Histoire d'avatars
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Histoire d'avatars
Hier soir, j’ai tenu une longue conversation avec… mon avatar !
Dans la vie, c’est vrai, on connaît toutes sortes d’avatars, mais le mien est un original, il faut que je vous le présente. Certains avatars vous causent bien des soucis, toutes sortes d’ennuis et de tracas, mais mon avatar à moi me cause tout autrement :
- Bon Dieu ! Faut pas se tracasser ! Oh ! Faut être cool, quoi ! Je te le répète : tout va s’arranger ! a-t-il dit, comme ça, inopinément, hier soir.
J’ai d’abord été surpris ! Un avatar qui vous veut du bien, ça ne court pas les rues ! Et s’il vous rassure, ce n’est pas d’abord très rassurant ! Et puis, après un petit moment d’hésitation, je me suis quand même laissé aller à une exclamation :
- Ma parole ! Mais c’est qu’il me parle, c’t avatar !
A la réflexion, je me suis dit que mon étonnement était justifié, quoi ! Alors que mon avatar me regardait, hilare, confortablement installé dans une page affichée sur l’écran de mon ordinateur !
Mais oui, tout à fait justifié, c’est moi qui l’ai créé, oui c’est moi qui l’ai fait, ce bonhomme avec un chapeau melon à qui j’ai fait don d’un flegme tout british ! Il est mon porte-parole dans Second Word, dans tous les forums du Net, dans tous les Blogs que je fréquente, et voilà qu’il m’interpelle, qu’il ne porte plus ma parole, mais celle d’un inconnu, pour s’adresser à qui ? à moi, son inventeur, son créateur, son démiurge !
- De quoi je me mêle !
lui ai-je répondu ! à l’autre, là, qui croit peut-être ne plus être moi ! On me l’a piraté, ou quoi ?
- Et depuis quand les symboles prennent-ils la parole ?!
ai-je poursuivi, parce qu’il n’est qu’un symbole, Bobby, l’avatar. Je l’interrogeais tout en me posant la question à moi-même, bien qu’en la lui posant, je la formulais déjà pour moi, puisque lui, c’est moi. Lui, c’est le symbole qui me représente dans les mondes virtuels du Cyberespace, il n’est rien d’autre que mon incarnation dans les paysages du Net. Mais il a persévéré dans son inadmissible indépendance ! Et il a continué à discourir sur un ton affable, avec, de surcroît, une élocution qui m’a surpris et irrité :
- Mon cher Ro… Robert ! Comme… comme tu le sais pourtant perti… pertinemment, un symbole, c’est tou… toujours parlant ! Si je m’adresse à toi, c’est pour que tu, tu… tu ne t’inquiètes pas. La crise éco… conomique est grave, j’en ai eu quelques échos ici, tu risques de perdre ton boul… ton emploi, de ne plus pouvoir rem… rembou… bourser tes emprunts, c’est dur. J’ai une so… une solution pour toi.
Ça alors ! Mon avatar est bègue ! Il n’est pas moi, lui ! Parce que, moi, j’ai une élocution parfaite ! Il ne me reproduit plus, il se répète, il reproduit les mots, et ne me reflète pas, moi ! Mon avatar n’est plus moi ! Il m’interlocute, il m’interloque, c’t avatar frondeur, indiscipliné, et réfractaire ! Hou, j’allais le faire taire le réfractaire bafouilleur !
- Quoi ! toi, minable chose virtuelle, tu prétends apporter une solution à mes problèmes réels ! Bah ! Bah ! Bah ! Et pas de familiarités, hein ! je ne suis pas ton pote, je suis ton créateur, alors, je t’en prie, un peu de respect !
Eh bien, c’était réussi. Il s’était tu, Bob !
Mais pas pour longtemps ! Un avatar féminin est alors apparu sur l’écran. Une jolie femme, très ressemblante à la célèbre Emma Peel des séries télé, avec des yeux narquois et un sourire moqueur.
- Mais où est passé Bob, m’exclamai-je ? Il a préféré fuir ! ?
- Robert, Robert, Robert, écoute-moi, écoute-moi, écoute-moi un instant ! juste un instant ! déclara précipitamment l’avatar féminin au look d’Emma Peel, mais avec la voix de Bobby. C’est toujours moi, moi Bobby, poursuivit-il ou elle ! Me suis juste un peu, juste un peu méta… métamorphosé. Une envie, comme ça ! Tu le sais bien, dans le monde des avatars, on a plus de pouvoirs que dans la réalité. On peut chan… changer d’apparences facilement.
De mieux en mieux ! Mon avatar se prend pour un personnage d’Ovide ! Il n’a même plus d’identité fixe ! Il se travestit ! Il est une multiplicité sans unité. Que d’avatars dans cette vie !
Emma Peel, alias Bobby, continua à m’haranguer et à m’échauffer les oreilles dans une diction bousculée :
- Ro… Roro… Robert écoute-moi je sais ce qui te tracasse et te chiffonne et te perturbe et j’ai pensé et j’ai trouvé pour toi une solution un moyen de te sortir d’affaire et de la mouise dans laquelle te fait tomber ton foufou… foutu monde réel. Ec… Ecoute-moi donc ! Prr… prends pas cet… cet air de chien battu !
Et elle se transforma, Miss Peel, ex Bobby, en un caniche souriant, à la queue frétillante !
Chienne de vie ! pensai-je.
Et voilà : j’étais face à l’avatar canin de Miss Peel, lui-même avatar féminin de Bobby qui est mon avatar masculin à moi ! Ah ! d’avatars en avatars, où va la vie !
Je rétorquai :
- Je ne sais pas qui vous a donné ce virus de l’indépendance – on se demande d’ailleurs à quoi servent les antivirus, que l’on paie une fortune, et qui ne sont pas même capables d’assurer la santé et la sécurité du Net, et laissent les avatars rebelles se montrer impertinents avec leurs maîtres et créateurs ! Je voudrais un peu plus de déférence, Bobby Peel cabot ! Je suis quand même votre Dieu, votre maître, moi, quand même, le seigneur des avatars !
- Vas-tu te taire et m’écouter enfin, crétin absolu ! aboya l’avatar cabot.
- Blasphémateur ! lui lançai-je, outré, et dépité !
- La solution, pour toi, elle est simple. Quitte cette réalité où ne t’attendent que chômage, dettes, fins de mois difficiles, sympathiques visites d’huissiers, et puis
cette rigidité du monde qui résiste, ça résiste oui, la réalité, aux désirs et aux rêves, tu le sais ; sans oublier ta condition humaine tragique : la maladie, la vieillesse, la mort, et tes chaînes qui te rivent à l’espace et au temps, et tes relations difficiles à autrui, et ta solitude ! Quitte tout ça, et viens nous rejoindre dans le monde virtuel, tu verras, c’est beaucoup mieux, il est beaucoup plus heureux. Oui, tu verras, c’est comme dans un songe.
- Rejoindre le royaume des avatars, m’exclamai-je ! La belle idée ! Et comment ? En créant un nouvel avatar !? Un peuple d’avatars ? Qui s’empressera de désobéir à ma loi, de vivre sa propre vie en se détachant de moi, en s’éloignant de moi, comme tu l’as fait, toi ! Ah, mais tu verras, dans ton monde virtuel, quand tous ceux qui le peuplent se seront détachés de leurs créateurs, tu verras que c’est le malheur qui s’y introduira ; ton monde ne sera plus un rêve mais un cauchemar, plus un paradis, mais un enfer.
- Boudiou ! Ro… Ro…bé…bert, il se prend pour le bon… bon dieu ! Il ne sait que reproduire les vieux schémas reli… ligieux éc… éculés ! L’idée, l’idée, Robert, ce n’est pas de créer de nouveaux avatars, c’est de te trans… transformer, toi, en avava… en avatar.
- Bobby ! Bobby ! Arrête tes bobards ! Des avatars, j’en ai suffisamment, je ne veux pas en être ! Je ne veux pas être une bulle virtuelle. D’ailleurs, c’est sa faute, au virtuel, si je risque de perdre logement et emploi. S’il n’y avait pas ces bulles financières qui nous éclatent à la figure, on n’en serait pas là. Tout ce virtuel à la bourse nous a mis dans la panade, tous ces avatars financiers nous ont mis dans le pétrin. Et tu me demandes de m’avatardir, de me virtualiser ! De me capitaliser, tant que tu y es ! Je n’appartiens pas au grand capital, moi !
Le cabot a répondu, avec un air suffisant :
- Tu confonds tout, Rob !
- Et comment je m’y prendrais, hein ? J’ai un corps, moi, en chair et en os.
On ne quitte pas la réalité tout entier, corps et âme ! Tu veux quoi, que je fasse un miracle ! Je ne suis pas Dieu !
- Je ne te le fais pas dire ! ça fait une heure que je te le serine !
Et de m’expliquer, tout en se transformant à multiples reprises, d’Emma Peel à Bobby chapeau melon, jusqu’à prendre l’apparence d’une rose Tudor, que le monde virtuel est aussi un monde réel, puisqu’il existe ; qu’il n’est pas rien, bien au contraire, puisqu’il est quelque chose ; qu’il m’est accessible puisqu’il est une création humaine, et non divine.
- Te prends pas la tête, prends des octets, a-t-il conclu ; électrise-toi un peu, quoi ! Fais un peu de java ! Ce n’est pas compliqué, pour un cerveau créateur comme le tien !
Je restai un moment perplexe, sans voix.
Puis, la rose Tudor, sans chapeau melon, et sans les yeux d’Emma Peel, avança un argument des plus persuasifs :
- Dieu s’est bien fait homme ! Alors, pourquoi, toi, ne pourrais-tu pas te faire avatar ? ça te sauverait, non !
Marre des avatars, me suis-je dit ! Ras le bol de toutes ces fariboles, me suis-je ajouté ! et j’ai changé la page de mon écran pour faire disparaître le dernier des avatars, la rose Tudor transformée en ovin doux et paisible, un agneau innocent et rigolard. Est apparu alors un avatar de banquier qui me proposait de placer mon argent, que je ne possède pas, à un taux extraordinaire jamais vu qui devait me rapporter un pactole considérable en un temps record ! Vite, j’ai changé de page et me suis retrouvé face à un avatar prestidigitateur m’invitant à jouer à un jeu nouveau qui m’amènerait très vite la fortune grâce à la chance qui ne pouvait que me sourire. Quelle invasion d’avatars importuns ! J’ai vite éteint mon portable.
Je le savais pourtant. L’écran était noir, mais les avatars poursuivaient leur existence. Leur absence sur mon écran ne signifiait pas leur anéantissement. Ils sont là, ils vivent leur vie de fantaisie, et moi je suis dans la réalité grave et sérieuse. Ils sont en deux dimensions, mais c’est moi qui suis dans une réalité plate ! banale et prosaïque.
Ce matin, après une nuit agitée peuplée de fantômes d’avatars pavoisant sur l’écran de mes songes délirants, j’ai demandé à Lucile, une amie et collègue, lorsque je l’ai rencontrée, attablée au bar devant une tasse de cybercafé :
- Oh, Lucile, de qui es-tu l’avatar, toi ?
Elle m’a d’abord regardé, surprise, les yeux ronds. Elle ne s’est transformée, ni en chien, bien que cabotine, ni en fleur, bien qu’épanouie et florissante !
Puis elle m’a répondu, avec un grand sourire :
- Mais je suis ton avatar, mon petit chéri !
Dans la vie, c’est vrai, on connaît toutes sortes d’avatars, mais le mien est un original, il faut que je vous le présente. Certains avatars vous causent bien des soucis, toutes sortes d’ennuis et de tracas, mais mon avatar à moi me cause tout autrement :
- Bon Dieu ! Faut pas se tracasser ! Oh ! Faut être cool, quoi ! Je te le répète : tout va s’arranger ! a-t-il dit, comme ça, inopinément, hier soir.
