Mornes mornings Mornington (9)
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Mornes mornings Mornington (9)
Ici : l'épisode 8
Mornington
J’ai rêvé de vous, darling.
Un rêve de nuit et un rêve du matin. Je vous raconterai l’un et pas l’autre dear, car nous outrepassons largement les limites du transfert, et ça me met en transes de faire ces choses avec vous en rêves que je ne dois ni vous raconter ni même prétendre me rappeler .
L’autre donc, prétendument innocent (que savons- nous de l’innocence ?)
Vous étiez un kangourou, Morning, cette nuit et j’étais dans votre poche et nous folâtrions ridicules et heureux dans un bush australien où contrairement aux rumeurs qui courent, nul n’avait la tête en bas , nulle ne semblait tombée sur la tête. J’étais bien Morning et voilà le genre de rêve qui me donne envie de crever quand je me réveille.
Quand je me réveille, je suis fatiguée, tout le temps fatiguée, je veux le repos, l’arrêt des hostilités , des cordialités et de tout le bataclan. Si j’étais moi, je m’inquiéterai….(Mais je ne peux plus vous demander de vous inquiéter pour moi ? Quoique…)
Ca fait si longtemps que je suis la juive et le nazi Mornington. Le jeteur de vitriol et la fille vitriolée. Celui qui tient la machette et celui dont la tête s’envole sous les yeux de ses enfants.
Et c’est si fatigant, Mortimer, d’être humain sans trembler et sans défaillir de honte.
Comme vous dites je suis vêtue de blues et de névroses et certainement pas parfumée à l’eau de rose…peut-être bien à l’exsudat de cadavres…et aujourd’hui plus qu’hier Mort…
Comment faites vous pour rester debout, vous, avec ce que vous savez des êtres humains, et dorénavant avec ce que vous savez de vous ?
Et maintenant….comment ne pas être rouge de honte à l’idée de ce que je me suis imposée, de ce que je vous ai exposé….
Comment puis je encore évoquer mes pauvres tourments , et me souvenir vous avoir demandé de m’aider à en finir , puisque ma grève de la faim n’a su venir à bout de moi ?
Alors que pendant cette année où j’étais si faible que j’en ai perdu l’usage de mes jambes, vous, vous couriez …………au devant d’une mort annoncée !!!
Voilà Mort, ironie du destin, que vous devez soigner une pauvre obsédée du suicide qu’elle ne commettra jamais , obsédée par son corps en décomposition programmée, alors qu’elle n’a que vingt cinq ans et toute la vie devant elle….que vous devez supporter ses jérémiades…ses chagrins d’amour de minette attardée…ses crises d’anorexie d’occidentale repue, ses accès de boulimie d’artiste frustrée…ses crises d’angoisse de mégalomaniaque égocentrique et excentrique….alors que vous êtes si malade, d’une maladie sans faux semblants, d’une maladie qui ne pardonne pas…
Mais vous, Mortimer de mon cœur (oh ne prenez pas cette mine sévère, plus de faux semblants entre nous non plus dear) qui vous écoute aujourd’hui, qui vous entend ?
Et surtout qui se moquera encore de vous et de votre moustache ?
Je serai celle là, croyez-vous ?
Et si ce désir que j’avais de vous venir en aide n’était que le masque compatissant d’une rapacité vorace ? Les humains ne se nourrissent- ils pas les uns les autres de leurs malheurs respectifs ? Et au fond n’est- ce pas ce qui nous tient en vie ? Voir jusqu’où on peut aller dans ce cannibalisme de dégénérés ? Jusqu’où on peut se repaitre d’autrui ?
Ah ça y est ! Je vous ai décroché un sourire, Mornington ! Je sens vos petites cellules grises s’agiter en tout sens, vous mourez d’envie de disserter avec moi sur ce genre de sujet, don’t you ?
Cogitez, j’ai encore bien d’autres sujets à soumettre à votre redoutable sagacité, à votre implacable ironie, et à votre goût affirmé pour les paradoxes ( c’est vous le kangourou mais je vous connais comme ma poche, vous n’en doutez plus n’est-ce pas ?)
« Et si votre mort annoncée était l’arme de mon suicide programmé ? »
« Mais si je renaissais de vos cendres ? »
Que décidez vous ? Me laisser mourir de chagrin, me laisser vous survivre à vos dépens ?
Tout à fait entre nous, ne préféreriez- vous pas qu’on s’allie pour lui faire la nique ,à la faucheuse, que cette fois elle ait tout faux !!!
Méditez en paix, ne me laissez pas vous influencer.
Tenez, allongez-vous, Mortimer, là sur ce divan qui n’attend que vous !
Prenez place sur ce divan et je jouerai les divas divertissantes. Ne sommes- nous pas deux vieux enfants qui ne rêvent que de jouer ensemble ! Tenez racontez-moi votre dernier rêve !
