Arénacé
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Arénacé
Lui ? Sans poudre, aux yeux dessillés, frottés à toute réalité nue, ce doit être lui.
Il est un vieil homme. L’homme tire un chariot.
La journée a voyagé de moments calibrés en temps agréés, jusqu’au soir.
Il est un vieil homme. Il tire le chariot de la constellation, étoiles de Callisto, là-haut, dans la Grande Ourse. Après le voyage. Diurnal. Quand, le soir. Quand vient la nuit.
C’est lui. L’homme au sable. Quelques grains sur les paupières, et le monde sommeille, les hommes harassés, les femmes exténuées, les enfants las. Lui, à la volée, répand sur la terre, sur les yeux, sur les visages, des brassées de matière en grains et poussières, en flocons d’étoiles fragmentées.
Un peu de sable, un peu de désert, sur le front, les yeux, sur les visages, les dunes dans ce temps quand brille la lune, et les songes oasis font la nuit clairsemée des palmeraies, dattiers, lataniers et sabal, au parfum des orchidées, ophrys umbilicata, pourpres orchis, et cri des cacatoès, des aras, et les ruines, ksour somptueux habités de sable.
Verseau renversé. Dans la grande coupole du ciel. Lui, l’homme. Le chariot, son contenu d’arène. Grandes déflagrations d’univers parsemés d’étoiles. Il a versé, renversé. Le sable. Grand sablier. Le temps s’écoule en passage. Tube étroit et long entre ciel et terre. Renversé. Immense coupole de terre aux bords d’horizons. Lui, l’homme fatigué. Distrait, lui, l’homme, par mille traits de lumière, stries bleutées, raies azurées, ardentes zébrures. Dans l’espace en convulsion. Au vent d’Osiris.
Il est rentré dans ma maison. Sous les portes, par les fenêtres, il est rentré. Dans ma maison. Le désert. Il a roulé sur mes paupières closes, il a coulé de mes yeux, rivières de sable. Les années s’en sont allées. Le désert en bris d’étoiles, le désert. En monceaux dans la chambre avec les années en lambeaux. En amas de toutes les années. Sahara. En tas hantés des morts entérinées. A l’antérieur. A l’intérieur. L’homme, au cabestan du ciel, n’a pas relevé les âges, la surcharge d’éternité, l’éther nuée des toux du monde en gouttes de sable. Arénacé. Temps ensablé dans l’éternité mouvante. Sable oublié.
J’erre dans la petite pièce nue. Sur l’arène blanche, désastre sidéral. Sur le temps de sable des nuits endormies. Dans l’œuvre minérale. Et c’est comme un grand sommeil d’oubli, toutes ces années qui ne sont plus. Sur le parterre de ciel, sable effondré. Les vagues en rides ondulent et plissent le mont de graviers, en front des âges. Temps vieilli.
A se questionner. Où ? En quel lieu, en quel temps ? Vont les grains un par un. Eparpillés. Vole arène, des cieux décomposés, des terres égrenées. Temps insistant. Où ? La maison de ce qui fut, d’un moment qui ne reviendra plus. Ces temps quand nous ne serons plus.
Sous le sable, les souvenirs de la mémoire désertée, des lieux pour toujours inhabités.
Amas sableux, si blanc. Sédiment de ciel.
Quelques grains serrés dans la main, comme un sanglot dans la gorge. Si fins, glissent des doigts, poussière lente, au vent qui ondoie le grand erg au loin.
Il faudrait y croire : caravansérail. Improviser le départ. Longue méharée.
Le mouvement s’esquisse vers les yeux fermés. Du sable sur la tête. On ne peut rester plus longtemps, figé dans le centre de la mémoire, au-delà des larmes. Et les pas crissent à nouveau dans l’allée qui éloigne de la demeure ancienne, dans le sillage à peine discerné des souvenirs enfouis. La vie s’est tue, sans repères. Le monde familier s’est défait. La toile se détisse. Maison froide, si longtemps habitée, qu’on ne reconnaît plus.
Le chariot là-haut, à recharger à nouveau, du mouvement perpétuellement répété. Lui, l’homme au sable, poursuivra son œuvre, de longue arène.
Il est un vieil homme. L’homme tire un chariot.
La journée a voyagé de moments calibrés en temps agréés, jusqu’au soir.
Il est un vieil homme. Il tire le chariot de la constellation, étoiles de Callisto, là-haut, dans la Grande Ourse. Après le voyage. Diurnal. Quand, le soir. Quand vient la nuit.
C’est lui. L’homme au sable. Quelques grains sur les paupières, et le monde sommeille, les hommes harassés, les femmes exténuées, les enfants las. Lui, à la volée, répand sur la terre, sur les yeux, sur les visages, des brassées de matière en grains et poussières, en flocons d’étoiles fragmentées.
Un peu de sable, un peu de désert, sur le front, les yeux, sur les visages, les dunes dans ce temps quand brille la lune, et les songes oasis font la nuit clairsemée des palmeraies, dattiers, lataniers et sabal, au parfum des orchidées, ophrys umbilicata, pourpres orchis, et cri des cacatoès, des aras, et les ruines, ksour somptueux habités de sable.
Verseau renversé. Dans la grande coupole du ciel. Lui, l’homme. Le chariot, son contenu d’arène. Grandes déflagrations d’univers parsemés d’étoiles. Il a versé, renversé. Le sable. Grand sablier. Le temps s’écoule en passage. Tube étroit et long entre ciel et terre. Renversé. Immense coupole de terre aux bords d’horizons. Lui, l’homme fatigué. Distrait, lui, l’homme, par mille traits de lumière, stries bleutées, raies azurées, ardentes zébrures. Dans l’espace en convulsion. Au vent d’Osiris.
Il est rentré dans ma maison. Sous les portes, par les fenêtres, il est rentré. Dans ma maison. Le désert. Il a roulé sur mes paupières closes, il a coulé de mes yeux, rivières de sable. Les années s’en sont allées. Le désert en bris d’étoiles, le désert. En monceaux dans la chambre avec les années en lambeaux. En amas de toutes les années. Sahara. En tas hantés des morts entérinées. A l’antérieur. A l’intérieur. L’homme, au cabestan du ciel, n’a pas relevé les âges, la surcharge d’éternité, l’éther nuée des toux du monde en gouttes de sable. Arénacé. Temps ensablé dans l’éternité mouvante. Sable oublié.
J’erre dans la petite pièce nue. Sur l’arène blanche, désastre sidéral. Sur le temps de sable des nuits endormies. Dans l’œuvre minérale. Et c’est comme un grand sommeil d’oubli, toutes ces années qui ne sont plus. Sur le parterre de ciel, sable effondré. Les vagues en rides ondulent et plissent le mont de graviers, en front des âges. Temps vieilli.
A se questionner. Où ? En quel lieu, en quel temps ? Vont les grains un par un. Eparpillés. Vole arène, des cieux décomposés, des terres égrenées. Temps insistant. Où ? La maison de ce qui fut, d’un moment qui ne reviendra plus. Ces temps quand nous ne serons plus.
Sous le sable, les souvenirs de la mémoire désertée, des lieux pour toujours inhabités.
Amas sableux, si blanc. Sédiment de ciel.
Quelques grains serrés dans la main, comme un sanglot dans la gorge. Si fins, glissent des doigts, poussière lente, au vent qui ondoie le grand erg au loin.
Il faudrait y croire : caravansérail. Improviser le départ. Longue méharée.
Le mouvement s’esquisse vers les yeux fermés. Du sable sur la tête. On ne peut rester plus longtemps, figé dans le centre de la mémoire, au-delà des larmes. Et les pas crissent à nouveau dans l’allée qui éloigne de la demeure ancienne, dans le sillage à peine discerné des souvenirs enfouis. La vie s’est tue, sans repères. Le monde familier s’est défait. La toile se détisse. Maison froide, si longtemps habitée, qu’on ne reconnaît plus.
Le chariot là-haut, à recharger à nouveau, du mouvement perpétuellement répété. Lui, l’homme au sable, poursuivra son œuvre, de longue arène.
Louis- Nombre de messages: 329
Age: 56
Date d'inscription: 28/10/2009
Re: Arénacé
J'ai trouvé le texte, avec ses phrases nominales appuyées, ses répétitions pleines de signification, maniéré. Je ne suis pas non plus très amatrice de jeux aussi marqués sur les mots et les sonorités ("A l’antérieur. A l’intérieur.") Je n'ai donc pas été convaincue, désolée.
Je ne pense pas vous avoir souhaité la bienvenue, voilà qui est fait. A vous lire bientôt !
Je ne pense pas vous avoir souhaité la bienvenue, voilà qui est fait. A vous lire bientôt !

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Arénacé
Il ya de très belles images mais la ponctuation erratique (?) (Un peu de sable, un peu de désert, sur le front, les yeux, sur les visages, les dunes dans ce temps quand brille la lune, et les songes oasis font la nuit clairsemée des palmeraies, dattiers, lataniers et sabal, au parfum des orchidées, ophrys umbilicata, pourpres orchis, et cri des cacatoès, des aras, et les ruines, ksour somptueux habités de sable. ), et le rythme haché des phrases courtes utilisant toutes la même structure m'ont empêché de les apprécier pleinement. Pourtant j'aime bien l'idée du texte.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Arénacé
Beaucoup de tournures riches mais également alambiquées, qui participent certes à la création d'un univers chatoyant, mais prennent également le risque de perdre le lecteur dans des méandres qui jouent davantage sur l'effet que sur la recherche d'un sens.
C'est dommage car il y a un potentiel qui me paraît intéressant dans cette écriture. C'est un peu comme si elle cherchait davantage à explorer ses capacités, pour le moment, via des effets et des expérimentations de langue que réellement participer à la création d'une structure.
A suivre donc parce que non dépourvu d'intérêt.
C'est dommage car il y a un potentiel qui me paraît intéressant dans cette écriture. C'est un peu comme si elle cherchait davantage à explorer ses capacités, pour le moment, via des effets et des expérimentations de langue que réellement participer à la création d'une structure.
A suivre donc parce que non dépourvu d'intérêt.

