Regarde-moi!
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Regarde-moi!
La vieille Hindoue encaissa la monnaie sans sourire avant de contourner le rayon épicerie, trouvant sa place sur la chaise décrépie, près du ventilateur.
"Bonne soirée madame Benchik."
Adiba soupesa le panier d’osier. Il n’était pas bien lourd. Tout comme son portefeuille qui s’amenuisait d’ailleurs de jour en jour. Dire qu’elle avait déjà une quinzaine de retard pour le loyer ! Monsieur Rabah serait furieux, une fois de plus. Trouver du travail n’est cependant pas tâche facile lorsqu’on a la peau mate, la quarantaine bien sonnée et pour seul C.V, une volonté en béton armé. Les temps changent se disait-elle souvent, comme pour se rassurer.
Cheminant ainsi, Adiba ne se rendit même pas compte qu’elle était arrivée au pied de son immeuble. La cité s’étendait à perte de vue, bien différente du petit village de son enfance. Les H.L.M dominaient les petits commerces noctambules de leur couleur uniforme. Le temps semblait s’accorder avec la grisaille des bâtiments. On apercevait cependant quelques touches de couleurs de ci de là, quelques vêtements étendus aux balcons du premier étage. La seule note de verdure résidait en ce vieux platane tatoué par les jeunes, près du jardin d’enfants. Désert, celui-ci était entouré de fils barbelés, surement oubliés là par quelques ouvriers.
Adiba marmonna quelques mots au bon dieu avant de fourrer la main dans son sac à main, extirpant son trousseau de clés d’une poche extérieure. A quelques pas de là, une caravane rouillait tranquillement sur le vieux stade de foot. Il y avait déjà quelques années que les gitans étaient là. Certains disaient qu’ils avaient amené avec eux le chômage et l’alcoolisme. Mais elle n’y croyait pas, du moins n’en laissait-elle rien paraître. Adiba était une voisine sans problèmes disait-on, quoique certaines femmes la regardaient de travers du fait qu’elle ne se soit jamais mariée. Adiba se dirigeait vers l’ascenseur lorsqu’elle se souvint qu’il y avait près de deux mois qu’il était en panne. Une pancarte blanche était affichée sur la devanture. On y lisait l’inscription suivante : H.S. Résignée, Adiba emprunta les escaliers de pierres grises. Le petit Malik du premier étage zigzaguait sur ses nouveaux patins à roulettes. Ce n’étaient pas des rollers mais ça en avait la gueule et c’était surtout moins cher. La blanchisseuse lui adressa un petit bonjour de ses mains usées avant de retourner à ses affaires. Le deuxième étage était plus calme puisqu’il était inoccupé, les derniers locataires ayant été expulsés la semaine précédente. C’était ça le problème dans ce pays ; si t’avais pas les moyens ou que t’étais trop noir, on ne mettait pas de gants pour te foutre dehors. Au troisième étage, c’était encore une autre paire de manches. La nurserie qu’on l’appelait. Ils n’étaient pas moins de quinze sur le même palier. Souvent ça sentait la pisse ou le rat mort. Adiba parvint enfin au quatrième, s’arrêtant quelques instants pour reprendre haleine. Quelle vie de chien ! Achik, son voisin de palier, avait tout juste dix ans de moins qu’elle et n’était pas souvent chez lui. Aujourd’hui était une exception. Il était connu pour ses détours en cabane mais au fond ce n’était pas un mauvais bougre. Sa porte s’ouvrit d’ailleurs au moment même où elle se faisait cette réflexion. Ce soir, il avait fait un effort et troqué ses habituelles baskets trouées contre de vieilles chaussures de cuir marron. C’est étrange tout de même que je remarque un détail aussi ridicule se dit Adiba en lui rendant son bonsoir.
"J’allais sortir Adiba… Je pense revenir d’ici une semaine… Je te laisse la clé si tu as besoin de quelque chose pendant mon absence, n’hésite pas…"
"Très bien Achik, c’est gentil de ta part… Mais où vas-tu encore fourrer ton sale museau?"
"Ho Adiba, tu n’es pas gentille ce soir… Rassure-toi, je serai bientôt de retour… Et tu me feras un de tes tagines dont tu as le secret."
