Je n'étais pas là pour donner les bains
Page 1 sur 1 • Partager •
Je n'étais pas là pour donner les bains
C’est le silence. Je réalise brusquement que nous sommes seuls. Cela s’impose à moi comme quelque chose d’inattendu. Je n’y avais pas pensé avant. C’est l’odeur forte de sa sueur par dessus celle chimique de la peinture qui m’en a fait prendre conscience. Elle allume une cigarette. Le souffre de l’allumette prend le dessus un instant.
Elle se retourne vers moi. Quelques gouttelettes brillent au dessus de sa lèvre supérieure. Quelques mèches de ses cheveux sont collées à ses tempes. Elle va pour parler mais retient son souffle et la fumée dans ses poumons. Elle me fixe un instant. Je suis au dessus d’elle sur l’escabeau.
Un peu de peinture coule le long du rouleau sur mes phalanges. Son odeur me fait penser à celle de son sexe. Je crois qu’elle le sent ou le sait. Nous prenons conscience de nous même. Il fait chaud. La lumière est forte. Les bruits de la rue sont assourdis. Personne ne viendra avant ce soir. Je n’arrive pas à détourner mon regard. J’essaye de parler mais je n’ai rien à dire. Ma bouche s’ouvre juste, sans un souffle.
Elle recrache la fumée en fronçant légèrement les sourcils puis baisse la tête vers ses pieds. Brusquement elle la relève et ses yeux me fixent tandis qu’elle tire une autre taffe plus longue. Elle croise un bras sur sa poitrine et se mordille l’ongle du petit doigt de l’autre main. Elle sait. Je sais.
Je ne connais pas son odeur. Je voudrais m’y enfoncer. Mon cerveau me dit « ma femme ». Je repose le rouleau dans le bac en fermant les yeux, ma langue collée contre ma lèvre supérieure. Je fronce les sourcils en une ride verticale qui me barre le front. Je lutte.
Tout était béant. Je dois refermer les portes à toute allure. Lorsque je réouvre les yeux elle a quitté la pièce. Restent l’odeur de la cigarette, celle de la peinture, et cette pointe de musc qui s’évanouie. Je respire un grand coup pour la sentir une dernière fois avant de m’en débarrasser dans une puissante expiration.
Je sors le rouleau du bac, l’égoutte sur le tamis et recommence à peindre. « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » est le leitmotive qui m’accompagne à chaque passage sur la surface blanche du plafond.
Le soir au moment de partir, nous venons de descendre les escaliers, nous sommes sur le pas de la porte dans la rue. Elle me tend la main, je lui tend la mienne. Elle la serre, entre nos deux paumes du tissus. Elle me fixe avec un peu de dédain, sa voix est froide « Au revoir » et part.
Je la regarde s’éloigner, entre mes doigts un string noir satiné. « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » et je lance le string en boule en direction d’une corbeille que je manque et résiste à la tentation de me sentir les doigts, après.
Lorsque j’arrive à la maison les enfants crient d’excitation et ma femme est furieuse car je n’étais pas là pour donner les bains. Elle a raison, il est tard. Nous passons à table.
Elle se retourne vers moi. Quelques gouttelettes brillent au dessus de sa lèvre supérieure. Quelques mèches de ses cheveux sont collées à ses tempes. Elle va pour parler mais retient son souffle et la fumée dans ses poumons. Elle me fixe un instant. Je suis au dessus d’elle sur l’escabeau.
Un peu de peinture coule le long du rouleau sur mes phalanges. Son odeur me fait penser à celle de son sexe. Je crois qu’elle le sent ou le sait. Nous prenons conscience de nous même. Il fait chaud. La lumière est forte. Les bruits de la rue sont assourdis. Personne ne viendra avant ce soir. Je n’arrive pas à détourner mon regard. J’essaye de parler mais je n’ai rien à dire. Ma bouche s’ouvre juste, sans un souffle.
Elle recrache la fumée en fronçant légèrement les sourcils puis baisse la tête vers ses pieds. Brusquement elle la relève et ses yeux me fixent tandis qu’elle tire une autre taffe plus longue. Elle croise un bras sur sa poitrine et se mordille l’ongle du petit doigt de l’autre main. Elle sait. Je sais.
Je ne connais pas son odeur. Je voudrais m’y enfoncer. Mon cerveau me dit « ma femme ». Je repose le rouleau dans le bac en fermant les yeux, ma langue collée contre ma lèvre supérieure. Je fronce les sourcils en une ride verticale qui me barre le front. Je lutte.
Tout était béant. Je dois refermer les portes à toute allure. Lorsque je réouvre les yeux elle a quitté la pièce. Restent l’odeur de la cigarette, celle de la peinture, et cette pointe de musc qui s’évanouie. Je respire un grand coup pour la sentir une dernière fois avant de m’en débarrasser dans une puissante expiration.
Je sors le rouleau du bac, l’égoutte sur le tamis et recommence à peindre. « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » est le leitmotive qui m’accompagne à chaque passage sur la surface blanche du plafond.
Le soir au moment de partir, nous venons de descendre les escaliers, nous sommes sur le pas de la porte dans la rue. Elle me tend la main, je lui tend la mienne. Elle la serre, entre nos deux paumes du tissus. Elle me fixe avec un peu de dédain, sa voix est froide « Au revoir » et part.
Je la regarde s’éloigner, entre mes doigts un string noir satiné. « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » et je lance le string en boule en direction d’une corbeille que je manque et résiste à la tentation de me sentir les doigts, après.
Lorsque j’arrive à la maison les enfants crient d’excitation et ma femme est furieuse car je n’étais pas là pour donner les bains. Elle a raison, il est tard. Nous passons à table.

Mano- Nombre de messages: 243
Age: 42
Localisation: hyères
Date d'inscription: 17/01/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
La narration est efficace, je trouve, il y a de la tension, mais l'histoire me paraît un peu invraisemblable.
Un bémol sur les répétitions de "C'est mieux comme ça" : il y en a peut-être un peu trop...
Un bémol sur les répétitions de "C'est mieux comme ça" : il y en a peut-être un peu trop...

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Beau travail d'ellipse(s), et une grande efficacité à concentrer toute une ambiance en quelques phrases incisives. C'est réussi. Et la répétition du "c'est mieux comme ça" me paraît judicieuse, en particulier lorsqu'elle accompagne les coups de pinceau.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Invraissemblable ?
Qu'il ne passe pas à l'acte ou qu'elle lui laisse son string ?
C'est vrai que généralement, dans les films sur le sujet, ça ne se passe pas comme ça...
Je crois que je voulais montrer un réel effort de la partie masculine dans ces répétitions.
Evidemment, le narrateur aurait pu penser aux qualités de sa femme et à son amour pour elle mais un petit quelque chose me dit que lorsqu'on a dans le nez l'odeur animale de l'autre, il faut faire appel à des mantras.
Que l'on soit homme, ou femme.
Et puis j'aime bien cette idée que ce ne soit pas toujours l'homme le prédateur, l'actif. Je crois que dans la réalité, passé les places et masques sociaux, l'équilibre est beaucoup plus grand qu'on ne le pense souvent.
Enfin, enore une fois je parle trop. J'explique. Et zut !
Qu'il ne passe pas à l'acte ou qu'elle lui laisse son string ?
C'est vrai que généralement, dans les films sur le sujet, ça ne se passe pas comme ça...
Je crois que je voulais montrer un réel effort de la partie masculine dans ces répétitions.
Evidemment, le narrateur aurait pu penser aux qualités de sa femme et à son amour pour elle mais un petit quelque chose me dit que lorsqu'on a dans le nez l'odeur animale de l'autre, il faut faire appel à des mantras.
Que l'on soit homme, ou femme.
Et puis j'aime bien cette idée que ce ne soit pas toujours l'homme le prédateur, l'actif. Je crois que dans la réalité, passé les places et masques sociaux, l'équilibre est beaucoup plus grand qu'on ne le pense souvent.
Enfin, enore une fois je parle trop. J'explique. Et zut !

