Quatre petits textes

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Quatre petits textes

Message  lu-k le Ven 2 Jan 2009 - 23:29

Tentative d'écriture d'ambiance :

C'est dans les soirées suantes de fumée et où l'on se drogue et où l'on s'enivre à force de musique blues, d'alcool et de femmes noires - perles noires et sombres et luisantes - que se mêlaient les voix ocres des chanteurs du New Jersey, crachant l'âme de leurs frères - ces airs graves d'où se dégagent des volutes embuées de liberté et de décrépitude ; la misère retranscrite.
Au bar, l'homme et son chapeau feutré de velours regarde et écoute, attentif - et la chaleur de l'alcool dans sa gorge. Il dénude les bruits un à un, les saxophones frémissants ; et du regard aussi, les femmes noires à la taille allongée, gazelles mystérieuses derrière leurs clopes. Il observe toujours et en lui se répercute un tout grisant et poignant, comme si les frontières du bar n'existaient plus et que le monde entier était ici, dans la pièce empestant la fumée, l'alcool et la musique. Il trouve que la seule vérité se terre là, en fait, et n'existe nulle part ailleurs. C'est là le visage de l'Amérique qui transparaît, et ne se mue qu'en une fausse et riche urbanité au dehors, pendant que dans les bas-fonds, le premier et le seul véritable persiste.
Et ce paupérisme noir, toujours, qui se veut pouvoir changer par le capitalisme, n'est en fait qu'un leurre que plus personne ne croit et qui se résume à vouloir changer l'état des choses ; un état irrévocable de classes sociales prédestinées.

_____________________


De l'immigration :

C'est dans l'envie de changement que les pertes s'allient aux victoires.
Les promenades sont mornes sur les plages connues, les promenades sont belles sur les plages nouvelles. En effet, quand les sens s'habituent et que, du même coup, le plaisir se délite, de nouveaux horizons sont désirés. "Qu'aux bernacles qui traînent s'ajoutent les morts", se dit l'être qui se sent pourrir de monotonie et de routine. Les autres parts sont nombreux et toujours meilleurs que les ici : les découvrir, c'est apprendre. Marcher au rythme de nouvelles notes, se lier à d'autres jungles pour se les accoutumer, et grandir de perspectives apparues et d'âmes naissantes ; et c'est ainsi que l'on s'en va, délaissant notre quotidien pour acquérir de neuves fortunes, encore immaculées de toutes empreintes et rouillées seulement d'avoir trop attendu ; et c'est ainsi que l'imaginaire et le coeur s'embrasent à l'orée de savanes glacées ou d'arctiques ardents ; et c'est ainsi que les piles battantes de nos moeurs meurent écrasées à l'assaut des frontières. Et quand finalement, à la vue des peintures tant rêvées, l'extase survient, ce n'est que pour précéder le manque du fréquent et la nostalgie de l'avant.
Les piles battent encore, en fait, mais pour n'alimenter qu'une chose : les souvenirs.

__________________


Le Drapeau des chagrins :