J’ai d’abord été surpris ! Un avatar qui vous veut du bien, ça ne court pas les rues ! Et s’il vous rassure, ce n’est pas d’abord très rassurant ! Et puis, après un petit moment d’hésitation, je me suis quand même laissé aller à une exclamation :
- Ma parole ! Mais c’est qu’il me parle, c’t avatar !
A la réflexion, je me suis dit que mon étonnement était justifié, quoi ! Alors que mon avatar me regardait, hilare, confortablement installé dans une page affichée sur l’écran de mon ordinateur !
Mais oui, tout à fait justifié, c’est moi qui l’ai créé, oui c’est moi qui l’ai fait, ce bonhomme avec un chapeau melon à qui j’ai fait don d’un flegme tout british ! Il est mon porte-parole dans Second Word, dans tous les forums du Net, dans tous les Blogs que je fréquente, et voilà qu’il m’interpelle, qu’il ne porte plus ma parole, mais celle d’un inconnu, pour s’adresser à qui ? à moi, son inventeur, son créateur, son démiurge !
- De quoi je me mêle !
lui ai-je répondu ! à l’autre, là, qui croit peut-être ne plus être moi ! On me l’a piraté, ou quoi ?
- Et depuis quand les symboles prennent-ils la parole ?!
ai-je poursuivi, parce qu’il n’est qu’un symbole, Bobby, l’avatar. Je l’interrogeais tout en me posant la question à moi-même, bien qu’en la lui posant, je la formulais déjà pour moi, puisque lui, c’est moi. Lui, c’est le symbole qui me représente dans les mondes virtuels du Cyberespace, il n’est rien d’autre que mon incarnation dans les paysages du Net. Mais il a persévéré dans son inadmissible indépendance ! Et il a continué à discourir sur un ton affable, avec, de surcroît, une élocution qui m’a surpris et irrité :
- Mon cher Ro… Robert ! Comme… comme tu le sais pourtant perti… pertinemment, un symbole, c’est tou… toujours parlant ! Si je m’adresse à toi, c’est pour que tu, tu… tu ne t’inquiètes pas. La crise éco… conomique est grave, j’en ai eu quelques échos ici, tu risques de perdre ton boul… ton emploi, de ne plus pouvoir rem… rembou… bourser tes emprunts, c’est dur. J’ai une so… une solution pour toi.
Ça alors ! Mon avatar est bègue ! Il n’est pas moi, lui ! Parce que, moi, j’ai une élocution parfaite ! Il ne me reproduit plus, il se répète, il reproduit les mots, et ne me reflète pas, moi ! Mon avatar n’est plus moi ! Il m’interlocute, il m’interloque, c’t avatar frondeur, indiscipliné, et réfractaire ! Hou, j’allais le faire taire le réfractaire bafouilleur !
- Quoi ! toi, minable chose virtuelle, tu prétends apporter une solution à mes problèmes réels ! Bah ! Bah ! Bah ! Et pas de familiarités, hein ! je ne suis pas ton pote, je suis ton créateur, alors, je t’en prie, un peu de respect !
Eh bien, c’était réussi. Il s’était tu, Bob !
Mais pas pour longtemps ! Un avatar féminin est alors apparu sur l’écran. Une jolie femme, très ressemblante à la célèbre Emma Peel des séries télé, avec des yeux narquois et un sourire moqueur.
- Mais où est passé Bob, m’exclamai-je ? Il a préféré fuir ! ?
- Robert, Robert, Robert, écoute-moi, écoute-moi, écoute-moi un instant ! juste un instant ! déclara précipitamment l’avatar féminin au look d’Emma Peel, mais avec la voix de Bobby. C’est toujours moi, moi Bobby, poursuivit-il ou elle ! Me suis juste un peu, juste un peu méta… métamorphosé. Une envie, comme ça ! Tu le sais bien, dans le monde des avatars, on a plus de pouvoirs que dans la réalité. On peut chan… changer d’apparences facilement.
De mieux en mieux ! Mon avatar se prend pour un personnage d’Ovide ! Il n’a même plus d’identité fixe ! Il se travestit ! Il est une multiplicité sans unité. Que d’avatars dans cette vie !