Mano- Nombre de messages: 243
Age: 42
Localisation: hyères
Date d'inscription: 17/01/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Mano a écrit:(...)Et puis j'aime bien cette idée que ce ne soit pas toujours l'homme le prédateur, l'actif. Je crois que dans la réalité, passé les places et masques sociaux, l'équilibre est beaucoup plus grand qu'on ne le pense souvent.
(...)
Je suis bien d'accord ! Je crois que c'est le coup du string que j'ai trouvé "de trop". Sinon, la situation du gars et sa réaction me paraissent bien vues...

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Oui... c'est vrai... j'ai été un peu surprise par le coup du string... un peu surprise mais j'y ai cru quand même.
Moi aussi je trouve ce texte très efficace (c'est un vrai compliment...) A aucun moment, je n'ai levé les yeux du texte, je ne suis revenue en arrière (à part peut-être pour le string), j'étais dans le texte, avec ton narrateur, et je voulais savoir la suite.
Moi aussi je trouve ce texte très efficace (c'est un vrai compliment...) A aucun moment, je n'ai levé les yeux du texte, je ne suis revenue en arrière (à part peut-être pour le string), j'étais dans le texte, avec ton narrateur, et je voulais savoir la suite.

Anne Veillac- Nombre de messages: 568
Age: 47
Localisation: a.veillac@laposte.net
Date d'inscription: 22/03/2008

Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Efficace oui, les odeurs surtout et ce trouble conjuré avec des mots en litanie... Un numéro de téléphone au lieu d'un string aurait été bien plus banal! J'ai bien aimé.

Arielle- Nombre de messages: 4554
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
pourvu qu'une telle situation ne m'arrive jamais, je n'ai pas envie de passer le restant de mes jours à me demander ce que j'aurais dû faire..
j'aime beaucoup ces histoires courtes, elles m'évoquent les reflexions que l'on se fait souvent.. vivre ses envies où l'oser ou bien rester dans la réalité et ses règles culturelles
j'aime beaucoup ces histoires courtes, elles m'évoquent les reflexions que l'on se fait souvent.. vivre ses envies où l'oser ou bien rester dans la réalité et ses règles culturelles

loic- Nombre de messages: 1241
Age: 53
Localisation: auray
Date d'inscription: 11/11/2008

Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
J'aime beaucoup ton texte, Mano. Ta manière d'évoquer par les sens. Progressivement. Petites touches qui composent l'ambiance d'un moment. Ce moment-là. Pas un autre. Celui-là que tu parviens à nous fais vivre complètement.
Deux endroit qui ont heurté ma lecture.
1) Tu dis:"Son odeur me fait penser à celle de son sexe."
et plus loin: "Je ne connais pas son odeur"
et donc je reformulerais la première phrase. Une proposition : Son odeur m'invite à imaginer celle de son sexe.
2)" Elle la serre, entre nos deux paumes du tissus. " Ici j'ai dû m'y reprendre à trois reprises pour comprendre. Un peu dommage car l'image est belle et la situation constitue un des ponits d'orgue du récit.A mon avis: au moins éclaircir le sens par la ponctuation.
Deux endroit qui ont heurté ma lecture.
1) Tu dis:"Son odeur me fait penser à celle de son sexe."
et plus loin: "Je ne connais pas son odeur"
et donc je reformulerais la première phrase. Une proposition : Son odeur m'invite à imaginer celle de son sexe.
2)" Elle la serre, entre nos deux paumes du tissus. " Ici j'ai dû m'y reprendre à trois reprises pour comprendre. Un peu dommage car l'image est belle et la situation constitue un des ponits d'orgue du récit.A mon avis: au moins éclaircir le sens par la ponctuation.

Kilis- Nombre de messages: 5679
Age: 66
Localisation: "Nageur", Charles Matton
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Pili a écrit:J'aime beaucoup ton texte, Mano. Ta manière d'évoquer par les sens. Progressivement. Petites touches qui composent l'ambiance d'un moment. Ce moment-là. Pas un autre. Celui-là que tu parviens à nous fais vivre complètement.
Deux endroit qui ont heurté ma lecture.
1) Tu dis:"Son odeur me fait penser à celle de son sexe."
et plus loin: "Je ne connais pas son odeur"
et donc je reformulerais la première phrase. Une proposition : Son odeur m'invite à imaginer celle de son sexe.
2)" Elle la serre, entre nos deux paumes du tissus. " Ici j'ai dû m'y reprendre à trois reprises pour comprendre. Un peu dommage car l'image est belle et la situation constitue un des ponits d'orgue du récit.A mon avis: au moins éclaircir le sens par la ponctuation.
Oups's
Celui-là que tu parviens à nous faire vivre complètement.
Un des points d'orgue

Kilis- Nombre de messages: 5679
Age: 66
Localisation: "Nageur", Charles Matton
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Ce texte est terriblement efficace, je l'ai lu d'une traite : j'en ai aimé la simplicité non simpliste.
Juste un petit détail mineur : j'ai été surprise par "leitmotive" que j'ai toujours connu "leitmotiv" (la forme "leitmotive" est un pluriel savant, or cela ne me semble pas être dans le ton du texte).
Mention spéciale pour la chute, ce retour à la réalité familiale. Pas de leçon non plus ni de moralisation : juste ce choix-là, cela aurait pu être l'autre....
Juste un petit détail mineur : j'ai été surprise par "leitmotive" que j'ai toujours connu "leitmotiv" (la forme "leitmotive" est un pluriel savant, or cela ne me semble pas être dans le ton du texte).
Mention spéciale pour la chute, ce retour à la réalité familiale. Pas de leçon non plus ni de moralisation : juste ce choix-là, cela aurait pu être l'autre....
lilicub- Nombre de messages: 154
Age: 40
Date d'inscription: 18/11/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
C’est le silence. Je réalise brusquement que nous sommes seuls. Cela s’impose à moi comme quelque chose d’inattendu. Je n’y avais pas pensé avant. C’est l’odeur forte de sa sueur par dessus celle chimique de la peinture qui m’en a fait prendre conscience. Elle allume une cigarette. Le souffre de l’allumette prend le dessus un instant.
Elle se retourne vers moi. Quelques gouttelettes brillent au dessus de sa lèvre supérieure. Quelques mèches de ses cheveux sont collées à ses tempes. Elle va pour parler mais retient son souffle et la fumée dans ses poumons. Elle me fixe un instant. Je suis au dessus d’elle sur l’escabeau.
Un peu de peinture coule le long du rouleau sur mes phalanges. Son odeur me fait penser à celle de son sexe. Je crois qu’elle le sent ou le sait. Nous prenons conscience de nous même. Il fait chaud. La lumière est forte. Les bruits de la rue sont assourdis. Personne ne viendra avant ce soir. Je n’arrive pas à détourner mon regard. J’essaye de parler mais je n’ai rien à dire. Ma bouche s’ouvre juste, sans un souffle.
Elle recrache la fumée en fronçant légèrement les sourcils puis baisse la tête vers ses pieds. Brusquement elle la relève et ses yeux me fixent tandis qu’elle tire une autre taffe plus longue. Elle croise un bras sur sa poitrine et se mordille l’ongle du petit doigt de l’autre main. Elle sait. Je sais.
Je ne connais pas sa sueur, je voudrais m’y enfoncer. Mon cerveau me dit « ma femme ». Je repose le rouleau dans le bac en fermant les yeux, ma langue collée contre ma lèvre supérieure. Je fronce les sourcils en une ride verticale qui me barre le front. Je lutte.
Tout était béant. Je dois refermer les portes à toute allure. Lorsque je réouvre les yeux elle a quitté la pièce. Restent l’odeur de la cigarette, celle de la peinture, et cette pointe de musc qui s’évanouie. Je respire un grand coup pour la sentir une dernière fois avant de m’en débarrasser dans une puissante expiration.
Je sors le rouleau du bac, l’égoutte sur le tamis et recommence à peindre. « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » est le leitmotiv qui m’accompagne à chaque passage sur la surface blanche du plafond.
Le soir au moment de partir, nous venons de descendre les escaliers, nous sommes sur le pas de la porte dans la rue. Elle me tend la main, je lui tend la mienne. Elle la serre, entre nos deux paumes du tissu. Elle me fixe avec un peu de dédain, sa voix est froide « Au revoir » et part.
