Un amour d'univers

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Un amour d'univers

Message  claude le Sam 6 Sep 2008 - 21:32

1. Les porteurs d’ondes


Je n'avais pas été un enfant désiré et ma mère accoucha dans la douleur. En m’expulsant de son ventre, elle fit une hémorragie et resta quinze jours dans le coma. De cette houle, j’échouais comme une scorie de moule sur une plage de la vie. Aussitôt je ressentis le désir de retourner d'où je venais. Mais la marée avait mis bas et déjà la mer s'éloignait.

Une naissance est une condamnation à vivre jusqu'à ce que mort s’ensuive. Que cela ne tienne ! se dit mon père. On doit pouvoir arranger ça ! La vie peut être courte !
Cet homme subissait sa paternité comme une indigestion, suivie d’une brûlure d’estomac. A ma sortie d'hôpital, il m'emmena chez ma grand-mère et lui dit : c'est le fils de votre fille et votre fille ne peut s'en occuper. Soit je le noie, soit je l’oublie dans un bois, soit vous le prenez avec vous.
Avec lui, les problèmes avaient toujours une solution. Et c’était sa grande qualité.

Mémé était une âme charitable, et comme elle avait le choix, hésita un instant et m'adopta. Dans son esprit le doute fit place à l’évidence : je dois assistance et affection à ce petit qui vient de ma fille, de fait de moi par filiation transitionnelle.
Alors Mémé m'éleva avec un soin égal à celui qu'elle avait eu pour ses propres enfants, comme un prolongement de soi. Une promesse d'éternité.
La mère est le premier vecteur de l'amour. Mémé était mon vecteur de secours. Elle était la mère de ma mère et je l’appelais maman.
Mémé m’aimait, et tant que j'ai pu tenir assis dessous, j'ai grandi sous sa table en formica rouge. Mon trône : un pot de chambre bleu ciel. Sous la table, mais pas malheureux. Tranquille. J'évoluais normalement. Pour certaines choses, je montrais même de la précocité. Par exemple, j'ai rapidement été propre. Mémé y vit un témoignage de ma gratitude. Je mettrais plutôt ça sur le compte d’une relation symbiotique entretenue très tôt avec mon pot de chambre.
Mais les bons sentiments étaient là et je ne manquais jamais une occasion de faire plaisir ou de rendre service.
J'étais porteur d'amour et n'avais déjà rien contre le fait qu'on m'aimât pour ce que je faisais, si ce n'était pour ce que j'étais.
Mémé m’aimait, un point c’est tout, d’un amour des origines drainé par une formidable pulsion de vie.

Où cet amour prenait-il sa source ? Comment l’amour est-il apparu ?
Je me suis très vite posé ces questions.
Les animaux aiment leurs petits d’instinct. D’instinct, les femmes communiquent leur amour à leurs enfants, car l'amour les protège des périls de la vie.
La règle est l’amour de la mère pour sa progéniture, sauf exceptions qui confirment la règle.
L'amour vient de l'instinct et l'instinct, de la vie. L'amour est la conséquence d'un processus organique.
Vie, Instinct, Amour. VIA. Un passage.

Logique le cheminement ? Alors allons à rebours avant la vie organique !
D'un point de vue mécanique, l’amour est une tendance qui pousse certaines entités à se rapprocher, se combiner, se développer... l’action est pronominale. Les matières s’aimantent, se fusionnent et se fissionnent. Du temps où l'univers n’était composé que de matières inanimées, l’amour s’exprimait sous forme atomique : des cœurs déjà faisaient boum !

Et avant l’avant ?
Avant qu’au début soit le verbe, avant le boum des matières, au début étaient les ondes.
La matière est née d’une combinaison d’ondes et la vie d’une combinaison de matières.
Nous sommes faits d’ondes, et pas toujours des meilleures.
Pour en arriver là, les ondes se sont-elles par trois assemblées pour charger plus ou moins la matière et la vie d’amour ?
Pas si simple.
Bien au contraire.
De Mémé qui m’aimait j’ai décrypté le sens d’un écho de l’onde : l’univers suit une logique de complexification.

A suivre : 2. Au delà de Babette

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Re: Un amour d'univers

Message  mentor le Sam 6 Sep 2008 - 21:41

Vie, Instinct, Amour. VIA. Un passage.

très sérieux dans ce déballage de bons mots ;-)

j'adore la mémé qui m'aimait, pour moi qui lis toujours à haute voix, c'est jouissif

bon, c'est un peu court, là, vite la suite please, je reste sur ma faim de rire

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Re: Un amour d'univers

Message  Lucy le Sam 6 Sep 2008 - 22:47

Un régal !

