Exo éphémère : variations autour du 11/09
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Re: Exo éphémère : variations autour du 11/09
Rebecca a écrit:-Oui et des boeufs carottes par exemple pour surveiller les poulets malhonnêtes
Ha ha, rien de tel pour tout mélanger dans la tête de la gamine !
Me suis bien amusée en te lisant Rebecca, c'est drôle, frais et puis ça part dans tous les sens, comme j'aime.

Sahkti- Nombre de messages: 25655
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Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Exo éphémère : variations autour du 11/09
Matin froid
C’est la fumée de lampe à pétrole qui réveilla Diego Escobar Depuis plus d’un mois, il se débrouillait sans électricité dans la cave aménagée qu’il occupait au cœur de ce que beaucoup considéraient comme une des plus belles villes du monde. Lui, il trouvait que ça sentait surtout la pisse. Sept heures du matin, déjà le froid glacial de septembre. Faudrait qu’il trouve une combine pour tirer suffisamment de flouze et passer l’hiver au sec. Urgemment. Ce n’était pas vraiment dans ses projets de finir mort gelé. En attendant le coup du siècle, il irait zoner sa journée au centre commercial, à l’affût d’un sac mal fermé, d’un portefeuille. Ce serait déjà ça.
À l’autre extrémité de la ville, affalée sur la banquette arrière d’une Ford jaune, Sandy, starlette montante, se disait qu’aujourd’hui elle allait enfin pouvoir donner un coup de pied au cul à son destin. Découverte par la télé-réalité grâce à sa poitrine surdimensionnée, investissement qu’elle ne regretta jamais, elle avait aujourd’hui rendez-vous pour tourner le spot publicitaire d’une compagnie low-cost. Elle profitait du trajet entre l’aéroport et le centre-ville pour répéter son texte. « Prêt à vous envoler avec moi ? » L’assistant avait cru bon d’ajouter au bic rouge : sur un ton aguicheur. Ça, elle savait faire. Bientôt ils saliveraient tous rien qu’en pensant à leurs horaires de vols. Elle descendit en rajustant sa mini-jupe. Le taximan la matait dans ses rétroviseurs. Oui, décidément il lui aurait bien fait son affaire à cette salope cathodique.
Le Starbucks Café du septième étage ouvrait ses portes. Connie, dans son uniforme vert et noir scrutait les premiers clients s’empressant vers le comptoir vitré. Dix ans qu’elle faisait ce job ingrat, supputant les pourboires qu’on lui laisserait. Chaque cent ainsi gagné gonflait peu à peu sa tirelire à rêves. Connie Mc Kenzie savait compter. Si ses prévisions étaient correctes, elle pourrait s’envoler pour l’Europe et fêter son quarante-troisième anniversaire place San Marco, comme lui avait promis l’abruti qui l’avait larguée vingt ans plus tôt avec un morveux dans le tiroir. L’homme était oublié mais Venise, elle y tenait plus qu’à tout. Tandis que Sandy, collée au présentoir, comptait les calories d’un muffin chocolat-noisette, les yeux de Diego faisaient des aller-retour entre le sac Gucci grand ouvert et les seins offerts de sa propriétaire, se demandant sur laquelle de ces deux propositions sa main finirait par choir. Dans la lumière verdâtre du centre commercial, Connie voyait toujours tout en glauque, mais, ce matin, la demi-pute en fuchsia et ce presque clodo la lorgnant avec le secret espoir de la baiser lui donnaient singulièrement le cafard.
Ce qu’eux trois ne savaient pas encore c’est que dans exactement 56 minutes et 25 secondes, la mort viendrait leur rendre un peu plus qu’une visite de courtoisie. Tordant les rêves de célébrité, pénétrant les chairs fatiguées, réglant définitivement les problèmes d’impayés.
Elle mêlera les corps au béton, liera les tripes à l’acier, broiera tout. Ne laissant qu’un amas de gravas, puis plus rien. Rien qu’un terrain en friche et un trait tiré sur nos libertés.
C’est la fumée de lampe à pétrole qui réveilla Diego Escobar Depuis plus d’un mois, il se débrouillait sans électricité dans la cave aménagée qu’il occupait au cœur de ce que beaucoup considéraient comme une des plus belles villes du monde. Lui, il trouvait que ça sentait surtout la pisse. Sept heures du matin, déjà le froid glacial de septembre. Faudrait qu’il trouve une combine pour tirer suffisamment de flouze et passer l’hiver au sec. Urgemment. Ce n’était pas vraiment dans ses projets de finir mort gelé. En attendant le coup du siècle, il irait zoner sa journée au centre commercial, à l’affût d’un sac mal fermé, d’un portefeuille. Ce serait déjà ça.
À l’autre extrémité de la ville, affalée sur la banquette arrière d’une Ford jaune, Sandy, starlette montante, se disait qu’aujourd’hui elle allait enfin pouvoir donner un coup de pied au cul à son destin. Découverte par la télé-réalité grâce à sa poitrine surdimensionnée, investissement qu’elle ne regretta jamais, elle avait aujourd’hui rendez-vous pour tourner le spot publicitaire d’une compagnie low-cost. Elle profitait du trajet entre l’aéroport et le centre-ville pour répéter son texte. « Prêt à vous envoler avec moi ? » L’assistant avait cru bon d’ajouter au bic rouge : sur un ton aguicheur. Ça, elle savait faire. Bientôt ils saliveraient tous rien qu’en pensant à leurs horaires de vols. Elle descendit en rajustant sa mini-jupe. Le taximan la matait dans ses rétroviseurs. Oui, décidément il lui aurait bien fait son affaire à cette salope cathodique.
Le Starbucks Café du septième étage ouvrait ses portes. Connie, dans son uniforme vert et noir scrutait les premiers clients s’empressant vers le comptoir vitré. Dix ans qu’elle faisait ce job ingrat, supputant les pourboires qu’on lui laisserait. Chaque cent ainsi gagné gonflait peu à peu sa tirelire à rêves. Connie Mc Kenzie savait compter. Si ses prévisions étaient correctes, elle pourrait s’envoler pour l’Europe et fêter son quarante-troisième anniversaire place San Marco, comme lui avait promis l’abruti qui l’avait larguée vingt ans plus tôt avec un morveux dans le tiroir. L’homme était oublié mais Venise, elle y tenait plus qu’à tout. Tandis que Sandy, collée au présentoir, comptait les calories d’un muffin chocolat-noisette, les yeux de Diego faisaient des aller-retour entre le sac Gucci grand ouvert et les seins offerts de sa propriétaire, se demandant sur laquelle de ces deux propositions sa main finirait par choir. Dans la lumière verdâtre du centre commercial, Connie voyait toujours tout en glauque, mais, ce matin, la demi-pute en fuchsia et ce presque clodo la lorgnant avec le secret espoir de la baiser lui donnaient singulièrement le cafard.
Ce qu’eux trois ne savaient pas encore c’est que dans exactement 56 minutes et 25 secondes, la mort viendrait leur rendre un peu plus qu’une visite de courtoisie. Tordant les rêves de célébrité, pénétrant les chairs fatiguées, réglant définitivement les problèmes d’impayés.
Elle mêlera les corps au béton, liera les tripes à l’acier, broiera tout. Ne laissant qu’un amas de gravas, puis plus rien. Rien qu’un terrain en friche et un trait tiré sur nos libertés.

