon jamais pu. Pas avec ce vide sonore occupé à lui rappeler à chaque instant qu’il n’y a rien à entendre.
Une petite pression du pouce. Et c’est parti.
« Arth… »
Arth est dans un état second et met donc un peu de temps à comprendre que c’est à lui qu’on s’adresse. Il ressent alors une irrépressible envie de crier. De pleurer aussi. C’est ce qui se passe quand quelqu’un interrompt son inspiration. Il sent la Verve bouillonner dans son sang, mécontente de ne pouvoir s’exprimer. Dommage, il avait l’impression que cette fois-ci, il allait réaliser un véritable chef d’œuvre. Résigné, il déchire la feuille qu’il venait de saisir et sur laquelle il avait tracé quelques traits et écrit un peu plus de mots.
« Quoi ? grommelle-t-il, tournant un regard excédé vers son interlocuteur.
- Réunion…, répond simplement Chron. »
Bizarre. Arth aurait juré avoir décelé une pointe d’embarras dans la voix de l’impassible, de l’imperturbable Chron.
« Que se passe-t-il ? demande-t-il, soupçonneux. »
Pas de réponse. Ou bien Chron se fout de lui, ou alors quelque chose de grave est arrivé. Il opterait plutôt pour la deuxième option, au vu de l’incertitude, du léger vague qu’il lit dans ses yeux. Arth retire ses écouteurs.
« Chron… »
Chron inspire longuement. Comme pour rassembler son courage. Puis il crache le morceau.
Au début, Arth ne le croit pas. Son cerveau embrumé refuse d’abord d’intégrer cette information pourtant si simple. Mais il se fait rapidement une raison.
Arth vacille. Le lecteur lui échappe, tintant plusieurs fois sur les carreaux.
« Il est mort. Le vieux est mort. »
-**-
La petite fille se rapprocha du cadavre d’un pas traînant. Etait-il vraiment mort ? Elle l’avait pourtant prévenu… Quand les adultes accorderaient-ils enfin l’importance qui leur est due aux propos des enfants ? Elle secoua la tête, déçue. Il lui avait pourtant paru différent des autres. Il n’avait pas ce ton exaspéré que les personnes âgées prenaient quand elles lui adressaient la parole. Mais au final, il était comme ses semblables. Borné et incapable de voir qu’il coure à sa perte.
Elle décida de s’en aller, réprimant le sentiment de fascination morbide qui l’avait poussée à descendre. Au moment où elle tourna les talons, elle décela un mouvement presque imperceptible à l’extrémité de son champ de vision. Incrédule, elle posa à nouveau son regard sur le corps flasque. Non, c’était son imagination. Il était bel et bien m…
Elle sursauta. Ça avait bougé. Pas le cadavre, mais au-dessus. Comme si l’air avait été déplacé. Pendant un court moment, elle resta immobile, hésitant entre pousser un cri d’effroi et prendre ses jambes à son cou. Elle opta pour la troisième option.
Elle se vit faire marche arrière. Mus par ce qui semblait être leur propre volonté, ses pieds parcouraient tranquillement la distance les séparant du tas de chair inerte. Une véritable rébellion. Maintenant, c’était ses mains, battant lentement au-dessus du Monsieur décédé. Présumé décédé. Ses yeux se plissèrent et elle identifia ce qu’elle avait aperçu un instant plus tôt. Une fine brume grisâtre s’échappait du crâne fendu du vieil homme et s’entortillait autour des bras graciles de la petite fille. C’était froid, visqueux. Son visage aux traits enfantins se crispa en une mimique dégoûtée tandis qu’elle tentait en vain de se défaire de cette emprise surnaturelle.
« Détends-toi, petite… »
C’était sa voix. Bizarrement, elle se sentit soulagée, se surprit même à esquisser un sourire rassuré.
« Je t’emprunte ça… »
Elle crut comprendre ce qu’il voulait dire, mais n’en était pas vraiment sûre. De toute façon, il était inutile de poser des questions. Elle avait conscience que les réponses qu’il lui apporterait dépasseraient son humble entendement. Alors elle se laissa faire car, aussi étrange que cela puisse paraître, elle lui vouait une confiance absolue.
La petite fille ferma lentement les paupières, le sentit s’installer à l’intérieur d’elle. Y aura-t-il assez de place pour eux deux ? Probablement. Il avait l’air de savoir ce qu’il faisait. Et puis, il n’oserait jamais lui faire de mal.
Les dernières barrières de son esprit cédèrent, et elle sombra.
-**-
A peine ouvre-t-il un œil que Hated se rend compte du changement. Il essaie de reprendre son souffle, régulant les mouvements saccadés de sa cage thoracique. Il n’arrive pas à y croire. Chacun de ses sens lui crie pourtant la vérité.
Enfin.
Il se redresse sur sa couche, essuyant d’un geste qui se veut tranquille son pâle front inondé de sueur. Il a une furieuse envie de crier, d’exprimer sa joie, son soulagement. Mais il ne peut pas. Ce n’est pas le moment de céder. Il a tenu trois mille ans ; il peut bien se retenir quelques minutes de plus. Un détail l’amuse : pendant tout ce temps, il a gardé l’espoir. Cette flamme qui le rongeait de l’intérieur et qu’il s’était employé en vain à éteindre. Car il était conscient que son sort n’en serait que plus atroce s’il passait ses journées à chercher un moyen de sortir. Mais maintenant, il se rend compte qu’il n’avait fait que la recouvrir d’une couche plus ou moins épaisse d’un mélange d’indifférence et de résignation. Couche qui a volé en éclat dès le moment où il a compris qu’il pourrait s’échapper, il y a une poignée de secondes. Par conséquent, le feu se répand en lui, nourri par la rancœur et la haine qu’il a accumulées pendant ces années de captivité.
Il n’a pas encore digéré l’affront qui lui a été fait. Trahi par ses propres congénères. On ne l’avait non pas enfermé pour quelque chose qu’il avait fait, mais pour ce qu’on redoutait qu’il fasse. Ils avaient peur de ses capacités. Ce qui est aisément compréhensible. Cela avait du être un choc d’apprendre tout d’un coup qu’ils n’étaient pas immortels. De toute façon, il ne leur en veut pas. En tout cas, pas à eux. L’autre, par contre…
Ses épaules se mettent à trembler de rage. Il expire longuement, réprimant la vague de fureur qui menaçait de le submerger.
A l’heure qu’il est, l’autre est sûrement mort, ce qui expliquerait que la barrière spirituelle soit levée. Jamais il n’aurait changé d’avis. Hated se souvient du regard qu’il lui avait lancé juste avant de le sceller dans cette cave. Un regard impitoyable, sans appel. Lui était à genoux, demandait à celui qu’il avait toujours considéré comme un père de lui expliquer pourquoi on l’emprisonnait. Il n’avait pas répondu. Hated s’était jeté à ses pieds, implorant la grâce divine. Mais l’autre s’était défait brusquement de son emprise, puis avait claqué la porte sans rien ajouter. Hated entendait encore, plusieurs secondes plus tard, le fracas de métal entrechoqué A vrai dire, il n’avait cessé d’entendre ce putain de bruit depuis.
Par contre, il avait l’impression que cela ne durerait plus longtemps. Cette fois-ci, il est vraiment libre. D’ailleurs, sa maîtrise l’impressionne. Ça fait bientôt une heure qu’il est assis sur son tas de paille alors que quelques pas le séparent de l’extérieur. Finalement, ce n’est pas si étonnant que ça. Il ne fait pas partie de ces gens qui regretteraient de ne plus pouvoir sentir le doux souffle du vent sur leur visage. En toute franchise, il se plaisait bien ici. L’atmosphère était sombre à souhait, il y avait même des rats sur qui exercer ses talents, ce qui lui avait permis de ne pas devenir complètement fou. C’était surtout l’injustice de la situation qu’il ne pouvait supporter.
La nostalgie n’étant pas non plus son principal trait de caractère, il se décide enfin à se lever et titube péniblement en direction de la porte. Il ne sait pas combien de temps il est resté allongé, à regarder fixement le plafond humide, mais les mouvements maladroits de ses pieds lui donnent un ordre de grandeur. Ses longs cheveux glissent sur le sol en pierre, produisant un léger chuintement.
Il s’arrête, se met à caresser la poignée en fer. Une légère appréhension l’envahit alors qu’il l’actionne. Et si tout ça n’était que le fruit de son imagination ?