Je la regarde s’éloigner, entre mes doigts un string noir satiné. « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » et je lance le string en boule en direction d’une corbeille que je manque et résiste à la tentation de me sentir les doigts, après.
Lorsque j’arrive à la maison les enfants crient d’excitation et ma femme est furieuse car je n’était pas là pour donner les bains. Elle a raison, il est tard. Nous passons à table.
°°°
Voilà le texte modifié. J'ai gardé "Elle la serre, entre nos deux paumes du tissu." car je trouve que cela insiste sur la sensation du tissu. Le narrateur ne sait pas de quoi il s'agit. Il ne s'attend pas à ça. Lui aussi aimerait bien s'arrêter et ouvrir la main mais l'action continue.
J'ai changé Leitmotiv, enlevé un "s" à "tissus" et changé "Je ne connais pas son odeur." par "Je ne connais pas sa sueur,"
Voilà. Si un modérateur le préfère, il peut faire les changements dans le texte initial et supprimer ce message. Ou bien laisser comme ça et voir les évolutions du texte.
Je trouve personnellement que c'est intéressant de voir les corrections. De toutes façons, même avec un maximum d'efforts il reste des fautes dans mes textes... je ne me fais pas d'illusions : éditer est un métier !
Elle se retourne vers moi. Quelques gouttelettes brillent au dessus de sa lèvre supérieure. Quelques mèches de ses cheveux sont collées à ses tempes. Elle va pour parler mais retient son souffle et la fumée dans ses poumons. Elle me fixe un instant. Je suis au dessus d’elle sur l’escabeau.
Un peu de peinture coule le long du rouleau sur mes phalanges. Son odeur me fait penser à celle de son sexe. Je crois qu’elle le sent ou le sait. Nous prenons conscience de nous même. Il fait chaud. La lumière est forte. Les bruits de la rue sont assourdis. Personne ne viendra avant ce soir. Je n’arrive pas à détourner mon regard. J’essaye de parler mais je n’ai rien à dire. Ma bouche s’ouvre juste, sans un souffle.
Elle recrache la fumée en fronçant légèrement les sourcils puis baisse la tête vers ses pieds. Brusquement elle la relève et ses yeux me fixent tandis qu’elle tire une autre taffe plus longue. Elle croise un bras sur sa poitrine et se mordille l’ongle du petit doigt de l’autre main. Elle sait. Je sais.
Je ne connais pas sa sueur, je voudrais m’y enfoncer. Mon cerveau me dit « ma femme ». Je repose le rouleau dans le bac en fermant les yeux, ma langue collée contre ma lèvre supérieure. Je fronce les sourcils en une ride verticale qui me barre le front. Je lutte.
Tout était béant. Je dois refermer les portes à toute allure. Lorsque je réouvre les yeux elle a quitté la pièce. Restent l’odeur de la cigarette, celle de la peinture, et cette pointe de musc qui s’évanouie. Je respire un grand coup pour la sentir une dernière fois avant de m’en débarrasser dans une puissante expiration.
Je sors le rouleau du bac, l’égoutte sur le tamis et recommence à peindre. « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » est le leitmotiv qui m’accompagne à chaque passage sur la surface blanche du plafond.
Le soir au moment de partir, nous venons de descendre les escaliers, nous sommes sur le pas de la porte dans la rue. Elle me tend la main, je lui tend la mienne. Elle la serre, entre nos deux paumes du tissu. Elle me fixe avec un peu de dédain, sa voix est froide « Au revoir » et part.
Je la regarde s’éloigner, entre mes doigts un string noir satiné. « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » « C’est mieux comme ça » et je lance le string en boule en direction d’une corbeille que je manque et résiste à la tentation de me sentir les doigts, après.
Lorsque j’arrive à la maison les enfants crient d’excitation et ma femme est furieuse car je n’était pas là pour donner les bains. Elle a raison, il est tard. Nous passons à table.
°°°
Voilà le texte modifié. J'ai gardé "Elle la serre, entre nos deux paumes du tissu." car je trouve que cela insiste sur la sensation du tissu. Le narrateur ne sait pas de quoi il s'agit. Il ne s'attend pas à ça. Lui aussi aimerait bien s'arrêter et ouvrir la main mais l'action continue.
J'ai changé Leitmotiv, enlevé un "s" à "tissus" et changé "Je ne connais pas son odeur." par "Je ne connais pas sa sueur,"
Voilà. Si un modérateur le préfère, il peut faire les changements dans le texte initial et supprimer ce message. Ou bien laisser comme ça et voir les évolutions du texte.
Je trouve personnellement que c'est intéressant de voir les corrections. De toutes façons, même avec un maximum d'efforts il reste des fautes dans mes textes... je ne me fais pas d'illusions : éditer est un métier !