Tout en disant cela, il déposa un baiser sur ses joues creusées avant de s’échapper en riant. Adiba se mit à rire aussi, de bon cœur, pour la première fois depuis longtemps …
"Haha… Très bien, puisque tu me prends par les sentiments… Dieu te garde Achik!"
Elle reprit ensuite le panier d’osier et poussa la porte de son appartement. Il n’y avait plus de serrure, celle-ci ayant été forcée il y a quelques années. Le frigo était vide comme à l’accoutumée, mais à la longue, on apprenait à vivre avec, on se disait qu’on avait déjà de la chance d’en avoir un, que ça ne durerait pas toujours. L’appartement était composé de trois pièces. La première, la plus vaste, tenait lieu de cuisine et salle à manger, le mobilier se résumant à un frigo, une table et trois chaises, une étagère sommaire, une lampe, un bougeoir, un miroir et un fauteuil. Un vieux poste de radio grésillait dans le fond. Adiba rangea le peu de provisions que contenait le sac sur l’étagère avant d’enlever ses chaussures qui lui donnaient des ampoules infernales. Celle-ci resta là quelques minutes avant de tirer le rideau qui séparait la première de la deuxième pièce. Là se trouvaient une douche ainsi qu’un lavabo et quelques piles de vêtements sagement pliés sur une table de bois peinte. Il y avait quelques fuites mais on s’en accommodait sans trop chouiner. Elle enjamba la pièce, poussant la porte qui menait à la chambre. Cette pièce semblait la plus hospitalière de la maison et on constatait qu’un effort avait été fait de la part de sa propriétaire pour rendre l’endroit agréable. Un lit trônait au centre, voilé par des tentures orientales tandis que l’unique fenêtre de l’appartement révélait les néons blanchâtres d’une salle de cinéma. Un coffret à bijoux était apposé sur une table basse. Il y avait même un téléphone ainsi qu’un second fauteuil. Les murs étaient peints au henné, révélés par un instrument de musique inconnu. Adiba entreprit de se déshabiller, ses longues boucles noires reposant timidement sur ses épaules dénudées. C’était une belle femme, quoique un peu petite. Les premières rides creusaient un visage potelé, telles de petites rigoles par un matin d’automne. De beaux yeux sombres cernaient enfin une bouche pulpeuse, mêlant le caractère à la douceur du teint, trop terne à son goût. Adiba contempla la photo en noir et blanc accolée contre le mur. Elle ressemblait davantage à sa mère, c’était certain, Timide, Retenue, pleine de fierté. Adiba revêtit sa chemise de nuit, en lainage brodé d’or, avant de nouer ses cheveux en un chignon sauvage. Elle allait entrouvrir la fenêtre lorsque son regard fut attiré par une mince enveloppe sur le revers de son lit. Elle resta plantée là un bon moment avant d’esquisser un mouvement vers ladite enveloppe. Il devait y avoir une erreur pensa-t-elle tout d’abord. Elle n’avait pas reçu de courrier depuis vingt ans, hormis les factures coutumières. Mais c’était bien son nom qui était inscrit sur l’enveloppe de teinte rosée. Adiba ne reconnut pas l’écriture fine de sa mère, ni les pâtés de mouches de sa sœur ainée. La lettre ne venait donc pas du pays natal. Mais qui donc, ici, à Marseille, aurait bien pu vouloir écrire à la vieille Adiba. Ce devait être une blague, des gosses songeait-elle en déchirant l’enveloppe avec un soin méticuleux. L’écriture était courbe et régulière, tel un cargo flottant sur le couchant de la mer Méditerranée. Adiba caressa les quelques lignes d’un doigt affectueux. Un sourire zébra son visage fatigué. Le menton appuyé sur ses mains, Adiba essayait tant bien que mal de décrypter les mots retors. Mais ceux-ci demeuraient vides de sens. Pour la première fois de sa vie, Adiba regretta de ne pas savoir lire. Elle fourra sa lettre dans une des poches de son peignoir et retourna à la cuisine, songeuse. Ce soir là, Adiba garda sa lettre tout contre elle, quelles que soient les tâches qu’elle entreprit. Elle se coucha enfin vers vingt-trois heures, après avoir longuement vu et revu le petit morceau de papier, à présent tout chiffonné. A ce qu’elle avait pu constater, il n’était pas écrit en arabe. Cela venait donc bien de France. Elle avait également suggéré que l’émetteur soit de ses connaissances puisque la missive ne comportait pas de timbre poste. De plus, qui d’autre aurait su que sa porte n’était jamais fermée à clef ? C’était donc bien un ami. Du moins fallait-il l’espérer. Elle se promit de la porter le lendemain à la bibliothèque afin de faire déchiffrer les quelques mots qu’elle renfermait. Un chien hurla, comme chaque nuit, mais pour une fois, rien ne put troubler le sommeil d’Adiba.