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Re: Un amour d'univers

Message  Easter(Island) le Dim 7 Sep 2008 - 12:00

Dans le genre qui suis-je , d'où viens-je, une approche et surtout une écriture qui diffèrent du tout venant. J'aime beaucoup comme le personnel laisse le pas aux considérations pseudo-scientifico philosophiques, comment le narrateur embarque le lecteur dans une réflexion teintée d'humour et où l'émotion est au tournant de la phrase. J'attends la suite avec grande impatience, allez allez, on presse !

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Re: Un amour d'univers

Message  bertrand-môgendre le Lun 8 Sep 2008 - 7:24

Merci claude pour ce début de vie. Personnelement, ton passage sur les origines de l'amour, quoique bien argumenté, m'ont coupé du personnage, déjà bien installé en seulement quelques phrases bien "torchées"(si,si, j'ose, parce que c'est propre et frais).

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Re: Un amour d'univers

Message  Arielle le Lun 8 Sep 2008 - 8:50

Démarrer dans la vie sur un pot, sous la table, entre les jambes de sa Mémé ça vous prédispose à une certaine profondeur des réflexions sur l'existence. Un peu d'amertume et d'ironie et le fumet qui se dégage du tableau a un petit goût de reviens-y qui ne trompe pas. Vivement l'arrivée de Babette!

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Re: Un amour d'univers

Message  apoutsiak le Lun 8 Sep 2008 - 10:46

J'aime bien le début de la biographie. Le ton est original. J'aime beaucoup moins le passage pseudo-scientifico-philosophique. Un peu soupe, je trouve, de celles où on trouve tout mélangé, pas très alléchante.

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Re: Un amour d'univers

Message  claude le Lun 8 Sep 2008 - 18:16

Je vous remercie pour vos commentaires. ça m’encourage et me conforte dans l’idée que les réflexions scientifico-philosophiques (et encore j'ai pas parlé de positrons, de quarks ou de nucléons pour cette partie concernant l'astrophysique) gonflent tout le monde ou presque et je ne vais pas en abuser. Mais une partie de ma trame en dépend. pseudo, tu dis Apou? mais ici tout est affaire de pseudo. effleuré. attends le reste de l'argument pour savoir si l'approche vaut la peine d'être entendue, mais quoi qu'il en soit elle restera pseudo.
J’avais juste envie d’écrire autrement, de raconter autre chose, d’aligner un peu plus que des mots. Je sais c’est ambitieux, mais je le fais avec humilité

Mentor, j’ai peur de te décevoir. Je ne sais pas si je réussirai à te faire rire, mais j’espère que tu y trouveras au moins du plaisir. Ce que je voudrais c’est que cela soit agréable à lire et que cela fasse autant sourire que réfléchir. On peut rêver.
Cela tient plus de la faim de tigre que de la faim de rire, mais j’ai plus pris du clown que du félin.

Je tente la suite

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Re: Un amour d'univers

Message  claude le Lun 8 Sep 2008 - 18:20

2. Au delà de Babette



Babette s'amouracha d’un nigaud et cloc, une gestation. Neuf mois et clac, une délivrance et un coma de quinze jours, clic.
En quinze jours, on a le temps de ne pas s’attacher à ce qu’on ne connaît pas, surtout quand on a attendu ce qu’on n’a pas voulu. Alors il faut la comprendre, Babette, conserver l’amour maternel, soit ! mais renoncer à une vie de bohème et au père de mes soucis, pas soit !

Pour ne rien arranger, durant mes premiers mois, j’ai manqué de mordant. Bon ! c’est vrai qu’au début je n’avais pas de dents. Mais rapidement j’en ai eu et j’aurais pu m’en servir pour lui faire de beaux sourires. Au lieu de ça, je lui ai babillé des gnagnagna et que la pudeur des sentiments n’excluait pas leur vigueur.
Pourtant, Babette, même si je ne la voyais pas souvent, je l’aimais beaucoup, et même que moins je la voyais, plus je l’aimais. Quand ma maîtresse de maternelle m’a demandé ce que je voulais faire quand je serai grand, j’ai aussitôt dit : épouser ma maman !
Tu ne veux pas faire vétérinaire, pompier, coiffeur ?
Nan ! Je veux faire le mari de ma maman.
Les jours de fête, je me promenais avec elle et j'étais fier. Je claironnais partout : c'est ma maman à moi ! La vieille que j'appelle maman, c'est ma mémé ; elle, la belle poupée, c'est ma vraie maman, ma maman à moi, et quand je serai grand je me marierai avec, et le nigaud, ce sera notre enfant ! et peut-être que je l’abandonnerai dans un bois.

Les choses en étaient là, j'étais frustré.
Je l'attendais avec impatience, trépignant de joie, j’étais fébrile d’espérance et de désir pour ma maman à moi, qui serait un jour mon épouse à moi, et elle ne venait pas à nos rendez-vous, sans même se donner la peine de les annuler.
Babette ne savait pas tenir parole et me manquait tout en me décevant. J’ai dû apprendre à ne plus compter sur elle, en la maudissant parfois. Son attitude m’inspirait des pensées nauséeuses et des mots qu'on donne habituellement aux filles qui font un métier aussi vieux que leurs robes sont courtes. Des mots qui font mal et qu'on prononce quand on veut insulter les enfants des autres mamans. D’ailleurs, je la voyais si peu que j’avais l’impression d’être l’enfant d’une autre maman et qu’elle était la maman d’un autre enfant.
Et puis un jour, elle n’est pas venue, mais cette fois-ci, elle avait une bonne excuse : elle était morte.

Des marlous copains du Nigaud lui avaient prêté une Ford Mustang pour qu'il se pavane à son bord sur les berges, aux bois de Boulogne et dans tous les endroits infréquentables qu'il fréquentait. Le Nigaud, tel que je me l'imagine, il ne se sentait plus dégouliner tellement il n’en pouvait plus de frime. Des vapeurs embuaient sa réalité. Il se voyait en James Dean version sous-titrée.
Il n’a pas pu s'en empêcher, comme un sale gosse, il a poussé les chevaux du Mustang, et Babette, grisée par l'indicible mélodie du V8 et les paroles de Gainsbourg qui hurlait dans l'autoradio : on s'fait des langues / En Ford Mustang / Et bang ! / On embrasse / Les platanes / Mus à gauche / Tang à droite / Et à gauche, à droite… elle n'en pouvait plus non plus d'excitation. Elle riait, la Babette, riait et ses longs cheveux rouges et noires flottaient comme une crinière alezane sous l'effet de l'air qui s'engouffrait par les fenêtres, grandes ouvertes.
Ils atteignirent Mach 1. La Mustang n'avait plus aucune adhérence. Le nigaud prit peur, ralentit et demanda à Babette d’attacher sa ceinture. Elle s’exécuta car elle lui obéissait toujours sans réfléchir. Elle n’était pas bien maligne non plus, la Babette, et l’amour ne la rendait pas plus futée. Mais qu’importe, les critiques laissent de marbre les morts.

A ce moment-là, le Nigaud et la Babette sont sur la N118. Le Nigaud a ralenti. Babette trouve que l’étalon se traîne sur le goudron. Elle chahute le Nigaud, le chatouille. Il se contracte, fait un écart sur la chaussée et boum, le choc des matières. La Mustang percute une voiture qui arrive en sens inverse et part en tonneaux… Badaboum.
La Ford est sur le toit. De la fumée s'en échappe. Nigaud s’extrait de la tôle froissée. Babette se débat avec sa ceinture de sécurité. Nigaud la presse de sortir. Une petite explosion le projette sur le cul, plus sous l'effet de la surprise que du souffle d’air. Des flammes embrasent rapidement l'habitacle. Babette hurle. Nigaud gesticule.
Les pompiers ne tardent pas trop. Le feu est maîtrisé. Les ambulanciers sortent Babette précautionneusement de l'épave. Ils lui apportent de l’oxygène par un tuyau dans le nez. Miraculeusement, un souffle la maintient en vie. Sa peau a cloqué. Son corps est une plaie.
Arrivés à l'hôpital de Garches, ils la lavent à grande eau pour la débarrasser de toutes les impuretés. Ils la placent de telle sorte que ses chairs ne cicatrisent par trop vite ni trop court aux niveaux des articulations, lui posent par endroits des attelles et lui recouvrent le corps de compresses stériles.

Le jour de l'accident quand je vis mémé fondre en larmes au téléphone, j'ai tout de suite compris qu'un accident était arrivé. Grave l'accident. Alors moi aussi j'ai pleuré. Et puis j'avais honte d'avoir pensé tant de mal de Babette. Je me rassurais en me disant : pensé, mais pas souhaité, comme soufflé n’est pas joué. Je me le répétais comme un réflexe défensif pour ne pas sombrer dans une folie culpabilisante. Pensé, mais pas souhaité.
Il faut croire que j’ai été très persuasif car j’ai fini par me laisser convaincre.
Après, pour moi, les choses ont été identiques. Être privé de ma mère, j’avais de l’entraînement, et au moins je savais où elle était.
Ne pas voir Babette pendant les longs mois qui suivirent son accident ne fut donc pas un calvaire. Au contraire.
Puis, vint le jour où tout le monde s'accorda à dire que ça lui ferait du bien de me voir. Moi, honnêtement, je me sentais pas prêt. Mais personne ne m’a demandé mon avis.

On m’avait préparé à l'idée qu'elle avait changé, qu'elle avait beaucoup souffert et que cela se voyait sur sa figure. On m’avait prévenu que les grands brûlés avaient parfois un visage effrayant, mais que Babette s'en était plutôt bien tirée. Elle avait commencé la chirurgie réparatrice. Ils lui avaient collé sur la face de la peau des fesses. L’idée était plaisante.
Sur le seuil de sa chambre d'hôpital, une infirmière m'a dit : regarde ta maman dans les yeux, ne regarde que ses yeux, tu la reconnaîtras à son regard. Décidément, ils s’étaient tous entendus pour que je fasse pipi dans mon pantalon.
Je suis rentré dans sa chambre sur la pointe des pieds. Il y avait un clair-obscur et un suspense à couper le souffle. Lentement, j'ai levé les yeux vers la tête de son lit. Elle était assise, calée par des coussins. Même sans les conseils de l'infirmière, je sais qu'instinctivement je n'aurais regardé que ses yeux, que ses grands yeux qui prenaient maintenant toute la place dans sa figure. Je la fixais comme un hibou regarde une chouette. Elle tendit vers moi ses mains et esquissa un sourire. Je me suis avancé prudemment pour prendre dans mes mains les siennes. Elle s’est penchée vers moi, a délicatement pressé ma tête contre sa poitrine et a caressé mes cheveux avec une douceur maternelle inédite. On n’a pas prononcé une parole parce que tout n’a pas besoin d’être dit. On est restés collés l'un à l'autre un petit bout de temps, mais on ne s'est pas embrassés.
La même infirmière qui m'avait prodigué le conseil dans les yeux vint me rechercher et m’annonça que je pourrais revenir dans une semaine. Je n’ai pas reçu ça comme une bonne nouvelle. Cela ne m’avait pas fait très plaisir de voir la plus belle femme du monde complètement défigurée.
Il paraît que les grandes douleurs sont muettes. Alors la semaine qui suivit, tous les soirs avant de m'endormir, silencieusement j'ai pleuré.
Dois-je avouer qu’à ce moment-là, j’aurais préféré la savoir morte ?
Préféré, mais pas souhaité.

Progressivement, j'ai découvert l'étendue des dégâts.
S’il ne s’agissait pas de ma mère, j'aurais été pris d'effroi. Car c’est une chose étonnante : les grands brûlés glacent.
Je ne mourais plus tellement d’envie de me marier avec elle. L’amour a ses limites, l’amour ne peut pas tout. L’amour est un miracle, mais n’est pas miraculeux.
Il m'a fallu du temps avant de l'embrasser sans appréhension, mais c’est comme pour presque tout, on finit par s’habituer. J'en arrivais même à la voir au delà des apparences et commettais des impairs. Par exemple, une fois, je me suis brûlé la langue avec un chocolat chaud et j'ai crié : ça brûle la gueule ! Elle m'a regardé avec ses grands yeux sans cils et je lui ai demandé pardon.

Babette était revenue vivante d’où on revient généralement posthume et me racontait son expérience de l’au-delà. Pendant ce temps-là, j’apprenais à sourire poliment tout en somnolant.
Babette était revenue de chez Godot incroyablement posée et réfléchie. Elle qui papillonnait tant, ne bougeait plus une oreille. Bien sûr ses oreilles avaient fondues et ce qui restait de ses pavillons était racorni et collé au crâne. Bien sûr maintenant elle ressemblait plus à une tortue qu’à Ornella Muti. Bien sûr, par la force des évènements, elle était devenue un bonnet de nuit. Elle qui déclenchait les sifflements admiratifs n'entendait plus que les murmures épouvantés. Quand exceptionnellement elle sortait, pour ne pas effrayer les moineaux, elle dissimulait son visage sous un voile, sans une plainte. Elle était devenue d'un fatalisme non désabusé et ne s'encombrait plus des détails de l'existence.
En revenant du pire, le moindre est toujours plus supportable. En revenant de la mort, la vie semble belle. Débarrassé des contingences matérielles, l’essentiel va et vient de soi.