Emma Peel, alias Bobby, continua à m’haranguer et à m’échauffer les oreilles dans une diction bousculée :
- Ro… Roro… Robert écoute-moi je sais ce qui te tracasse et te chiffonne et te perturbe et j’ai pensé et j’ai trouvé pour toi une solution un moyen de te sortir d’affaire et de la mouise dans laquelle te fait tomber ton foufou… foutu monde réel. Ec… Ecoute-moi donc ! Prr… prends pas cet… cet air de chien battu !
Et elle se transforma, Miss Peel, ex Bobby, en un caniche souriant, à la queue frétillante !
Chienne de vie ! pensai-je.
Et voilà : j’étais face à l’avatar canin de Miss Peel, lui-même avatar féminin de Bobby qui est mon avatar masculin à moi ! Ah ! d’avatars en avatars, où va la vie !
Je rétorquai :
- Je ne sais pas qui vous a donné ce virus de l’indépendance – on se demande d’ailleurs à quoi servent les antivirus, que l’on paie une fortune, et qui ne sont pas même capables d’assurer la santé et la sécurité du Net, et laissent les avatars rebelles se montrer impertinents avec leurs maîtres et créateurs ! Je voudrais un peu plus de déférence, Bobby Peel cabot ! Je suis quand même votre Dieu, votre maître, moi, quand même, le seigneur des avatars !
- Vas-tu te taire et m’écouter enfin, crétin absolu ! aboya l’avatar cabot.
- Blasphémateur ! lui lançai-je, outré, et dépité !
- La solution, pour toi, elle est simple. Quitte cette réalité où ne t’attendent que chômage, dettes, fins de mois difficiles, sympathiques visites d’huissiers, et puis
cette rigidité du monde qui résiste, ça résiste oui, la réalité, aux désirs et aux rêves, tu le sais ; sans oublier ta condition humaine tragique : la maladie, la vieillesse, la mort, et tes chaînes qui te rivent à l’espace et au temps, et tes relations difficiles à autrui, et ta solitude ! Quitte tout ça, et viens nous rejoindre dans le monde virtuel, tu verras, c’est beaucoup mieux, il est beaucoup plus heureux. Oui, tu verras, c’est comme dans un songe.
- Rejoindre le royaume des avatars, m’exclamai-je ! La belle idée ! Et comment ? En créant un nouvel avatar !? Un peuple d’avatars ? Qui s’empressera de désobéir à ma loi, de vivre sa propre vie en se détachant de moi, en s’éloignant de moi, comme tu l’as fait, toi ! Ah, mais tu verras, dans ton monde virtuel, quand tous ceux qui le peuplent se seront détachés de leurs créateurs, tu verras que c’est le malheur qui s’y introduira ; ton monde ne sera plus un rêve mais un cauchemar, plus un paradis, mais un enfer.
- Boudiou ! Ro… Ro…bé…bert, il se prend pour le bon… bon dieu ! Il ne sait que reproduire les vieux schémas reli… ligieux éc… éculés ! L’idée, l’idée, Robert, ce n’est pas de créer de nouveaux avatars, c’est de te trans… transformer, toi, en avava… en avatar.
- Bobby ! Bobby ! Arrête tes bobards ! Des avatars, j’en ai suffisamment, je ne veux pas en être ! Je ne veux pas être une bulle virtuelle. D’ailleurs, c’est sa faute, au virtuel, si je risque de perdre logement et emploi. S’il n’y avait pas ces bulles financières qui nous éclatent à la figure, on n’en serait pas là. Tout ce virtuel à la bourse nous a mis dans la panade, tous ces avatars financiers nous ont mis dans le pétrin. Et tu me demandes de m’avatardir, de me virtualiser ! De me capitaliser, tant que tu y es ! Je n’appartiens pas au grand capital, moi !
Le cabot a répondu, avec un air suffisant :
- Tu confonds tout, Rob !
- Et comment je m’y prendrais, hein ? J’ai un corps, moi, en chair et en os.
On ne quitte pas la réalité tout entier, corps et âme ! Tu veux quoi, que je fasse un miracle ! Je ne suis pas Dieu !
- Je ne te le fais pas dire ! ça fait une heure que je te le serine !
Et de m’expliquer, tout en se transformant à multiples reprises, d’Emma Peel à Bobby chapeau melon, jusqu’à prendre l’apparence d’une rose Tudor, que le monde virtuel est aussi un monde réel, puisqu’il existe ; qu’il n’est pas rien, bien au contraire, puisqu’il est quelque chose ; qu’il m’est accessible puisqu’il est une création humaine, et non divine.
- Te prends pas la tête, prends des octets, a-t-il conclu ; électrise-toi un peu, quoi ! Fais un peu de java ! Ce n’est pas compliqué, pour un cerveau créateur comme le tien !
Je restai un moment perplexe, sans voix.
Puis, la rose Tudor, sans chapeau melon, et sans les yeux d’Emma Peel, avança un argument des plus persuasifs :
- Dieu s’est bien fait homme ! Alors, pourquoi, toi, ne pourrais-tu pas te faire avatar ? ça te sauverait, non !
Marre des avatars, me suis-je dit ! Ras le bol de toutes ces fariboles, me suis-je ajouté ! et j’ai changé la page de mon écran pour faire disparaître le dernier des avatars, la rose Tudor transformée en ovin doux et paisible, un agneau innocent et rigolard. Est apparu alors un avatar de banquier qui me proposait de placer mon argent, que je ne possède pas, à un taux extraordinaire jamais vu qui devait me rapporter un pactole considérable en un temps record ! Vite, j’ai changé de page et me suis retrouvé face à un avatar prestidigitateur m’invitant à jouer à un jeu nouveau qui m’amènerait très vite la fortune grâce à la chance qui ne pouvait que me sourire. Quelle invasion d’avatars importuns ! J’ai vite éteint mon portable.
Je le savais pourtant. L’écran était noir, mais les avatars poursuivaient leur existence. Leur absence sur mon écran ne signifiait pas leur anéantissement. Ils sont là, ils vivent leur vie de fantaisie, et moi je suis dans la réalité grave et sérieuse. Ils sont en deux dimensions, mais c’est moi qui suis dans une réalité plate ! banale et prosaïque.
Ce matin, après une nuit agitée peuplée de fantômes d’avatars pavoisant sur l’écran de mes songes délirants, j’ai demandé à Lucile, une amie et collègue, lorsque je l’ai rencontrée, attablée au bar devant une tasse de cybercafé :
- Oh, Lucile, de qui es-tu l’avatar, toi ?
Elle m’a d’abord regardé, surprise, les yeux ronds. Elle ne s’est transformée, ni en chien, bien que cabotine, ni en fleur, bien qu’épanouie et florissante !
Puis elle m’a répondu, avec un grand sourire :
- Mais je suis ton avatar, mon petit chéri !
Louis- Nombre de messages: 329
Age: 56
Date d'inscription: 28/10/2009
Re: Histoire d'avatars
Pas convaincue cette fois, ni par le sujet qui m'a paru simpliste, ni par la chute que j'ai trouvée en queue de poisson, ni par cette espèce de frénésie forcée que j'ai ressentie à la lecture, toute nourrie de points d'exclamation, de métamorphoses et de bégaiements qui, pour moi, n'ont pas empêché l'ennui. Je salue en tout cas, même si, à mon avis, la tentative est ici ratée, votre recherche sur les formes d'écriture, vous nous offrez toujours des textes variés et inventifs.
