Sens unique
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Sens unique
Depuis plusieurs heures ma cage thoracique hurle douleur. Elle me bouffe les chairs de la poitrine. Depuis plusieurs jours je peine à trouver le sommeil. Le Lexomil a rendu les armes et j'accumule le poids des nuits d’éveil. Depuis plusieurs semaines mes amis renvoient des airs contrits. Changer mon rythme, voir un médecin ou bien un psy. Depuis plusieurs mois ma famille se fait un sang d’encre. Ma mère fond en larme quand elle me voit ou quand elle pense à moi. Depuis plusieurs années je ne sers plus à rien, l’administration et l’opinion publique me chient dessus et même ceux qui me ressemblent le plus me considèrent comme un trou à merde. Et dans ma propre tête, depuis pas mal de temps, l’idée s'impose que c'est la vérité.
Aujourd’hui je décide d’arrêter. Je me rend au dispensaire d’une association humanitaire. Je patiente une heure et demi assis entre deux clandestins moldaves et une famille algérienne. Des enfants ont le teint jaunes. Devenir clean, transparent comme une eau pure. Le médecin retraité apparaît sur le seuil de la salle d’attente. Il écorche mon nom. Il me précède dans un cabinet rudimentaire : carrelage et peinture défraîchit, des couleurs acidulés ou fades, un bureau en ferraille et une table d'auscultation élimée. Le vieux médecin est assisté d’un éducateur à demi avachis sur un angle du bureau. Je me déshabille, je passe les examens nécessaires à l’établissement du bilan de santé. L’éducateur se nomme Paul, il porte un jean troué et un tee-shirt sur lequel est inscrit « liberté pour le Tibet ». Paul doit avoir mon âge : trente ans. Paul m’interroge : sur ma situation sociale, sur la couverture maladie universelle, sur mes consommations de drogues. Je prends à peu prêt toutes les défonces disponibles sur le marché. Je préfère quand même les stimulants, cocaïne et ecstasy principalement, amphétamine à défaut et de l’alcool en accompagnement ; du shit et du tabac évidemment. J'utilise parfois des opiacés pour amortir les descentes, rachacha ou héro. Je ne me pique pas, je fume, je gobe ou je sniffe, plusieurs fois par semaine et beaucoup le week end. Malgré tout, je pense que je ne suis pas toxicomane. L’éducateur dicte l’ordonnance au médecin : 8mg de Subutex quotidiennement pendant quatre mois. Il dit qu’on réduira les doses progressivement.
Le lendemain je me rend dans une pharmacie au centre de la ville. J'esquive les yeux de l’employée et, en sortant de l'officine, je sais déjà que j'aurai honte d'y retourner. Le lendemain je laisse fondre un premier comprimé de Subutex sous la langue. Le truc me pourri toute la bouche et me ballonne dans les boyaux. Les jours suivants je souffre de stress et de nervosité. Je me réveille sur un matelas trempé de sueur, je prend des douches et des bains chauds. Je ne vois personne à part les cons de la télé. Le Subutex tempére un peu mon anxiété. Les semaines suivantes je pousuits le remède et la déprime. Je deviens comme une taupe enfoncée dans son trou. Mon dealer et mes potes de défonce se manifestent à plusieurs reprises sur mon portable mais je ne décroche pas. Un matin, je ne sais pas pourquoi, j'écrase le comprimé de Subutex et je l'inhale en trait. J'ai l'impression que ca me soulage mieux de cette façon là. Alors je recommence le matin suivant et finalement je me retrouve à sniffer du Subutex tous les matins. Les semaines passent, je ne parviens pas à réduire les doses. Le vieux médecin et l'éducateur affirment qu'il faut être patient, mes amis ont d’autres chats à fouetter, ma mère m’encourage à trouver du travail. Toutes les quinzaines on me délivre une nouvelle ordonnance. L’année suivante je réalise que je suis complètement accroc au traitement. Je réagis. Pour arrêter le Subutex on me prescrit du Skénan. Ca marche fort. Je ne prend plus de Subutex, non, j'adopte le Skénan, en snif, toujours. Je vis une existence de poisson mort. Aujourd'hui, hier, demain, je ne retrouve plus ma carte vitale. Subutex, skenan, rohypnol, je descend dans la rue. Le vent me pique la peau et le soleil est pâle.
Aujourd’hui je décide d’arrêter. Je me rend au dispensaire d’une association humanitaire. Je patiente une heure et demi assis entre deux clandestins moldaves et une famille algérienne. Des enfants ont le teint jaunes. Devenir clean, transparent comme une eau pure. Le médecin retraité apparaît sur le seuil de la salle d’attente. Il écorche mon nom. Il me précède dans un cabinet rudimentaire : carrelage et peinture défraîchit, des couleurs acidulés ou fades, un bureau en ferraille et une table d'auscultation élimée. Le vieux médecin est assisté d’un éducateur à demi avachis sur un angle du bureau. Je me déshabille, je passe les examens nécessaires à l’établissement du bilan de santé. L’éducateur se nomme Paul, il porte un jean troué et un tee-shirt sur lequel est inscrit « liberté pour le Tibet ». Paul doit avoir mon âge : trente ans. Paul m’interroge : sur ma situation sociale, sur la couverture maladie universelle, sur mes consommations de drogues. Je prends à peu prêt toutes les défonces disponibles sur le marché. Je préfère quand même les stimulants, cocaïne et ecstasy principalement, amphétamine à défaut et de l’alcool en accompagnement ; du shit et du tabac évidemment. J'utilise parfois des opiacés pour amortir les descentes, rachacha ou héro. Je ne me pique pas, je fume, je gobe ou je sniffe, plusieurs fois par semaine et beaucoup le week end. Malgré tout, je pense que je ne suis pas toxicomane. L’éducateur dicte l’ordonnance au médecin : 8mg de Subutex quotidiennement pendant quatre mois. Il dit qu’on réduira les doses progressivement.
Le lendemain je me rend dans une pharmacie au centre de la ville. J'esquive les yeux de l’employée et, en sortant de l'officine, je sais déjà que j'aurai honte d'y retourner. Le lendemain je laisse fondre un premier comprimé de Subutex sous la langue. Le truc me pourri toute la bouche et me ballonne dans les boyaux. Les jours suivants je souffre de stress et de nervosité. Je me réveille sur un matelas trempé de sueur, je prend des douches et des bains chauds. Je ne vois personne à part les cons de la télé. Le Subutex tempére un peu mon anxiété. Les semaines suivantes je pousuits le remède et la déprime. Je deviens comme une taupe enfoncée dans son trou. Mon dealer et mes potes de défonce se manifestent à plusieurs reprises sur mon portable mais je ne décroche pas. Un matin, je ne sais pas pourquoi, j'écrase le comprimé de Subutex et je l'inhale en trait. J'ai l'impression que ca me soulage mieux de cette façon là. Alors je recommence le matin suivant et finalement je me retrouve à sniffer du Subutex tous les matins. Les semaines passent, je ne parviens pas à réduire les doses. Le vieux médecin et l'éducateur affirment qu'il faut être patient, mes amis ont d’autres chats à fouetter, ma mère m’encourage à trouver du travail. Toutes les quinzaines on me délivre une nouvelle ordonnance. L’année suivante je réalise que je suis complètement accroc au traitement. Je réagis. Pour arrêter le Subutex on me prescrit du Skénan. Ca marche fort. Je ne prend plus de Subutex, non, j'adopte le Skénan, en snif, toujours. Je vis une existence de poisson mort. Aujourd'hui, hier, demain, je ne retrouve plus ma carte vitale. Subutex, skenan, rohypnol, je descend dans la rue. Le vent me pique la peau et le soleil est pâle.

lemon a- Nombre de messages: 294
Age: 39
Date d'inscription: 04/12/2008

Re: Sens unique
Bien vu je trouve, mais peut-être un peu speed (sans vouloir jouer sur les mots) à la fin, trop vite esquissé.

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Sens unique
Un texte comme ça, aussi fort, aussi poignant, ça pourrait servir à dissuader des pas encore accro, je pense...

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Sens unique
Sur le fond, faut croire que tous les Junkies sont différents…
Sur la forme, ça me rappelle beaucoup cette littérature française , pathos et moi, inversement, pas franchement celle que j'aime mais qui, paradoxalement citant beaucoup de marques, se vend bien. Ou vendent des marques ?
Bref, je passe à côté.
Sur la forme, ça me rappelle beaucoup cette littérature française , pathos et moi, inversement, pas franchement celle que j'aime mais qui, paradoxalement citant beaucoup de marques, se vend bien. Ou vendent des marques ?
Bref, je passe à côté.
Yali- Nombre de messages: 7685
Age: 47
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Sens unique
la démonstration est efficace et convaincante.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Sens unique
Il me semble qu'il y a un décalage dans le rythme entre le début, sur lequel tu t'attardes et la fin, rapidement traitée. Je me demande si je n'aurais pas préféré l'inverse, histoire d'atténuer ce côté narcissique larmoyant du début au profit d'une vraie galère, celle de l'errance et de la dépendance.
J'ai eu le sentiment, après quelques lignes, que ce narrateur aimait beaucoup parler de lui, se passer de la pommade et puis sa dépendance énoncée, je me dis qu'il est vachement lucide sur tout cela, presque trop. C'est trop propre, travaillé, ça relate sans véritablement s'enfoncer dans l'émotion. Il me manque donc quelque chose mais en même temps, j'ai aimé la gravité du ton et cette façon de raconter, cliniquement froide.
J'ai eu le sentiment, après quelques lignes, que ce narrateur aimait beaucoup parler de lui, se passer de la pommade et puis sa dépendance énoncée, je me dis qu'il est vachement lucide sur tout cela, presque trop. C'est trop propre, travaillé, ça relate sans véritablement s'enfoncer dans l'émotion. Il me manque donc quelque chose mais en même temps, j'ai aimé la gravité du ton et cette façon de raconter, cliniquement froide.

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
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