Et le drapeau des chagrins s'affiche dans nos têtes ; et la douceur du matin s'élime dans nos yeux, perdant de toute sa saveur pour se muer en un sanglot qui agonise, geint, s'éteint. Nous nous terrons ! La beauté a disparu ! Les grands amours se sont tus, les envies aussi, l'Art fané ! Mais cet inextinguible besoin (ce besoin du beau, de l'esthétique) perdure et bat toujours, a les mains avenantes et le sourire aguicheur, se pavane au devant de nos regards pour que, de pis en pis, nous le désirions, ayons, au détriment de l'envie, besoin. Et notre âme chante, ah ! nous l'entendons tous, oui, qui fredonne inlassablement ; nous voudrions la faire taire, elle accapare, se met au devant, s'acharne en nous dans le seul but que ce besoin - encore là, le terrible - séjourne infiniment.
Mais les astres noirs enlaidissent, saccagent, maîtres de l'ignorance, serviteurs de l'inconscience, prônant sans relâche les doux relents de la carence et aspirant sans détours à une pénurie intérieure, de l'esprit, vouée à rester étanche au savoir et aux véritables choses.
Anguilles qui ondulent entre les coraux, les béotiens ne se soucient gère de ces changements de valeur et continuent à cultiver leur bêtise, bannière triomphante levée au-dessus des têtes vides qui ne s'épuisent même plus à fonctionner.
Et la beauté culturelle qu'on tâchait jadis de polir et de repolir se craque pour ne devenir que fragments éparpillés qui perdurent mais laissent derrière eux leurs semblables, oubliés, consumant leur dernier souffle enfouis dans la terre des âges, la rouille du temps, l'humus des souvenirs.
Croyez-vous que les hommes - qui s'empoisonnent eux-mêmes par des acides de paresse - puissent continuer à jouir de brumes qui confinent la vérité et n'amènent qu'à une duplicité qui apparaît belle, grande et fragile, alors qu'elle n'est qu'hameçon sur lesquels les ignorants s'écorchent et où leurs lacunes s'enhardissent ?
Quelle déception grandissante qui s'abat et nous fait nous terrer, honteux, dans notre inculture ; les hommes se seraient pervertis et auraient déclenché une famine du savoir, une forêt de cent mille arbres où chacun porterait sur chacune des feuilles de chacune des branches le feu-follet de leur perte, s'enflammant jusque dans la nuit, ces cendres étant les lambeaux de leurs inepties. La beauté n'est même plus distinguée et est au contraire confondue avec la laideur, envahissante, qu'on retrouve partout car elle est entretenue. Pourquoi l'humanité s'est-elle ainsi égarée de son chemin originel, somptueux, et où la connaissance était l'élite des sentiments et du coeur ? Au jour d'aujourd'hui, les êtres se pourrissent et la charrette redémarre irrévocablement, en route vers des chemins rocailleux et où la décrépitude de l'esprit règne, celui-ci trébuchant sur les pierres d'une triste épuration cérébrale.

______________________

Grande pudeur à fins inverses :


Il est paré d’un de ces manteaux qui ne laissent rien deviner de l’en dessous. Quant à ce qui est d’elle et de ses habits démodés, rapiécés, et enfilés à la va-vite, elle paraît vieille et coincée alors qu’elle a tout juste la vingtaine. Dans la rue, ils déçoivent les regards à la dérobée, défient la curiosité perverse des gens qui, toujours subrepticement, dardent les couples qui se promènent. Car, que ce soit dans les parcs tranquilles faits pour les marches amoureuses ou dans les petits coins à l’abri du monde qu’on trouve toujours dans les cafés, ils ne se touchent pas et demeurent tenus l’un à l’autre par un fil invisible. Lui semble inintéressé et elle trop pudique pour ne serait-ce que lui prendre la main ; pourtant, on les sait mariés et c’est tout juste si on ne se frotte pas les yeux comme pour sortir d’un rêve quand on les voit rentrer dans une même maison, toujours ensemble, mais jamais en contact. Mais c’est d’une bien grande surprise que les gens se coifferaient. Parce que, le soir, une fois passés la porte de leur demeure commune, ils sont tout autres. Lui enlève aussitôt son manteau qui ne laisse rien deviner, et elle jette à terre ses habits démodés et rapiécés aussi vite qu'elle les avait enfilés. Ils se regardent du regard le plus indécent au monde et s’approchent lentement l’un de l’autre pour se déshabiller lentement aussi et finalement laisser éclater toutes leurs envies. Car leur réserve excessive quand ils s’en vont dehors n’est là que pour accumuler un désir qui surgit quand ils sont seuls. Et leurs deux corps que l’on croit si chastes et si peu connaisseurs l’un de l’autre deviennent alors éhontés, audacieux, et tellement compétents que nombreux en seraient jaloux.
Ainsi, il se trouve que les fins gourmets sont souvent les plus discrets et les plus avares en démonstration, alors que ceux qui prétendent à des saveurs exquises ne mangent en fait que choses amères ; eux deux, cerises sur un gâteau inexistant le jour, et qu’on se plaît à croire fades parce qu’ils se montrent ainsi, se muent en crèmes délicieuses et carnivores la nuit.


Voilà, voilà. Il vaut mieux regrouper, d'après ce que j'ai pu comprendre...
Merci de me donner vos avis !
(je signale qu'il n'y a aucun rapport entre chaque texte)

lu-k

Nombre de messages: 1134
Age: 18
Localisation: Drôme
Date d'inscription: 24/12/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  socque le Ven 2 Jan 2009 - 23:35

J'ai trouvé l'écriture maîtrisée et expressive, mais j'avoue m'être arrêtée quelque part dans le deuxième texte à cause des idées exprimées qui pour moi sont plutôt bateau. En outre, le premier texte me paraît se complaire par moments dans des images faciles :
"femmes noires - perles noires"
"les femmes noires à la taille allongée, gazelles mystérieuses" (heureusement qu'elles sont "derrière leurs chopes", ça rattrape un peu ; quoique des gazelles derrière des chopes... l'image est au bord du burlesque pour moi, un burlesque invlontaire)
"la pièce empestant la fumée, l'alcool et la musique"

socque

Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  lu-k le Ven 2 Jan 2009 - 23:37

Derrière leurs cLopes !
Si ça avait été leurs "chopes", sûr que ça aurait été un peu ridicule...

lu-k

Nombre de messages: 1134
Age: 18
Localisation: Drôme
Date d'inscription: 24/12/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  socque le Ven 2 Jan 2009 - 23:38

"involontaire"

socque

Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  socque le Ven 2 Jan 2009 - 23:38

Oh, pardon ! J'ai les yeux qui se croisent un peu les bras à cette heure...

socque

Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  Easter(Island) le Sam 3 Jan 2009 - 13:23

C'est bien écrit, maîtrisé, rien à redire sur la syntaxe (sauf l'emploi du verbe "darder" dans le dernier texte ; on ne darde pas quelqu'un : http://www.cnrtl.fr/definition/darder) mais cela manque d'images originales, c'est presque trop sage.
Le principal défaut de ces textes c'est qu'ils sont trop déclaratifs, explicatifs aussi. Tu expliques trop au lieu de suggérer l'ambiance, tu laisses si peu à l'imagination du lecteur.

Easter(Island)

Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://lesmusesatremplin.blogspot.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  coline Dé le Sam 3 Jan 2009 - 22:21

Je confirme ce que dit Easter pour l'aspect déclaratif, j'aime, en revanche l'écriture, qui a quelque chose de pressant...

coline Dé

Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://la-cle-a-mots-lettres.over-blog.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  lu-k le Lun 5 Jan 2009 - 20:51

Merci pour vos commentaires et conseils.
J'essayerai d'être plus dans le suggestif, et moins dans le concret, la prochaine fois.

lu-k

Nombre de messages: 1134
Age: 18
Localisation: Drôme
Date d'inscription: 24/12/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  Sahkti le Mar 3 Fév 2009 - 12:44

Tentative d'écriture d'ambiance
Est-il grammaticalement correct de commencer par C'est puis de continuer avec un temps passé?
Le texte me paraît un peu facile sur le plan des idées, avec quelques vérités toutes faites et des images convenues. Il y a également accumulation de mots et d'adjectifs qui alourdissent tout ça et c'est dommage, parce que tu réussis malgré tout à créer une atmosphère intéressante.

Sahkti

Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  Sahkti le Mar 3 Fév 2009 - 12:46

De l'immigration

Les promenades sont mornes sur les plages connues, les promenades sont belles sur les plages nouvelles
J'hésite entre Lévy ou Coelho :-) Un peu bateau, là, non?

A nouveau le sentiment que l'aspect lisse et cliché des idées prend le dessus sur la forme, dont tu brides la poésie. Pourtant, le potentiel est là, mais il faut te défaire de ces sujets casse-gueules et étouffants.

Sahkti

Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  Sahkti le Mar 3 Fév 2009 - 12:48

Le Drapeau des chagrins

Il y a une belle poésie dans tout cela, un ton dramatique qui me plaît beaucoup.

Attention, pour le détail, à l'utilisation trop fréquente de Et en début de phrase (je parle en connaissance de cause, je le fais tout le temps mais le remarque surtout chez les autres :-)

La grandiloquence et la luxuriance que je reprochais à ton premier texte prennent ici une autre dimension, presque onirique et cela sied mieux au propos.

Sahkti

Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Quatre petits textes

Message  Sahkti le Mar 3 Fév 2009 - 12:50

Grande pudeur à fins inverses

Un corps compétent... pas très heureux.

Un fin trop morale à mon goût, avec une sentence à la La Fontaine, pas vraiment pertinente.

Sinon, à nouveau cette poésie dans l'écriture, que tu devrais mettre en valeur autrement, elle en vaut la peine.

Sahkti

Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum