le puzzle
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le puzzle
Un petit texte qui prend place dans le premier tiers de l'ensemble déjà évoqué ici. D'où clins d'oeils, thèmes récurrents, esquisses, etc. parfois peu ou moins compréhensibles hors contexte.
Le narrateur est le patron.
Merci
Le puzzle
Ça crie. Ça court. Ça bouscule. Ça vomit. Ça pleure, ça rit, ça laisse des miettes partout, de la glace fondue, des papiers de bonbon. Souvent, ça a le nez morveux, parfois même, la fiente leur coule le long des fesses et s’échappe en dégoulinant le long d’une cuisse. Ça coule vert, mais aussi jaunasse.
Au début, en arrivant, la plupart les tiennent en laisse. Au pied. Assis ! Pas bouger. Ils comprennent, mais ça ne s’inscrit pas durablement, il faudrait leur fixer des écouteurs aux oreilles, serinant le même message en boucle. Assis. Sage. Peut-être quelques mots de plus ? Comme « rapporte ».
J’ai lu que certains chiens, les boxers notamment, peuvent mémoriser beaucoup de mots. Il y avait même un boxer prodige, en Allemagne, qui devait dépasser les deux cents ! Bon, il ne faisait de phrases, d’accord. Mais il rapportait, au moins, lui.
Au début, donc, au pied !, ça se passe entre eux et je ne me mêle jamais des affaires privées. C’est leur choix, leur croix, etc. Ils ont sacré roi un enfançon qui n’en demandait pas tant et ils s’étonnent de devoir supporter un tyranneau. Imbéciles qui croient faire le bien et font le mal, par déchéance narcissique.
Celui-là, c’est le collier de force, qu’il lui faudrait.
Va-t-il cesser de me regarder avec ces yeux-là, bon sang !
Ils en ont toute une panoplie- le grand regard étonné, yeux écarquillés ; la surprise inquiète, pupille brillante, sourcil à demi froncé ; l’indignation, le courroux, la peur, la panique ; la joie perfide quand ils s’apprêtent à écraser ou martyriser quelque animalcule, ou seulement y songent ; la joie ensoleillée, enfin, ensoleillante, dont je n’ai rien à dire de particulier.
Et sa réaction : « maman, pourquoi il me fait ses gros yeux, le monsieur ? »… La mère s’apprête à bêler- et s’il a choisi la mère, on imagine ce que doit être le « père ». Je la coupe.
Tout d’abord, je tiens à vous féliciter pour l’éducation que vous inculquez à votre fils, si, si, car il s’agit bien de votre fils, n’est-ce pas ? Oui, bien sûr, sinon…
Revenons à votre héritier…Il parle de moi poliment. Il n’a pas dit, l’autre enculé ! Si, si, je vous jure, d’aussi petits que ça… Je l’ai entendu. Oui, comme vous dites, c’est un monde.
Ceci posé, mon café est un lieu paisible, où viennent passer leurs dernières heures quelques vénérables retraités (coup de menton vers les spectres peu amènes qui règnent là-bas, au loin, dans le fond). Et oui, j’énonce non un reproche mais un fait : votre fils est… bruyant. Ceci dit, en fonction du temps que vous comptez passer dans mon établissement, je peux vous confier un puzzle. J’ai dit confier. Vous vous engagez à me le rendre dans le même état ? Sans voler de pièce ?
Le gosse dit : oui maman. Les parents bêlent : oh ! moins d’une heure.
Je vais chercher l’un des puzzles hérités du tonton, il devait les fabriquer secrètement lui-même. Le thème en est obsessionnel : une toile d’araignée. Des photos de toiles d’araignée. L’un des plus déments, mais non le plus difficile, représente le puzzle incomplet et partiellement fautif d’une toile d’araignée, avec, étalées au centre, les pièces restantes.…
- ça a quel âge ?
- J’ai cinq ans.
- Et ça parle… ! Pour un peu, ça se prendrait même pour un homme à part entière… Une pièce de collection. Du fait-main. De l’art !
Et je les plante là. Du coin de l’œil, mine de rien, je m’amuse. Bien sûr, le puzzle est trop compliqué pour leur rejeton. Mais comme le petit prodige s’impatiente, papa donne un coup de main, enfin, essaye… Il hausse les épaules, penaud, quête le soutien de a femme absorbée par son chocolat qui fut chaud. Elle y viendra, pourtant. Mais le puzzle est presque trop compliqué pour elle aussi, et le temps passe… ils ont gardé leur mouflet tout le long, ça c’est une réussite.
Du sens, c’est ce qu’on cherche tous. Avec la connivence… Mais, soit on ne trouve jamais les pièces manquantes, ce qui est peut-être une chance, soit l’élucidation n’apporte rien, à part la satisfaction immédiate de l’égo, bien sûr.
Et certains s’en contentent.
Le narrateur est le patron.
Merci
Le puzzle
Ça crie. Ça court. Ça bouscule. Ça vomit. Ça pleure, ça rit, ça laisse des miettes partout, de la glace fondue, des papiers de bonbon. Souvent, ça a le nez morveux, parfois même, la fiente leur coule le long des fesses et s’échappe en dégoulinant le long d’une cuisse. Ça coule vert, mais aussi jaunasse.
Au début, en arrivant, la plupart les tiennent en laisse. Au pied. Assis ! Pas bouger. Ils comprennent, mais ça ne s’inscrit pas durablement, il faudrait leur fixer des écouteurs aux oreilles, serinant le même message en boucle. Assis. Sage. Peut-être quelques mots de plus ? Comme « rapporte ».
J’ai lu que certains chiens, les boxers notamment, peuvent mémoriser beaucoup de mots. Il y avait même un boxer prodige, en Allemagne, qui devait dépasser les deux cents ! Bon, il ne faisait de phrases, d’accord. Mais il rapportait, au moins, lui.
Au début, donc, au pied !, ça se passe entre eux et je ne me mêle jamais des affaires privées. C’est leur choix, leur croix, etc. Ils ont sacré roi un enfançon qui n’en demandait pas tant et ils s’étonnent de devoir supporter un tyranneau. Imbéciles qui croient faire le bien et font le mal, par déchéance narcissique.
Celui-là, c’est le collier de force, qu’il lui faudrait.
Va-t-il cesser de me regarder avec ces yeux-là, bon sang !
Ils en ont toute une panoplie- le grand regard étonné, yeux écarquillés ; la surprise inquiète, pupille brillante, sourcil à demi froncé ; l’indignation, le courroux, la peur, la panique ; la joie perfide quand ils s’apprêtent à écraser ou martyriser quelque animalcule, ou seulement y songent ; la joie ensoleillée, enfin, ensoleillante, dont je n’ai rien à dire de particulier.
Et sa réaction : « maman, pourquoi il me fait ses gros yeux, le monsieur ? »… La mère s’apprête à bêler- et s’il a choisi la mère, on imagine ce que doit être le « père ». Je la coupe.
Tout d’abord, je tiens à vous féliciter pour l’éducation que vous inculquez à votre fils, si, si, car il s’agit bien de votre fils, n’est-ce pas ? Oui, bien sûr, sinon…
Revenons à votre héritier…Il parle de moi poliment. Il n’a pas dit, l’autre enculé ! Si, si, je vous jure, d’aussi petits que ça… Je l’ai entendu. Oui, comme vous dites, c’est un monde.
Ceci posé, mon café est un lieu paisible, où viennent passer leurs dernières heures quelques vénérables retraités (coup de menton vers les spectres peu amènes qui règnent là-bas, au loin, dans le fond). Et oui, j’énonce non un reproche mais un fait : votre fils est… bruyant. Ceci dit, en fonction du temps que vous comptez passer dans mon établissement, je peux vous confier un puzzle. J’ai dit confier. Vous vous engagez à me le rendre dans le même état ? Sans voler de pièce ?
Le gosse dit : oui maman. Les parents bêlent : oh ! moins d’une heure.
Je vais chercher l’un des puzzles hérités du tonton, il devait les fabriquer secrètement lui-même. Le thème en est obsessionnel : une toile d’araignée. Des photos de toiles d’araignée. L’un des plus déments, mais non le plus difficile, représente le puzzle incomplet et partiellement fautif d’une toile d’araignée, avec, étalées au centre, les pièces restantes.…
- ça a quel âge ?
- J’ai cinq ans.
- Et ça parle… ! Pour un peu, ça se prendrait même pour un homme à part entière… Une pièce de collection. Du fait-main. De l’art !
Et je les plante là. Du coin de l’œil, mine de rien, je m’amuse. Bien sûr, le puzzle est trop compliqué pour leur rejeton. Mais comme le petit prodige s’impatiente, papa donne un coup de main, enfin, essaye… Il hausse les épaules, penaud, quête le soutien de a femme absorbée par son chocolat qui fut chaud. Elle y viendra, pourtant. Mais le puzzle est presque trop compliqué pour elle aussi, et le temps passe… ils ont gardé leur mouflet tout le long, ça c’est une réussite.
Du sens, c’est ce qu’on cherche tous. Avec la connivence… Mais, soit on ne trouve jamais les pièces manquantes, ce qui est peut-être une chance, soit l’élucidation n’apporte rien, à part la satisfaction immédiate de l’égo, bien sûr.
Et certains s’en contentent.

pierre-henri- Nombre de messages: 705
Age: 53
Localisation: Raiatea
Date d'inscription: 17/02/2008
Re: le puzzle
J’aime beaucoup ton écriture. Rapide. Avec des phrases courtes. Des dialogues aussi. Un texte très imagé. Très présent. Très crédible. J’ai eu l’impression d’être dans la tête de ce type mais justement… je n’ai pas envie d’être dans sa tête. Je n’aime pas sa comparaison entre les enfants et les chiens… S’il n’y avait pas cette comparaison, je crois que ça passerait très bien. C’est vrai que les gosses, ça peut être pénible, surtout au restaurant.
Sinon, super le coup du puzzle. Seulement, il faudrait qu’il soit un peu moins difficile. Long mais pas trop difficile. Tu peux croire mon expérience. Des puzzles, j’en achète souvent pour ma classe, que ce soit des CP ou des grands. Si c’est trop difficile, ils ne s’accrochent pas, ils abandonnent (comme on le ferait nous même d’ailleurs).
Sinon, super le coup du puzzle. Seulement, il faudrait qu’il soit un peu moins difficile. Long mais pas trop difficile. Tu peux croire mon expérience. Des puzzles, j’en achète souvent pour ma classe, que ce soit des CP ou des grands. Si c’est trop difficile, ils ne s’accrochent pas, ils abandonnent (comme on le ferait nous même d’ailleurs).

Anne Veillac- Nombre de messages: 568
Age: 47
Localisation: a.veillac@laposte.net
Date d'inscription: 22/03/2008

Re: le puzzle
Pareil, j'aime le rythme du texte mais il est à la limite gênant...et je ne vois pas trop le " but ", s'il y en a un.
J'aime quand même beaucoup l'écriture =)
J'aime quand même beaucoup l'écriture =)

Yaäne- Nombre de messages: 619
Age: 21
Date d'inscription: 11/04/2008
Re: le puzzle
Yaäne a écrit:Pareil, j'aime le rythme du texte mais il est à la limite gênant...et je ne vois pas trop le " but ", s'il y en a un.
J'aime quand même beaucoup l'écriture =)
Disons seulement que ce petit texte, "amusant", se justifie bel et bien par la suiite.
Mais je sens la question de la morale, sous-jacente. J'hésitais à mettre en exergue "Un sourire d'enfant/ un judas pour se pendre". Est-ce assez dire combien je les aime?

pierre-henri- Nombre de messages: 705
Age: 53
Localisation: Raiatea
Date d'inscription: 17/02/2008
Re: le puzzle
Je ne pense pas que ce soit vraiment une question de morale.
Personnellement, je n’ai pas lu le texte en me disant « Oh là là ! Ce n’est pas bien ce que pense ce personnage… » C’est plus une question d’identification au narrateur. Si on se dit : « Quel con celui là ! » ça ne marche pas.
J’ai lu un livre dont je ne me rappelle ni du titre ni de l’auteur (celui qui a écrit « le vieux qui lisait des romans d’amour », Sépulveda, c’est ça ?). Le livre raconte la confession d’un tueur à gages. Pas franchement moral… mais j’ai accroché parce que le narrateur était sympathique.
Et puis, pour finir, il est quand même bien ce patron de restaurant. J’aime vraiment bien le coup du puzzle.
Personnellement, je n’ai pas lu le texte en me disant « Oh là là ! Ce n’est pas bien ce que pense ce personnage… » C’est plus une question d’identification au narrateur. Si on se dit : « Quel con celui là ! » ça ne marche pas.
J’ai lu un livre dont je ne me rappelle ni du titre ni de l’auteur (celui qui a écrit « le vieux qui lisait des romans d’amour », Sépulveda, c’est ça ?). Le livre raconte la confession d’un tueur à gages. Pas franchement moral… mais j’ai accroché parce que le narrateur était sympathique.
Et puis, pour finir, il est quand même bien ce patron de restaurant. J’aime vraiment bien le coup du puzzle.

Anne Veillac- Nombre de messages: 568
Age: 47
Localisation: a.veillac@laposte.net
Date d'inscription: 22/03/2008

Re: le puzzle
Anne Veillac a écrit:J’ai lu un livre dont je ne me rappelle ni du titre ni de l’auteur (celui qui a écrit « le vieux qui lisait des romans d’amour », Sépulveda, c’est ça ?). Le livre raconte la confession d’un tueur à gages. Pas franchement moral… mais j’ai accroché parce que le narrateur était sympathique.
Journal d'un tueur sentimental !! Je l'ai lu il y a quelques mois, j'ai adoré tout comme je suis fan de Luis Sepulveda. Effectivement le côté "pas moral" du gars passe très bien. J'ai aussi lu Le vieux qui lisait des romans d'amour, Le Neveu d'Amérique et Rendez-vous d'amour dans un pays en guerre. Ce dernier est un receuil de nouvelles.. de vrais bijoux ! Cet écrivain me fait voyager.. d'autant que j'ai deux semaines de souvenirs de son continent dans ma tête.