Son cœur rate un battement. La porte ne veut pas bouger. Il déglutit difficilement. Un tremblement incontrôlable s’empare de ses membres.
Pas ça.
Calme-toi. Pendant tout ce temps, les gonds ont bien du se rouiller…
Il réessaie, appuyant plus fort sur le bout de fer. Toujours rien. Il sent qu’il va craquer. Il tire, encore et encore, et son visage se déforme en un rictus incrédule.
PAS ÇA !
Il est proche de la limite lorsqu’il est pris d’un énorme doute. Il interrompt brusquement ses mouvements frénétiques, puis pousse simplement la porte. Cette dernière tourne lentement sur ses gonds, produisant un affreux grincement.
Hated éclate d’un rire dément.
Il se dirige vers la sortie, d’un pas désormais assuré. Les idées fusent de son cerveau atrophié par le manque d’activité. Il commence à réfléchir à un plan. Il ne veut pas se venger. Ce serait du sang versé pour pas grand-chose. Non, il est au-dessus de ça. Et puis, il est loin d’être impulsif. En fait, ce qu’il veut, c’est diriger. L’autre n’étant plus là, il leur faut un nouveau leader. Quelqu’un qui pourra faire l’unanimité au sein du Conseil.
Et qui de mieux que la Mort pour ça ?
-**-
Arth aimait beaucoup la salle du Conseil. En partie pour le brouhaha qui y régnait à chaque fois qu’il assistait à une réunion. Si il y avait bien une chose qui caractérisait ses semblables, c’était leur propension à ne jamais être d’accord sur quoi que ce soit.
Mais pas cette fois-ci. Une très belle illustration du pouvoir fédérateur de la peur. Arth reconnaissait quelques têtes. Moneh, juste à sa droite, se grattait la nuque. D’habitude si pragmatique, si efficace, il avait les yeux dans le vide, avait cet air hébété emprunté par plusieurs autres autour de la grande table ovale. Arth avait aussi aperçu Lust. Les cheveux en bataille, elle n’avait pas eu le temps de se maquiller. Elle n’en était pas moins superbe, substituant à son habituel aspect soigné une beauté farouche, animale. Et bien sûr, il y avait Chron. Celui-ci s’était vite repris, s’appropriant le plus naturellement du monde le place de chef temporaire. Le rôle lui seyait à merveille. Maintenant plus que jamais, ils avaient besoin d’entendre sa voix monocorde, apaisante et ses paroles inutiles. D’ailleurs il était en train de parler. Personne ne semblait l’écouter, mis à part un jeune homme proche de la panique qui l’interrompit, proférant des insultes d’une violence incroyable.
Arth comprenait sa colère. Le vieux avait pris d’énormes risques en récupérant sa forme humaine. Mais il était sûr que Deus avait une bonne raison.
« Vous pensez que… Qu’il sera énervé ? »
Arth se surprit à sourire, impressionné. Il n’aurait jamais cru que ce serait Pax qui oserait formuler de vive voix la question que tous ses posaient en silence. Le courage n’était pas la qualité la plus développée chez Pax…
« Sûrement. Reste à savoir ce qu’il prévoit de faire… »
La phrase tombe comme une sentence. Les membres du conseil commencent à envisager l’inenvisageable. Arth, lui, garde son calme. Comme les autres, il a bien sûr une peur profonde, impérieuse de la mort. C’est un sentiment qu’ils n’ont jamais été conditionnés à gérer. Il garde cependant en lui l’espoir de le voir revenir indemne, avec son sourire gêné des jours où il fait une mauvaise blague. Et quand bien même il serait décédé pour de bon, ça l’étonnerait qu’il n’ait pas prévu d’issue de secours pour eux. Il n’était pas irresponsable au point de les laisser dans un pétrin p…
MERDE.
Arth se rappelle, maintenant. Tout sera de sa faute si ça dégénère. Il tire de sa poche le papier que lui a remis Deus avant de descendre chez les humains. Une adresse.
« Là où tu dois aller s’il y a le moindre problème. »
PUTAIN DE MERDE.
Il pousse violemment la chaise et se précipite vers la sortie, conscient que les précieuses minutes qu’il a perdues lui feront sûrement défaut. Les membres du Conseil se tournent vers lui, étonnés. Il n’a pas le temps de leur expliquer. Alors qu’il saisit la poignée en or, il commence à croire qu’il y arrivera. Plus que quelques mètres…
« Où vas-tu, mon petit ? »
Il manque de tomber. Son cœur fait un bond dans sa poitrine. Puis s’arrête.
Hated lève la main, ébouriffant tendrement les cheveux blonds d’Arth.
« Tu n’allais pas partir sans saluer ton vieil ami ? »
Sa vue se trouble, il tombe lourdement au sol.
Finalement, il n’a pas été assez rapide.
C'est plus long, plus compliqué et encore plus torturé que le début de l'histoire... J'espère que vous apprécierez la lecture^^
------------
II/
Arth devrait dormir. C’est d’ailleurs ce pourquoi il s’est étendu par terre, près de la fenêtre. Evidemment, il n’y a pas de lit dans sa chambre. Arth est plutôt du genre à avoir du mal à se réveiller. Beaucoup de mal. La dernière fois, il lui a fallu sept ans pour se décider à sortir de sa couche chaude et moelleuse. Quelle raison, plus importante que ce sentiment de sûreté absolue, aurait pu le motiver à se réveiller ? Heureusement, Chron était venu le tirer de son sommeil à coups de pied dans le cul. Alors maintenant, il est prévenu. Il ne s’assoupit que très rarement, terrifié à l’idée de rester captif de son sens du confort surdéveloppé. Et quand cela s’impose, il s’allonge à même le sol, rassuré de savoir qu’il sera tôt ou tard tiré de ses délicieuses rêveries par une injonction nerveuse de son dos entortillé et torturé. Seulement, il affronte à présent le problème inverse. Arth se fait violence, conscient qu’il se doit de permettre à son corps de recharger ses batteries. Il se rend compte que laisser la fenêtre ouverte était un mauvais choix. Il ne peut s’empêcher de se laisser distraire par les bruits nocturnes. Notamment celui du vent, qui souffle légèrement sur le pâle rideau. Arth sent les poils de sa nuque se hérisser alors qu’un long frisson remonte son échine le plus lentement du monde. Autant de signes avant-coureurs d’une explosion prochaine. Ça le tue de devoir l’admettre, mais il ne peut se laisser submerger par la Verve. Pas dans un moment pareil. Il se lève donc à contrecœur et ferme douloureusement les volets.
Voilà, c’est le silence maintenant.
Il tient très exactement trois minutes. Ce qui fait trois minutes de plus qu’à l’ordinaire. D’un geste fébrile, maladif, il s’empare du petit cylindre en métal posé sur sa table de nuit. Consciencieusement, il s’emploie à démêler les écouteurs. Ça l’apaise un peu, même si le silence est toujours aussi assourdissant. Arth garde cependant son calme, réprimant les tremblements presque imperceptibles de ses mains. Ça y est, il a fini. Avec un soupir de soulagement, il place les petits ronds dans ses oreilles. La musique ne s’y écoule pas encore, mais le bourdonnement chaleureux du lecteur lui tire un sourire satisfait. Il laisse durer le plaisir, caressant doucement le bouton en forme de triangle. Au dernier moment, il se rend compte qu’il ne dormira probablement pas. Peu importe, il n’aurait de toute façon jamais pu. Pas avec ce vide sonore occupé à lui rappeler à chaque instant qu’il n’y a rien à entendre.
Une petite pression du pouce. Et c’est parti.
« Arth… »
Arth est dans un état second et met donc un peu de temps à comprendre que c’est à lui qu’on s’adresse. Il ressent alors une irrépressible envie de crier. De pleurer aussi. C’est ce qui se passe quand quelqu’un interrompt son inspiration. Il sent la Verve bouillonner dans son sang, mécontente de ne pouvoir s’exprimer. Dommage, il avait l’impression que cette fois-ci, il allait réaliser un véritable chef d’œuvre. Résigné, il déchire la feuille qu’il venait de saisir et sur laquelle il avait tracé quelques traits et écrit un peu plus de mots.
« Quoi ? grommelle-t-il, tournant un regard excédé vers son interlocuteur.
- Réunion…, répond simplement Chron. »
Bizarre. Arth aurait juré avoir décelé une pointe d’embarras dans la voix de l’impassible, de l’imperturbable Chron.