Mano- Nombre de messages: 243
Age: 42
Localisation: hyères
Date d'inscription: 17/01/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
C'est intéressant de mettre une version modifiée.
J'aime bien la sensation du tissus dans la main et que le narrateur ne sache pas ce que c'est. Nous non plus (sauf si on a lu la première version...) Du coup, c'est moins abrupte, on peut davantage y croire.
J'aime bien la sensation du tissus dans la main et que le narrateur ne sache pas ce que c'est. Nous non plus (sauf si on a lu la première version...) Du coup, c'est moins abrupte, on peut davantage y croire.

Anne Veillac- Nombre de messages: 568
Age: 47
Localisation: a.veillac@laposte.net
Date d'inscription: 22/03/2008

Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
le coup du string a gâché mon plaisir, pas la hauteur du reste du texte
j'aime bien ces petits instants de vie, où la banalité quotidienne pourrait faire basculer une vie
la vie Ripolin
sans câlin
j'aime bien ces petits instants de vie, où la banalité quotidienne pourrait faire basculer une vie
la vie Ripolin
sans câlin

mitsouko- Nombre de messages: 563
Age: 51
Localisation: Paris
Date d'inscription: 08/11/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Il y a dans tout ce que j'ai lu de toi une qualité de " franchise" ( que j'entends dans un sens littéraire, je ne confonds pas l'auteur et le personnage, hein !) tout à fait exceptionnelle qui rendent tes textes très intéressants. On ne s'en déprend pas facilement. On ne les oublie pas.

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
qui rend ( faudrait quand même que je me relise !!)

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Belle ambiance.
On lit jusqu'au bout (très important) mais la chute est brutale.
Mano , les avis sont ce qu'ils sont et je trouve dommage de modifier un texte aussi facilement , aussi rapidement.
On lit jusqu'au bout (très important) mais la chute est brutale.
Mano , les avis sont ce qu'ils sont et je trouve dommage de modifier un texte aussi facilement , aussi rapidement.

Manu(manisa06)- Nombre de messages: 1941
Age: 41
Localisation: Côte d'usure
Date d'inscription: 12/04/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Mistousko, ce string est un peu clinquant, c'est vrai. Un peu écrit ? Ce qui rejoindrait l'impression de Socque sur le vraissemblable ou pas. Je trouve pourtant le geste intéressant et très dur. C'est un mouvement de frustration peu commun...
Merci coline Dé, on fait comme les autres, on cherche...
Ne t'inquiète pas pour moi manisa06. il ne s'agit pas de modifier facilement "pour plaire" mais de continuer à explorer. Après tout on est là pour ça, non? C'est quand même un luxe d'avoir des lecteurs et de se poser des questions avec eux, de s'interroger ensemble. Mes textes m'appartiennent assez pour que je puisse les modifier comme je veux. Je ne suis plus à ça... je commence à me connaître un peu question écriture. C'est le travail qui manque, même pas le temps.
Merci coline Dé, on fait comme les autres, on cherche...
Ne t'inquiète pas pour moi manisa06. il ne s'agit pas de modifier facilement "pour plaire" mais de continuer à explorer. Après tout on est là pour ça, non? C'est quand même un luxe d'avoir des lecteurs et de se poser des questions avec eux, de s'interroger ensemble. Mes textes m'appartiennent assez pour que je puisse les modifier comme je veux. Je ne suis plus à ça... je commence à me connaître un peu question écriture. C'est le travail qui manque, même pas le temps.

Mano- Nombre de messages: 243
Age: 42
Localisation: hyères
Date d'inscription: 17/01/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Je suis d'accord avec toi Mano.

Manu(manisa06)- Nombre de messages: 1941
Age: 41
Localisation: Côte d'usure
Date d'inscription: 12/04/2008
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Ecriture plus que correcte, déroulement sans heurts de l'histoire, récit agréable sur le fond mais il me manque un truc très important: l'émotion. Sans elle, je n'arrive pas à accrocher au récit. Je ne ferai pas de comparaisons ni ne citerai de noms mais j'ai déjà lu ici ou ailleurs des textes qui relatent des scènes aussi extraordinaires dans leur quotidien et leur auteur avait réussi à faire passer un fluide émotionnel, sensuel, bref quelque chose qui faisait toute la différence.
Rien de tout cela ici en ce qui me concerne, désolée, donc ça tombe pas mal à plat et c'est dommage parce que ton écriture présente des qualités, c'est sûr.
Rien de tout cela ici en ce qui me concerne, désolée, donc ça tombe pas mal à plat et c'est dommage parce que ton écriture présente des qualités, c'est sûr.

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Je n'étais pas là pour donner les bains
Salut Mano,
Au début, j'avais cru que l'action se passait dans un endroit où on embaume les morts, va savoir pourquoi.
J'aime bien ton texte, écriture franche et accrocheuse, oui. Mais ça tu le sais déjà. Tu sais aussi qu'il te manque et le temps et le travail nécessaires pour donner à tout ça encore plus de consistance, plus de relief.
Amitiés,
Au début, j'avais cru que l'action se passait dans un endroit où on embaume les morts, va savoir pourquoi.
J'aime bien ton texte, écriture franche et accrocheuse, oui. Mais ça tu le sais déjà. Tu sais aussi qu'il te manque et le temps et le travail nécessaires pour donner à tout ça encore plus de consistance, plus de relief.
Amitiés,

panasonic- Nombre de messages: 161
Age: 32
Date d'inscription: 07/01/2008
Sujets similaires» Aix ... les bains réduits ...?
» J'y étais!
» Si tu étais, tu serais...?
» Pour les MOKAYEURS ....
» Yeux pour BJD
» J'y étais!
» Si tu étais, tu serais...?
» Pour les MOKAYEURS ....
» Yeux pour BJD
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Accueil
Conversations
Prose
Poésie
Catalogue
FAQ
Rechercher
S'enregistrer
Groupes
Connexion