Vaguerrance- Nombre de messages: 81
Age: 20
Localisation: par là
Date d'inscription: 06/05/2008
Re: le puzzle
Anne Veillac a écrit:C’est plus une question d’identification au narrateur. Si on se dit : « Quel con celui là ! » ça ne marche pas.
Anne, ta remarque me laisse entendre qu'un personnage antipathique dans une fiction serait moins crédible qu'un héro auquel on s'identifie plus volontiers. Je ne pense pas que c'est ce que tu as voulu dire. Pour ma part j'apprécie beaucoup qu'un auteur fasse vivre sous mes yeux quelqu'un que je fuirais plutôt dans la réalité. J'aime chercher la faille de ce genre d'individu désagréable, qu'on m'amène à "comprendre" ce qui a fait qu'il est ce qu'il est.

Arielle- Nombre de messages: 4554
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: le puzzle
Sinon, pour (quand même) parler un peu du texte, je suis plutôt d'accord avec le narrateur, et il n'y a là rien de choquant, je trouve. Il me semble que la critique d'adresse plus aux parents et à l'éducation qu'aux enfants..non? Donc la comparaison avec le boxer passe tout seul. C'est drôle et réfléchi. J'adore les enfants, hin (enfin pas tous, normal) mais ça ne m'empêche pas d'apprécier ce texte.
J'aime bien ce genre d'écrits, un peu "vache", qui remet en question une façon de faire unniverselle.
J'aime bien ce genre d'écrits, un peu "vache", qui remet en question une façon de faire unniverselle.

Vaguerrance- Nombre de messages: 81
Age: 20
Localisation: par là
Date d'inscription: 06/05/2008
Re: le puzzle
Du sens, c’est ce qu’on cherche tous. Avec la connivence… Mais, soit on ne trouve jamais les pièces manquantes, ce qui est peut-être une chance, soit l’élucidation n’apporte rien, à part la satisfaction immédiate de l’égo, bien sûr.
Et certains s’en contentent.
Pour le sens, en tant que but atteignable, sans doute faut-il se faire une raison. Pour le sens comme direction, comme mouvement, je suis assez optimiste (hum…). Peu m’importe de ne pas compléter le puzzle, tant que je cherche, et tant que d’autres cherchent avec moi…ce qui est, soit dit en passant, plus difficile à trouver. Et puis sincèrement, un puzzle complété n’a plus aucun intérêt, et sans doute n’était-ce pas le bon, d’ailleurs, s’il est trop facile…
Pour le style, belle écriture hachée et dialogues vivants.
Pour le reste, aimant les enfants beaucoup plus que les adultes, je me suis pourtant identifiée sans rechigner à ce narrateur. Je dois être un monstre… J’ai écrit le truc ci-dessous, il y a quelques jours. Aucune prétention littéraire. Juste pour confronter une autre vision, disons un autre point de vue sur « l’enfance ».
Un enfant dans une cour d’école. Il est entouré d’autres enfants qui jouent et qui crient. Il joue, il crie avec eux. Il est avec eux. Mais il fait semblant. Il ne joue pas, au fond. Tout au fond, il ne joue pas, il ne joue jamais. Jamais pour de vrai. Il joue à jouer. Il regarde, et il attend. Il attend que le jeu vienne. Mais le jeu ne vient jamais. Le jeu ne vient que quand il est seul. Perché dans l’arbre, souvent.
Là, dans la cour, il s’ennuie. Le bruit, tout ce bruit lui fait mal aux oreilles. Alors, pour voir, pour essayer, il fait semblant. Il fait semblant, toujours. Peine perdue. Ça ne marche pas. Il est seul au milieu de la cour, des autres, du bruit, du monde. Mais au moins, personne ne voit rien. Faire semblant, c’est ce qu’il a appris, ici. Il fait ça tellement bien qu’il en serait presque fier si ça ne faisait pas aussi mal. Personne ne sait. Ni les autres, ni les grands. Il est seul à savoir. Et jusqu’à la fin des temps, il sera le seul à savoir, même si ça, il ne le sait pas encore.
Et il est presque violent avec l’autre, là-bas, celui qui ne fait pas semblant, comme lui, celui qui ne sait même pas faire semblant, comme lui, celui qui est vraiment seul, tout seul, et qu’ils appellent tous « le crétin ». C’est toujours celui-là qu’on appelle quand on a besoin d’un méchant, pour le jeu. Et toujours il vient. Trop heureux d’avoir un rôle, enfin. Même celui-là. Surtout celui-là.
Un rôle, enfin, pour jouer avec les autres le grand carnaval où on s’amuse bien. Parce qu’il faut bien s’amuser. La cour, c’est fait pour ça, s’amuser. C’est là qu’il faut s’amuser, c’est là qu’il faut vivre, c’est là qu’on apprend à vivre. Là où se croisent les solitudes.
.