abstract- Nombre de messages: 1094
Age: 42
Localisation: La fin - Krzysztof Warlikowski
Date d'inscription: 10/02/2009
Re: Exo éphémère : variations autour du 11/09
Brillante démonstration: comment en quelques mots rendre crédibles, présents et déjà attachants trois personnages comme tirés au hasard d'une foule, comment sortir du lot trois destins en suspension?!
Une galerie de portrait offerte puis volée, la toute-puissance de l'écrivain...en son univers de mots.
Une galerie de portrait offerte puis volée, la toute-puissance de l'écrivain...en son univers de mots.

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Exo éphémère : variations autour du 11/09
Bien foutu, oui. Cela dit, dans la mesure où on est dans le sujet "variations autour du II/09" et que le reste du texte indique qu'on se trouve à New York en septembre, je me demande si l'avant-dernier paragraphe est forcément utile... à voir, éventuellement. Le dernier, en tout cas, est impeccable. Peut-être aurait-il encore plus de force s'il déboulait comme ça, en explicitant simplement le "Elle" du début.

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
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Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Exo éphémère : variations autour du 11/09
Bonsoir,
J'arrive peut-être un peu tard mais en voyant le sujet de l'exo, j'ai eu un flash sur le type de texte que cela m'inspire. Alors je vais vous le poster.
J'arrive peut-être un peu tard mais en voyant le sujet de l'exo, j'ai eu un flash sur le type de texte que cela m'inspire. Alors je vais vous le poster.

Numériplume- Nombre de messages: 545
Age: 41
Localisation: Au-delà des dunes
Date d'inscription: 31/10/2007
Re: Exo éphémère : variations autour du 11/09
Celui qui écrit lit 2 fois.
11.09.
Voilà ce qui est écrit sur l’énoncé du concours final pour l’entrée au CNRS. 10 ans d’étude scientifique pour en arriver là, à jouer mon avenir sur ces quatre chiffres, c’est vraiment désolant, trop injuste. Le plus troublant c’est l’intitulé :
Ecrivez la suite, si vous savez lire les mots suivants :
11.09.
C’est la panique total, je ne comprends pas l’exercice. Je ne vois pas de mot mais des chiffres, seulement 4. Ca ne ressemble même pas au résultat d’une équation ou autre formule, ça ! je sais faire, c’est même ma spécialité. Ils auraient dû me demander de faire des démonstrations de théorème, de résoudre des équations.
Pourtant, je veux cette place, il faut absolument que je trouve.
Il ne faut pas que je regarde ces chiffres comme tels, mais comme des mots.
Commençons :
1
1
0
9
Mince, j’ai oublié les points !
Mais oui les points. Je vois un « . » mais c’est un « point »
Je vois « 1 » mais c’est « un »
Je vois « 0 » mais c’est « zéro »
Je vois « 9 » mais c’est « neuf »
OUI J’AI COMPRIS.
11.09. Je vois 2 « un », un « zéro », un « point », un « neuf », et un « point » en chiffre.
Non ça ne va pas, les « . » ne sont pas des chiffres mais…des caractères. OUI c’est ça ! cela donne en mot :
Deux « un », un « point », un « zéro », un « neuf », et un « point » donc en caractère :
211.10191.
Et pour la suite, il suffit de lire les chiffres de la ligne précédente comme des mots et la retranscrire en caractère à la ligne suivante.
11.09.
211.10191.
12211.11101119111.
1122211.31103119311.
J’ai résolu cette suite de chiffre littéral en moins d’un quart d’heure.
J’ai fini le premier.
Et pourtant personne n’a été pris.
Il fallait finir en moins de 11.09 minutes

Numériplume- Nombre de messages: 545
Age: 41
Localisation: Au-delà des dunes
Date d'inscription: 31/10/2007
Re: Exo éphémère : variations autour du 11/09
Joli, Numériplume !

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

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