Les premières lueurs du jour perçaient à peine les carreaux sales de la fenêtre lorsqu’elle s’éveilla ce matin là. La chambre était semblable aux autres jours. Il n’y avait rien à faire, les matins se succédaient depuis vingt ans, tous semblables les uns aux autres. Adiba soupira avant de retirer les couvertures encore chaudes. La lettre l’attendait sur la table basse, comme pour lui rappeler qu’elle n’était pas qu’un rêve. Adiba s’habilla à la hâte, se traînant jusqu’à la salle de bains. Elle se passa de l’eau sur le visage et peigna ses longs cheveux noirs. Ce rituel ne prenait pas moins d’une demi-heure chaque matin. Elle ne déjeunait jamais au lever, se contentant de deux repas par jour, un seul en fin de mois. On frappa. Adiba cria quelque chose avant de diriger ses pieds nus vers la porte d’entrée, à demi entrouverte.
"Bonjour Adiba … Comment vas-tu ce matin? "
La silhouette qui se profilait dans l’embrasure de la porte était celle de son voisin du dessus, et néanmoins ami, Amine. Adiba lui rendit son sourire avant de l’inviter à entrer.
"Bonjour Amine … Eh bien je viens de me lever comme tu vois… Et toi, qu’est ce qui t’amène ce matin?"
Amine avait pour habitude de lui rendre visite tous les dimanches à l’heure du thé. Ils bavardaient tous deux, sortaient de vieux albums de photos et confectionnaient de petits gâteaux marocains. Amine était sûrement l’homme le plus savant de la cité. Il sortait très peu de chez lui, occupant ses journées à recopier des bribes de Coran qu’il rangeait ensuite soigneusement dans d’épais classeurs colorés. Personne ne savait vraiment pourquoi. Il faisait souvent office de docteur, les consultations étant chères pour qui ne bénéficiait pas de la Sécu. Enfin, Amine avait toujours été l’ami de chacun, le confident muet. Il n’était pas de ceux qui racontent à qui veut bien les ragots de l’avant-veille. Lui, discret, se contentait de conseiller les uns, de rendre service aux autres, et ce, toujours avec le même sourire humble.
Il ne manquait jamais un dimanche. Adiba parcourut furtivement le calendrier de ses yeux sombres. Quelque chose clochait !
"Mais Amine … Nous ne sommes pas dimanche aujourd’hui!"
"Oui je sais bien… Excuse-moi de passer à l’improviste, je te dérange peut-être ?"
"Non, bien sur que non … Assieds-toi, tu es toujours le bienvenu… J’étais simplement un peu surprise".
"Oui … Merci. Je suis là pour t’annoncer une triste nouvelle j’en ai peur… Il s’agit du petit Daoud …"
Adiba sentit ses mains se crisper sur les bras déchirés du fauteuil. Elle fronça les sourcils, l’invitant à continuer…
"Il est parti Adiba… C’est fini… Ce n’était qu’une question de temps … Parfois la vie est bien cruelle… Nous prendre notre petit Daoud… Enfin, cela devait arriver… Il était jeune mais il y en aura d’autres".
Adiba eut un haut le cœur avant de murmurer une prière. C’était injuste, certes mais c’était ainsi et rien ne servait de pleurer. On devait être fort encore et toujours. Adiba hocha la tête en silence et Amine se leva, la bénissant à mi-voix avant de regagner la porte.
Il n’eut aucun geste compatissant, aucune parole réconfortante et Adiba lui en sut gré. Rien de tout ce superflu n’aurait servi de toute façon. Elle le savait. Daoud, l’enfant chéri était mort, il avait gagné les cieux et laissait dans la cité, une amère sensation de solitude.
"Bonne soirée madame Benchik."