presqu'île- Nombre de messages: 40
Age: 32
Localisation: any-where-out-of-the-world
Date d'inscription: 22/05/2008

Re: le puzzle
Arielle a écrit:
Anne, ta remarque me laisse entendre qu'un personnage antipathique dans une fiction serait moins crédible qu'un héro auquel on s'identifie plus volontiers. Je ne pense pas que c'est ce que tu as voulu dire .
Non, en effet, ce n’est pas une histoire de crédibilité, juste d’identification. J’ai besoin de ressentir de la sympathie pour le personnage principal, surtout si c’est lui le narrateur.
J’ai emprunté, dernièrement, à la bibliothèque, le livre de Joffrin « Microfictions ». J’ai lu cinq histoires et j’ai rapporté le livre. Justement parce que les personnages étaient très antipathiques (et c’était la volonté de l’auteur). Mais, d’autres lecteurs réagissent différemment puisque la livre a eu un prix littéraire, il s’est bien vendu et il sort en poche.
Concernant le patron de restaurant, je l’aime bien, c’est juste sa remarque sur les enfants et les chiens qui me gêne. C’est juste mon petit caprice de lectrice. J’aimerais mieux sans ce détail.

Anne Veillac- Nombre de messages: 568
Age: 47
Localisation: a.veillac@laposte.net
Date d'inscription: 22/03/2008

Re: le puzzle
J'ai beaucoup aimé ce texte, le ton, le style... et je l'ai trouvé hilarant ! En fait, je trouve le narrateur plutôt marrant (même si je n'ai pas d'aversion particulière pour les enfants), j'aime bien les personnages qui bousculent les conventions, et, celui-là, il est vraiment bon dans son genre ! Tellement bon que, en lisant les deux premières lignes, j'ai cru que je ne pourrais pas continuer tellement la description est écoeurante - heureusement, la vision que ce personnage a des enfants ne va pas trop loin dans ce genre de détails.
Un texte dynamique, drôle, vivant ! youpi ! (même si "youpi" n'est pas un commentaire très constructif !) :-)))
Un texte dynamique, drôle, vivant ! youpi ! (même si "youpi" n'est pas un commentaire très constructif !) :-)))

Halicante- Nombre de messages: 1799
Age: 42
Localisation: Ici et maintenant.
Date d'inscription: 25/05/2008

Re: le puzzle
"Quelqu'un qui n'aime ni les chiens ni les enfants ne peut pas être entièrement mauvais"
(vague citation de je-sais-plus-qui)
L'écriture est en effet rapide, enlevée, les personnages bien brossés. Il y a des choses bien vues, amusantes, perspicaces.
Une petite réserve sur la métaphore du puzzle, peut-être un peu "attendue" (pourquoi pas la rendre plus "originale", parce qu'une métaphore sur les toiles d'araignée, ça peut aussi le faire... Enfin c'est juste une suggestion !)
J'ai du mal à juger sur un extrait, mais comme dit Anne, j'ai trouvé que c'était pas "sympathique". Pas sur la morale, ou le personnage (j'aime bien les personnages bougons), mais dans le traitement. Disons que, dans la posture "supérieure" du patron, peut-être plus morale que "ralocheuse" je ne trouve pas la jouissance habituelle du discours misanthrope un peu excessif.
Comme Anne, je crois, en tant que lecteur, il me faudrait peut-être des éléments qui me rende ce patron un peu plus empathique (au moins), un peu plus proche... Il ne s'agit bien sûr que de mon goût de lecteur ! Voici mon avis sur le texte tel qu'il est : je pense que le fait de ne lire qu'un extrait fausse aussi sans doute mon jugement !
(vague citation de je-sais-plus-qui)
L'écriture est en effet rapide, enlevée, les personnages bien brossés. Il y a des choses bien vues, amusantes, perspicaces.
Une petite réserve sur la métaphore du puzzle, peut-être un peu "attendue" (pourquoi pas la rendre plus "originale", parce qu'une métaphore sur les toiles d'araignée, ça peut aussi le faire... Enfin c'est juste une suggestion !)
J'ai du mal à juger sur un extrait, mais comme dit Anne, j'ai trouvé que c'était pas "sympathique". Pas sur la morale, ou le personnage (j'aime bien les personnages bougons), mais dans le traitement. Disons que, dans la posture "supérieure" du patron, peut-être plus morale que "ralocheuse" je ne trouve pas la jouissance habituelle du discours misanthrope un peu excessif.
Comme Anne, je crois, en tant que lecteur, il me faudrait peut-être des éléments qui me rende ce patron un peu plus empathique (au moins), un peu plus proche... Il ne s'agit bien sûr que de mon goût de lecteur ! Voici mon avis sur le texte tel qu'il est : je pense que le fait de ne lire qu'un extrait fausse aussi sans doute mon jugement !

