Vers la Lumière

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Vers la Lumière

Message  conselia le Mer 16 Déc - 19:11

La chaleur est intenable sur la terrasse. Luz se lève d’un bond, décidée à faire baisser la température de son corps d’au moins dix degrés. La piscine offre pour cela le plus simple et le plus agréable des remèdes et elle y plonge son corps d’un appel du pied sur le bord de ciment ocre.
Malgré la quasi perfection de son saut, quelques gouttes sont projetées sur le dos de Miranda qui sursaute et proteste mollement, alanguie par une sieste de trente minutes. Les deux amies partagent depuis trois jours le luxe d’une villa prêtée par un ami fortuné de Luz, qui ne les y rejoindra pas avant une semaine, retenu à Madrid par ses mystérieuses affaires.
Il ne tiendrait qu’à la curiosité de la jeune femme de découvrir la nature de son activité, mais elle ne lui pose aucune question, goûtant ce qu’il lui offre et lui prodiguant en retour ce dont la nature l’a dotée. Miranda réprouve la légèreté de son amie d’enfance mais se garde depuis longtemps de le lui faire savoir.
D’autant qu’elle a su elle aussi profiter des largesses dont ces hommes plus généreux que séduisants ont comblée Luce depuis ses vingt deux ans. Elle avait à l’époque décidé de ne plus connaître les affres de l’amour, après que le beau Jose Luis de Heredia eût réduit son petit cœur d’adolescente à l’état de cendres, qu’aucun homme, s’était-elle jurée, ne raviverait jamais. Célibataire depuis et résolue à le rester jusqu’à ce que la nécessité ordonne qu’il en soit autrement, elle exerce, avec un art plus subtil chaque jour, la délicate profession de courtisane.
C’est plutôt par le vocable de putain que Miranda résumait l’affaire, mais on pourrait entendre autant d’envie que de mépris dans ce propos, car si elle se refuse à monnayer ses charmes, cette dernière est aussi sentimentalement esseulée que celle dont elle condamne l’immoralité. Secrètement amoureuse elle aussi du beau Jose, elle s’était effacée devant sa rivale et n’avait jamais depuis connu l’amour.
Elevées dans le même quartier populaire de Buenos Aires, elles avaient rejoint l’Europe à l’issue de leurs études de langues, qui leur avaient conféré une solide connaissance de l’Anglais et un goût immodéré du voyage, qu’elles n’auraient pu assouvir sans le premier des généreux amants de Luz.
Walter les avaient contractées toutes deux comme secrétaires très particulières afin de leur obtenir le visa pour Londres, mais n’avait pu convaincre Miranda de suivre les traces prometteuses de sa petite camarade et s’était défait d’elle dans le mois qui suivit leur installation à Soho.
Tant par culpabilité, selon Miranda, que pour ne pas se retrouver seule en terre étrangère, Luz pourvoit depuis à tous les besoins de son amie et l’entraîne dans chacune de ses aventures, au gré des changements de climat auquel la contraint la lassitude qui ne manque jamais, à terme, de condamner ses idylles tarifées.
Sans l’y contraindre, elle laisse entrevoir à son amie les avantages de sa profession et espère secrètement qu’elle l’entraînera dans sa chute. Miranda, ignorante par ferveur amicale de ce sombre dessein, accepte ce curieux statut avec une désinvolture hypocrite, profitant des bienfaits d’un argent dont elle condamne la provenance et se satisfaisant de penser que sa présence est indispensable à Luz.
Pour l’heure, l’escale est andalouse et c’est le brave Javier qui régale. Brave, il l’est sans doute et à plus d’un titre, car en plus de s’être produit dans l’arène en son jeune âge, il a l’obligeance de laisser jouir de son bien les deux amies sans leur imposer sa présence, joviale certes, mais lourde de sous-entendus.
Depuis maintenant trois ans que Luz a trouvé plus commode d’être convoitée puis cajolée par des hommes riches, les deux jeunes femmes ont visité les plus grandes capitales, séjourné dans les hôtels et les résidences les plus luxueuses et fréquenté le gratin de l’Europe Occidentale. Mais voilà bientôt six mois qu’elles n’ont pas quitté Séville et Miranda s’en étonne. Luz n’a pourtant mis en œuvre aucune nouvelle tactique de séduction et Javier ne semble pas plus épris d’elle qu’aucun autre de ses précédents bienfaiteurs.
Elle se plaint souvent de son ardeur excessive à rentabiliser la présence de sa protégée, mais y répond avec le professionnalisme qui lui vaut aujourd’hui sa réputation et se console en déduisant ses nombreuses et longues absences du compte de ces assauts. Rien ne semble justifier que cet arrangement dure plus longtemps que les autres et pourtant les voilà installées dans un quotidien qui, pour n’avoir rien de particulièrement sordide, commence à lasser Miranda.
Lorsqu’elle s’en ouvre d’un ton légèrement agacé à sa comparse, cette dernière éclate d’un rire méchant, démasquant soudain une rancœur insoupçonnée. Car enfin, lui fait-elle savoir d’une voix exaspérée, peut-on imaginer plus ingrate attitude que celle-ci ? Qu’elle retourne dans le barrio si la cage dorée lui paraît trop étroite ! S’en suit une litanie de reproches fielleux qu’ont accumulés des années de vie commune, de compromis tus et de rivalités muettes.
Les yeux de Luz, d’ordinaire si bleus qu’on pouvait les croire faits de saphir, sont emplis d’un voile terne et injectés de sang. De sa bouche fusent insultes et mesquineries, comme la vapeur d’une cocotte-minute oubliée sur le feu.
Vexée aux larmes, Miranda fait mine de rassembler ses affaires, attendant que Luz se presse de la couvrir d’excuses pour l’empêcher de partir. Mais la dernière valise bouclée, il lui faut se résoudre à l’évidence ; la corde sur laquelle elle prend conscience d’avoir tiré depuis trois ans vient de rompre et elle n’a d’autre choix que de composer le numéro de la compagnie de taxis.
Au moment de monter à l’arrière de la Seat jaune dont le chauffeur a déjà empli le coffre de ses bagages, elle reprend espoir en voyant Luz se diriger vers elle de son pas rapide et gracieux. Mais elle déchante aussitôt, car en lui jetant à la face une liasse de grosses coupures, cette dernière lui lance un « bon voyage » qui lui donne à mesurer la distance qui les sépare déjà.
Dans l’avion qui la ramène en Argentine, elle reste prostrée, sentant confusément la nécessité de cette rupture mais ne pouvant se résoudre à ne plus jamais revoir son amie. De tous les sentiments contradictoires qui l’assaillent, le plus insidieux reste la peur de ne plus pouvoir connaître cette vie d’aisance que lui procurait le curieux appareillage qu’elles formaient ensemble.
Car en somme, la plus moralement condamnable à ses yeux est aussi, elle pense devoir en convenir à présent, la plus généreuse des deux. Pendant toutes ces années, Miranda n’a offert que sa présence, qu’elle lui retire aujourd’hui sur un coup de tête, tandis que Luz lui a donné à voir le monde et goûter ses plaisirs, au prix de son âme.
Du parvis de l’aéroport de Buenos Aires, elle tente maintes fois de joindre Luz au téléphone sans y parvenir. De retour dans leur quartier natal, elle écrit chaque jour pendant un mois, sans qu’aucune réponse ne lui parvienne. Incapable de financer un voyage vers l’Espagne dont elle se doute qu’il ne lui offrirait pas plus de chances de reconquérir l’amitié de Luz, elle se résout peu à peu au caractère inéluctable de leur séparation.

Mais ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle comprend enfin ce qui avait réellement motivé Luz pendant toutes ces années et l’avait incitée à emmener Miranda si loin des siens pour tenter de la perdre. Car aujourd’hui, dans la lumière incomparable de l’automne argentin, s’avance vers elle celui qu’elle épousera bientôt, celui qui n’a jamais cessé de l’aimer elle, Miranda, plutôt que toute autre et qui a attendu trois années son retour, après s’être fourvoyé dans les bras d’une jeune fille plus jolie qu’elle, certes, mais dont la froide détermination à vivre plus qu’il ne se sentait capable de lui offrir jamais l’avait éloigné.
Le beau Jose Luis de Heredia marche maintenant au bras de Miranda dans les rues de la ville et Luz n’est plus que le souvenir d’un exil involontaire, guidé par la jalousie et le dépit d’une femme blessée et vindicative, un long et absurde périple qui touche à sa fin, dans la lumière d’un amour sincère et trop longtemps contrarié.

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Re: Vers la Lumière

Message  Plotine le Mer 16 Déc - 19:51

J'étais contente de voir enfin un texte nouveau mais ce couplet sur la rivalité féminine ne me convainc pas vraiment. Désolée.

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Re: Vers la Lumière

Message  Easter(Island) le Mer 16 Déc - 20:36

Hmmm... moi c'est la fin, très morale, squeaky clean, qui me déçoit.
Le portrait de ces deux filles est convaincant toutefois, leur vie aussi, rien à redire là-dessus.

Dans le détail :

après que le beau Jose Luis de Heredia eut réduit (indicatif et pas subjonctif après "après que")

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Re: Vers la Lumière

Message  socque le Mer 16 Déc - 22:12

Tout pareil que Easter(Island). J'aime bien le portrait des deux femmes, mais la fin digne d'un Harlequin est too much pour moi. Par ailleurs, je reprocherai à l'écriture d'être un peu raide, compassée.

Mes remarques :
« elle a su elle aussi profiter des largesses dont ces hommes plus généreux que séduisants ont comblé (et non « comblée » : les hommes ont comblé qui ? Luce, mais le complément d’objet direct est situé après le verbe, donc le participe ne s’accorde pas) Luce (Luz ?) depuis ses vingt-deux ans »
« après que le beau Jose Luis de Heredia eut (et non « eût réduit » : « après que » est suivi de l’indicatif et non du subjonctif) réduit son petit cœur d’adolescente »
« Walter les avait (et non « avaient ») contractées (un peu bizarre, je trouve, cette acception du verbe « contracter » ; moi, je ne contracte que les maladies) toutes deux »
« au gré des changements de climat auxquels (pronom relatif mis pour « les changements de climat) la contraint la lassitude »
« S’ensuit (et non « S’en suit ») une litanie »

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Re: Vers la Lumière

Message  Claire d'Orée le Jeu 17 Déc - 21:01

Je n'arrive pas à comprendre si c'est une nouvelle ou le début d'un roman. Cela se lit pourtant agréablement.
Amicalement
Claire d'Orée

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Re: Vers la Lumière

Message  Sahkti le Lun 19 Avr - 21:12

J'ai eu du mal à pleinement entrer dans l'ambiance car je trouve que tout est narré sur un ton et un rythme identiques qui finissent par s'essouffler et me lasser un peu. De surcroît, cette histoire qui aurait pu être bien plus piquante se termine finalement de manière assez convenue. J'aurais préféré que ça respire, que ça secoue, que ça se batte un peu plus au point de vue des émotions disséquées, mais ici, tout est trop survolé et léché à mon goût, désolée.

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Message  midnightrambler le Mar 20 Avr - 23:40

Bonsoir,

Une affaire de femmes ... entre femmes !
Je m'éclipse ...

Caresses et Bise à l'Oeil,
Midnightrambler

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Re: Vers la Lumière

Message  Reginelle le Mer 21 Avr - 0:18

Un sujet qui aurait pu être mieux exploité. Peu de liberté laissée au lecteur également. Les portraits étant bien dressés, je crois qu'il était inutile de montrer (ou exprimer) aussi clairement l'amoralité de l'une, l'hypocrisie de l'autre. Il aurait été plus habile de "montrer" tout ça par certains détails, quelques échanges ou dialogues, en laissant au lecteur le opin de se faire son opinion. Et aussi, il aurait peut-être été utile de développer davantage sur la dégradation de leur relation. De la cassure de leur complicité.
Fin morale ? Je ne sais pas trop. Parce que Miranda, si chaste qu'elle se soit montrée, n'en est pas plus estimable pour autant, à mes yeux du moins. Personnellement, je préfère l'honnêteté de la première qui assume clairement son état de courtisane plutôt que l'hypocrisie de la seconde qui condamne certains actes tout en profitant largement des avantages qu'ils apportent.

Pas convaincue du tout par ce texte.

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Re: Vers la Lumière

Message  Reginelle le Mer 21 Avr - 0:19

en laissant au lecteur le soin*** (pardon)

Reginelle

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Re: Vers la Lumière

Message  Aire__Azul le Ven 23 Avr - 22:31

Bonsoir,

Les relations entre les deux amies sont claires et bien marquées au début, même si on n’accroche pas toujours à cette rivalité faite de jugements ou à la fin toute morale. Le début décrit bien la situation et l’évocation de la vie des personnages est bien rendue. Pour ma part, je trouve que quelques passages en style direct auraient donné plus de relief à l’affrontement et auraient apporté un peu plus de rythme à ce texte. En faisant aussi varier la longueur des phrases, je pense que vous pourriez « donner un peu de corps » à ce récit qui ne manque pas d’intérêt.
Ces remarques ne sont que toutes personnelles, bien entendu.
Merci de cette lecture.

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