Rappelez-vous…Le bush australien…
Eternellement votre
Elise Blueseinstein
Mornington
J’ai rêvé de vous, darling.
Un rêve de nuit et un rêve du matin. Je vous raconterai l’un et pas l’autre dear, car nous outrepassons largement les limites du transfert, et ça me met en transes de faire ces choses avec vous en rêves que je ne dois ni vous raconter ni même prétendre me rappeler .
L’autre donc, prétendument innocent (que savons- nous de l’innocence ?)
Vous étiez un kangourou, Morning, cette nuit et j’étais dans votre poche et nous folâtrions ridicules et heureux dans un bush australien où contrairement aux rumeurs qui courent, nul n’avait la tête en bas , nulle ne semblait tombée sur la tête. J’étais bien Morning et voilà le genre de rêve qui me donne envie de crever quand je me réveille.
Quand je me réveille, je suis fatiguée, tout le temps fatiguée, je veux le repos, l’arrêt des hostilités , des cordialités et de tout le bataclan. Si j’étais moi, je m’inquiéterai….(Mais je ne peux plus vous demander de vous inquiéter pour moi ? Quoique…)
Ca fait si longtemps que je suis la juive et le nazi Mornington. Le jeteur de vitriol et la fille vitriolée. Celui qui tient la machette et celui dont la tête s’envole sous les yeux de ses enfants.
Et c’est si fatigant, Mortimer, d’être humain sans trembler et sans défaillir de honte.
Comme vous dites je suis vêtue de blues et de névroses et certainement pas parfumée à l’eau de rose…peut-être bien à l’exsudat de cadavres…et aujourd’hui plus qu’hier Mort…
Comment faites vous pour rester debout, vous, avec ce que vous savez des êtres humains, et dorénavant avec ce que vous savez de vous ?
Et maintenant….comment ne pas être rouge de honte à l’idée de ce que je me suis imposée, de ce que je vous ai exposé….
Comment puis je encore évoquer mes pauvres tourments , et me souvenir vous avoir demandé de m’aider à en finir , puisque ma grève de la faim n’a su venir à bout de moi ?
Alors que pendant cette année où j’étais si faible que j’en ai perdu l’usage de mes jambes, vous, vous couriez …………au devant d’une mort annoncée !!!
Voilà Mort, ironie du destin, que vous devez soigner une pauvre obsédée du suicide qu’elle ne commettra jamais , obsédée par son corps en décomposition programmée, alors qu’elle n’a que vingt cinq ans et toute la vie devant elle….que vous devez supporter ses jérémiades…ses chagrins d’amour de minette attardée…ses crises d’anorexie d’occidentale repue, ses accès de boulimie d’artiste frustrée…ses crises d’angoisse de mégalomaniaque égocentrique et excentrique….alors que vous êtes si malade, d’une maladie sans faux semblants, d’une maladie qui ne pardonne pas…
Mais vous, Mortimer de mon cœur (oh ne prenez pas cette mine sévère, plus de faux semblants entre nous non plus dear) qui vous écoute aujourd’hui, qui vous entend ?
Et surtout qui se moquera encore de vous et de votre moustache ?
Je serai celle là, croyez-vous ?
Et si ce désir que j’avais de vous venir en aide n’était que le masque compatissant d’une rapacité vorace ? Les humains ne se nourrissent- ils pas les uns les autres de leurs malheurs respectifs ? Et au fond n’est- ce pas ce qui nous tient en vie ? Voir jusqu’où on peut aller dans ce cannibalisme de dégénérés ? Jusqu’où on peut se repaitre d’autrui ?
Ah ça y est ! Je vous ai décroché un sourire, Mornington ! Je sens vos petites cellules grises s’agiter en tout sens, vous mourez d’envie de disserter avec moi sur ce genre de sujet, don’t you ?
Cogitez, j’ai encore bien d’autres sujets à soumettre à votre redoutable sagacité, à votre implacable ironie, et à votre goût affirmé pour les paradoxes ( c’est vous le kangourou mais je vous connais comme ma poche, vous n’en doutez plus n’est-ce pas ?)
« Et si votre mort annoncée était l’arme de mon suicide programmé ? »
« Mais si je renaissais de vos cendres ? »
Que décidez vous ? Me laisser mourir de chagrin, me laisser vous survivre à vos dépens ?
Tout à fait entre nous, ne préféreriez- vous pas qu’on s’allie pour lui faire la nique ,à la faucheuse, que cette fois elle ait tout faux !!!
Méditez en paix, ne me laissez pas vous influencer.
Tenez, allongez-vous, Mortimer, là sur ce divan qui n’attend que vous !
Prenez place sur ce divan et je jouerai les divas divertissantes. Ne sommes- nous pas deux vieux enfants qui ne rêvent que de jouer ensemble ! Tenez racontez-moi votre dernier rêve !
Rappelez-vous…Le bush australien…
Eternellement votre
Elise Blueseinstein

