Sens unique
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Sens unique
- Vous le faites exprès ou quoi madame ?
Le scooter aussi sombre que l’impasse glisse près de la silhouette encapuchonnée.
- Descendez de là merdeux !
Un fusil est sorti à la hauteur d’un rictus blanchi à la pâte à colle.
- Oh, la vieille ! Tu te la joues Matrix ?
- J’ai dit : « descendez de là merdeux ! »
- Hé, tu l’entends la mamie service géronte ? Elle nous dit de « descendre »
- Elle nous traite !
Une paire de rire éclate très loin du lampadaire baveux.
Le passager casqué soulève sa visière.
- Putain la vieille ! Elle a au moins cinquante balais.
- Non ?
- Si, la gueule pleine de crevasses.
- ?
- Crasseuses.
- Tu déc’
- Sans déc’ elle pue de la masse .
La visière est relevée sur des yeux frais, encore un peu, juste à la limite. Des yeux élevés en plein ère poreuse.
Le conducteur, enfermé dans le noir de son casque, étouffe ses commentaires.
L’ombre, jambes écartées, occupe le centre de la rue à sens unique.
Le canon de l’arme poudrée brille dans l’air froid de janvier sous une sphère bleu-nuit.
- Elle dégage ou quoi la pouffe ?
On entend le moteur tousser, un vilain filet enroule le pot d’échappement.
- Merde c’est la panne, man
- Oh non !
- Oh si ! murmure la voix descendue dans les octaves lourdes. Vous êtes en carafe les p’tits gars…Au fond de la vase dont vous n’auriez jamais dû sortir.
Béquilles. Conducteur et passager de chaque côté de l’engin à sec.
Un léger tremblement dans les ondes annonce, à l’oreille sensible, qu’il va se passer quelque chose de très ordinaire aujourd’hui.
La « vieille » appuie son doigt arthrosé sur la gâchette.
Le premier recule en battant l’air de ses bras maigres, le second a le temps de voir que le sanguin s’accorde parfaitement à la cendre.
Pour lui aussi.
Ton sur ton.
Clac, l’ampoule du réverbère vient d’achever son éclairage bégayant.
« J’ai bien fait de garder ton arme mon Victor, tu vois ça peut toujours servir quand on rentre le soir, merci de ce cadeau mon amour, tu avais raison, les sens sont dangereux quand on les interdit ».
Le scooter aussi sombre que l’impasse glisse près de la silhouette encapuchonnée.
- Descendez de là merdeux !
Un fusil est sorti à la hauteur d’un rictus blanchi à la pâte à colle.
- Oh, la vieille ! Tu te la joues Matrix ?
- J’ai dit : « descendez de là merdeux ! »
- Hé, tu l’entends la mamie service géronte ? Elle nous dit de « descendre »
- Elle nous traite !
Une paire de rire éclate très loin du lampadaire baveux.
Le passager casqué soulève sa visière.
- Putain la vieille ! Elle a au moins cinquante balais.
- Non ?
- Si, la gueule pleine de crevasses.
- ?
- Crasseuses.
- Tu déc’
- Sans déc’ elle pue de la masse .
La visière est relevée sur des yeux frais, encore un peu, juste à la limite. Des yeux élevés en plein ère poreuse.
Le conducteur, enfermé dans le noir de son casque, étouffe ses commentaires.
L’ombre, jambes écartées, occupe le centre de la rue à sens unique.
Le canon de l’arme poudrée brille dans l’air froid de janvier sous une sphère bleu-nuit.
- Elle dégage ou quoi la pouffe ?
On entend le moteur tousser, un vilain filet enroule le pot d’échappement.
- Merde c’est la panne, man
- Oh non !
- Oh si ! murmure la voix descendue dans les octaves lourdes. Vous êtes en carafe les p’tits gars…Au fond de la vase dont vous n’auriez jamais dû sortir.
Béquilles. Conducteur et passager de chaque côté de l’engin à sec.
Un léger tremblement dans les ondes annonce, à l’oreille sensible, qu’il va se passer quelque chose de très ordinaire aujourd’hui.
La « vieille » appuie son doigt arthrosé sur la gâchette.
Le premier recule en battant l’air de ses bras maigres, le second a le temps de voir que le sanguin s’accorde parfaitement à la cendre.
Pour lui aussi.
Ton sur ton.
Clac, l’ampoule du réverbère vient d’achever son éclairage bégayant.
« J’ai bien fait de garder ton arme mon Victor, tu vois ça peut toujours servir quand on rentre le soir, merci de ce cadeau mon amour, tu avais raison, les sens sont dangereux quand on les interdit ».

Ba- Nombre de messages: 3025
Age: 59
Localisation: Tout dépend du vent, c'est dire...
Date d'inscription: 08/02/2009
Re: Sens unique
Un conflit de générations à rebours... je l'ai lu comme quelques vignettes de BD à la Tardi mâtiné de Fluide Glacial, comme un anime au vitriol. Réjouissant & jouissif.

