La nébuleuse, essai

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La nébuleuse, essai

Message  mathilde3517 le Sam 21 Nov 2009 - 6:31

Bonjour à tous,
Je me permets de vous faire partager un tout petit début de récit. L'histoire peut sembler très vide, mais l'intrigue n'est pas perceptible dans ces quelques lignes. Le ton général est à prendre au second degré, ou comme vous le sentez. Dans tous les cas, il n'est que provisoire. Mais j'aimerais beaucoup récupérer quelques avis pertinents, histoire de bien m'orienter dans la rédaction.

-----------------

Un jour ordinaire, parmi d'autres jours ordinaires, je me suis perdue dans la vie. Je ne sais ni comment, ni pourquoi c'est arrivé. Mais un matin je me suis réveillée, et j'étais là. Nulle part.
Je suis une fille insipide et je mène une existence fastidieuse. Je crois que je me suis égarée dans mon affligeante banalité. Je ne suis ni brune, ni blonde, ni rousse, juste un fade mélange des trois. Sur la merveilleuse palette d'un artiste peintre, on trouve de tout. Du blanc, du rouge, de l'indigo, du vert pomme et du doré. Et au milieu des couleurs, il y a toujours cette flaque de marron infâme, un bariolage turpide et indéfinissable. C'est ce qui me représente le mieux. Je suis la merde du plateau, la fiente de l'arc-en-ciel. Je suis la déjection de l'art visuel.
J'aurais voulu être une rock-star. Avec des cheveux roses et un piercing sur la langue. J'aurais hurlé des gros mots dans un gros micro, et à la fin de chaque concert je me serais jetée dans une foule en délire. J'aurais eu plein de drogues gratuites et je serais morte d'une overdose. On aurait écrit un article sur moi dans Wikipédia, et j'aurais donné plein de sous à une association contre le sida afin qu'on m'aime un peu pour ce que je ne suis pas.
Mais voilà, aujourd'hui, il est honteux de parler de ses rêves. Dévoiler ses ambitions, ça ne se fait pas, c'est pathétique. Personne n'a le droit de vouloir être président, ou acteur, ou écrivain. C'est embarrassant pour tout le monde, car il est tabou d'avoir des idées, c'est malsain. Sauf si on est américain. Alors on se contente d'y penser et de fantasmer en silence, le soir dans son lit, ou le matin dans le métro. On fabule pour ne pas vulgariser l'illusion. Avouer rêver, c'est exprimer son désarroi face à la vacuité ambiante. C'est admettre son échec face à la vie. On s'invente des scénarios grotesques, nos écouteurs dernier cri nous balancent de la musique pop plein les oreilles, et on s'imagine le protagoniste d'un film génial. Puis on arrive au bureau, et on se fait sucer par notre réceptionniste, ou on couche avec notre patron, selon nos compétences. Je crois que c'est pour ça que je suis devenue secrétaire médicale.
Je n'ai jamais aimé travailler. Et pour ne rien gâcher, je ne suis pas vraiment intelligente. Alors quand j'ai vu une belle brochure plastifiée, pleine de sourires mielleux et de blouses blanches, je me suis dit que j'avais enfin trouvé une voie qui me correspondait, un métier rébarbatif et imbuvable, tout comme moi. Mes idiots de parents ont fait un emprunt colossal pour me donner la chance d'apprendre à taper sur un clavier et à utiliser une photocopieuse. Deux ans plus tard, je me faisais sauter par le Dr. Bidon, sur son bureau, après la fermeture du cabinet, au milieu des ordonnances, des stabilos et des babioles débiles offertes par des patientes tout aussi débiles. J'avais plus ou moins réussi ma vie, à défaut d'être heureuse.
J'ai 28 ans, et je m'occupe des emplois du temps. Je me dope aux corn-flakes et aux marlboro light. Tous les matins, je me réveille dans mon trente-trois mètres carré insalubre, dans un immeuble délabré, avec des voisins morbides. J'allume la radio, et une pute annonce la météo. J'utilise des produits de beauté testés sur des chatons, et j'enfile la même petite culotte que la veille avant de courir au bureau. Je m'installe derrière un ordinateur obsolète, avec un fond d'écran prédéfini.
Dès huit heures, les premiers patients franchissent la porte d'entrée. Je leur adresse mon sourire le plus insidieux, copié collé depuis des années, et les renvoie vers la salle d'attente insalubre, remplie de magazines archaïques, de microbes sédentaires et de puzzles pour handicapés mentaux. Satisfaits, ils s'installent un à un sur de vieux sièges en aluminium, et adressent des bonjours sournois à leurs voisins. Leurs mômes se précipitent sur des joujoux abimés, récupérés au fond de nos chambres d'enfants. Ce sont nos poupées et nos petites voitures que nous avons largué sans pitié dans cet abject bordel juvénile. Mes Barbies sont devenues les prostituées du monde des jouets, et se font tripoter jour après jour par des gosses mal savonnés. Je crois que inconsciemment, je leur ai réservé un sort identique au mien.
Aujourd'hui, comme toujours, je suis donc assise à mon petit bureau, et je tapote les emplois du temps de la semaine prochaine. Je trie mes messages, et j'observe Lionel Bidon qui gare sa grosse Mercedes de médecin fortuné sur le grand parking goudronné, visible depuis la fenêtre. Après m'avoir embrassée furtivement, il s'enferme dans la pièce voisine. Il est toujours gêné le matin, presque distant, comme si le fait de me voir en plein jour lui faisait regretter notre liaison. Ça ne l'empêche pourtant pas de l'entretenir. Et je pense que ça me convient. Tout ce que je peux affirmer, c'est que je suis indubitablement, irrévocablement amoureuse de Lionel Bidon. C'est comme ça, je n'ai pas eu le choix. Ça m'ait tombé dessus, il y a bientôt sept ans.