Rebecca- Nombre de messages: 8051
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Mornes mornings Mornington (9)
Ce qui me frappe cette fois encore dans ce récit que je persiste à part moi à qualifier de très féminin, c'est la pertinence de certains détails, de certains mots, placés exactement là où il faut ; la précision de l'écriture, la finesse de l'analyse aussi... ça j'admire. Et pourtant, elle me tape sur les nerfs ici et là la miss Elise :-)

Easter(Island)- Nombre de messages: 12087
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Mornes mornings Mornington (9)
J'aime ce transfert qu'elle fait entre son rêve à elle qui devient le sien à lui. Cette lettre m'a plu, énormément. Peut-être cette évocation de l'Australie ( où je n'ai jamais souhaité mettre les pieds, mais dont certaines photos vues l'autre jour m'ont presque fait changer d'avis ), peut-être cette mort annoncée, que sais-je ? On est dans une continuité qui se défie de l'ennui, alors je guetterai la boîte à lettres d'Elise ou de Mort.

Lucy- Nombre de messages: 2628
Age: 34
Date d'inscription: 31/03/2008
Re: Mornes mornings Mornington (9)
Tenez, allongez-vous, Mortimer, là sur ce divan qui n’attend que vous !
Ainsi Elyse aura-t-elle fini par inverser les relations. Un peu garce cette femme là quand même, et si perfidement dit, qu'elle me fait naître des envies de massacres multiples.
Si elles ne sont pas courantes, les Elyses et d'autant plus énervantes quand si bien décrites. Si ce n'est pas là une conception féminine ?

outretemps- Nombre de messages: 637
Age: 65
Date d'inscription: 19/01/2008
Re: Mornes mornings Mornington (9)
La souhaitée morte et le presque mort. Les relations se compliquent. Et tu sais nous perdre pour nous mener (par le bout du nez) sur des chemins de traverse que l’on n’aurait pas cru devoir emprunter
Voyons la suite
Voyons la suite
grieg- Nombre de messages: 5925
Localisation: plus très loin
Date d'inscription: 13/12/2005
Re: Mornes mornings Mornington (9)
Jusqu’où on peut se repaitre d’autrui ?
Se demande l'amante religieuse ... sans doute jusqu'à être parvenue à se le mettre dans la poche, l'autre, lui, par rêves interposés par exemple. Mortimer, Mortimer tu files un mauvais coton !