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Arénacé
Moi j'aime. Ce texte me convie à entrer dans un glissement, dans des réminiscences en vrac, à jouer avec la poussière des souvenirs, à m'insérer dans une dégringolade cosmique, je vois la nuit de Van Gogh, bref, ça me raconte de l'intime et de l'universel...

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Arénacé
Je me suis sentie bien dans les plis de ces dunes où j'ai vu passer la silhouette fragile de Théodore Monod en marchand de sable.
Le sablier, le temps qui s'écoule, les souvenirs qui s'effacent ... des thèmes qui me sont chers.
Ces poignées de phrases courtes jetées sans verbe dans les yeux du lecteur et succedant à de longues périodes au bord de l'écroulement illustrent parfaitement leur sujet, à mon avis.
J'aime moins l’éther nuée des toux du monde qui casse le climat très poétique de l'ensemble.
Mais :
Il est rentré dans ma maison. Sous les portes, par les fenêtres, il est rentré. Dans ma maison. Le désert. Il a roulé sur mes paupières closes, il a coulé de mes yeux, rivières de sable. Les années s’en sont allées. Le désert en bris d’étoiles, le désert. En monceaux dans la chambre avec les années en lambeaux. En amas de toutes les années. Sahara. En tas hantés des morts entérinées.
et ces :
Quelques grains serrés dans la main, comme un sanglot dans la gorge
me touchent profondément.
Le sablier, le temps qui s'écoule, les souvenirs qui s'effacent ... des thèmes qui me sont chers.
Ces poignées de phrases courtes jetées sans verbe dans les yeux du lecteur et succedant à de longues périodes au bord de l'écroulement illustrent parfaitement leur sujet, à mon avis.
J'aime moins l’éther nuée des toux du monde qui casse le climat très poétique de l'ensemble.
Mais :
Il est rentré dans ma maison. Sous les portes, par les fenêtres, il est rentré. Dans ma maison. Le désert. Il a roulé sur mes paupières closes, il a coulé de mes yeux, rivières de sable. Les années s’en sont allées. Le désert en bris d’étoiles, le désert. En monceaux dans la chambre avec les années en lambeaux. En amas de toutes les années. Sahara. En tas hantés des morts entérinées.
et ces :
Quelques grains serrés dans la main, comme un sanglot dans la gorge
me touchent profondément.

Arielle- Nombre de messages: 4555
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: Arénacé
Moi également :"Quelques grains serrés dans la main, comme un sanglot dans la gorge", ces quelques mots me bouleversent.
Tu as su nous parler du temps qui passe, en évitant, justement, l'image trop convenue des grains de sable dans le sablier. Je t'en sais gré. A mes yeux, ceci est de la vraie poésie. J'aime beaucoup. Merci pour l'émotion.
Tu as su nous parler du temps qui passe, en évitant, justement, l'image trop convenue des grains de sable dans le sablier. Je t'en sais gré. A mes yeux, ceci est de la vraie poésie. J'aime beaucoup. Merci pour l'émotion.

embellie- Nombre de messages: 1301
Age: 74
Localisation: Toulouse
Date d'inscription: 20/01/2009
Re: Arénacé
Maniéré sans doute, j'aime beaucoup ces manières.
Des jeux de mots et de sonorités, oui, j'aime ça aussi, ça ajoute au sens et aux sensations.
Ponctué erratiquement, certes, et logique puisque nous sommes invités à errer en nos mémoires imprécises.
De belles images, la mélancolie et l'absurde, la vie qui va.
Des jeux de mots et de sonorités, oui, j'aime ça aussi, ça ajoute au sens et aux sensations.
Ponctué erratiquement, certes, et logique puisque nous sommes invités à errer en nos mémoires imprécises.
De belles images, la mélancolie et l'absurde, la vie qui va.

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Arénacé
je ne comprend pas l'accord :
La journée a voyagé de moments calibrés en temps agréés, jusqu’au soir.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: Arénacé
J'ai lu jusqu'à " sable " la bataille entre le singulier et le pluriel fait rage, trop pour moi : pourquoi un seul cri des cacatoès ? Je propose un temps de pause et une relecture pour atténuer tous ces conflits qui éclatent dans cette manière d'écrire qui n'est pas aisée.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

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