Début de "quelque chose"
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Début de "quelque chose"
Texte écrit comme cela, que je vous présente maintenant mais qui ne demeure pas assez travaillé car, d'après moi, de nombreuses choses ne vont pas. Désolé de le poster tout de suite, alors qu'il n'est à mes yeux pas immaculé de toutes erreurs... mais je tenais à avoir quelques avis avant de commencer la correction.
Merci beaucoup.
Je ne sais encore si les images que je me suis constituées au fil du temps ont su engendrer dans les esprits de mes camarades (que j'appelle "camarades" pour le plaisir de l'ironie) une seule et même pensée cohérente quant à leur vision de moi ; ont-ils réussi à ordonner leurs idées forgées sur ce que je souhaitais montrer - et non, bien sûr, sur ce que j'étais vraiment - quand je me présente à leurs regards et qu'ils s'obstinent à vouloir me ranger dans un de leurs tiroirs tout faits, bourrés de lieux communs et donc vides de sens ? Il apparaît aisément qu'on me voit comme un être ambigu, à l'essence douée ou tachée de contradictions. Apparemment, persuadés que je sois intrinsèquement différent d'eux et du reste du monde, ils ne pensent pas que mes paradoxes sont de ceux que l'on décèle souvent chez l'homme mais, à l'inverse, qu'ils dépendent de quelque chose de totalement autre, comme si ma marginalité prenait un aspect féerique, platonique, et qu'elle demeurait en un palais lointain, complexe et beau par son étrangeté, et par là même incompréhensible ; ils ne pouvaient s'empêcher de voir en moi le produit d'une fécondité anormale, d'un alliage de couleurs opposées ou alors trop proches ; et cette différence excessive qu'ils m'appropriaient leur faisait peur, mais aussi, comme le démontre toutes leurs masturbations intellectuelles, les interrogeait et les fascinait, car dans le dédale de mes conflits intérieurs ils s'imaginaient une vérité détenue par moi seul, un miroitement de réponses à une quantité de questions essentielles et universelles. C'était, bien évidemment, ridicule. J'exécrais (et j'exècre d'ailleurs toujours) leurs questionnements mystiques et dénués de logique, de véritable réflexion ; bien que je me suis de nombreuses fois amusé de leurs bêtises et ai aimé cultiver avec démesure ces facettes que je m'inventais, portant au plus haut degré le flambeau de ma bizarrerie, polissant sans relâche les doux contours de mon encéphale torturé jusqu'à le faire resplendir, immaculé de toutes souillures et de toutes conformités, enclin à l'interrogation, profond, sublime, mais aussi et surtout totalement irréel. Mais un être objectif et raisonnable qui observerait mon comportement avec les gens qui m'entourent remarquerait bien que tout cela n'est que leurre et ne résulte que d'un enchevêtrement malheureux de situations qui, peu à peu, ont fait écho en moi jusqu'à me blesser et me faire profondément changer ou bien, si l'on considère que je n'ai pas de personnalité fixe et définie, disparaître.
Je me rappelle cet événement bizarre dans cette longue avenue de Manhattan. C'était un soir d'automne où le peintre du ciel n'avait visiblement pas d'inspiration, à moins qu'il ne lui restait qu'un ensemble de couleurs restreint ; les prémisses du froid hivernal se faisaient sentir et, bientôt, les pulls n'allaient plus suffire. Tout le monde semblait sans intérêt et intéressé par rien, et une certaine tristesse était palpable jusque dans les ruelles les plus sombres où l'on ne distinguait plus grand-chose si ce n'est les pauvres carcasses dégarnies des hommes sans maison, sans femme, sans travail. Les gratte-ciels ne semblaient pas, comme au fort de l'été, se dresser fièrement vers le ciel, brillant de mille feux et toisant la ville, mais demeuraient mornes bâtiments, hauts mais frêles, serrés les uns contre les autres comme pour se tenir chaud. Et les lumières de Broadway qui normalement se répondent pour former un ensemble croisé de longs traits vifs qui transpercent les rues et donnent une impression de gaieté, d'opulence, et de centre du monde, n'illuminaient plus et paraissaient là comme simples guirlandes de mauvais goût. En somme, seulement les feuilles rougies, bleutées parfois, qui tombaient des grands arbres bordant les rues, demeuraient belles et authentiques. Je marchais donc là, en ce soir d'automne, d'un pas qu'on pouvait qualifier de las mais qui m'incombait et était en fait tout naturel. C'était une avenue longue et large aux trottoirs étroits, si bien qu'il était difficile pour deux personnes de marcher côte à côte sans empiéter sur la route. Je rentrais du café où je travaillais depuis un mois en tant que serveur, métier dont je m'embarassais dans la seule optique de gagner ma vie et de passer le temps. C'était il y a de cela un an et demi, et donc peu après la catastrophe qui a déclenché mon ébullition intérieure vouée à bouillonner indéfiniment, j'en ai peur. Mes nombreux masques et artifices étaient déjà fixés et j'apprenais patiemment à me servir d'eux, comme j'avais appris patiemment à les construire. Tout cela n'était pas très sain et je m'en rendais bien compte, surtout que mon passé était celui d'un catholique convaincu ; néanmoins, j'étais en bien trop grand dépit, et toutes ces considérations religieuses ne m'atteignaient plus et c'est tout juste si je continuais à distinguer les notions de bien et de mal - ou alors, c'est tout