Mes remarques :
« bien qu’en la lui posant, je la formulais (non, « bien que » est suivi du subjonctif) déjà pour moi »
« continua à me haranguer (h aspiré) »
Mes remarques :
« bien qu’en la lui posant, je la formulais (non, « bien que » est suivi du subjonctif) déjà pour moi »
« continua à me haranguer (h aspiré) »

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Histoire d'avatars
Tes démélés avec tes avatars et ce qu'ils nous racontent sur notre rapport au virtuel et au factice m'ont bien amusée et comme on disait à une cetaine époque... "interpellée quelque part au niveau de"
Ils m'ont d'une certaine façon, par ton goût prononcé pour les jeux avec les mots et pour les créatures à métamorphoses qui s'échappent rappelé la chanson de l'autre bo..bob...bobby lapointe, histoire d'avanie
Elle avait peu d'avantages :
Pour en avoir d'avantage,
Elle s'en fit rajouter
A l'institut de beauté
(Ah - ahah ! )
On peut, dans le Maine-et-Loire,
S'offrir de beaux seins en poire...
L'y a à l'institut d'Angers
Qui opère sans danger :
Des plus jeunes aux plus âgés,
On peut presque tout changer,
Excepté ce qu'on ne peut pas...
Quelle avanie...
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !
"Davantage d'avantages,
Avantagent d'avantage"
Lui dis-je, quand elle revint
Avec ses seins Angevins...
(deux fois dix ! )
"Permets donc que je lutine
Cette poitrine angevine..."
Mais elle m'a échappé,
A pris du champ dans le pré
Et je n'ai pas couru après...
Je ne voulais pas attraper
Une Angevine de poitrine !
Moi je me régale
Avanies et avatars sont les gamelles du festin
Ils m'ont d'une certaine façon, par ton goût prononcé pour les jeux avec les mots et pour les créatures à métamorphoses qui s'échappent rappelé la chanson de l'autre bo..bob...bobby lapointe, histoire d'avanie
Elle avait peu d'avantages :
Pour en avoir d'avantage,
Elle s'en fit rajouter
A l'institut de beauté
(Ah - ahah ! )
On peut, dans le Maine-et-Loire,
S'offrir de beaux seins en poire...
L'y a à l'institut d'Angers
Qui opère sans danger :
Des plus jeunes aux plus âgés,
On peut presque tout changer,
Excepté ce qu'on ne peut pas...
Quelle avanie...
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !
"Davantage d'avantages,
Avantagent d'avantage"
Lui dis-je, quand elle revint
Avec ses seins Angevins...
(deux fois dix ! )
"Permets donc que je lutine
Cette poitrine angevine..."
Mais elle m'a échappé,
A pris du champ dans le pré
Et je n'ai pas couru après...
Je ne voulais pas attraper
Une Angevine de poitrine !
Moi je me régale
Avanies et avatars sont les gamelles du festin

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Histoire d'avatars
Je n'ai pas beaucoup accroché, j'ai trouvé le texte long et le ton peu naturel, forcé (traduction de "contrived" qui m'est venu spontanément à l'esprit). Je n'ai pas trop compris le but du texte ; il m'a semblé qu'il lui manquait quelque chose, du mordant peut-être.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Histoire d'avatars
Bonne idée de départ, le travail sur le double numérique, plus court il eût été plus pertinent ?

Ba- Nombre de messages: 3025
Age: 59
Localisation: Tout dépend du vent, c'est dire...
Date d'inscription: 08/02/2009
Re: Histoire d'avatars
J'ai trouvé le ton de l'ensemble terriblement forcé et peu engageant, parce que ça tourne rapidement en rond sans réellement nous amener vers une chute qui aurait compensé les faiblesses du textes. L'idée, même si souvent traitée, est intéressante mais pas vraiment déclinée de la sorte; ça n'a rien de grinçant ou d'original. Désolée, je suis passée à côté et je n'ai pas trouvé l'écriture d'aussi bonne qualité que dans d'autres textes. Le tout manque bien trop de naturel à mon goût et je ne trouve même pas ça drôle en fait...

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: Histoire d'avatars
Je me suis bien amusée à lire ce texte. Merci.

Anne Veillac- Nombre de messages: 568
Age: 47
Localisation: a.veillac@laposte.net
Date d'inscription: 22/03/2008

Re: Histoire d'avatars
Voilà donc pourquoi, Louis n'a pas d'avatar sur VE !

Reginelle- Nombre de messages: 1763
Age: 61
Localisation: à l'ombre d'un cerisier
Date d'inscription: 07/03/2008
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