Loupbleu- Nombre de messages: 5849
Age: 40
Localisation: loupbleu@vosecrits.com
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: le puzzle
Tout d'abord, merci pour vos réponses et leur densité.
Préalable. J’ai des enfants. J’ai eu des boxers. Je ne suis pas masochiste…
J’avais mis quelques lignes pour « justifier » le texte, je les reprends :
Le patron du café, arrogant, lettré, écrivant, ayant un esprit atypique et bon fond néanmoins… est le principal, (et donc ils sont plusieurs, et même nombreux), narrateur. Son rapport à l’enfance peut s’expliquer déjà par sa fonction. Parlez d’enfants à ceux qui travaillent dans la restauration… Surtout, dans le cadre de ce recueil, il sert de jalon à une découverte ultérieure qui, elle-même, fera déraper ce personnage.
Enfin, lui comme moi, aimons bien choquer.
( Vous connaissez ce film italien-(N.M.)- où l’on voit des adultes tenter de joindre au téléphone d’autres adultes, la réception étant assurée, à chaque fois, par un enfant tyrannique exigeant qu’on lui fasse le cri du loup, de la chouette, du lapin, etc.)
Merci, lecteur, d’avoir relevé au passage que la « critique » visait bien davantage les parents, l’éducation, que l’enfant.
« Concernant le patron de restaurant, je l’aime bien, c’est juste sa remarque sur les enfants et les chiens qui me gêne. C’est juste mon petit caprice de lectrice. J’aimerais mieux sans ce détail. »
Associer les chiens et les enfants choque. Le patron témoigne régulièrement de son aversion pour les premiers (en l’espèce : une saucisse pisseuse et récurrente). Je ne veux pas d’un locuteur totalement sympathique. Je veux un homme avec ses failles. Les siennes. Pas les miennes. C’est bien l’intérêt, non, quand on prête la parole à quelqu’un ? Ce serait un autre récit, meilleur, peut-être, mais un autre, si notre gargotier était « meilleur ». Je ne le crois pas haïssable ou détestable pour autant. Les enfants le gonflent professionnellement. Bon. L’enfant centre du monde le gave. Bon.
La distance et l’ironie qu’il distille, que sont-ils ? Que peuvent-ils dire d’autre que ce que nous aussi disons quand nous disons ainsi ? Notre gêne, notre chagrin, notre mal-être.
L’ironie est une métaphore inutile.
Peut-être, aussi, le lecteur a-t-il compris qu’il s’agit d’un homme seul. Ce qui n’est nulle part écrit.
Vaguerrance, il te reste quelques Sepulveda à lire. Veinard. Bonne lecture, donc ! A Anna aussi.
Arielle : « Anne, ta remarque me laisse entendre qu'un personnage antipathique dans une fiction serait moins crédible qu'un héros auquel on s'identifie plus volontiers. Je ne pense pas que c'est ce que tu as voulu dire. Pour ma part, j'apprécie beaucoup qu'un auteur fasse vivre sous mes yeux quelqu'un que je fuirais plutôt dans la réalité. J'aime chercher la faille de ce genre d'individu désagréable, qu'on m'amène à "comprendre" ce qui a fait qu'il est ce qu'il est. » Je dirai même plus : ...
Alors, Arielle, de quoi j’ai l’air, maintenant ? Vous m’ôtez le pain et la brioche de la bouche ! Si vous continuez ainsi, je vais être obligé d’avouer que c’est vous qui avez écrit ce texte et moi Jehan !
« Pour le sens, en tant que but atteignable, sans doute faut-il se faire une raison. Pour le sens comme direction, comme mouvement, je suis assez optimiste (hum…). Peu m’importe de ne pas compléter le puzzle, tant que je cherche, et tant que d’autres cherchent avec moi…ce qui est, soit dit en passant, plus difficile à trouver. Et puis sincèrement, un puzzle complété n’a plus aucun intérêt, et sans doute n’était-ce pas le bon, d’ailleurs, s’il est trop facile… »
Mais on ne sait pas ce que le patron, lui, en pense. Enfin, je ne CROIS PAS. (J’écris en gros, pour le lecteur paresseux, pour obtenir une réponse à cette question…)
Sinon, cette tristesse des puzzles collés et accrochés… Mon dieu ! mon dieu ! mon dieu…
Presqu’île, pour ton texte, la vision du monde qui s’y lit, je me proclame, sans te demander la moindre autorisation, ton frère. (La phrase fait plouc, hein… question de rythmique… d’attente trompée.)
« j'aime bien les personnages qui bousculent les conventions, et, celui-là, il est vraiment bon dans son genre ! » Merci pour lui, car il se croit tel, en tous cas.
"Quelqu'un qui n'aime ni les chiens ni les enfants ne peut pas être entièrement mauvais"
(vague citation de je-sais-plus-qui)
Et : « Qui n’est pas misanthrope à 40 ans n’a jamais aimé les hommes. »
Une petite réserve sur la métaphore du puzzle, peut-être un peu "attendue" (pourquoi pas la rendre plus "originale", parce qu'une métaphore sur les toiles d'araignée, ça peut aussi le faire... Enfin c'est juste une suggestion !)
Je l’entends bien, et je trouve même l’idée excellente car/mais je l’utilise ailleurs et autrement. (Admettons que je moque de nous en la qualifiant d’excellente.) En fait, quelques symboles ou mythes se croisent : le puzzle, l’araignée et sa toile, le cercle, le centre…
J'ai du mal à juger sur un extrait, mais comme dit Anne, j'ai trouvé que c'était pas "sympathique". Pas sur la morale, ou le personnage (j'aime bien les personnages bougons), mais dans le traitement. Disons que, dans la posture "supérieure" du patron, peut-être plus morale que "ralocheuse" je ne trouve pas la jouissance habituelle du discours misanthrope un peu excessif.
C’est très vrai. Là, il est un peu à contre-emploi, dans la faille, la bordure, où il n’est pas d’ordinaire. En fait, cet entracte le montre pour la première fois, au-delà de sa supériorité affichée, dans un registre inhabituel.
Comme Anne, je crois, en tant que lecteur, il me faudrait peut-être des éléments qui me rende ce patron un peu plus empathique (au moins), un peu plus proche... Il ne s'agit bien sûr que de mon goût de lecteur ! Voici mon avis sur le texte tel qu'il est : je pense que le fait de ne lire qu'un extrait fausse aussi sans doute mon jugement !
Je dirais même plus : « … »