juste si je m'y intéressais. J'étais en proie à une pénurie intérieure ; tous les édifices qu'un homme de vingt-cinq ans peut construire, même s'ils sont sujets aux conflits, sont portés par de solides piliers et ne se laissent que très difficilement abattre ; mais chez moi, tout était ravagé, toutes mes tours d'espoirs, de craintes, d'amours, d'amitiés, de convictions étaient abattues et il ne demeurait même pas de restes sur lesquels se baser pour de nouveau fonder quelque chose : juste des souvenirs. En revanche, j'avais en seulement cinq mois fait naître des montagnes d'hameçons qui intriguent et sur lesquels beaucoup s'empalent. Je n'étais (et je suis toujours, car ces bâtiments-là, ces bâtiments du mal, de la duperie, semblent plus solides que toutes les naïves choses qu'un homme érige en temps normal) que faux-semblants, qu'une esche ambulante qui, par divers moyens, trompe les autres. Ainsi, je m'étonnais moi-même à être impitoyable, sans remords, fait de marbre ; et je m'étonnais également de l'intelligence dont je pouvais faire preuve pour arriver à mes fins (qui, d'une manière générale, n'existaient en fait pas : je n'avais aucun but précis, si ce n'est celui de façonner quelqu'un de tellement odieux et de tellement vicié qu'il n'aurait aucun rapport avec mon moi d'antan qui avait été mis en échec si facilement), une intelligence que les autres ne pouvaient parer car ils restaient emmurés dans leur niaiserie, leurs espérances, qui ne sont là que pour se déculpabiliser de la mauvaise nature humaine. Bref, j'ai découvert tôt que l'hypocrisie, le mensonge, l'imposture, étaient des valeurs bien plus sûres que tout ce à quoi l'âme aspire en temps normal, toutes ces raisons nobles mais tellement faibles... enfin, je m'égare, j'étais en train de vous conter une anecdote qui encore aujourd'hui me paraît fort bien illustrer ce que je tente de vous expliquer :
Je disais donc que, dans cette avenue, les trottoirs étaient étroits. Alors que je marchais rapidement, hâté de rentrer chez moi et d'échapper aux griffes du froid, je ne regardais pas bien devant moi et ai malencontreusement bousculé une dame ; surprise, elle perdit l'équilibre. Sûrement déjà énervée par une quelconque raison, elle se leva, farouche, et commença à louer les mérites de ma stupidité :
" - Jeune homme, il faudrait que vous appreniez à regarder devant vous afin de ne plus faire de mal aux passants qui, innocents, ne s'attendent pas du tout à ce qu'un énergumène de votre espèce les renverse avec si peu de manières. Surtout quand ces mêmes passants sont de jeunes dames fragiles et bien habillées !
Je la regardais d'un air fortement désolé dans lequel il était difficile de ne déceler aucun cynisme irrespectueux, puis je lui répondis :
- Ma chère Dame, je souhaite rectifier quelques-unes de vos paroles afin qu'il n'y ait point de malentendu quant à la nature de ma brusquerie ; en premier lieu, vous dites être une jeune dame fragile et bien habillée, alors qu'il apparaît aisément que vous avez un âge assez conséquent, que vous êtes même assez imposante et donc point fragile, et que votre tenue laisse à désirer dans le sens où il semblerait que vous vous adonniez volontiers à la prostitution. Je vous apprends donc que mon acte infâme n'était point involontaire : devant un être si immonde, si dénué de toute beauté et de toute prestance, j'ai cru bon de vous mettre à terre. En effet, de quel droit êtes-vous si laide et si dégoûtante ? Je n'ai eu besoin de vous voir qu'une seconde pour ressentir toute la rouille, toute la pourriture, dont vous êtes pourvue ; Dieu a créé l'Homme mais ne vous a pas créée vous : car l'Homme est splendide de nature, alors que vous êtes simplement l'abject personnifié. Le Diable-même ne voudrait pas de vous car, bien qu'il soit le Mal, il est issu de Dieu lui aussi ; alors que vous, vous sortez tout droit de la fange, de l'amas puant et nuisible qui se cache partout, dans les caniveaux, dans les poubelles, et en quantité minime dans le coeur de chacun. Ne vous approchez plus de moi, restez dans votre bourbe nauséeux qui n'a d'égale que les vases stagnantes et sales de votre esprit qui, de la même manière que votre apparence, m'inspire en toute légitimité la plus profonde répugnance. Je vous souhaite de ne jamais enfanter car cela voudrait dire que même les hideux peuvent se reproduire, et que notre monde à l'origine beau et bon peut devenir puant et pitoyable. Un sourire béat naît de mes lèvres quand je regarde l'oeuvre de Dieu, dont je fais partie, mais un rictus de haine apparaît et déforme mon visage heureux quand je vois les gens de votre espèce, qui ne méritent même pas d'exister ; vous polluez, et à ma haine s'ajoute ma tristesse, car mes larmes coulent à votre présence, mes yeux suintent et mon coeur se déchire et espère que jamais je ne vous recroiserai. Enfin, partez, je me sens atteint, et mon orgueil se voit blessé, je ne veux pas qu'une chose si basse que vous puisse rompre mes murs. A votre vue germe en moi des choses absolument immorales que je serais en mesure d'infliger à un être si horrible que vous."
Et je la dépassais sans un regard en arrière, un goût étrange dans la bouche. Une plante carnivore s'attelait à me dévorer, plus intensément encore que d'habitude ; un brasier de feu noir me consumait plus ardemment ; un bourgeon de Mal semblait éclore et se répandre en moi.
Ah, à l'heure d'aujourd'hui, je pourrais vous raconter de nombreuses autres histoires pareilles à celle-ci, qui vous paraîtront tout aussi fantaisistes et tout aussi ridicules et inconvenantes. Car quand je cherche dans les limbes de mon esprit, je trouve de multiples autres infamités que j'ai commises, crachant à la face du monde mon dédain pour lui, ma haine démesurée que je suis le seul en mesure de comprendre. Ce ne sont point des élucubrations imaginaires d'adolescent, mais des choses réelles ; soyez donc certains de toute l'authenticité de mes mots. Une fois que vous serez persuadés de la véracité de ce que je vous raconte, vous trouverez sûrement que c'est d'une puérilité innommable et d'un absurde que seul un fou serait capable d'engendrer ; seulement, j'anticipe une fois encore, je ne suis point aliéné, au contraire, je pense être ici le plus lucide de tous, et tout ce que j'écris là et qui vous apparaît n'être qu'un tissu de bizarreries est pour moi la suite évidente, essentielle, et purement rationnelle d'une intrication de faits dont découlent inéluctablement toutes mes actions. Vous comprenez donc que cela n'a rien de farfelu, en aucun cas.
Mais étrangement, entre mes nombreuses fourberies que je retrouve en remontant le fleuve sinueux de mon passé, j'arrive aussi à déceler d'autres choses, plus vieilles, plus lointaines, et d'une nature toute différente. En effet, souvent, je m'assieds sur mon gros fauteuil de velours, et me vide entièrement pour chercher en moi d'anciens ressentis et d'anciennes aspirations ; et en creusant avidement la terre de mes réminiscences, en dégageant ardemment à la fourche les feuilles flétries, les roses noires et mornes fanées, je trouve des petits bouts anodins de souvenirs qui dégagent une lumière aux couleurs chaudes - semblable à la lumière si réconfortante qu'on se plaît à trouver dans les vieux stéréotypes de contes où des grand-mères tricotent au coin du feu -. Des instants minimes mais qui jurent avec ces nombreux rappels mauvais et lugubres qui parsèment le sol de mon existence... je ne dirais pas que j'aime ces souvenirs-là car ils viennent d'un temps révolu où j'étais encore l'homme naïf qui espère, qui croit, et qui attend de lui-même et des autres - mais plus l'homme que je suis maintenant. Cependant, j'ose avouer avec honte que, parfois, me rappeler ces moments gais, ordinaires et à part à la fois, me fait du bien, met du baume sur les blessures ouvertes dans lesquelles je puise mon énergie mais également toute ma torture morale. Néanmoins, je n'aimerai pas que vous vous mépreniez sur la nature de mes mots : bien que ces couleurs décolorées réapparaissent quelquefois en moi et m'apaisent, elles demeurent dans l'autrefois et je ne suis en aucun cas enclin à me les approprier de nouveau pour en créer d'autres.
< Mentor le 27/12 à 17h09 : quelques mots fautifs soulignés par mes soins ;-) >
Merci beaucoup.
Je ne sais encore si les images que je me suis constituées au fil du temps ont su engendrer dans les esprits de mes camarades (que j'appelle "camarades" pour le plaisir de l'ironie) une seule et même pensée cohérente quant à leur vision de moi ; ont-ils réussi à ordonner leurs idées forgées sur ce que je souhaitais montrer - et non, bien sûr, sur ce que j'étais vraiment - quand je me présente à leurs regards et qu'ils s'obstinent à vouloir me ranger dans un de leurs tiroirs tout faits, bourrés de lieux communs et donc vides de sens ? Il apparaît aisément qu'on me voit comme un être ambigu, à l'essence douée ou tachée de contradictions. Apparemment, persuadés que je sois intrinsèquement différent d'eux et du reste du monde, ils ne pensent pas que mes paradoxes sont de ceux que l'on décèle souvent chez l'homme mais, à l'inverse, qu'ils dépendent de quelque chose de totalement autre, comme si ma marginalité prenait un aspect féerique, platonique, et qu'elle demeurait en un palais lointain, complexe et beau par son étrangeté, et par là même incompréhensible ; ils ne pouvaient s'empêcher de voir en moi le produit d'une fécondité anormale, d'un alliage de couleurs opposées ou alors trop proches ; et cette différence excessive qu'ils m'appropriaient leur faisait peur, mais aussi, comme le démontre toutes leurs masturbations intellectuelles, les interrogeait et les fascinait, car dans le dédale de mes conflits intérieurs ils s'imaginaient une vérité détenue par moi seul, un miroitement de réponses à une quantité de questions essentielles et universelles. C'était, bien évidemment, ridicule. J'exécrais (et j'exècre d'ailleurs toujours) leurs questionnements mystiques et dénués de logique, de véritable réflexion ; bien que je me suis de nombreuses fois amusé de leurs bêtises et ai aimé cultiver avec démesure ces facettes que je m'inventais, portant au plus haut degré le flambeau de ma bizarrerie, polissant sans relâche les doux contours de mon encéphale torturé jusqu'à le faire resplendir, immaculé de toutes souillures et de toutes conformités, enclin à l'interrogation, profond, sublime, mais aussi et surtout totalement irréel. Mais un être objectif et raisonnable qui observerait mon comportement avec les gens qui m'entourent remarquerait bien que tout cela n'est que leurre et ne résulte que d'un enchevêtrement malheureux de situations qui, peu à peu, ont fait écho en moi jusqu'à me blesser et me faire profondément changer ou bien, si l'on considère que je n'ai pas de personnalité fixe et définie, disparaître.
Je me rappelle cet événement bizarre dans cette longue avenue de Manhattan. C'était un soir d'automne où le peintre du ciel n'avait visiblement pas d'inspiration, à moins qu'il ne lui restait qu'un ensemble de couleurs restreint ; les prémisses du froid hivernal se faisaient sentir et, bientôt, les pulls n'allaient plus suffire. Tout le monde semblait sans intérêt et intéressé par rien, et une certaine tristesse était palpable jusque dans les ruelles les plus sombres où l'on ne distinguait plus grand-chose si ce n'est les pauvres carcasses dégarnies des hommes sans maison, sans femme, sans travail. Les gratte-ciels ne semblaient pas, comme au fort de l'été, se dresser fièrement vers le ciel, brillant de mille feux et toisant la ville, mais demeuraient mornes bâtiments, hauts mais frêles, serrés les uns contre les autres comme pour se tenir chaud. Et les lumières de Broadway qui normalement se répondent pour former un ensemble croisé de longs traits vifs qui transpercent les rues et donnent une impression de gaieté, d'opulence, et de centre du monde, n'illuminaient plus et paraissaient là comme simples guirlandes de mauvais goût. En somme, seulement les feuilles rougies, bleutées parfois, qui tombaient des grands arbres bordant les rues, demeuraient belles et authentiques. Je marchais donc là, en ce soir d'automne, d'un pas qu'on pouvait qualifier de las mais qui m'incombait et était en fait tout naturel. C'était une avenue longue et large aux trottoirs étroits, si bien qu'il était difficile pour deux personnes de marcher côte à côte sans empiéter sur la route. Je rentrais du café où je travaillais depuis un mois en tant que serveur, métier dont je m'embarassais dans la seule optique de gagner ma vie et de passer le temps. C'était il y a de cela un an et demi, et donc peu après la catastrophe qui a déclenché mon ébullition intérieure vouée à bouillonner indéfiniment, j'en ai peur. Mes nombreux masques et artifices étaient déjà fixés et j'apprenais patiemment à me servir d'eux, comme j'avais appris patiemment à les construire. Tout cela n'était pas très sain et je m'en rendais bien compte, surtout que mon passé était celui d'un catholique convaincu ; néanmoins, j'étais en bien trop grand dépit, et toutes ces considérations religieuses ne m'atteignaient plus et c'est tout juste si je continuais à distinguer les notions de bien et de mal - ou alors, c'est tout juste si je m'y intéressais. J'étais en proie à une pénurie intérieure ; tous les édifices qu'un homme de vingt-cinq ans peut construire, même s'ils sont sujets aux conflits, sont portés par de solides piliers et ne se laissent que très difficilement abattre ; mais chez moi, tout était ravagé, toutes mes tours d'espoirs, de craintes, d'amours, d'amitiés, de convictions étaient abattues et il ne demeurait même pas de restes sur lesquels se baser pour de nouveau fonder quelque chose : juste des souvenirs. En revanche, j'avais en seulement cinq mois fait naître des montagnes d'hameçons qui intriguent et sur lesquels beaucoup s'empalent. Je n'étais (et je suis toujours, car ces bâtiments-là, ces bâtiments du mal, de la duperie, semblent plus solides que toutes les naïves choses qu'un homme érige en temps normal) que faux-semblants, qu'une esche ambulante qui, par divers moyens, trompe les autres. Ainsi, je m'étonnais moi-même à être impitoyable, sans remords, fait de marbre ; et je m'étonnais également de l'intelligence dont je pouvais faire preuve pour arriver à mes fins (qui, d'une manière générale, n'existaient en fait pas : je n'avais aucun but précis, si ce n'est celui de façonner quelqu'un de tellement odieux et de tellement vicié qu'il n'aurait aucun rapport avec mon moi d'antan qui avait été mis en échec si facilement), une intelligence que les autres ne pouvaient parer car ils restaient emmurés dans leur niaiserie, leurs espérances, qui ne sont là que pour se déculpabiliser de la mauvaise nature humaine. Bref, j'ai découvert tôt que l'hypocrisie, le mensonge, l'imposture, étaient des valeurs bien plus sûres que tout ce à quoi l'âme aspire en temps normal, toutes ces raisons nobles mais tellement faibles... enfin, je m'égare, j'étais en train de vous conter une anecdote qui encore aujourd'hui me paraît fort bien illustrer ce que je tente de vous expliquer :
Je disais donc que, dans cette avenue, les trottoirs étaient étroits. Alors que je marchais rapidement, hâté de rentrer chez moi et d'échapper aux griffes du froid, je ne regardais pas bien devant moi et ai malencontreusement bousculé une dame ; surprise, elle perdit l'équilibre. Sûrement déjà énervée par une quelconque raison, elle se leva, farouche, et commença à louer les mérites de ma stupidité :
" - Jeune homme, il faudrait que vous appreniez à regarder devant vous afin de ne plus faire de mal aux passants qui, innocents, ne s'attendent pas du tout à ce qu'un énergumène de votre espèce les renverse avec si peu de manières. Surtout quand ces mêmes passants sont de jeunes dames fragiles et bien habillées !
Je la regardais d'un air fortement désolé dans lequel il était difficile de ne déceler aucun cynisme irrespectueux, puis je lui répondis :
- Ma chère Dame, je souhaite rectifier quelques-unes de vos paroles afin qu'il n'y ait point de malentendu quant à la nature de ma brusquerie ; en premier lieu, vous dites être une jeune dame fragile et bien habillée, alors qu'il apparaît aisément que vous avez un âge assez conséquent, que vous êtes même assez imposante et donc point fragile, et que votre tenue laisse à désirer dans le sens où il semblerait que vous vous adonniez volontiers à la prostitution. Je vous apprends donc que mon acte infâme n'était point involontaire : devant un être si immonde, si dénué de toute beauté et de toute prestance, j'ai cru bon de vous mettre à terre. En effet, de quel droit êtes-vous si laide et si dégoûtante ? Je n'ai eu besoin de vous voir qu'une seconde pour ressentir toute la rouille, toute la pourriture, dont vous êtes pourvue ; Dieu a créé l'Homme mais ne vous a pas créée vous : car l'Homme est splendide de nature, alors que vous êtes simplement l'abject personnifié. Le Diable-même ne voudrait pas de vous car, bien qu'il soit le Mal, il est issu de Dieu lui aussi ; alors que vous, vous sortez tout droit de la fange, de l'amas puant et nuisible qui se cache partout, dans les caniveaux, dans les poubelles, et en quantité minime dans le coeur de chacun. Ne vous approchez plus de moi, restez dans votre bourbe nauséeux qui n'a d'égale que les vases stagnantes et sales de votre esprit qui, de la même manière que votre apparence, m'inspire en toute légitimité la plus profonde répugnance. Je vous souhaite de ne jamais enfanter car cela voudrait dire que même les hideux peuvent se reproduire, et que notre monde à l'origine beau et bon peut devenir puant et pitoyable. Un sourire béat naît de mes lèvres quand je regarde l'oeuvre de Dieu, dont je fais partie, mais un rictus de haine apparaît et déforme mon visage heureux quand je vois les gens de votre espèce, qui ne méritent même pas d'exister ; vous polluez, et à ma haine s'ajoute ma tristesse, car mes larmes coulent à votre présence, mes yeux suintent et mon coeur se déchire et espère que jamais je ne vous recroiserai. Enfin, partez, je me sens atteint, et mon orgueil se voit blessé, je ne veux pas qu'une chose si basse que vous puisse rompre mes murs. A votre vue germe en moi des choses absolument immorales que je serais en mesure d'infliger à un être si horrible que vous."
Et je la dépassais sans un regard en arrière, un goût étrange dans la bouche. Une plante carnivore s'attelait à me dévorer, plus intensément encore que d'habitude ; un brasier de feu noir me consumait plus ardemment ; un bourgeon de Mal semblait éclore et se répandre en moi.
Ah, à l'heure d'aujourd'hui, je pourrais vous raconter de nombreuses autres histoires pareilles à celle-ci, qui vous paraîtront tout aussi fantaisistes et tout aussi ridicules et inconvenantes. Car quand je cherche dans les limbes de mon esprit, je trouve de multiples autres infamités que j'ai commises, crachant à la face du monde mon dédain pour lui, ma haine démesurée que je suis le seul en mesure de comprendre. Ce ne sont point des élucubrations imaginaires d'adolescent, mais des choses réelles ; soyez donc certains de toute l'authenticité de mes mots. Une fois que vous serez persuadés de la véracité de ce que je vous raconte, vous trouverez sûrement que c'est d'une puérilité innommable et d'un absurde que seul un fou serait capable d'engendrer ; seulement, j'anticipe une fois encore, je ne suis point aliéné, au contraire, je pense être ici le plus lucide de tous, et tout ce que j'écris là et qui vous apparaît n'être qu'un tissu de bizarreries est pour moi la suite évidente, essentielle, et purement rationnelle d'une intrication de faits dont découlent inéluctablement toutes mes actions. Vous comprenez donc que cela n'a rien de farfelu, en aucun cas.
Mais étrangement, entre mes nombreuses fourberies que je retrouve en remontant le fleuve sinueux de mon passé, j'arrive aussi à déceler d'autres choses, plus vieilles, plus lointaines, et d'une nature toute différente. En effet, souvent, je m'assieds sur mon gros fauteuil de velours, et me vide entièrement pour chercher en moi d'anciens ressentis et d'anciennes aspirations ; et en creusant avidement la terre de mes réminiscences, en dégageant ardemment à la fourche les feuilles flétries, les roses noires et mornes fanées, je trouve des petits bouts anodins de souvenirs qui dégagent une lumière aux couleurs chaudes - semblable à la lumière si réconfortante qu'on se plaît à trouver dans les vieux stéréotypes de contes où des grand-mères tricotent au coin du feu -. Des instants minimes mais qui jurent avec ces nombreux rappels mauvais et lugubres qui parsèment le sol de mon existence... je ne dirais pas que j'aime ces souvenirs-là car ils viennent d'un temps révolu où j'étais encore l'homme naïf qui espère, qui croit, et qui attend de lui-même et des autres - mais plus l'homme que je suis maintenant. Cependant, j'ose avouer avec honte que, parfois, me rappeler ces moments gais, ordinaires et à part à la fois, me fait du bien, met du baume sur les blessures ouvertes dans lesquelles je puise mon énergie mais également toute ma torture morale. Néanmoins, je n'aimerai pas que vous vous mépreniez sur la nature de mes mots : bien que ces couleurs décolorées réapparaissent quelquefois en moi et m'apaisent, elles demeurent dans l'autrefois et je ne suis en aucun cas enclin à me les approprier de nouveau pour en créer d'autres.
< Mentor le 27/12 à 17h09 : quelques mots fautifs soulignés par mes soins ;-) >