Arielle- Nombre de messages: 4552
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: Mornes mornings Mornington (9)
Joli macramé, Reb ! Des fils de soie presque imperceptibles, qui se croisent, reviennent, vont se nouer plus loin pour nous prendre dans une toile fine, solide et fantasque !

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Mornes mornings Mornington (9)
Il a Elise dans sa poche, Mortimer, vrai ! Elle lui est acquise définitivement, à Mort, c’est dans la poche, pas à en douter.
Elle y est particulièrement, comme mouchoir, pour un réconfort à moucher le mal qui irrémédiablement vient condamner Mort à mort, pour tancer la faucheuse, cette ignoble morveuse.
Non elle n’est pas tombée sur la tête, Elise. Elle tiendrait bien tout entière dans une poche, fermement, celle à Mortimer, même de l’autre côté du monde. Mais enfin, c’est le monde à l’envers ! C’est elle qui veut mourir, et c’est lui qui meurt ! La mort le ravit, alors que Mort l’a ravie.
Il est un kangourou, Mortimer, l’animal qui saute… Et d’un bond esquive les coups de faux. Il est un peu gourou, un peu kangourou.
Elise, quand elle ne rêve pas, murmure une plainte, remuée, touchée à vif par le sort de son compagnon qui lui renvoie une image en miroir. La réalité s’est faite image, d’une vérité criante, hurlante, mais Elise murmure, elle, reflet, ombre à laquelle elle se réduit face à la réalité Mortimer en psyché. Face au fantasme devenu réalité.
Elise, mortifiée, s’interroge. Serait-elle croque mort ? Elle si vorace. Anorexique de vie, boulimique de mort. Elise, ses jérémiades. Elise, ses circonlocutions. Et le divan où elle couche Mort, l’accouche d’un rêve d’Australie, cœur en bush, empoche le rêve, s’accouche d’elle-même.
Mais n’oublie pas, Rebecca, d’accoucher une suite à ces textes épistolaires, dont l’intérêt ne faiblit pas.
Elle y est particulièrement, comme mouchoir, pour un réconfort à moucher le mal qui irrémédiablement vient condamner Mort à mort, pour tancer la faucheuse, cette ignoble morveuse.
Non elle n’est pas tombée sur la tête, Elise. Elle tiendrait bien tout entière dans une poche, fermement, celle à Mortimer, même de l’autre côté du monde. Mais enfin, c’est le monde à l’envers ! C’est elle qui veut mourir, et c’est lui qui meurt ! La mort le ravit, alors que Mort l’a ravie.
Il est un kangourou, Mortimer, l’animal qui saute… Et d’un bond esquive les coups de faux. Il est un peu gourou, un peu kangourou.
Elise, quand elle ne rêve pas, murmure une plainte, remuée, touchée à vif par le sort de son compagnon qui lui renvoie une image en miroir. La réalité s’est faite image, d’une vérité criante, hurlante, mais Elise murmure, elle, reflet, ombre à laquelle elle se réduit face à la réalité Mortimer en psyché. Face au fantasme devenu réalité.
Elise, mortifiée, s’interroge. Serait-elle croque mort ? Elle si vorace. Anorexique de vie, boulimique de mort. Elise, ses jérémiades. Elise, ses circonlocutions. Et le divan où elle couche Mort, l’accouche d’un rêve d’Australie, cœur en bush, empoche le rêve, s’accouche d’elle-même.
Mais n’oublie pas, Rebecca, d’accoucher une suite à ces textes épistolaires, dont l’intérêt ne faiblit pas.
Louis- Nombre de messages: 329
Age: 56
Date d'inscription: 28/10/2009
Re: Mornes mornings Mornington (9)
Rebecca
Envie de lire la suite bien sûr ! Prise dans le ton, le style, l'histoire... J'ai lu à voix haute : jubilation du rythme et des mots ! Je jouerais bien Elise moi...
Envie de lire la suite bien sûr ! Prise dans le ton, le style, l'histoire... J'ai lu à voix haute : jubilation du rythme et des mots ! Je jouerais bien Elise moi...

Céleste- Nombre de messages: 54
Age: 44
Localisation: Paris
Date d'inscription: 24/12/2009
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