Adiba soupesa le panier d’osier. Il n’était pas bien lourd. Tout comme son portefeuille qui s’amenuisait d’ailleurs de jour en jour. Dire qu’elle avait déjà une quinzaine de retard pour le loyer ! Monsieur Rabah serait furieux, une fois de plus. Trouver du travail n’est cependant pas tâche facile lorsqu’on a la peau mate, la quarantaine bien sonnée et pour seul C.V, une volonté en béton armé. Les temps changent se disait-elle souvent, comme pour se rassurer.
Cheminant ainsi, Adiba ne se rendit même pas compte qu’elle était arrivée au pied de son immeuble. La cité s’étendait à perte de vue, bien différente du petit village de son enfance. Les H.L.M dominaient les petits commerces noctambules de leur couleur uniforme. Le temps semblait s’accorder avec la grisaille des bâtiments. On apercevait cependant quelques touches de couleurs de ci de là, quelques vêtements étendus aux balcons du premier étage. La seule note de verdure résidait en ce vieux platane tatoué par les jeunes, près du jardin d’enfants. Désert, celui-ci était entouré de fils barbelés, surement oubliés là par quelques ouvriers.
Adiba marmonna quelques mots au bon dieu avant de fourrer la main dans son sac à main, extirpant son trousseau de clés d’une poche extérieure. A quelques pas de là, une caravane rouillait tranquillement sur le vieux stade de foot. Il y avait déjà quelques années que les gitans étaient là. Certains disaient qu’ils avaient amené avec eux le chômage et l’alcoolisme. Mais elle n’y croyait pas, du moins n’en laissait-elle rien paraître. Adiba était une voisine sans problèmes disait-on, quoique certaines femmes la regardaient de travers du fait qu’elle ne se soit jamais mariée. Adiba se dirigeait vers l’ascenseur lorsqu’elle se souvint qu’il y avait près de deux mois qu’il était en panne. Une pancarte blanche était affichée sur la devanture. On y lisait l’inscription suivante : H.S. Résignée, Adiba emprunta les escaliers de pierres grises. Le petit Malik du premier étage zigzaguait sur ses nouveaux patins à roulettes. Ce n’étaient pas des rollers mais ça en avait la gueule et c’était surtout moins cher. La blanchisseuse lui adressa un petit bonjour de ses mains usées avant de retourner à ses affaires. Le deuxième étage était plus calme puisqu’il était inoccupé, les derniers locataires ayant été expulsés la semaine précédente. C’était ça le problème dans ce pays ; si t’avais pas les moyens ou que t’étais trop noir, on ne mettait pas de gants pour te foutre dehors. Au troisième étage, c’était encore une autre paire de manches. La nurserie qu’on l’appelait. Ils n’étaient pas moins de quinze sur le même palier. Souvent ça sentait la pisse ou le rat mort. Adiba parvint enfin au quatrième, s’arrêtant quelques instants pour reprendre haleine. Quelle vie de chien ! Achik, son voisin de palier, avait tout juste dix ans de moins qu’elle et n’était pas souvent chez lui. Aujourd’hui était une exception. Il était connu pour ses détours en cabane mais au fond ce n’était pas un mauvais bougre. Sa porte s’ouvrit d’ailleurs au moment même où elle se faisait cette réflexion. Ce soir, il avait fait un effort et troqué ses habituelles baskets trouées contre de vieilles chaussures de cuir marron. C’est étrange tout de même que je remarque un détail aussi ridicule se dit Adiba en lui rendant son bonsoir.
"J’allais sortir Adiba… Je pense revenir d’ici une semaine… Je te laisse la clé si tu as besoin de quelque chose pendant mon absence, n’hésite pas…"
"Très bien Achik, c’est gentil de ta part… Mais où vas-tu encore fourrer ton sale museau?"
"Ho Adiba, tu n’es pas gentille ce soir… Rassure-toi, je serai bientôt de retour… Et tu me feras un de tes tagines dont tu as le secret."
Tout en disant cela, il déposa un baiser sur ses joues creusées avant de s’échapper en riant. Adiba se mit à rire aussi, de bon cœur, pour la première fois depuis longtemps …
"Haha… Très bien, puisque tu me prends par les sentiments… Dieu te garde Achik!"
Elle reprit ensuite le panier d’osier et poussa la porte de son appartement. Il n’y avait plus de serrure, celle-ci ayant été forcée il y a quelques années. Le frigo était vide comme à l’accoutumée, mais à la longue, on apprenait à vivre avec, on se disait qu’on avait déjà de la chance d’en avoir un, que ça ne durerait pas toujours. L’appartement était composé de trois pièces. La première, la plus vaste, tenait lieu de cuisine et salle à manger, le mobilier se résumant à un frigo, une table et trois chaises, une étagère sommaire, une lampe, un bougeoir, un miroir et un fauteuil. Un vieux poste de radio grésillait dans le fond. Adiba rangea le peu de provisions que contenait le sac sur l’étagère avant d’enlever ses chaussures qui lui donnaient des ampoules infernales. Celle-ci resta là quelques minutes avant de tirer le rideau qui séparait la première de la deuxième pièce. Là se trouvaient une douche ainsi qu’un lavabo et quelques piles de vêtements sagement pliés sur une table de bois peinte. Il y avait quelques fuites mais on s’en accommodait sans trop chouiner. Elle enjamba la pièce, poussant la porte qui menait à la chambre. Cette pièce semblait la plus hospitalière de la maison et on constatait qu’un effort avait été fait de la part de sa propriétaire pour rendre l’endroit agréable. Un lit trônait au centre, voilé par des tentures orientales tandis que l’unique fenêtre de l’appartement révélait les néons blanchâtres d’une salle de cinéma. Un coffret à bijoux était apposé sur une table basse. Il y avait même un téléphone ainsi qu’un second fauteuil. Les murs étaient peints au henné, révélés par un instrument de musique inconnu. Adiba entreprit de se déshabiller, ses longues boucles noires reposant timidement sur ses épaules dénudées. C’était une belle femme, quoique un peu petite. Les premières rides creusaient un visage potelé, telles de petites rigoles par un matin d’automne. De beaux yeux sombres cernaient enfin une bouche pulpeuse, mêlant le caractère à la douceur du teint, trop terne à son goût. Adiba contempla la photo en noir et blanc accolée contre le mur. Elle ressemblait davantage à sa mère, c’était certain, Timide, Retenue, pleine de fierté. Adiba revêtit sa chemise de nuit, en lainage brodé d’or, avant de nouer ses cheveux en un chignon sauvage. Elle allait entrouvrir la fenêtre lorsque son regard fut attiré par une mince enveloppe sur le revers de son lit. Elle resta plantée là un bon moment avant d’esquisser un mouvement vers ladite enveloppe. Il devait y avoir une erreur pensa-t-elle tout d’abord. Elle n’avait pas reçu de courrier depuis vingt ans, hormis les factures coutumières. Mais c’était bien son nom qui était inscrit sur l’enveloppe de teinte rosée. Adiba ne reconnut pas l’écriture fine de sa mère, ni les pâtés de mouches de sa sœur ainée. La lettre ne venait donc pas du pays natal. Mais qui donc, ici, à Marseille, aurait bien pu vouloir écrire à la vieille Adiba. Ce devait être une blague, des gosses songeait-elle en déchirant l’enveloppe avec un soin méticuleux. L’écriture était courbe et régulière, tel un cargo flottant sur le couchant de la mer Méditerranée. Adiba caressa les quelques lignes d’un doigt affectueux. Un sourire zébra son visage fatigué. Le menton appuyé sur ses mains, Adiba essayait tant bien que mal de décrypter les mots retors. Mais ceux-ci demeuraient vides de sens. Pour la première fois de sa vie, Adiba regretta de ne pas savoir lire. Elle fourra sa lettre dans une des poches de son peignoir et retourna à la cuisine, songeuse. Ce soir là, Adiba garda sa lettre tout contre elle, quelles que soient les tâches qu’elle entreprit. Elle se coucha enfin vers vingt-trois heures, après avoir longuement vu et revu le petit morceau de papier, à présent tout chiffonné. A ce qu’elle avait pu constater, il n’était pas écrit en arabe. Cela venait donc bien de France. Elle avait également suggéré que l’émetteur soit de ses connaissances puisque la missive ne comportait pas de timbre poste. De plus, qui d’autre aurait su que sa porte n’était jamais fermée à clef ? C’était donc bien un ami. Du moins fallait-il l’espérer. Elle se promit de la porter le lendemain à la bibliothèque afin de faire déchiffrer les quelques mots qu’elle renfermait. Un chien hurla, comme chaque nuit, mais pour une fois, rien ne put troubler le sommeil d’Adiba.
Les premières lueurs du jour perçaient à peine les carreaux sales de la fenêtre lorsqu’elle s’éveilla ce matin là. La chambre était semblable aux autres jours. Il n’y avait rien à faire, les matins se succédaient depuis vingt ans, tous semblables les uns aux autres. Adiba soupira avant de retirer les couvertures encore chaudes. La lettre l’attendait sur la table basse, comme pour lui rappeler qu’elle n’était pas qu’un rêve. Adiba s’habilla à la hâte, se traînant jusqu’à la salle de bains. Elle se passa de l’eau sur le visage et peigna ses longs cheveux noirs. Ce rituel ne prenait pas moins d’une demi-heure chaque matin. Elle ne déjeunait jamais au lever, se contentant de deux repas par jour, un seul en fin de mois. On frappa. Adiba cria quelque chose avant de diriger ses pieds nus vers la porte d’entrée, à demi entrouverte.
"Bonjour Adiba … Comment vas-tu ce matin? "
La silhouette qui se profilait dans l’embrasure de la porte était celle de son voisin du dessus, et néanmoins ami, Amine. Adiba lui rendit son sourire avant de l’inviter à entrer.
"Bonjour Amine … Eh bien je viens de me lever comme tu vois… Et toi, qu’est ce qui t’amène ce matin?"
Amine avait pour habitude de lui rendre visite tous les dimanches à l’heure du thé. Ils bavardaient tous deux, sortaient de vieux albums de photos et confectionnaient de petits gâteaux marocains. Amine était sûrement l’homme le plus savant de la cité. Il sortait très peu de chez lui, occupant ses journées à recopier des bribes de Coran qu’il rangeait ensuite soigneusement dans d’épais classeurs colorés. Personne ne savait vraiment pourquoi. Il faisait souvent office de docteur, les consultations étant chères pour qui ne bénéficiait pas de la Sécu. Enfin, Amine avait toujours été l’ami de chacun, le confident muet. Il n’était pas de ceux qui racontent à qui veut bien les ragots de l’avant-veille. Lui, discret, se contentait de conseiller les uns, de rendre service aux autres, et ce, toujours avec le même sourire humble.
Il ne manquait jamais un dimanche. Adiba parcourut furtivement le calendrier de ses yeux sombres. Quelque chose clochait !
"Mais Amine … Nous ne sommes pas dimanche aujourd’hui!"
"Oui je sais bien… Excuse-moi de passer à l’improviste, je te dérange peut-être ?"
"Non, bien sur que non … Assieds-toi, tu es toujours le bienvenu… J’étais simplement un peu surprise".
"Oui … Merci. Je suis là pour t’annoncer une triste nouvelle j’en ai peur… Il s’agit du petit Daoud …"
Adiba sentit ses mains se crisper sur les bras déchirés du fauteuil. Elle fronça les sourcils, l’invitant à continuer…
"Il est parti Adiba… C’est fini… Ce n’était qu’une question de temps … Parfois la vie est bien cruelle… Nous prendre notre petit Daoud… Enfin, cela devait arriver… Il était jeune mais il y en aura d’autres".
Adiba eut un haut le cœur avant de murmurer une prière. C’était injuste, certes mais c’était ainsi et rien ne servait de pleurer. On devait être fort encore et toujours. Adiba hocha la tête en silence et Amine se leva, la bénissant à mi-voix avant de regagner la porte.
Il n’eut aucun geste compatissant, aucune parole réconfortante et Adiba lui en sut gré. Rien de tout ce superflu n’aurait servi de toute façon. Elle le savait. Daoud, l’enfant chéri était mort, il avait gagné les cieux et laissait dans la cité, une amère sensation de solitude.

Lou- Nombre de messages: 48
Age: 21
Date d'inscription: 02/07/2008
Re: Regarde-moi!
La suite la semaine prochaine! J'attends vos commentaires ...

Lou- Nombre de messages: 48
Age: 21
Date d'inscription: 02/07/2008
Re: Regarde-moi!
Info lecture ... Les noms des personnages n'ont pas été choisis au hasard ...

Lou- Nombre de messages: 48
Age: 21
Date d'inscription: 02/07/2008
Re: Regarde-moi!
Il est difficile de croire que les mère et soeur de Adiba sachent écrire si cette dernière ne le sait pas. De la même façon, la fin, avec l'histoire du calendrier n'est pas vraiment crédible, pour les mêmes raisons, sauf à admettre que Adiba reconnaît la disposition des jours plutôt qu'elle ne les lit.