Celeron02- Nombre de messages: 717
Age: 39
Localisation: St-Quentin
Date d'inscription: 19/12/2009
Re: Sens unique
Ah ça fait du bien ! Je me sens toute revigorée.

Plotine- Nombre de messages: 1988
Age: 69
Date d'inscription: 01/08/2009
Re: Sens unique
Et c'est bien observé en plus. Tout est parfait.

Plotine- Nombre de messages: 1988
Age: 69
Date d'inscription: 01/08/2009
Re: Sens unique
J'adore!

Yellow_Submarine- Nombre de messages: 281
Age: 41
Localisation: Fougères
Date d'inscription: 08/01/2010
Re: Sens unique
Et voilà ! La violence a changé de sens ... Un vrai bonheur !
un rictus blanchi à la pâte à colle
Des yeux élevés en plein ère poreuse
Rien que ça et les personnages tiennent debout. Bravo !
un rictus blanchi à la pâte à colle
Des yeux élevés en plein ère poreuse
Rien que ça et les personnages tiennent debout. Bravo !

Arielle- Nombre de messages: 4555
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: Sens unique
Bonsoir,
Pourquoi la première question est-elle aussi polie ?
L'ensemble est remarquable, vif, très bien construit et observé et les huit derniers mots sont excellents, pleins de profondeur !
Amicalement,
midnightrambler
Pourquoi la première question est-elle aussi polie ?
L'ensemble est remarquable, vif, très bien construit et observé et les huit derniers mots sont excellents, pleins de profondeur !
Amicalement,
midnightrambler

midnightrambler- Nombre de messages: 1097
Age: 59
Localisation: NORMANDIE laclefdeschamps66@hotmail.fr
Date d'inscription: 10/01/2010
Re: Sens unique
... Je suis... Flingué !
Pan dans le mille. Bien vu.
Ubik.
Pan dans le mille. Bien vu.
Ubik.

ubikmagic- Nombre de messages: 949
Age: 50
Localisation: ... dans le sud, peuchère !
Date d'inscription: 13/12/2009

Re: Sens unique
Une vraie ma Dalton des temps modernes. Souriant et grinçant comme d'habitude. Intelligent aussi pour se jouer d'une certaine suffisance, et fin, pour éviter l'écueil de la morale.
Dis-moi Ba, ceci me turlupine :
"Des yeux élevés en plein ère poreuse"
J'entends bien le jeu de mots, mais je ne vois que ce "e" manquant ! Que dois-je en penser ?
Dis-moi Ba, ceci me turlupine :
"Des yeux élevés en plein ère poreuse"
J'entends bien le jeu de mots, mais je ne vois que ce "e" manquant ! Que dois-je en penser ?

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Sens unique
La revanche des cinquantenaires, délicieusement méchant et satirique.

éclaircie- Nombre de messages: 1641
Age: 56
Localisation: au monde et du bon coté
Date d'inscription: 18/02/2009

Re: Sens unique
C'est vraiment pas mal du tout, mais j'ai quand même relevé quelque chose: au début on a pas assez de précisions: j'ai eu du mal à situer la scène en lisant les premières lignes.
Fauve noir.
Fauve noir.

Fauve noir- Nombre de messages: 151
Age: 21
Date d'inscription: 03/04/2010
pas mal, bravo!
même si comme fauve noir, j'ai à la première ligne eu un peu de mal, le reste se lit bien.

souricettedu.94- Nombre de messages: 67
Age: 38
Localisation: val de marne
Date d'inscription: 31/03/2010
Re: Sens unique
J’ai vu autre chose dans ce texte que l’histoire d’une « mémé tueuse ».
Ce qui a retenu mon attention, c’est plutôt que l’on ait affaire à un « sens unique ».
Ce que flingue le texte avant tout, ce que flingue son auteur, c’est bien ça, le sens unique.
L’unique sens constitue une « impasse », dit le texte. Il entraîne un «sens interdit » et même inter-dit. dangereux.
Il s’agit donc de faire vivre la polysémie, l’équivoque, l’ambiguïté, et de tuer le sens unique. La vie n’a pas un unique sens, elle se déploie dans l’ambivalence et la polysémie.
Un texte donc lui-même plurivoque.
Bravo Ba.
Ce qui a retenu mon attention, c’est plutôt que l’on ait affaire à un « sens unique ».
Ce que flingue le texte avant tout, ce que flingue son auteur, c’est bien ça, le sens unique.
L’unique sens constitue une « impasse », dit le texte. Il entraîne un «sens interdit » et même inter-dit. dangereux.
Il s’agit donc de faire vivre la polysémie, l’équivoque, l’ambiguïté, et de tuer le sens unique. La vie n’a pas un unique sens, elle se déploie dans l’ambivalence et la polysémie.
Un texte donc lui-même plurivoque.
Bravo Ba.
Louis- Nombre de messages: 329
Age: 56
Date d'inscription: 28/10/2009
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