Après l'accident, l’esprit de Babette a flotté dans les airs et vagabondé dans le jardin attenant à sa chambre. Elle s’est vue distinctement allongée sur son lit d'hôpital. Elle a entendu les discussions qui se sont tenues à son chevet et créa la stupéfaction en rapportant les propos de ceux qui avaient pour habitude de dire des bêtises.
De ce vagabondage spirituel, elle conservait en mémoire une sensation de bien-être. Elle portait en elle toutes les connaissances du monde et tout devint lumineux. Comme tous ceux qui sont revenus d'une mort clinique avec un souvenir, quelles que soient les époques, les cultures et les contrées, Babette est revenue d'outre-tombe avec une histoire de lumière blanche et de lévitation.
La description des phénomènes post-mortem obéit au même processus que ce soit au VIe siècle avant J-C dans le temple d’Apollon à Corinthe, au XIIIe siècle sur les rives du Yangtsé ou au soir du IIe millénaire à l’hôpital de Garches.
Pour Babette la mort n'était plus un mystère, et surtout n'était pas une souffrance. Au contraire. La thanato-thérapie l’avait débarrassée de toutes ces petites contrariétés qui avaient précédemment pollué son existence.

La mort d’un organisme vivant n’est peut-être pas une fin de non-recevoir.
La vie d'un être humain n'est qu’une composante transitoire du processus universel. La vie d’un être humain est un intervalle insensé coincé entre deux néants. Insensé, mais peut-être pas privé de sens.
Peut-être !


A suivre : 3. Les sauveurs d’humanité

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Re: Un amour d'univers

Message  apoutsiak le Mar 9 Sep 2008 - 8:47

Très émouvant, Claude, comme un coeur qui prend la parole. J'ai beaucoup aimé. Et dans ce deuxième volet, la petite partie historico-philosophique est plus réussie, je trouve, moins dogmatique, plus humaine.

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Re: Un amour d'univers

Message  Easter(Island) le Mar 9 Sep 2008 - 9:05

Dérangeant. Et donc réussi ?

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Re: Un amour d'univers

Message  Lucy le Mar 9 Sep 2008 - 9:15

Tu nous sers un texte qui nous retourne et tu nous annonces : A suivre.

Que crois-tu que nous allons faire sinon t'écouter et suivre tes pérégrinations avec le plus grand plaisir ?

On a fait des voeux, au temps de notre enfance. On les a parfois regrettés et ils marquent notre vie entière, pèsent sur nous comme un regret gravé dans la chair. J'ai souvenir d'un souhait que j'ai fait et qui, s'il ne s'est pas réalisé, m'empêche de foncer comme je le devrais.

De belles tournures de phrases, de belles trouvailles dans ton écrit, Claude ! L'image des regards croisés du " hibou " et de la " chouette " est particulièrement bien trouvée.

Lucy

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Re: Un amour d'univers

Message  coline Dé le Mar 9 Sep 2008 - 10:21

Bouhhhhhhh
J'ai fait un sacré mélange en te lisant ! Larmes et sourires et on recommence. Ca touche très fort, très profond, c'est magnifique !
En ce moment, je coule facilement, mais là, j'ai pas honte!

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Re: Un amour d'univers

Message  Charles le Mer 17 Sep 2008 - 8:56

Globalement, j'ai aimé ce que tu nous racontes ici et la manière dont tu le fais. Me semble que c'est un sujet courageux, pas facile à traiter et que tu t'en sors très bien, sans pathos, en adoptant un ton juste. L'histoire est intéressante, on a envie de connaitre la suite

Suis d'accord avec ce qui a été dit sur les considérations "philosophiques", pas convaincu non plus par celles-ci, attention à ne pas en abuser. ne pas non plus toutes les supprimer, simplement peut être veiller à ce qu'elles soient "courtes" ...

ton texte m'a fait penser aux "âmes grises" de Claudel.

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Re: Un amour d'univers

Message  Sahkti le Lun 29 Sep 2008 - 16:28

Tu jongles, avec une bonne dose de réussite, entre le sourire et le drame; tu alternes gravité et ironie, de quoi empêcher le propos de tomber dans la lourdeur. C'est plutôt bien, même si par moments, on sent que le dérapage n'est pas loin, celui qui donnerait naissance à la réflexion pseudo-machin de trop. Mais tu sembles en être conscient, donc ça va :-)
C'est une forme d'autodérision qui me plaît.

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