lu-k- Nombre de messages: 1134
Age: 18
Localisation: Drôme
Date d'inscription: 24/12/2008
Re: Début de "quelque chose"
Mon texte est si mauvais que personne n'ose le commenter de peur de trop me blesser dans mon amour-propre \o/ ?

lu-k- Nombre de messages: 1134
Age: 18
Localisation: Drôme
Date d'inscription: 24/12/2008
Re: Début de "quelque chose"
non, on attendait juste que tu remontes ton propre texte pour pouvoir t'exclure de VE, car la manoeuvre est très très mal vue, ok ?
:-)))))))))))))))))))
:-)))))))))))))))))))

mentor- Nombre de messages: 19023
Age: 33
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – — -
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Début de "quelque chose"
Je me demandais aussi si vous étiez un de ces forums élitistes où est érigé un tel culte de l'intellectualisme et de la décence que les ups ne sont pas acceptés : )
Dans ce cas, pas de problème.
Dans ce cas, pas de problème.

lu-k- Nombre de messages: 1134
Age: 18
Localisation: Drôme
Date d'inscription: 24/12/2008
Re: Début de "quelque chose"
lu-k a écrit: les ups ne sont pas acceptés : )
Les ups, c'est comme le reste : à pratiquer modérément !
De même, on demande de ne pas poster trop fréquemment (un texte par semaine, c'est bien.)
Mais tout cela n'a pas grand chose à voir avec l'élitisme !
Krystelle- Nombre de messages: 7186
Age: 32
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Début de "quelque chose"
lu-k a écrit:Je me demandais aussi si vous étiez un de ces forums élitistes où est érigé un tel culte de l'intellectualisme et de la décence que les ups ne sont pas acceptés : )
Dans ce cas, pas de problème.
je n'ai pas l'impression que tu suives de très près les discussions qui ont lieu en ce moment au sujet d'une LIGNE EDITORIALE sur VE
c'est intéressant
rien ne t'empêche d'y participer