mathilde3517

Nombre de messages: 14
Age: 21
Date d'inscription: 20/11/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  socque le Sam 21 Nov 2009 - 8:40

Une ambiance sordide de désespoir ordinaire qui me plaît bien ! J'aime aussi le virage subit de la fin, ce personnage dégoûté de tout qui subit le sentiment amoureux comme une tuile de plus... Oui, je lirai volontiers la suite. Cela dit, le paragraphe où la narratrice parle des rêves ("Mais voilà, aujourd'hui...") me paraît s'attarder un poil. J'ai beaucoup aimé le début, le passage sur la palette du peintre et le caca au milieu de l'arc-en-ciel.

Je ne sais pas si je vous ai souhaité la bienvenue ici. Voilà qui est fait, à vous lire bientôt !

Mes remarques :
« des joujoux abîmés »
« Ce sont nos poupées et nos petites voitures que nous avons larguées sans pitié »
« Ça m'est tombé dessus »

socque

Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  Ba le Sam 21 Nov 2009 - 11:15

" Comédie humaine " à se pendre au cordon obliqué !

Ba

Nombre de messages: 3025
Age: 59
Localisation: Tout dépend du vent, c'est dire...
Date d'inscription: 08/02/2009

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  Easter(Island) le Sam 21 Nov 2009 - 11:19

Complètement séduite par cette approche originale, par cette écriture sage qui décline du glauque et du corrosif sans avoir l'air d'y toucher. Ça m'a beaucoup plu, du début à la fin. J'ai été arrêtée par la phrase : "C'est embarrassant pour tout le monde, car il est tabou d'avoir des idées, c'est malsain. Sauf si on est américain. "
Intrigant. À développer ?
Très pressée de lire la suite, très curieuse de voir comment ça va évoluer et aussi s'il est possible de tenir le rythme de cette écriture.

Easter(Island)

Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://lesmusesatremplin.blogspot.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  Rebecca le Sam 21 Nov 2009 - 14:36

Texte bien écrit et belle énergie dans cette sombre mais alerte description d'un malheur quotidien.

Rebecca

Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  The mec bidon le Mar 24 Nov 2009 - 21:06

Deux ans plus tard, je me faisais sauter par le Dr. Bidon

Marrant ; jm'en souviens pas...

Pas grand chose à dire à part ma blague pourrie, et que j'aime bien cette ambiance un peu sinistre et cette écriture élégante. J'attends la suite.

The mec bidon

Nombre de messages: 388
Age: 21
Localisation: Caché ze-bidon-guy@hotmail.fr
Date d'inscription: 17/05/2009

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  coline Dé le Dim 29 Nov 2009 - 23:15

Un début plus que prometteur, Mathilde ! J'ai beaucoup apprécié ce petit enfer tranquille que tu décris avec un humour corrosif sous son aspect inoffensif !
Je regrette juste le nom du docteur, qui fait trop clin d'oil

coline Dé

Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://la-cle-a-mots-lettres.over-blog.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  coline Dé le Dim 29 Nov 2009 - 23:16

d'œil, évidemment !

coline Dé

Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://la-cle-a-mots-lettres.over-blog.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  Kilis le Dim 29 Nov 2009 - 23:21

Bref, un clin d'œil en langue d'oil.

Kilis

Nombre de messages: 5679
Age: 66
Localisation: "Nageur", Charles Matton
Date d'inscription: 12/12/2005

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  Kilis le Dim 29 Nov 2009 - 23:22

Pas encore lu ce texte, le lirai demain.

Kilis

Nombre de messages: 5679
Age: 66
Localisation: "Nageur", Charles Matton
Date d'inscription: 12/12/2005

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  Kilis le Lun 30 Nov 2009 - 15:59

Voilà. Je viens de lire.
Et moi aussi, j'aime beaucoup cet inventaire sans faux semblants.

Mais que nous réserves-tu pour la suite ?

Kilis

Nombre de messages: 5679
Age: 66
Localisation: "Nageur", Charles Matton
Date d'inscription: 12/12/2005

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  Sahkti le Ven 16 Avr 2010 - 17:11

En entamant la lecture, je craignais que ce je omniprésent ne rende le tout indigeste à force de narcissisme mais il n'en est rien, car tu réussis à nous faire entrer dans l'âme du personnage, dans ce désespoir glauque qui habite le texte dans te forcer, tout se passe avec facilité sans que l'effort se ressente. Je n'ai pas suivi, vu mon retard, si il y avait une suite à ce texte mais j'espère que oui.
Elle nous permettra de faire encore un bout de chemin en compagnie de la narratrice.
Il y a dans ce textes des piques, des accents désabusés et un regard cruel sur certains éléments de la vie qui me touchent et me plaisent.

Sahkti

Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: La nébuleuse, essai

Message  Jérémie le Dim 18 Avr 2010 - 4:39

Distance et résignation aucune rancœur, un peu comme dire sa vie après sa mort. Vous chroniquez la médiocrité efficacement.

Jérémie

Nombre de messages: 418
Age: 34
Localisation: Sixfeetunder
Date d'inscription: 27/03/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum