Barquerolle
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Barquerolle
Ce ne fut pas un matin, rue de Folle, pas un petit soir des lucioles, juste un soir, de minuscules rigoles, après la pluie,
quand les terres vagues gondolent.
Son jeu, à Léo, jeune garçon d'humeur marine, aux rêves de lointains, d'immensités sans fin, de mers sans rives chagrines, son jeu ne fut pas frivole, son jeu, rue de Folle.
Joie de ces moments-là, quand les enfants jouent, après l'école.
Comme elle va, comme elle va, minuscule barquerolle, son départ vers le grand large, au bord du trottoir, rue de
Folle.
Dans les marges des chemins tracés, des routes encombrées, va, va, barquerolle.
Fut levée, l'ancre jetée dans l'eau sombre, profonde, de son âme troublée. L'eau roulait dans les caniveaux,
emportait la mince tillole. Léo, l'esprit vif, la conçut, il construisit de ses mains le faible esquif.
Majestueux bateau en bois de songes, sur l'eau, va, vogue, emporté par le courant, au souffle d'Eole, au mistral né
du bout de ses lèvres, au souffle vital de sa vie en soif d'idéal.
Comme elle va, minuscule barquerolle, va la vie, en cahots, soubresauts, rapides et lents voyages, vers le grand
large, l'infini, vers les âges de la vie.
La rue déployait une grande planisphère. Dessinait des lacs, des montagnes, des fleuves et des rivières. Des
vallées profondes, des pentes, des cascades, tout un monde, vers la mer, sans limites, à l'horizon de la rue
mappemonde.
Léo, sur la coquille de noix, fragile, sur sa cargaison de rêves indociles, naviguait. Sur le grand fleuve du caniveau, il
voguait. Il irait jusqu'à l'océan. Sûr, il irait, poussé par le vent.
Course rapide sur le fleuve impétueux. Lenteur sur un lac tranquille. Une grande lagune. Flaques rougies d'un
firmament de sang. Ses eaux sûrement inondent le cratère d'un volcan très ancien. Il gronde encore, sûrement,
sûrement.
Sur les bords de la rivière où voguait la frêle barquerolle, les hauts talons de Carole, la fille de joie aux
lèvres purpurines. Un petit signe en passant, Carole aime les enfants. Elle aime les voyages et les ondes marines.
Elle riait gaiement, à voir les rêves flottant sur les eaux noires, de passage au large des rives, de son trottoir gris, et
sombre, et noir.
Encore, va, elle va, la minuscule barquerolle. Elle frôlera les baleines aux yeux de grands univers, les narvals
géants, les licornes de mer, elle accostera dans les îles sous les souffles alizéens, sera vaillante dans les tempêtes,
évitera les icebergs marmoréens, passera tous les caps aux souffles des zéphyrs, poussée par la vie dans son
profond soupir.
Elle ira, et lui Léo, à son bord, capitaine d'un vaisseau enchanté de mille bises colorées au bleu ultramarin,
capitaine des oiseaux grand marins.
Elle ira, et lui Léo, à son bord, où baillent les ondines.
Accroupi près du lac, il donnait l'impulsion d'un nouvel élan, de ses doigts agiles, de ses doigts de vent. Au plus vite,
lutiner les iguanes chanteurs, les caméléons farceurs, les cormorans plongeurs.
Trouver les sages lueurs qui savent répondre aux questions muettes.
Va, caracole, minuscule barquerolle, le long des trottoirs gris et noirs, dans les flots impétueux du soir. Tournoie,
spiralant, parfois s'égare, s'affole, puis repart, vers son destin d'océan.
Lente, rapide, épouse la pente, descend vers le bas du monde, au niveau des mers.
Les draps suspendus, aux fenêtres, aux balcons, des étages, des monts, donnent au vaisseau ses blanches voiles.
Voilier vogue sous les étoiles, route nacelle tangue sous le ciel. "Petit bateau" : chante Adèle au bord de l'eau. "Petit
navire qui n'avait jamais navigué".
Léo avait des jambes, il courut, rapide au bord de l'eau. Ohé, ohé, au loin, la bouche dégoût, gueule de mort, boit l'eau du
fleuve, dévore le rêve de ses crocs d'acier, tombe du jour, où tombe la vie, tombe épave, chute dans les profondes
ténèbres obscures.
Il courut ce soir, rue de Folle. Barquerolle caracole au risque de la nuit. S'approche, vive allure, de l'embouchure du
néant gris. Diaphragme du rêve en respiration de nuit.
Proie vivante du néant, glisse sur la pente de l'épouvante.
Frêle coquille, allait-elle disparaître, engloutie ?
Léo devança le temps. Il mit sa main sur la nuit, il bâillonna la bouche noire.
Fit de sa poche un port d'attache. Demain, elle repartira, sûr, elle reprendra son chemin. Juste une escale dans le
voyage vers l'illimité du grand large.
Léo soulagé. A son bord, le navire. Dans la nuit, sous les étoiles, sous la grand voile lactée, Léo tanguait.
quand les terres vagues gondolent.
Son jeu, à Léo, jeune garçon d'humeur marine, aux rêves de lointains, d'immensités sans fin, de mers sans rives chagrines, son jeu ne fut pas frivole, son jeu, rue de Folle.
Joie de ces moments-là, quand les enfants jouent, après l'école.
Comme elle va, comme elle va, minuscule barquerolle, son départ vers le grand large, au bord du trottoir, rue de
Folle.
Dans les marges des chemins tracés, des routes encombrées, va, va, barquerolle.
Fut levée, l'ancre jetée dans l'eau sombre, profonde, de son âme troublée. L'eau roulait dans les caniveaux,
emportait la mince tillole. Léo, l'esprit vif, la conçut, il construisit de ses mains le faible esquif.
Majestueux bateau en bois de songes, sur l'eau, va, vogue, emporté par le courant, au souffle d'Eole, au mistral né
du bout de ses lèvres, au souffle vital de sa vie en soif d'idéal.
Comme elle va, minuscule barquerolle, va la vie, en cahots, soubresauts, rapides et lents voyages, vers le grand
large, l'infini, vers les âges de la vie.
La rue déployait une grande planisphère. Dessinait des lacs, des montagnes, des fleuves et des rivières. Des
vallées profondes, des pentes, des cascades, tout un monde, vers la mer, sans limites, à l'horizon de la rue
mappemonde.
Léo, sur la coquille de noix, fragile, sur sa cargaison de rêves indociles, naviguait. Sur le grand fleuve du caniveau, il
voguait. Il irait jusqu'à l'océan. Sûr, il irait, poussé par le vent.
Course rapide sur le fleuve impétueux. Lenteur sur un lac tranquille. Une grande lagune. Flaques rougies d'un
firmament de sang. Ses eaux sûrement inondent le cratère d'un volcan très ancien. Il gronde encore, sûrement,
sûrement.
Sur les bords de la rivière où voguait la frêle barquerolle, les hauts talons de Carole, la fille de joie aux
lèvres purpurines. Un petit signe en passant, Carole aime les enfants. Elle aime les voyages et les ondes marines.
Elle riait gaiement, à voir les rêves flottant sur les eaux noires, de passage au large des rives, de son trottoir gris, et
sombre, et noir.
Encore, va, elle va, la minuscule barquerolle. Elle frôlera les baleines aux yeux de grands univers, les narvals
géants, les licornes de mer, elle accostera dans les îles sous les souffles alizéens, sera vaillante dans les tempêtes,
évitera les icebergs marmoréens, passera tous les caps aux souffles des zéphyrs, poussée par la vie dans son
profond soupir.
Elle ira, et lui Léo, à son bord, capitaine d'un vaisseau enchanté de mille bises colorées au bleu ultramarin,
capitaine des oiseaux grand marins.
Elle ira, et lui Léo, à son bord, où baillent les ondines.
Accroupi près du lac, il donnait l'impulsion d'un nouvel élan, de ses doigts agiles, de ses doigts de vent. Au plus vite,
lutiner les iguanes chanteurs, les caméléons farceurs, les cormorans plongeurs.
Trouver les sages lueurs qui savent répondre aux questions muettes.
Va, caracole, minuscule barquerolle, le long des trottoirs gris et noirs, dans les flots impétueux du soir. Tournoie,
spiralant, parfois s'égare, s'affole, puis repart, vers son destin d'océan.
Lente, rapide, épouse la pente, descend vers le bas du monde, au niveau des mers.
Les draps suspendus, aux fenêtres, aux balcons, des étages, des monts, donnent au vaisseau ses blanches voiles.
Voilier vogue sous les étoiles, route nacelle tangue sous le ciel. "Petit bateau" : chante Adèle au bord de l'eau. "Petit
navire qui n'avait jamais navigué".
Léo avait des jambes, il courut, rapide au bord de l'eau. Ohé, ohé, au loin, la bouche dégoût, gueule de mort, boit l'eau du
fleuve, dévore le rêve de ses crocs d'acier, tombe du jour, où tombe la vie, tombe épave, chute dans les profondes
ténèbres obscures.
Il courut ce soir, rue de Folle. Barquerolle caracole au risque de la nuit. S'approche, vive allure, de l'embouchure du
néant gris. Diaphragme du rêve en respiration de nuit.
Proie vivante du néant, glisse sur la pente de l'épouvante.
Frêle coquille, allait-elle disparaître, engloutie ?
Léo devança le temps. Il mit sa main sur la nuit, il bâillonna la bouche noire.
Fit de sa poche un port d'attache. Demain, elle repartira, sûr, elle reprendra son chemin. Juste une escale dans le
voyage vers l'illimité du grand large.
Léo soulagé. A son bord, le navire. Dans la nuit, sous les étoiles, sous la grand voile lactée, Léo tanguait.
Louis- Nombre de messages: 329
Age: 56
Date d'inscription: 28/10/2009
Re: Barquerolle
Alors là ! Superbe. J'ai adoré. Beaucoup de souffle et de tendresse à la fois, d'humilité. Chapeau.
Remarques :
« La rue déployait un grand (et non « une grande ») planisphère »
« où bâillent (car je vois mal les ondines comme des bailleurs de fonds) les ondines »
Remarques :
« La rue déployait un grand (et non « une grande ») planisphère »
« où bâillent (car je vois mal les ondines comme des bailleurs de fonds) les ondines »

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Barquerolle
Un grand bol d'air, ce texte, avec cette succession de : de de de puis au au au. Une réussite, ce texte me prend par la mains sans me lâcher d'une semelle.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: Barquerolle
Rien que pour Offenbach ( Les barcarolles des contes d'Hoffmann ). Et puis l'enfant au fil de l'eau.

Ba- Nombre de messages: 3025
Age: 59
Localisation: Tout dépend du vent, c'est dire...
Date d'inscription: 08/02/2009
Re: Barquerolle
Jusquà la fin, suspendue à leurs rythmes changeants, j'ai tremblé pour Léo et sa barcarolle malmenée, menacée par les courants. Soulagée, moi aussi de ne pas voir arriver le pire : un beau voyage, vraiment !

Arielle- Nombre de messages: 4555
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: Barquerolle
J'aime tellement ces sons en écho qui circulent dans ce flot de mots tourbillonnants , frétillants, emportés,et nous emportant loin, vers nos rivages enfantins et nos rêveries océanes.

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Barquerolle
Jusqu'à la toute dernière phrase une lecture qui fait du bien, une vraie bouffée d'air frais venu de l'enfance.
De très belles formules, ma préférée :
De très belles formules, ma préférée :
Majestueux bateau en bois de songes,

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Barquerolle
Quel superbe voyage, Louis, bravo et merci !
Les jeux sur les sonorités, le dynamisme insufflé au texte, cette manière de faire chanter les mots et rebondir les uns sur les autres, l'histoire qui se tisse peu à peu… tout cela me paraît très réussi.
Les jeux sur les sonorités, le dynamisme insufflé au texte, cette manière de faire chanter les mots et rebondir les uns sur les autres, l'histoire qui se tisse peu à peu… tout cela me paraît très réussi.

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
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