mentor- Nombre de messages: 19023
Age: 33
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – — -
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Début de "quelque chose"
salut lu-k,
Moi c'est Céline, je viens de m'inscrire sur ce forum il ya à peine 3 jours, et j'ai 16 ans. Ton texte est long,et interessant. c'est un bon début, cela se voit que tu aimes bien écrire, et que tu as de l'imagination. Apparemment tu écris un roman, à la première personne. j'ai commencé à le lire, mais il me reste la moitié à terminer. un conseil ne te décourage pas, par les autres membres, ils détestent les nouveaux.
Moi c'est Céline, je viens de m'inscrire sur ce forum il ya à peine 3 jours, et j'ai 16 ans. Ton texte est long,et interessant. c'est un bon début, cela se voit que tu aimes bien écrire, et que tu as de l'imagination. Apparemment tu écris un roman, à la première personne. j'ai commencé à le lire, mais il me reste la moitié à terminer. un conseil ne te décourage pas, par les autres membres, ils détestent les nouveaux.
célibne- Nombre de messages: 9
Age: 19
Date d'inscription: 22/12/2008
Re: Début de "quelque chose"
célibne a écrit:un conseil ne te décourage pas, par les autres membres, ils détestent les nouveaux.
c'est quoi ce délire ???
tu veux un avertoch toi ? :-))

mentor- Nombre de messages: 19023
Age: 33
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – — -
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Début de "quelque chose"
fais gaffe on mord pas, mais des fois ça peut arriver :-))

Tristan- Nombre de messages: 2982
Age: 24
Localisation: Nancy
Date d'inscription: 24/06/2007

Re: Début de "quelque chose"
célibne a écrit: un conseil ne te décourage pas, par les autres membres, ils détestent les nouveaux.
Ca c'est po vrai. ><
J'ai été nouvelle aussi, eh ! ;-)

Evanescent- Nombre de messages: 2401
Age: 20
Localisation: À nous deux, maintenant.
Date d'inscription: 03/07/2008
Re: Début de "quelque chose"
J'ai été nouvelle aussi, eh ! ;-)
Pareil. (m'avez-vous détesté???? célibne met en moi le doute... non c'est pô vrai j'en pense pas un mot)
Finalement on répond à la jeune effrontée et plus personne ne lit le texte!
Bon j'avoue, j'ai pas lu en entier: tes phrases sont très longues, c'est assez lourd et ça manque grandement de respirations!
Mais je ne dis pas que c'est tout mauvais: tu as une certaine maitrise de la langue, une palette plutôt riche question vocabulaire (peut-être un peu trop par endroits).
Seulement c'est beaucoup trop condensé, un gros gros morceau comme ça, ça donne pas vraiment envie d'aller jusqu'au bout (c'est juste sur ce point, en + de la correction des fautes de frappe que j'étais favorable à un bouton "éditer"... bref on ne va pas remettre le débat sur le feu!)
Mon conseil serait que tu écrives un autre texte, peut-être plus court et surtout avec de la respiration (retours à la ligne, espacement des paragraphes etc) pour rendre la lecture + agréable. Ensuite les lecteurs commenteront s'ils le souhaite.

Chako Noir- Nombre de messages: 4218
Age: 21
Localisation: sur la lune
Date d'inscription: 08/04/2008

Re: Début de "quelque chose"
Euh, Célibne, bof hein. C'est gentil de vouloir me soutenir, mais j'ai été très bien accueilli ici et les membres n'ont pas du tout été antipathiques avec moi, loin de là.
Chako Noir, d'accord, il faudra que j'aère un peu, c'est vrai que ça peut paraître trop important et pas assez espacé... et je sais aussi que beaucoup entretiennent une certaine aversion à lire des longs textes via l'ordinateur, c'est pas très agréable, ça fatigue les yeux et tout ça.
Chako Noir, d'accord, il faudra que j'aère un peu, c'est vrai que ça peut paraître trop important et pas assez espacé... et je sais aussi que beaucoup entretiennent une certaine aversion à lire des longs textes via l'ordinateur, c'est pas très agréable, ça fatigue les yeux et tout ça.

lu-k- Nombre de messages: 1134
Age: 18
Localisation: Drôme
Date d'inscription: 24/12/2008
Re: Début de "quelque chose"
lu-k, qu'est-ce que tu donnerais comme titre à ton texte?
J'ai provisoirement mis "Les images" au catalogue, mais je peux changer ça selon ce que tu me diras. Merci !
J'ai provisoirement mis "Les images" au catalogue, mais je peux changer ça selon ce que tu me diras. Merci !

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Début de "quelque chose"
Sahkti, je n'ai pas vraiment d'idée quant au titre, garde "Les images", ça conviendra très bien.
Mentor, je ne sais pas si tu te pares plus de ridicule ou de mérite en ayant cherché les petites fautes dans mon texte puis en les soulignant... en tout cas, bien que j'accorde un certain respect pour ta rancoeur et ton courage, prends garde car à présent, les moindres petites erreurs dans tes posts seront soigneusement relevées et corrigées par mes soins : )
Mentor, je ne sais pas si tu te pares plus de ridicule ou de mérite en ayant cherché les petites fautes dans mon texte puis en les soulignant... en tout cas, bien que j'accorde un certain respect pour ta rancoeur et ton courage, prends garde car à présent, les moindres petites erreurs dans tes posts seront soigneusement relevées et corrigées par mes soins : )

lu-k- Nombre de messages: 1134
Age: 18
Localisation: Drôme
Date d'inscription: 24/12/2008
Re: Début de "quelque chose"
lu-k a écrit:Mentor, je ne sais pas si tu te pares plus de ridicule ou de mérite en ayant cherché les petites fautes dans mon texte puis en les soulignant... en tout cas, bien que j'accorde un certain respect pour ta rancoeur et ton courage, prends garde car à présent, les moindres petites erreurs dans tes posts seront soigneusement relevées et corrigées par mes soins : )
Rooh... là il exagère. Ho mentor, tu peux quand même trouver des textes largement plus encombrés d'aberrations orthographiques! Mais nan, monsieur fait sa mauvaise tête... celui-là, il est vraiment incorrigible ^^

Chako Noir- Nombre de messages: 4218
Age: 21
Localisation: sur la lune
Date d'inscription: 08/04/2008

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