Pas écrits
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Pas écrits
Appel du chemin, il avance, invitation de l’espace indéfiniment répété de sable et de vent, avance, à bout de déserts, sur la route inventée entre les grandes taches d’ombre, ivre d’errance, dans l’ouvert, avance, dans l’illimité de toutes possibilités.
Il avance, pas à pas, nuit à nuit, lève une poussière d’instants, grains tourbillonnants absorbés dans l’avide décoloration du passé, dans le néant grumeleux. De l’aube dans ses yeux, embués encore de nuit mauve ; rouge aurore dans son regard au loin porté par les brumes ; ses pas au gré de l’évènement-ciel, quand des lueurs s’allument, essentielles, et dessinent une auréole au-dessus du visage sombre de la nuit profonde, de la nuit d’ombres.
L’homme avance, pas lourds et lents, dans le sable et le vent.
Les marques de ses pas ne s’effacent pas. Traces pour toujours, empreintes à jamais, sceau d’humanité. Ineffaçable errance.
Il y a cette dune, si haute, si grande, à frôler la lune. Il faut gravir la pente. Monter encore. Peines et douleurs, tant d’efforts. Le vent crie sa souffrance.
Avance, mêle son souffle au souffle du vent, haletant il avance. Hauteur de sable. Sur la montagne de grains qui roulent, un par un, pour inventer l’altitude, pour s’unir, grain par grain, à la virgule du vent, amas d’aspérités fluentes, mouvantes, redessinées par le souffle qui porte, soulève, emporte. Sans permanence. L’homme avance.
Rafales, bourrasques affolantes, tourbillonnantes, souffle, siffle, le vent, jamais ne s’essouffle, siffle, souffle. Boursoufle l’étendue d’un visage de sable, joues des dunes, les yeux mirages, rides de tous les âges.
Il monte, les pieds dans le sable égrené, creuse des renfoncements d’éternité dans les surfaces que le vent, encore et encore, lentement a lissées.
Au sommet, il s’est retourné. Contemplation étonnée des terres traversées.
Les marques de pas tracent des lettres dans la solitude de sable. Des lettres bien lisibles, et des mots incompréhensibles. Est-ce possible ?
Tout droit, j’ai marché droit devant moi, paroles perdues, marché vers l’horizon, pensées d’absolu, tout droit, poussé par le vent, devant, toujours devant, chemin de vent, avancé, appelé sur une ligne droite du temps. Impossible ! Comment, ces coudes et ces courbes, ces ligatures et ces boucles, ces pleins et ces déliés de poussière et de sable, ces cursives, ces hampes longues et ces formes hâtives ? Calligraphie de l’amertume. Enluminure d’une toile de sable et de vent. Shekasteh, reyhân, toghrâ, roqâ’, ta’liq, nasta’liq : un tableau persan, une écriture d’Orient. Sur le sol, il n’y a qu’un seul trait, d’une continuité, d’un tracé parfait, de lignes, volutes, spirales, courbes enchevêtrées, des arabesques.
Assis sur la crête, cheveux flottants, de la dune sous le vent, il est resté longtemps, immobile, à suivre de ses yeux, instant mystérieux, le passé ondulant, sinueux, à parcourir par l’esprit le chemin tortueux, à mettre son âme dans ses pas.
On peut distinguer, dans ces entrelacs, des lettres connues, reconnues. Pas de doute, i de folie, i de nuit, illusion inouïe ; et l’a, a de l’âme, a d’amour, a d’âge. Voyelles au rimmel de sable, consonnes friables. Comment lire ? Ce passé, ces écrits, ce délire.
Sur la crête, cheveux flottants, il écoute, dans l’air où vibre le blanc, mille points scintillants, nuages de lumière, voiles de clartés instants rêvés, la musique, le chant, des hommes noirs aux boubous blancs, parés tout entier du brouillard palpitant de lumière pointillée. Les sons des balafons, et la Kora, là-bas, au loin. A portée de voix, de notes, enjouées, rythmées.
Trouver un mot, une phrase, dans la plaine de sable, si pleine de vent, o un mot, comme j’aimerais, m, un mot, t de toi, t comme toi. Des lettres embrassées pour la vie. O, pas de chaos, une histoire, une belle histoire, contée par le sable et le vent.
J’étais un pinceau, j’étais un crayon. Iambes aux mille pieds. Quelles syllabes de sable ?
Assis sur la crête de la dune sous le vent, immobile, il cherche les mots à lire, lecture d’une vie, d’un passage dans le désert, en prose, en vers. é cri, p, i, R, r . Un oiseau o, aux grands L, plane lentement par-dessus le livre aux gribouillis de sable et de nuit.
Il a tracé des sillons où souffle le vent qui creuse plus profond. V des vallées, ruisseaux des r, sommets des L . J’étais pinceau, j’étais poinçon. J’ai balbutié le monde. J’ai murmuré l’univers. En prose et en vers.
Il a creusé des sillons où souffle le vent de passage, le vent, vers quel néant ? Sillages d’une histoire, sans bagages, où rien ne rime avec sublime.
Tendre s, sinuosités ondulantes, u d’écumes, i des lueurs vacillantes, tendre s.
Un rien d’ i, brins d’ i dans le vent, i du hasard muet. Il était crayon, il était pinceau.
Sur la dune sous le vent, il contemple l’alphabet de sillons tracés, sillages d’infortunes, traînées de tristesses, majuscules d’ombres, et boucles de joies, minuscules lumières, gais t, a taches d’ombres, mais offrandes de lumières, mais fioritures illuminées en miniatures de pensées, couchées, dans le fond des longs sillons.
Sur la dune, sous le vent, est-ce un rêve ? Dans le lit des mots coule une rivière. Des canaux où vogue sa mémoire aux journées d’hier, fleuve où ses yeux s’émeuvent, roman fleuve illisible de la vie écoulée, finie, passée.
Il y a des pièces d’ o, des filaments d’ i fluents, l’ici j des jours fanés. Passé liquide. Passé en écoulement, en passage du vent, des ans, des âges, des outrages. Mémoire liquide. Cours cahotant des instants, des souvenirs, ponctués des effacements, des absences, des oublis. Il y a des oasis dans l’immense, dans le désert muet. Assomption du ciel dans ses rêves de nuages.
Sur la dune, sous le vent, il aperçoit, au loin là-bas, dans l’ambre azur, porte de nuit, la mort dorée. Une ombre, sombre, furtive, sur son visage opale ; des frissons tout le long de son âme plongée dans les eaux pâles d’une écriture d’eau, indéchiffrables mots. Jours moroses, yeux rougis, corps tremblant comme rose au vent, dans l’extrême azur, dans la démesure.
Entre la vie, la mort, sur la dune, sous le vent, il attend.
Un cri. Un cri dans le silence : « Un mot ! j’ai lu un mot ! »
Il descend la dune lentement. Appel du chemin, avance.
Dans l’espace indéfiniment répété de sable et de vent, il avance.
Il avance, pas à pas, nuit à nuit, lève une poussière d’instants, grains tourbillonnants absorbés dans l’avide décoloration du passé, dans le néant grumeleux. De l’aube dans ses yeux, embués encore de nuit mauve ; rouge aurore dans son regard au loin porté par les brumes ; ses pas au gré de l’évènement-ciel, quand des lueurs s’allument, essentielles, et dessinent une auréole au-dessus du visage sombre de la nuit profonde, de la nuit d’ombres.
L’homme avance, pas lourds et lents, dans le sable et le vent.
Les marques de ses pas ne s’effacent pas. Traces pour toujours, empreintes à jamais, sceau d’humanité. Ineffaçable errance.
Il y a cette dune, si haute, si grande, à frôler la lune. Il faut gravir la pente. Monter encore. Peines et douleurs, tant d’efforts. Le vent crie sa souffrance.
Avance, mêle son souffle au souffle du vent, haletant il avance. Hauteur de sable. Sur la montagne de grains qui roulent, un par un, pour inventer l’altitude, pour s’unir, grain par grain, à la virgule du vent, amas d’aspérités fluentes, mouvantes, redessinées par le souffle qui porte, soulève, emporte. Sans permanence. L’homme avance.
Rafales, bourrasques affolantes, tourbillonnantes, souffle, siffle, le vent, jamais ne s’essouffle, siffle, souffle. Boursoufle l’étendue d’un visage de sable, joues des dunes, les yeux mirages, rides de tous les âges.
Il monte, les pieds dans le sable égrené, creuse des renfoncements d’éternité dans les surfaces que le vent, encore et encore, lentement a lissées.
Au sommet, il s’est retourné. Contemplation étonnée des terres traversées.
Les marques de pas tracent des lettres dans la solitude de sable. Des lettres bien lisibles, et des mots incompréhensibles. Est-ce possible ?
Tout droit, j’ai marché droit devant moi, paroles perdues, marché vers l’horizon, pensées d’absolu, tout droit, poussé par le vent, devant, toujours devant, chemin de vent, avancé, appelé sur une ligne droite du temps. Impossible ! Comment, ces coudes et ces courbes, ces ligatures et ces boucles, ces pleins et ces déliés de poussière et de sable, ces cursives, ces hampes longues et ces formes hâtives ? Calligraphie de l’amertume. Enluminure d’une toile de sable et de vent. Shekasteh, reyhân, toghrâ, roqâ’, ta’liq, nasta’liq : un tableau persan, une écriture d’Orient. Sur le sol, il n’y a qu’un seul trait, d’une continuité, d’un tracé parfait, de lignes, volutes, spirales, courbes enchevêtrées, des arabesques.
Assis sur la crête, cheveux flottants, de la dune sous le vent, il est resté longtemps, immobile, à suivre de ses yeux, instant mystérieux, le passé ondulant, sinueux, à parcourir par l’esprit le chemin tortueux, à mettre son âme dans ses pas.
On peut distinguer, dans ces entrelacs, des lettres connues, reconnues. Pas de doute, i de folie, i de nuit, illusion inouïe ; et l’a, a de l’âme, a d’amour, a d’âge. Voyelles au rimmel de sable, consonnes friables. Comment lire ? Ce passé, ces écrits, ce délire.
Sur la crête, cheveux flottants, il écoute, dans l’air où vibre le blanc, mille points scintillants, nuages de lumière, voiles de clartés instants rêvés, la musique, le chant, des hommes noirs aux boubous blancs, parés tout entier du brouillard palpitant de lumière pointillée. Les sons des balafons, et la Kora, là-bas, au loin. A portée de voix, de notes, enjouées, rythmées.
Trouver un mot, une phrase, dans la plaine de sable, si pleine de vent, o un mot, comme j’aimerais, m, un mot, t de toi, t comme toi. Des lettres embrassées pour la vie. O, pas de chaos, une histoire, une belle histoire, contée par le sable et le vent.
J’étais un pinceau, j’étais un crayon. Iambes aux mille pieds. Quelles syllabes de sable ?
Assis sur la crête de la dune sous le vent, immobile, il cherche les mots à lire, lecture d’une vie, d’un passage dans le désert, en prose, en vers. é cri, p, i, R, r . Un oiseau o, aux grands L, plane lentement par-dessus le livre aux gribouillis de sable et de nuit.
Il a tracé des sillons où souffle le vent qui creuse plus profond. V des vallées, ruisseaux des r, sommets des L . J’étais pinceau, j’étais poinçon. J’ai balbutié le monde. J’ai murmuré l’univers. En prose et en vers.
Il a creusé des sillons où souffle le vent de passage, le vent, vers quel néant ? Sillages d’une histoire, sans bagages, où rien ne rime avec sublime.
Tendre s, sinuosités ondulantes, u d’écumes, i des lueurs vacillantes, tendre s.
Un rien d’ i, brins d’ i dans le vent, i du hasard muet. Il était crayon, il était pinceau.
Sur la dune sous le vent, il contemple l’alphabet de sillons tracés, sillages d’infortunes, traînées de tristesses, majuscules d’ombres, et boucles de joies, minuscules lumières, gais t, a taches d’ombres, mais offrandes de lumières, mais fioritures illuminées en miniatures de pensées, couchées, dans le fond des longs sillons.
Sur la dune, sous le vent, est-ce un rêve ? Dans le lit des mots coule une rivière. Des canaux où vogue sa mémoire aux journées d’hier, fleuve où ses yeux s’émeuvent, roman fleuve illisible de la vie écoulée, finie, passée.
Il y a des pièces d’ o, des filaments d’ i fluents, l’ici j des jours fanés. Passé liquide. Passé en écoulement, en passage du vent, des ans, des âges, des outrages. Mémoire liquide. Cours cahotant des instants, des souvenirs, ponctués des effacements, des absences, des oublis. Il y a des oasis dans l’immense, dans le désert muet. Assomption du ciel dans ses rêves de nuages.
Sur la dune, sous le vent, il aperçoit, au loin là-bas, dans l’ambre azur, porte de nuit, la mort dorée. Une ombre, sombre, furtive, sur son visage opale ; des frissons tout le long de son âme plongée dans les eaux pâles d’une écriture d’eau, indéchiffrables mots. Jours moroses, yeux rougis, corps tremblant comme rose au vent, dans l’extrême azur, dans la démesure.
Entre la vie, la mort, sur la dune, sous le vent, il attend.
Un cri. Un cri dans le silence : « Un mot ! j’ai lu un mot ! »
Il descend la dune lentement. Appel du chemin, avance.
Dans l’espace indéfiniment répété de sable et de vent, il avance.
Louis- Nombre de messages: 329
Age: 56
Date d'inscription: 28/10/2009
Re: Pas écrits
Je suis assez embêtée, parce que je me doute que ce texte vous a demandé beaucoup de travail, et je reconnais qu'il est bien écrit, élaboré... mais il ne m'a pas du tout plu, j'y ai vu une esthétique "chic et choc", maniérée, à l'opposé de mes propres choix. Un élément me donnant cette impression est le jeu très visible sur les sonorités.
Désolée, donc, je n'ai pas aimé cette fois.
Désolée, donc, je n'ai pas aimé cette fois.

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Pas écrits
Je vais dire une énormité mais tant pis : il y a quelque chose de très féminin dans ce texte, dans les images, dans l'agencement des mots, dans l'ambiance qui se crée à la lecture... Et de fait, c'est ce que je retiendrai de ce texte, l'ambiance : dépaysement romantique, allégorie... Et je me dis que c'est presque dommage d'en rester là, de ne pas rendre justice au travail d'écriture. J'irais jusqu'à penser que l'auteur (qui n'est pas forcément un écrivain... petit clin d'œil à Rebecca) a pris plus de plaisir à écrire que le lecteur à lire, et c'est peut-être dans l'ordre des choses.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Pas écrits
Théodore Monod... j'ai de suite pensé à cet homme en commençant à te lire, sans doute la marche et le désert, tout simplement et puis rien à faire, impossible de le dissocier de ce texte. Alors je l'ai lu en me glissant dans ses pas et en donnant plus de force à certains éléments du paysage et de la lutte décrite contre les éléments.
Je pense que ce récit y gagnerait à être quelque peu allégé, délesté de certaines tournures un peu ronflantes qui ont l'air d'être davantage des effets qu'autre chose et qui viennent noyer d'autres idées, plus belles et plus intéressantes, dans la masse. La recherche d'une certaine élégance n'est sans doute pas étrangère à tout cela et explique le ton qui sent parfois l'effort et le forcé.
Ceci n'empêche pas quelques perles d'être disséminées ci et là et ce texte d'avoir un côté mystérieux et plaisant.
Je pense que ce récit y gagnerait à être quelque peu allégé, délesté de certaines tournures un peu ronflantes qui ont l'air d'être davantage des effets qu'autre chose et qui viennent noyer d'autres idées, plus belles et plus intéressantes, dans la masse. La recherche d'une certaine élégance n'est sans doute pas étrangère à tout cela et explique le ton qui sent parfois l'effort et le forcé.
Ceci n'empêche pas quelques perles d'être disséminées ci et là et ce texte d'avoir un côté mystérieux et plaisant.

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
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