« Que se passe-t-il ? demande-t-il, soupçonneux. »
Pas de réponse. Ou bien Chron se fout de lui, ou alors quelque chose de grave est arrivé. Il opterait plutôt pour la deuxième option, au vu de l’incertitude, du léger vague qu’il lit dans ses yeux. Arth retire ses écouteurs.
« Chron… »
Chron inspire longuement. Comme pour rassembler son courage. Puis il crache le morceau.
Au début, Arth ne le croit pas. Son cerveau embrumé refuse d’abord d’intégrer cette information pourtant si simple. Mais il se fait rapidement une raison.
Arth vacille. Le lecteur lui échappe, tintant plusieurs fois sur les carreaux.
« Il est mort. Le vieux est mort. »
-**-
La petite fille se rapprocha du cadavre d’un pas traînant. Etait-il vraiment mort ? Elle l’avait pourtant prévenu… Quand les adultes accorderaient-ils enfin l’importance qui leur est due aux propos des enfants ? Elle secoua la tête, déçue. Il lui avait pourtant paru différent des autres. Il n’avait pas ce ton exaspéré que les personnes âgées prenaient quand elles lui adressaient la parole. Mais au final, il était comme ses semblables. Borné et incapable de voir qu’il coure à sa perte.
Elle décida de s’en aller, réprimant le sentiment de fascination morbide qui l’avait poussée à descendre. Au moment où elle tourna les talons, elle décela un mouvement presque imperceptible à l’extrémité de son champ de vision. Incrédule, elle posa à nouveau son regard sur le corps flasque. Non, c’était son imagination. Il était bel et bien m…
Elle sursauta. Ça avait bougé. Pas le cadavre, mais au-dessus. Comme si l’air avait été déplacé. Pendant un court moment, elle resta immobile, hésitant entre pousser un cri d’effroi et prendre ses jambes à son cou. Elle opta pour la troisième option.
Elle se vit faire marche arrière. Mus par ce qui semblait être leur propre volonté, ses pieds parcouraient tranquillement la distance les séparant du tas de chair inerte. Une véritable rébellion. Maintenant, c’était ses mains, battant lentement au-dessus du Monsieur décédé. Présumé décédé. Ses yeux se plissèrent et elle identifia ce qu’elle avait aperçu un instant plus tôt. Une fine brume grisâtre s’échappait du crâne fendu du vieil homme et s’entortillait autour des bras graciles de la petite fille. C’était froid, visqueux. Son visage aux traits enfantins se crispa en une mimique dégoûtée tandis qu’elle tentait en vain de se défaire de cette emprise surnaturelle.
« Détends-toi, petite… »
C’était sa voix. Bizarrement, elle se sentit soulagée, se surprit même à esquisser un sourire rassuré.
« Je t’emprunte ça… »
Elle crut comprendre ce qu’il voulait dire, mais n’en était pas vraiment sûre. De toute façon, il était inutile de poser des questions. Elle avait conscience que les réponses qu’il lui apporterait dépasseraient son humble entendement. Alors elle se laissa faire car, aussi étrange que cela puisse paraître, elle lui vouait une confiance absolue.
La petite fille ferma lentement les paupières, le sentit s’installer à l’intérieur d’elle. Y aura-t-il assez de place pour eux deux ? Probablement. Il avait l’air de savoir ce qu’il faisait. Et puis, il n’oserait jamais lui faire de mal.
Les dernières barrières de son esprit cédèrent, et elle sombra.
-**-
A peine ouvre-t-il un œil que Hated se rend compte du changement. Il essaie de reprendre son souffle, régulant les mouvements saccadés de sa cage thoracique. Il n’arrive pas à y croire. Chacun de ses sens lui crie pourtant la vérité.
Enfin.
Il se redresse sur sa couche, essuyant d’un geste qui se veut tranquille son pâle front inondé de sueur. Il a une furieuse envie de crier, d’exprimer sa joie, son soulagement. Mais il ne peut pas. Ce n’est pas le moment de céder. Il a tenu trois mille ans ; il peut bien se retenir quelques minutes de plus. Un détail l’amuse : pendant tout ce temps, il a gardé l’espoir. Cette flamme qui le rongeait de l’intérieur et qu’il s’était employé en vain à éteindre. Car il était conscient que son sort n’en serait que plus atroce s’il passait ses journées à chercher un moyen de sortir. Mais maintenant, il se rend compte qu’il n’avait fait que la recouvrir d’une couche plus ou moins épaisse d’un mélange d’indifférence et de résignation. Couche qui a volé en éclat dès le moment où il a compris qu’il pourrait s’échapper, il y a une poignée de secondes. Par conséquent, le feu se répand en lui, nourri par la rancœur et la haine qu’il a accumulées pendant ces années de captivité.
Il n’a pas encore digéré l’affront qui lui a été fait. Trahi par ses propres congénères. On ne l’avait non pas enfermé pour quelque chose qu’il avait fait, mais pour ce qu’on redoutait qu’il fasse. Ils avaient peur de ses capacités. Ce qui est aisément compréhensible. Cela avait du être un choc d’apprendre tout d’un coup qu’ils n’étaient pas immortels. De toute façon, il ne leur en veut pas. En tout cas, pas à eux. L’autre, par contre…
Ses épaules se mettent à trembler de rage. Il expire longuement, réprimant la vague de fureur qui menaçait de le submerger.
A l’heure qu’il est, l’autre est sûrement mort, ce qui expliquerait que la barrière spirituelle soit levée. Jamais il n’aurait changé d’avis. Hated se souvient du regard qu’il lui avait lancé juste avant de le sceller dans cette cave. Un regard impitoyable, sans appel. Lui était à genoux, demandait à celui qu’il avait toujours considéré comme un père de lui expliquer pourquoi on l’emprisonnait. Il n’avait pas répondu. Hated s’était jeté à ses pieds, implorant la grâce divine. Mais l’autre s’était défait brusquement de son emprise, puis avait claqué la porte sans rien ajouter. Hated entendait encore, plusieurs secondes plus tard, le fracas de métal entrechoqué A vrai dire, il n’avait cessé d’entendre ce putain de bruit depuis.
Par contre, il avait l’impression que cela ne durerait plus longtemps. Cette fois-ci, il est vraiment libre. D’ailleurs, sa maîtrise l’impressionne. Ça fait bientôt une heure qu’il est assis sur son tas de paille alors que quelques pas le séparent de l’extérieur. Finalement, ce n’est pas si étonnant que ça. Il ne fait pas partie de ces gens qui regretteraient de ne plus pouvoir sentir le doux souffle du vent sur leur visage. En toute franchise, il se plaisait bien ici. L’atmosphère était sombre à souhait, il y avait même des rats sur qui exercer ses talents, ce qui lui avait permis de ne pas devenir complètement fou. C’était surtout l’injustice de la situation qu’il ne pouvait supporter.
La nostalgie n’étant pas non plus son principal trait de caractère, il se décide enfin à se lever et titube péniblement en direction de la porte. Il ne sait pas combien de temps il est resté allongé, à regarder fixement le plafond humide, mais les mouvements maladroits de ses pieds lui donnent un ordre de grandeur. Ses longs cheveux glissent sur le sol en pierre, produisant un léger chuintement.
Il s’arrête, se met à caresser la poignée en fer. Une légère appréhension l’envahit alors qu’il l’actionne. Et si tout ça n’était que le fruit de son imagination ?
Son cœur rate un battement. La porte ne veut pas bouger. Il déglutit difficilement. Un tremblement incontrôlable s’empare de ses membres.
Pas ça.
Calme-toi. Pendant tout ce temps, les gonds ont bien du se rouiller…
Il réessaie, appuyant plus fort sur le bout de fer. Toujours rien. Il sent qu’il va craquer. Il tire, encore et encore, et son visage se déforme en un rictus incrédule.
PAS ÇA !
Il est proche de la limite lorsqu’il est pris d’un énorme doute. Il interrompt brusquement ses mouvements frénétiques, puis pousse simplement la porte. Cette dernière tourne lentement sur ses gonds, produisant un affreux grincement.
Hated éclate d’un rire dément.
Il se dirige vers la sortie, d’un pas désormais assuré. Les idées fusent de son cerveau atrophié par le manque d’activité. Il commence à réfléchir à un plan. Il ne veut pas se venger. Ce serait du sang versé pour pas grand-chose. Non, il est au-dessus de ça. Et puis, il est loin d’être impulsif. En fait, ce qu’il veut, c’est diriger. L’autre n’étant plus là, il leur faut un nouveau leader. Quelqu’un qui pourra faire l’unanimité au sein du Conseil.
Et qui de mieux que la Mort pour ça ?
-**-
Arth aimait beaucoup la salle du Conseil. En partie pour le brouhaha qui y régnait à chaque fois qu’il assistait à une réunion. Si il y avait bien une chose qui caractérisait ses semblables, c’était leur propension à ne jamais être d’accord sur quoi que ce soit.
Mais pas cette fois-ci. Une très belle illustration du pouvoir fédérateur de la peur. Arth reconnaissait quelques têtes. Moneh, juste à sa droite, se grattait la nuque. D’habitude si pragmatique, si efficace, il avait les yeux dans le vide, avait cet air hébété emprunté par plusieurs autres autour de la grande table ovale. Arth avait aussi aperçu Lust. Les cheveux en bataille, elle n’avait pas eu le temps de se maquiller. Elle n’en était pas moins superbe, substituant à son habituel aspect soigné une beauté farouche, animale. Et bien sûr, il y avait Chron. Celui-ci s’était vite repris, s’appropriant le plus naturellement du monde le place de chef temporaire. Le rôle lui seyait à merveille. Maintenant plus que jamais, ils avaient besoin d’entendre sa voix monocorde, apaisante et ses paroles inutiles. D’ailleurs il était en train de parler. Personne ne semblait l’écouter, mis à part un jeune homme proche de la panique qui l’interrompit, proférant des insultes d’une violence incroyable.
Arth comprenait sa colère. Le vieux avait pris d’énormes risques en récupérant sa forme humaine. Mais il était sûr que Deus avait une bonne raison.
« Vous pensez que… Qu’il sera énervé ? »
Arth se surprit à sourire, impressionné. Il n’aurait jamais cru que ce serait Pax qui oserait formuler de vive voix la question que tous ses posaient en silence. Le courage n’était pas la qualité la plus développée chez Pax…
« Sûrement. Reste à savoir ce qu’il prévoit de faire… »
La phrase tombe comme une sentence. Les membres du conseil commencent à envisager l’inenvisageable. Arth, lui, garde son calme. Comme les autres, il a bien sûr une peur profonde, impérieuse de la mort. C’est un sentiment qu’ils n’ont jamais été conditionnés à gérer. Il garde cependant en lui l’espoir de le voir revenir indemne, avec son sourire gêné des jours où il fait une mauvaise blague. Et quand bien même il serait décédé pour de bon, ça l’étonnerait qu’il n’ait pas prévu d’issue de secours pour eux. Il n’était pas irresponsable au point de les laisser dans un pétrin p…
MERDE.
Arth se rappelle, maintenant. Tout sera de sa faute si ça dégénère. Il tire de sa poche le papier que lui a remis Deus avant de descendre chez les humains. Une adresse.
« Là où tu dois aller s’il y a le moindre problème. »
PUTAIN DE MERDE.
Il pousse violemment la chaise et se précipite vers la sortie, conscient que les précieuses minutes qu’il a perdues lui feront sûrement défaut. Les membres du Conseil se tournent vers lui, étonnés. Il n’a pas le temps de leur expliquer. Alors qu’il saisit la poignée en or, il commence à croire qu’il y arrivera. Plus que quelques mètres…
« Où vas-tu, mon petit ? »
Il manque de tomber. Son cœur fait un bond dans sa poitrine. Puis s’arrête.
Hated lève la main, ébouriffant tendrement les cheveux blonds d’Arth.
« Tu n’allais pas partir sans saluer ton vieil ami ? »
Sa vue se trouble, il tombe lourdement au sol.
Finalement, il n’a pas été assez rapide.

Stheil- Nombre de messages: 15
Age: 21
Localisation: Lyon, France
Date d'inscription: 02/05/2008
Re: Dépôt de bilan
Stheil a écrit:La suite, comme promis =)
C'est plus long, plus compliqué et encore plus torturé que le début de l'histoire...
Oui, tu nous avais prévenus et je me suis effectivement un peu perdue en route. Une deuxième lecture me parait necessaire. Le style, l'ambiance créée retiennent toujours mon attention mais je ne suis pas fan de SF et je décroche généralement assez vite, désolée ... J'aimerais bien te lire dans un autre genre.

Arielle- Nombre de messages: 4554
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: Dépôt de bilan
Pas de problème, Arielle, aucune raison de t'excuser^^
Bizarre... J'ai jamais considéré ce texte comme de la SF, mais maintenant que tu le dis, je ne sais pas vraiment dans quelle catégorie le caser...
Enfin bon, je vais essayer de publier quelque chose d'un peu différent...
A part ça, merci d'avoir lu^^
Bizarre... J'ai jamais considéré ce texte comme de la SF, mais maintenant que tu le dis, je ne sais pas vraiment dans quelle catégorie le caser...
Enfin bon, je vais essayer de publier quelque chose d'un peu différent...
A part ça, merci d'avoir lu^^

Stheil- Nombre de messages: 15
Age: 21
Localisation: Lyon, France
Date d'inscription: 02/05/2008
Re: Dépôt de bilan
Lu !
Je me suis un tout petit peu perdue en cours de route, aussi. L'ambiance qui se dégage de ton texte est toujours aussi prenante. J'entrevois un univers très S.F., également. Je perçois un petit quelque chose qui n'est pas sans me rappeler des mangas animés comme Persona, ou Darker than black. Au moment de l'échange de corps, je me suis souvenue d'un film avec Kyle MacLachlan ou une sorte de créature extraterrestre s'approprie le corps des humains pour faire de vilaines choses. Bref, une touche de S.F., un brin de Fantastique et un petit rien de polar flottent dans l'air.
Est-ce terminé ? Nous as-tu mijoté une suite ? J'aimerais la lire.
Je me suis un tout petit peu perdue en cours de route, aussi. L'ambiance qui se dégage de ton texte est toujours aussi prenante. J'entrevois un univers très S.F., également. Je perçois un petit quelque chose qui n'est pas sans me rappeler des mangas animés comme Persona, ou Darker than black. Au moment de l'échange de corps, je me suis souvenue d'un film avec Kyle MacLachlan ou une sorte de créature extraterrestre s'approprie le corps des humains pour faire de vilaines choses. Bref, une touche de S.F., un brin de Fantastique et un petit rien de polar flottent dans l'air.
Est-ce terminé ? Nous as-tu mijoté une suite ? J'aimerais la lire.

Lucy- Nombre de messages: 2628
Age: 34
Date d'inscription: 31/03/2008
Re: Dépôt de bilan
Je perçois un petit quelque chose qui n'est pas sans me rappeler des mangas animés comme Persona, ou Darker than black.
Ta clairvoyance me sidère... Ce sont effectivement des mangas que j'ai visionné récemment (Persona, c'était surtout le jeu vidéo) et qui m'ont beaucoup marqué, même si je n'ai pas spécialement essayé de retranscrire ce genre d'atmosphère. Encore une affaire d'inconscient, tout ça...
Est-ce terminé ? Nous as-tu mijoté une suite ? J'aimerais la lire.
Je suis en pleine écriture de la troisième et dernière partie de cette histoire. Ravi en tout cas qu'elle te plaise, et encore merci pour ton attention =)

Stheil- Nombre de messages: 15
Age: 21
Localisation: Lyon, France
Date d'inscription: 02/05/2008
Re: Dépôt de bilan
J'ai adoré la première partie, avec la longue chute à la fin mais la deuxième m'a un peu déçue, je n'ai pas tout saisi..Peut-être trop étrange pour moi.. Cependant, j'attends la suite avec impatience.

Vaguerrance- Nombre de messages: 81
Age: 20
Localisation: par là
Date d'inscription: 06/05/2008
Re: Dépôt de bilan
J'aime bien l'idée et le fil conducteur de ce premier texte, ce type qui attend, cette gamine qui réfléchit et tout le reste, mais il me semble (avis perso) que tout cela est plutôt survolé. Tu ne laisses pas vraiment le temps aux éléments de prendre possession du texte, de créer l'atmosphère, or certains passages mériteraient d'être développés, des réflexions exploitées, plutôt qu'arriver de la sorte à la chute.
Je reste donc sur ma faim.
Arrive la suite, écho d'un texte à l'autre, mise en abîme pas tout le temps très claire, la confusion guette et je sens que je vais décrocher parce que les pirouettes fantastiques n'ont jamais été mon truc. Subjectivité, donc, en ce qui me concerne. J'essaie de conserver le fil, parce que j'aime bien, en général, les points du vue multiples, les reflets complémentaires autour d'une même histoire. Sauf qu'ici, si le tout conserve une certaine cohésion, celle-ci n'est pas suffisamment fluide pour me permettre d'accrocher et puis il me manque des ruptures, un véritable écho d'un destin à l'autre, qui rebondirait sur le précédent sans pour autant le compléter.
Sais pas si je suis très claire là-dessus mais bon, voilà en gros, pourquoi j'ai été moyennement séduite.
Je reste donc sur ma faim.
Arrive la suite, écho d'un texte à l'autre, mise en abîme pas tout le temps très claire, la confusion guette et je sens que je vais décrocher parce que les pirouettes fantastiques n'ont jamais été mon truc. Subjectivité, donc, en ce qui me concerne. J'essaie de conserver le fil, parce que j'aime bien, en général, les points du vue multiples, les reflets complémentaires autour d'une même histoire. Sauf qu'ici, si le tout conserve une certaine cohésion, celle-ci n'est pas suffisamment fluide pour me permettre d'accrocher et puis il me manque des ruptures, un véritable écho d'un destin à l'autre, qui rebondirait sur le précédent sans pour autant le compléter.
Sais pas si je suis très claire là-dessus mais bon, voilà en gros, pourquoi j'ai été moyennement séduite.

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Dépôt de bilan
Tiens, un vieux texte... Je l'ai fini, mais je sais pas si ça vaut la peine de poster la suite. Si ça intéresse quelqu'un, qu'il se manifeste^^
Sinon, laissez couler
Sinon, laissez couler

Stheil- Nombre de messages: 15
Age: 21
Localisation: Lyon, France
Date d'inscription: 02/05/2008
Re: Dépôt de bilan
mais non, on veut savoir la suite!

lululucas- Nombre de messages: 139
Age: 29
Localisation: moi-même, je ne sais pas où j'habite!
Date d'inscription: 03/07/2008
Re: Dépôt de bilan
(idem) ^)^

Chako Noir- Nombre de messages: 4214
Age: 21
Localisation: sur la lune
Date d'inscription: 08/04/2008

Re: Dépôt de bilan
Ca marche^^
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III/
« Que tout le monde se calme. »
Chron ne se laissa pas distraire par la voix doucereuse de Hated. Etant le plus vieux du Conseil, il estimait qu’il était de sa responsabilité de régler les problèmes. Ce pourquoi, depuis l’apparition de Hated, il était plongé dans ses réflexions. Et selon ses calculs, c’était vraiment mal barré.
« Je n’ai rien fait à Arth. Et je ne vous ferai rien non plus. Tout ce que je vous demande, c’est un peu de coopération. »
Chron n’en croyait pas ses oreilles. Montée d’adrénaline. Tout n’était pas perdu.
« Je ne vais pas y aller par quatre chemins : je veux remplacer Deus à la tête du Conseil. Y a-t-il des objections ? »
Chron sourit amèrement. Il fallait s’y attendre. C’était précisément ce que redoutait Deus quand il l’avait enfermé. Un pouvoir comme celui de Hated permettait tous les abus. D’ailleurs, personne n’osa manifester sa désapprobation.
« Vous êtes sûrs ? Ce n’est pas comme si j’allais tuer celui qui s’opposerait à ma volonté…, fit Hated en arborant un sourire étrange. »
Toujours rien. Les membres du Conseil semblaient atteints de pasconcernite aiguë. Quelques uns observaient le plafond, manifestant un intérêt soudain pour les fresques défraîchies qui l’ornaient. Lust, elle, regardait ses ongles d’un air qui se voulait absorbé. Mais le tic nerveux qui agitait les coins de sa bouche ne trompait personne.
Parfait. Il ne fallait en aucun cas mettre Hated de mauvaise humeur. Qui savait comment-il réagirait ?
« Très bien. Je vais donc prendre la place qui me revient. »
Hated rejoignit l’extrémité de la table. Un petit geste. Tendre. Une caresse sur le velours du trône de Deus. Du défunt Deus. Puis il s’assit. Et comme si ce n’était pas assez provocateur, il déplia ses jambes et les posa bruyamment sur la table ovale.
« Ordre du jour ? »
Chron se demanda pendant un bref instant quelle attitude allaient adopter les membres du Conseil. Un très bref instant. Depuis le moment où Hated avait foulé le sol en marbre de la salle, la reddition avait été signée. Ils avaient un travail à accomplir. Avec ou sans Deus. Et surtout, ils tenaient à leur vie supposée éternelle.
Et la réunion débuta. Comme d’habitude.
Chron se passa la main sur le visage puis tourna la tête vers la porte. Ou plus précisément vers le corps inerte adossé tout près de la porte. Hated avait dit vrai. Arth était vivant. Sa poitrine se soulevait, s’abaissait lentement. Chron se cala plus confortablement dans son fauteuil en cuir noir. Il ne lui restait plus qu’à attendre qu’il reprenne connaissance.
Par acquis de conscience, Chron examina une fois de plus les événements qui s’étaient succédé depuis la mort de Deus. Il rit nerveusement, se rendant compte que le succès de son plan ne tenait qu’à une déduction. Probablement foireuse, d’ailleurs. Mais ça ne coûtait rien d’essayer. Il n’avait plus grand-chose à perdre. Ce qui l’étonnait, c’était que personne ne semblait se préoccuper du détail sur lequel reposait son optimiste théorie.
L’attitude d’Arth.
Ils avaient du la considérer comme une tentative de fuite. Ce qui aurait été complètement stupide, puisqu’il n’avait nulle part où fuir. Et pour l’avoir connu pendant un certain temps, il savait qu’Arth était tout sauf stupide. Ce qui avait amené Chron à penser qu’Arth savait quelque chose de plus que lui. Quelque chose de plus qu’eux tous.
Comme l’endroit où se trouvait le Détonateur.
Chron sourit devant l’ampleur de sa naïveté. Bien qu’il soit persuadé que Deus ne serait jamais allé risquer sa vie dans le monde des humains sans spécifier la location du Détonateur à quelqu’un, il doutait réellement que ce quelqu’un soit cet étourdi d’Arth. Confier une telle responsabilité à un gamin rêveur relèverait de l’inconscience. Certes, la plupart des membres du Conseil étaient des connards de base, catégorie à laquelle n’appartenait pas Arth. A laquelle Chron n’appartenait pas non plus. Et pourtant, Deus ne lui avait rien dit.
« Assez ! »
Chron sursauta, reconnaissant la voie dure et rocailleuse de Khuraj. Celui-ci s’était levé, interrompant Moneh en plein milieu d’un rapport sur la dévalorisation du dollar.
« Comment pouvez-vous…, commença-t-il, tremblant de fureur. »
Du haut de ses deux mètre quinze, Khuraj jeta un regard méprisant à l’Assemblée. Les coutures de sa tunique menaçaient de sauter sous la pression de ses puissants muscles.
« Comment pouvez-vous faire comme si de rien n’était ? poursuivit-il d’une voix sourde. Deus est mort, et c’est comme ça que vous l’honorez ? En vous écrasant comme des mauviettes devant cet enfant de pute ? »
Aujourd’hui plus que jamais, Chron se disait qu’il y avait vraiment des gens qui ne servaient à rien d’autre qu’à foutre la merde. Et Khuraj était de ceux-là.
Hated avait l’air de garder son calme. A le regarder, on pouvait même croire qu’il n’avait rien entendu.
« Attention, Khuraj… N’oublie pas que tu insultes notre mère à tous…, fit-il d’une voix faussement légère.
- Foutaises ! Tu sais très bien ce qu’on est. Deus nous a créés dans le seul but de l’aider à accomplir sa tâche. Nous n’avons pas de parents, et nous sommes encore moins frères. La seule chose que nous possédons, c’est une mission : assister Deus dans la direction de ce monde.
- Mission que je fais le serment de mener à bien, Khuraj. Je ne vois pas où est le problème…
- Deus t’a enfermé il y a trois mille ans. Tu es une menace pour nous tous.
- Deus, Deus et encore Deus…, soupira Hated. Tu devrais l’oublier un peu et te préoccuper davantage de ton sort…
- Tu es le seul qui puisse nous tuer, Hated, continua-t-il sans se démonter. Ne nous leurrons pas. Si cette bande d’incapables t’obéit, c’est par peur, et non parce qu’ils pensent que tu es l’homme de la situation. »
Pour la première fois depuis le début de leur conversation, Chron eut l’impression que Khuraj avait touché un point sensible. Hated fronça les sourcils, décontenancé.
« Crois-tu que j’aie demandé à avoir ce pouvoir ? Je suis comme Deus a bien voulu me faire.
- C’est faux, et tu le sais très bien. Tu n’es rien d’autre qu’une expérience…
- JE T’INTERDIS DE DIRE ÇA ! »
Hated se redressa brusquement. Il n’y avait désormais plus aucune trace de sérénité sur son visage aux traits déformés par la rage. Khuraj, lui, avait repris son calme. Un sourire triomphant aux lèvres, il avança tranquillement vers son interlocuteur.
« Tu n’es rien d’autre qu’une expérience ratée, martela-t-il, appuyant chacun de ces mots avec délectation. »
Tout se passa très vite. Trop vite pour que Chron puisse saisir dans son intégralité ce qui se déroulait. Mais la tête de Khuraj roulant grotesquement sur le marbre rougi l’aida à avoir une idée d’ensemble. Hated suffoquait, incapable de reprendre son souffle. Il ne pouvait détacher son regard de l’insupportable sourire qui déformait toujours les lèvres de Khuraj.
« Vous… Vous n’avez pas changé, hein ? hoqueta-t-il. »
Chron fut extrêmement surpris de sentir les douloureuses aiguilles de la compassion titiller son cœur. La situation de Hated était clairement insoutenable. A vrai dire, Chron commençait même à culpabiliser. Un peu. Pas assez, bien entendu, pour qu’il perde de vue son plan.
De toute façon, il n’avait plus le temps de plaindre Hated. Cela faisait un moment qu’Arth s’était réveillé.
Chron s’éclaircit brièvement la voix.
-**-
Arth se trouvait dans une ruelle sombre. Une de ces ruelles pavées de mauvaises intentions, à savoir que chacun de ses pas menaçait de le faire choir sur son arrière-train divin. Il se baissa, effleurant du bout des doigts le sol glissant. Difficile de reconnaître le liquide qui l’inondait dans une obscurité aussi dense, mais son goût métallique ne laissait aucun doute sur sa nature. Il marchait sur du sang, probablement le sien.
A vrai dire, Arth était déçu. Il avait imaginé quelque chose d’autrement plus grandiose que cette piteuse représentation. C’était donc ça, ce qu’il y avait après la mort ? A croire que les clichés humains sur l’au-delà étaient vérifiés. Le vieux aurait quand même pu se fouler un peu plus…
« Toujours en train de te plaindre Arth… »
Voilà, maintenant, il entendait la voix du vieux. Vraiment, quelle désillusion. Il ne manquait plus que le coup de la lumière salvatrice…
« Suis la lueur, Arth, je t’attends au bout du chemin. »
Il se retint de rire, conservant l’expression de morgue qui convenait aux circonstances. Autant jouer le jeu jusqu’au bout.
« Très bien. Puissent tes pouvoirs sacrés purifier mes péchés et me permettre de reposer en paix.
- Assez ! »
L’injonction claqua violemment, faisant vibrer douloureusement les tympans sensibles du jeune garçon. Apparemment, il n’avait pas su doser l’ironie dans ses propos.
« Tu n’as pas l’air de saisir l’urgence de la situation. »
Arth trouvait cette réprimande déplacée. Après tout, c’était de sa faute s’ils étaient dans un pétrin pareil… De toutes les manières, ils étaient tous les deux morts, à présent. A quoi bon se préoccuper d’un problème qui ne les concernait plus ?
« Tu te trompes. Aucun de nous deux n’a encore trépassé.
- Chron était formel… Ton signal s’est éteint ! »
Arth passa une main fébrile sur son visage brûlant. Il se pinça l’arête du nez, dans une expression de réflexion intense, puis se frappa le front de sa paume ouverte.
« Suis-je bête. Tout s’explique. Je suis en train de rêver, tout ça n’est qu’un cauchemar, et je vais me réveiller d’ici peu, affolé et en sueur, mais sain et sauf, déclara amèrement le jeune garçon. »
Il sentait la colère monter en lui, brouillant sa vue et embrumant son esprit.
Plus de devinettes. Plus de demi-vérités. Il avait assez de toute cette mascarade. Il voulait savoir ce qui se passait réellement. A commencer par la raison de la descente du vieux dans le monde des humains.
« J’imagine que tu ne te contenteras pas d’obéir aveuglément.
- Non. »
Arth ne reconnut pas sa voix. Aplomb et détermination se mêlaient subtilement à une pointe de rage à peine contenue.
« Disons que je me suis rendu compte qu’il me fallait commencer à réfléchir à la retraite. Je pense avoir fait mon maximum pour la race humaine. Je ne crois pas pouvoir apporter quoi que ce soit de plus. Il est temps de céder la place à quelqu’un d’autre. C’est pourquoi je suis allé visiter nos petits protégés. Pour récupérer le Détonateur.
- Le Détonateur… »
Chron lui en avait déjà parlé. Nul ne savait exactement ce que c’était, ni où il se trouvait ; tous s’accordaient pourtant à lui prêter des pouvoirs faramineux. Un objet de légende, en somme. Logique que le vieux veuille garantir sa sûreté avant de démissionner.
« Ce n’est pas exactement cela, Arth… Le Détonateur joue un rôle crucial dans la passation de pouvoir.
- Tu veux dire que le prochain Président du Conseil devra le garder en secret, tout comme tu l’as fait durant ta présidence ? »
Arth entendit des éclats de rire enroués. Quelque chose amusait particulièrement le vieux, ce qui ne faisait qu’énerver davantage le jeune garçon.
« T’es-tu déjà demandé quelle était sa véritable utilité ? fit Deus, reprenant soudainement son sérieux. »
Arth se rendit compte qu’il ne s’était jamais réellement posé la question. Contrairement aux autres membres du Conseil, qui en débattaient à longueur de journée : les étymologistes pensaient qu’il pouvait tout bonnement faire exploser la Terre, les poètes qu’il permettrait le déclenchement d’une ère de bonheur pour les humains. Il ne se souvenait plus des autres thèses de ses confrères, mais il savait qu’elles faisaient légion. Chacun avait sa propre opinion, et mettait un point d’honneur à la mentionner à qui voulait bien l’entendre. Lui n’en avait aucune. Ce n’était pas dans ses habitudes de prendre position sur ce genre de sujet, où l’on ne pouvait départager aucune des parties. Cependant, fort alors des indications du vieux, il était capable de formuler une hypothèse pas trop invraisemblable.
« C’est donc ça… Il détient tes pouvoirs, n’est-ce pas ?
- Tout à fait. »
Arth imaginait le vieux agiter lentement la tête, avec cet air auguste si exaspérant.
« L’adresse que je t’ai donnée… »
Le jeune garçon serra son poing gauche, froissant le papier en question. Le vieux s’était subitement tu. Il devait s’être rendu compte qu’ajouter quoi que ce soit aurait été superflu.
N’importe quel imbécile aurait compris.
Malgré la foule de sentiments contradictoires qui l’envahissait, Arth s’efforçait d’analyser tranquillement la situation. Il était sûr que c’était la principale qualité qui avait amené le vieux à faire ce choix. D’innombrables questions se bousculaient sur sa langue ; il n’en retint qu’une seule, face à laquelle toutes les autres paraissaient futiles. Une question qu’il s’était souvent posée. Mais aujourd’hui plus que jamais, il attendait une réponse.
« Pourquoi moi ? »
Il entendit le vieux pousser un long soupir. Long et douloureux.
« J’ai confiance en toi. »
Arth s’écroula sous le poids des mots. Ses genoux heurtèrent brutalement les pavés sanglants, lui tirant un gémissement de douleur. Chaque parcelle de son cerveau lui hurlait de refuser. Insouciant. Il voulait rester insouciant.
Les larmes commencèrent à couler. Cette fois-ci, il aurait été puéril de garder une assurance de façade. Le vieux savait clairement ce qu’il ressentait.
« Je ne veux pas, Deus…, sanglota-t-il. »
Il sentit une légère pression sur ses épaules frémissantes.
« Je ne voulais pas non plus… »
Une fillette était apparue face à lui. Elle lui enlaçait tendrement le cou, sa petite tête appuyée tout contre sa poitrine. Le jeune garçon ne fut pas vraiment surpris ; il avait reconnu le regard las, épuisé du vieux. Il se demandait combien de temps il lui faudrait pour avoir la même lueur résignée au fond des yeux.
« On s’ennuie rapidement de ses pouvoirs, Arth…, lui chuchota la fille dans le creux de l’oreille. »
Il y avait tant de choses qu’il ne savait pas. Tant de choses à apprendre. Mais, curieusement, il savait qu’il allait s’en tirer. Après tout, le vieux avait confiance en lui. Et le vieux se trompait rarement.
Il repoussa doucement la petite fille. Il s’était fait une raison. Inutile de s’apitoyer plus longtemps sur son sort. Il arrivait un moment où même les gamins dans son genre devaient prendre leurs responsabilités. Son cœur souffrait, certes, et il avait une furieuse envie de tout abandonner. Mais il ne pouvait pas. Personne ne lui avait dit que ça serait facile.
Arth vit la fillette s’éloigner lentement. Elle lui fit un signe de la main. A mi-chemin entre un geste d’excuse et un adieu. Le jeune garçon lui sourit.
« Tu n’as pas à t’inquiéter, Deus. Je te succèderai. Et je mettrai de l’ordre dans tout ce merdier. »
------------
III/
« Que tout le monde se calme. »
Chron ne se laissa pas distraire par la voix doucereuse de Hated. Etant le plus vieux du Conseil, il estimait qu’il était de sa responsabilité de régler les problèmes. Ce pourquoi, depuis l’apparition de Hated, il était plongé dans ses réflexions. Et selon ses calculs, c’était vraiment mal barré.
« Je n’ai rien fait à Arth. Et je ne vous ferai rien non plus. Tout ce que je vous demande, c’est un peu de coopération. »
Chron n’en croyait pas ses oreilles. Montée d’adrénaline. Tout n’était pas perdu.
« Je ne vais pas y aller par quatre chemins : je veux remplacer Deus à la tête du Conseil. Y a-t-il des objections ? »
Chron sourit amèrement. Il fallait s’y attendre. C’était précisément ce que redoutait Deus quand il l’avait enfermé. Un pouvoir comme celui de Hated permettait tous les abus. D’ailleurs, personne n’osa manifester sa désapprobation.
« Vous êtes sûrs ? Ce n’est pas comme si j’allais tuer celui qui s’opposerait à ma volonté…, fit Hated en arborant un sourire étrange. »
Toujours rien. Les membres du Conseil semblaient atteints de pasconcernite aiguë. Quelques uns observaient le plafond, manifestant un intérêt soudain pour les fresques défraîchies qui l’ornaient. Lust, elle, regardait ses ongles d’un air qui se voulait absorbé. Mais le tic nerveux qui agitait les coins de sa bouche ne trompait personne.
Parfait. Il ne fallait en aucun cas mettre Hated de mauvaise humeur. Qui savait comment-il réagirait ?
« Très bien. Je vais donc prendre la place qui me revient. »
Hated rejoignit l’extrémité de la table. Un petit geste. Tendre. Une caresse sur le velours du trône de Deus. Du défunt Deus. Puis il s’assit. Et comme si ce n’était pas assez provocateur, il déplia ses jambes et les posa bruyamment sur la table ovale.
« Ordre du jour ? »
Chron se demanda pendant un bref instant quelle attitude allaient adopter les membres du Conseil. Un très bref instant. Depuis le moment où Hated avait foulé le sol en marbre de la salle, la reddition avait été signée. Ils avaient un travail à accomplir. Avec ou sans Deus. Et surtout, ils tenaient à leur vie supposée éternelle.
Et la réunion débuta. Comme d’habitude.
Chron se passa la main sur le visage puis tourna la tête vers la porte. Ou plus précisément vers le corps inerte adossé tout près de la porte. Hated avait dit vrai. Arth était vivant. Sa poitrine se soulevait, s’abaissait lentement. Chron se cala plus confortablement dans son fauteuil en cuir noir. Il ne lui restait plus qu’à attendre qu’il reprenne connaissance.
Par acquis de conscience, Chron examina une fois de plus les événements qui s’étaient succédé depuis la mort de Deus. Il rit nerveusement, se rendant compte que le succès de son plan ne tenait qu’à une déduction. Probablement foireuse, d’ailleurs. Mais ça ne coûtait rien d’essayer. Il n’avait plus grand-chose à perdre. Ce qui l’étonnait, c’était que personne ne semblait se préoccuper du détail sur lequel reposait son optimiste théorie.
L’attitude d’Arth.
Ils avaient du la considérer comme une tentative de fuite. Ce qui aurait été complètement stupide, puisqu’il n’avait nulle part où fuir. Et pour l’avoir connu pendant un certain temps, il savait qu’Arth était tout sauf stupide. Ce qui avait amené Chron à penser qu’Arth savait quelque chose de plus que lui. Quelque chose de plus qu’eux tous.
Comme l’endroit où se trouvait le Détonateur.
Chron sourit devant l’ampleur de sa naïveté. Bien qu’il soit persuadé que Deus ne serait jamais allé risquer sa vie dans le monde des humains sans spécifier la location du Détonateur à quelqu’un, il doutait réellement que ce quelqu’un soit cet étourdi d’Arth. Confier une telle responsabilité à un gamin rêveur relèverait de l’inconscience. Certes, la plupart des membres du Conseil étaient des connards de base, catégorie à laquelle n’appartenait pas Arth. A laquelle Chron n’appartenait pas non plus. Et pourtant, Deus ne lui avait rien dit.
« Assez ! »
Chron sursauta, reconnaissant la voie dure et rocailleuse de Khuraj. Celui-ci s’était levé, interrompant Moneh en plein milieu d’un rapport sur la dévalorisation du dollar.
« Comment pouvez-vous…, commença-t-il, tremblant de fureur. »
Du haut de ses deux mètre quinze, Khuraj jeta un regard méprisant à l’Assemblée. Les coutures de sa tunique menaçaient de sauter sous la pression de ses puissants muscles.
« Comment pouvez-vous faire comme si de rien n’était ? poursuivit-il d’une voix sourde. Deus est mort, et c’est comme ça que vous l’honorez ? En vous écrasant comme des mauviettes devant cet enfant de pute ? »
Aujourd’hui plus que jamais, Chron se disait qu’il y avait vraiment des gens qui ne servaient à rien d’autre qu’à foutre la merde. Et Khuraj était de ceux-là.
Hated avait l’air de garder son calme. A le regarder, on pouvait même croire qu’il n’avait rien entendu.
« Attention, Khuraj… N’oublie pas que tu insultes notre mère à tous…, fit-il d’une voix faussement légère.
- Foutaises ! Tu sais très bien ce qu’on est. Deus nous a créés dans le seul but de l’aider à accomplir sa tâche. Nous n’avons pas de parents, et nous sommes encore moins frères. La seule chose que nous possédons, c’est une mission : assister Deus dans la direction de ce monde.
- Mission que je fais le serment de mener à bien, Khuraj. Je ne vois pas où est le problème…
- Deus t’a enfermé il y a trois mille ans. Tu es une menace pour nous tous.
- Deus, Deus et encore Deus…, soupira Hated. Tu devrais l’oublier un peu et te préoccuper davantage de ton sort…
- Tu es le seul qui puisse nous tuer, Hated, continua-t-il sans se démonter. Ne nous leurrons pas. Si cette bande d’incapables t’obéit, c’est par peur, et non parce qu’ils pensent que tu es l’homme de la situation. »
Pour la première fois depuis le début de leur conversation, Chron eut l’impression que Khuraj avait touché un point sensible. Hated fronça les sourcils, décontenancé.
« Crois-tu que j’aie demandé à avoir ce pouvoir ? Je suis comme Deus a bien voulu me faire.
- C’est faux, et tu le sais très bien. Tu n’es rien d’autre qu’une expérience…
- JE T’INTERDIS DE DIRE ÇA ! »
Hated se redressa brusquement. Il n’y avait désormais plus aucune trace de sérénité sur son visage aux traits déformés par la rage. Khuraj, lui, avait repris son calme. Un sourire triomphant aux lèvres, il avança tranquillement vers son interlocuteur.
« Tu n’es rien d’autre qu’une expérience ratée, martela-t-il, appuyant chacun de ces mots avec délectation. »
Tout se passa très vite. Trop vite pour que Chron puisse saisir dans son intégralité ce qui se déroulait. Mais la tête de Khuraj roulant grotesquement sur le marbre rougi l’aida à avoir une idée d’ensemble. Hated suffoquait, incapable de reprendre son souffle. Il ne pouvait détacher son regard de l’insupportable sourire qui déformait toujours les lèvres de Khuraj.
« Vous… Vous n’avez pas changé, hein ? hoqueta-t-il. »
Chron fut extrêmement surpris de sentir les douloureuses aiguilles de la compassion titiller son cœur. La situation de Hated était clairement insoutenable. A vrai dire, Chron commençait même à culpabiliser. Un peu. Pas assez, bien entendu, pour qu’il perde de vue son plan.
De toute façon, il n’avait plus le temps de plaindre Hated. Cela faisait un moment qu’Arth s’était réveillé.
Chron s’éclaircit brièvement la voix.
-**-
Arth se trouvait dans une ruelle sombre. Une de ces ruelles pavées de mauvaises intentions, à savoir que chacun de ses pas menaçait de le faire choir sur son arrière-train divin. Il se baissa, effleurant du bout des doigts le sol glissant. Difficile de reconnaître le liquide qui l’inondait dans une obscurité aussi dense, mais son goût métallique ne laissait aucun doute sur sa nature. Il marchait sur du sang, probablement le sien.
A vrai dire, Arth était déçu. Il avait imaginé quelque chose d’autrement plus grandiose que cette piteuse représentation. C’était donc ça, ce qu’il y avait après la mort ? A croire que les clichés humains sur l’au-delà étaient vérifiés. Le vieux aurait quand même pu se fouler un peu plus…
« Toujours en train de te plaindre Arth… »
Voilà, maintenant, il entendait la voix du vieux. Vraiment, quelle désillusion. Il ne manquait plus que le coup de la lumière salvatrice…
« Suis la lueur, Arth, je t’attends au bout du chemin. »
Il se retint de rire, conservant l’expression de morgue qui convenait aux circonstances. Autant jouer le jeu jusqu’au bout.
« Très bien. Puissent tes pouvoirs sacrés purifier mes péchés et me permettre de reposer en paix.
- Assez ! »
L’injonction claqua violemment, faisant vibrer douloureusement les tympans sensibles du jeune garçon. Apparemment, il n’avait pas su doser l’ironie dans ses propos.
« Tu n’as pas l’air de saisir l’urgence de la situation. »
Arth trouvait cette réprimande déplacée. Après tout, c’était de sa faute s’ils étaient dans un pétrin pareil… De toutes les manières, ils étaient tous les deux morts, à présent. A quoi bon se préoccuper d’un problème qui ne les concernait plus ?
« Tu te trompes. Aucun de nous deux n’a encore trépassé.
- Chron était formel… Ton signal s’est éteint ! »
Arth passa une main fébrile sur son visage brûlant. Il se pinça l’arête du nez, dans une expression de réflexion intense, puis se frappa le front de sa paume ouverte.
« Suis-je bête. Tout s’explique. Je suis en train de rêver, tout ça n’est qu’un cauchemar, et je vais me réveiller d’ici peu, affolé et en sueur, mais sain et sauf, déclara amèrement le jeune garçon. »
Il sentait la colère monter en lui, brouillant sa vue et embrumant son esprit.
Plus de devinettes. Plus de demi-vérités. Il avait assez de toute cette mascarade. Il voulait savoir ce qui se passait réellement. A commencer par la raison de la descente du vieux dans le monde des humains.
« J’imagine que tu ne te contenteras pas d’obéir aveuglément.
- Non. »
Arth ne reconnut pas sa voix. Aplomb et détermination se mêlaient subtilement à une pointe de rage à peine contenue.
« Disons que je me suis rendu compte qu’il me fallait commencer à réfléchir à la retraite. Je pense avoir fait mon maximum pour la race humaine. Je ne crois pas pouvoir apporter quoi que ce soit de plus. Il est temps de céder la place à quelqu’un d’autre. C’est pourquoi je suis allé visiter nos petits protégés. Pour récupérer le Détonateur.
- Le Détonateur… »
Chron lui en avait déjà parlé. Nul ne savait exactement ce que c’était, ni où il se trouvait ; tous s’accordaient pourtant à lui prêter des pouvoirs faramineux. Un objet de légende, en somme. Logique que le vieux veuille garantir sa sûreté avant de démissionner.
« Ce n’est pas exactement cela, Arth… Le Détonateur joue un rôle crucial dans la passation de pouvoir.
- Tu veux dire que le prochain Président du Conseil devra le garder en secret, tout comme tu l’as fait durant ta présidence ? »
Arth entendit des éclats de rire enroués. Quelque chose amusait particulièrement le vieux, ce qui ne faisait qu’énerver davantage le jeune garçon.
« T’es-tu déjà demandé quelle était sa véritable utilité ? fit Deus, reprenant soudainement son sérieux. »
Arth se rendit compte qu’il ne s’était jamais réellement posé la question. Contrairement aux autres membres du Conseil, qui en débattaient à longueur de journée : les étymologistes pensaient qu’il pouvait tout bonnement faire exploser la Terre, les poètes qu’il permettrait le déclenchement d’une ère de bonheur pour les humains. Il ne se souvenait plus des autres thèses de ses confrères, mais il savait qu’elles faisaient légion. Chacun avait sa propre opinion, et mettait un point d’honneur à la mentionner à qui voulait bien l’entendre. Lui n’en avait aucune. Ce n’était pas dans ses habitudes de prendre position sur ce genre de sujet, où l’on ne pouvait départager aucune des parties. Cependant, fort alors des indications du vieux, il était capable de formuler une hypothèse pas trop invraisemblable.
« C’est donc ça… Il détient tes pouvoirs, n’est-ce pas ?
- Tout à fait. »
Arth imaginait le vieux agiter lentement la tête, avec cet air auguste si exaspérant.
« L’adresse que je t’ai donnée… »
Le jeune garçon serra son poing gauche, froissant le papier en question. Le vieux s’était subitement tu. Il devait s’être rendu compte qu’ajouter quoi que ce soit aurait été superflu.
N’importe quel imbécile aurait compris.
Malgré la foule de sentiments contradictoires qui l’envahissait, Arth s’efforçait d’analyser tranquillement la situation. Il était sûr que c’était la principale qualité qui avait amené le vieux à faire ce choix. D’innombrables questions se bousculaient sur sa langue ; il n’en retint qu’une seule, face à laquelle toutes les autres paraissaient futiles. Une question qu’il s’était souvent posée. Mais aujourd’hui plus que jamais, il attendait une réponse.
« Pourquoi moi ? »
Il entendit le vieux pousser un long soupir. Long et douloureux.
« J’ai confiance en toi. »
Arth s’écroula sous le poids des mots. Ses genoux heurtèrent brutalement les pavés sanglants, lui tirant un gémissement de douleur. Chaque parcelle de son cerveau lui hurlait de refuser. Insouciant. Il voulait rester insouciant.
Les larmes commencèrent à couler. Cette fois-ci, il aurait été puéril de garder une assurance de façade. Le vieux savait clairement ce qu’il ressentait.
« Je ne veux pas, Deus…, sanglota-t-il. »
Il sentit une légère pression sur ses épaules frémissantes.
« Je ne voulais pas non plus… »
Une fillette était apparue face à lui. Elle lui enlaçait tendrement le cou, sa petite tête appuyée tout contre sa poitrine. Le jeune garçon ne fut pas vraiment surpris ; il avait reconnu le regard las, épuisé du vieux. Il se demandait combien de temps il lui faudrait pour avoir la même lueur résignée au fond des yeux.
« On s’ennuie rapidement de ses pouvoirs, Arth…, lui chuchota la fille dans le creux de l’oreille. »
Il y avait tant de choses qu’il ne savait pas. Tant de choses à apprendre. Mais, curieusement, il savait qu’il allait s’en tirer. Après tout, le vieux avait confiance en lui. Et le vieux se trompait rarement.
Il repoussa doucement la petite fille. Il s’était fait une raison. Inutile de s’apitoyer plus longtemps sur son sort. Il arrivait un moment où même les gamins dans son genre devaient prendre leurs responsabilités. Son cœur souffrait, certes, et il avait une furieuse envie de tout abandonner. Mais il ne pouvait pas. Personne ne lui avait dit que ça serait facile.
Arth vit la fillette s’éloigner lentement. Elle lui fit un signe de la main. A mi-chemin entre un geste d’excuse et un adieu. Le jeune garçon lui sourit.
« Tu n’as pas à t’inquiéter, Deus. Je te succèderai. Et je mettrai de l’ordre dans tout ce merdier. »

Stheil- Nombre de messages: 15
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