Le ton du texte est un chouïa trop misérabiliste, mais l'ambiance et les conditions de vie sont assez bien rendues, et les personnages plutôt attachants. On attend donc la suite.
Sur la forme, de nombreuses incohérences/maladresses à reprendre, en voici quelques-unes :
Le ton du texte est un chouïa trop misérabiliste, mais l'ambiance et les conditions de vie sont assez bien rendues, et les personnages plutôt attachants. On attend donc la suite.
Sur la forme, de nombreuses incohérences/maladresses à reprendre, en voici quelques-unes :
plutôt "La seule note de verdure était prodiguée par..." ; il me semble que si le jardin d'enfants est entouré de fils, ce ne peut pas être un acte irréfléchi des ouvriers qui l'auraient oublié là ; entourer donne plutôt l'impression d'une décision consciente, le mot est mal choisiLa seule note de verdure résidait en ce vieux platane tatoué par les jeunes, près du jardin d’enfants. Désert, celui-ci était entouré de fils barbelés, surement oubliés là par quelques ouvriers.
sans commentaireavant de fourrer la main dans son sac à main, extirpant son trousseau de clés d’une poche extérieure.
pas clair, "vivaient là" peut-être, mais l'expression de temps clocheIl y avait déjà quelques années que les gitans étaient là
"l'allure", peut-être, pour utiliser un registre neutre. il y a d'ailleurs dans les lignes de ce passage pas mal de mots ou expressions familières qui font rupture avec le ton du reste du texte.Ce n’étaient pas des rollers mais ça en avait la gueule
"Elle" suffit iciCelle-ci resta là quelques minutes
Je ne comprends pas du tout la 2è partie de la phraseLes murs étaient peints au henné, révélés par un instrument de musique inconnu
Est-ce possible ?De beaux yeux sombres cernaient enfin une bouche pulpeuse
Le verbe "suggérer" ne va pas ici, il faudrait tout bêtement utiliser "penser", ou "imaginer", mais pas "suggérer", à cause de sa construction. Et puis je mettrais "expéditeur" plutôt que "émetteur".Elle avait également suggéré que l’émetteur soit de ses connaissances

Easter(Island)- Nombre de messages: 12093
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Regarde-moi!
Question narration, je trouve cela un brin trop linéaire et monotone. Tout est raconté sur le même ton, dans un même rythme qui finit par ronronner. Décors et personnages sont plantés de manière égale, sans que rien ne ressorte vraiment. Je ne ressens aucune chaleur, beaucoup de misère et peu de vie. A la fin, ça finit par s'engluer et manquer de souffle. Avis perso bien sûr.
Adiba aurait pu penser de suite à Amine pour lui lire sa lettre, non? Plutôt qu'attendre la bibliothèque et plus tard; Détail, je sais.
Adiba aurait pu penser de suite à Amine pour lui lire sa lettre, non? Plutôt qu'attendre la bibliothèque et plus tard; Détail, je sais.

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Regarde-moi!
proposition : La vieille hindoue encaissa la monnaie sans sourire. Elle contourna le rayon épicerie, retrouva sa place près du ventilateur, sur sa chaise décrépie. (à décrépie, je préfère délabrée )La vieille Hindoue encaissa la monnaie sans sourire avant de contourner le rayon épicerie, trouvant sa place sur la chaise décrépie, près du ventilateur.
de-ci de-là ;de ci de là
À quelques pas de là ;A quelques pas de là
C’était une belle femme, quoiqu'un peu petite ;C’était une belle femme, quoique un peu petite
travaille ce portrait : les rides associées au visage potelé ont du mal à paraître. les yeux sombres cernant la bouche pulpeuse sont vraiment larges.Les premières rides creusaient un visage potelé, telles de petites rigoles par un matin d’automne. De beaux yeux sombres cernaient enfin une bouche pulpeuse, mêlant le caractère à la douceur du teint, trop terne à son goût
Ce soir-là ...timbre-poste ...matin-là ...qu’est-ce qui ...haut-le-cœurCe soir là ...timbre poste ...matin là ...qu’est ce qui ...haut le cœur

bertrand-môgendre- Nombre de messages: 5936
Age: 56
Localisation: à vau-le-vent
Date d'inscription: 15/08/2007

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