PS: je rappelle que c'est le narrateur du "fils d'Héracilte", par ex.
Préalable. J’ai des enfants. J’ai eu des boxers. Je ne suis pas masochiste…
J’avais mis quelques lignes pour « justifier » le texte, je les reprends :
Le patron du café, arrogant, lettré, écrivant, ayant un esprit atypique et bon fond néanmoins… est le principal, (et donc ils sont plusieurs, et même nombreux), narrateur. Son rapport à l’enfance peut s’expliquer déjà par sa fonction. Parlez d’enfants à ceux qui travaillent dans la restauration… Surtout, dans le cadre de ce recueil, il sert de jalon à une découverte ultérieure qui, elle-même, fera déraper ce personnage.
Enfin, lui comme moi, aimons bien choquer.
( Vous connaissez ce film italien-(N.M.)- où l’on voit des adultes tenter de joindre au téléphone d’autres adultes, la réception étant assurée, à chaque fois, par un enfant tyrannique exigeant qu’on lui fasse le cri du loup, de la chouette, du lapin, etc.)
Merci, lecteur, d’avoir relevé au passage que la « critique » visait bien davantage les parents, l’éducation, que l’enfant.
« Concernant le patron de restaurant, je l’aime bien, c’est juste sa remarque sur les enfants et les chiens qui me gêne. C’est juste mon petit caprice de lectrice. J’aimerais mieux sans ce détail. »
Associer les chiens et les enfants choque. Le patron témoigne régulièrement de son aversion pour les premiers (en l’espèce : une saucisse pisseuse et récurrente). Je ne veux pas d’un locuteur totalement sympathique. Je veux un homme avec ses failles. Les siennes. Pas les miennes. C’est bien l’intérêt, non, quand on prête la parole à quelqu’un ? Ce serait un autre récit, meilleur, peut-être, mais un autre, si notre gargotier était « meilleur ». Je ne le crois pas haïssable ou détestable pour autant. Les enfants le gonflent professionnellement. Bon. L’enfant centre du monde le gave. Bon.
La distance et l’ironie qu’il distille, que sont-ils ? Que peuvent-ils dire d’autre que ce que nous aussi disons quand nous disons ainsi ? Notre gêne, notre chagrin, notre mal-être.
L’ironie est une métaphore inutile.
Peut-être, aussi, le lecteur a-t-il compris qu’il s’agit d’un homme seul. Ce qui n’est nulle part écrit.
Vaguerrance, il te reste quelques Sepulveda à lire. Veinard. Bonne lecture, donc ! A Anna aussi.
Arielle : « Anne, ta remarque me laisse entendre qu'un personnage antipathique dans une fiction serait moins crédible qu'un héros auquel on s'identifie plus volontiers. Je ne pense pas que c'est ce que tu as voulu dire. Pour ma part, j'apprécie beaucoup qu'un auteur fasse vivre sous mes yeux quelqu'un que je fuirais plutôt dans la réalité. J'aime chercher la faille de ce genre d'individu désagréable, qu'on m'amène à "comprendre" ce qui a fait qu'il est ce qu'il est. » Je dirai même plus : ...
Alors, Arielle, de quoi j’ai l’air, maintenant ? Vous m’ôtez le pain et la brioche de la bouche ! Si vous continuez ainsi, je vais être obligé d’avouer que c’est vous qui avez écrit ce texte et moi Jehan !
« Pour le sens, en tant que but atteignable, sans doute faut-il se faire une raison. Pour le sens comme direction, comme mouvement, je suis assez optimiste (hum…). Peu m’importe de ne pas compléter le puzzle, tant que je cherche, et tant que d’autres cherchent avec moi…ce qui est, soit dit en passant, plus difficile à trouver. Et puis sincèrement, un puzzle complété n’a plus aucun intérêt, et sans doute n’était-ce pas le bon, d’ailleurs, s’il est trop facile… »
Mais on ne sait pas ce que le patron, lui, en pense. Enfin, je ne CROIS PAS. (J’écris en gros, pour le lecteur paresseux, pour obtenir une réponse à cette question…)
Sinon, cette tristesse des puzzles collés et accrochés… Mon dieu ! mon dieu ! mon dieu…
Presqu’île, pour ton texte, la vision du monde qui s’y lit, je me proclame, sans te demander la moindre autorisation, ton frère. (La phrase fait plouc, hein… question de rythmique… d’attente trompée.)
« j'aime bien les personnages qui bousculent les conventions, et, celui-là, il est vraiment bon dans son genre ! » Merci pour lui, car il se croit tel, en tous cas.
"Quelqu'un qui n'aime ni les chiens ni les enfants ne peut pas être entièrement mauvais"
(vague citation de je-sais-plus-qui)
Et : « Qui n’est pas misanthrope à 40 ans n’a jamais aimé les hommes. »
Une petite réserve sur la métaphore du puzzle, peut-être un peu "attendue" (pourquoi pas la rendre plus "originale", parce qu'une métaphore sur les toiles d'araignée, ça peut aussi le faire... Enfin c'est juste une suggestion !)
Je l’entends bien, et je trouve même l’idée excellente car/mais je l’utilise ailleurs et autrement. (Admettons que je moque de nous en la qualifiant d’excellente.) En fait, quelques symboles ou mythes se croisent : le puzzle, l’araignée et sa toile, le cercle, le centre…
J'ai du mal à juger sur un extrait, mais comme dit Anne, j'ai trouvé que c'était pas "sympathique". Pas sur la morale, ou le personnage (j'aime bien les personnages bougons), mais dans le traitement. Disons que, dans la posture "supérieure" du patron, peut-être plus morale que "ralocheuse" je ne trouve pas la jouissance habituelle du discours misanthrope un peu excessif.
C’est très vrai. Là, il est un peu à contre-emploi, dans la faille, la bordure, où il n’est pas d’ordinaire. En fait, cet entracte le montre pour la première fois, au-delà de sa supériorité affichée, dans un registre inhabituel.
Comme Anne, je crois, en tant que lecteur, il me faudrait peut-être des éléments qui me rende ce patron un peu plus empathique (au moins), un peu plus proche... Il ne s'agit bien sûr que de mon goût de lecteur ! Voici mon avis sur le texte tel qu'il est : je pense que le fait de ne lire qu'un extrait fausse aussi sans doute mon jugement !
Je dirais même plus : « … »
PS: je rappelle que c'est le narrateur du "fils d'Héracilte", par ex.

pierre-henri- Nombre de messages: 705
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