Richard et moi
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Richard et moi
Prologue
Le soleil se couchait lentement, depuis plusieurs semaines. Déjà la blancheur immaculée de la glace se teintait de reflets rosâtres, lueurs surannées chaque année plus émouvantes. Bien que je contemplasse chaque fois avec plus de délices ce spectacle enivrant, je ne pouvais m'y attarder trop longtemps: il fallait que je quitte la partie occidentale de ma demeure, pour atteindre l'extrême-orient de l'igloo, réservé à la Nuit, claquemuré et étanche à l'air glacial qui ne manquerait pas de souffler au dehors. J'avais emprunté depuis déjà 42 heures le long couloir de 564km qui reliait le boudoir d'été au grand salon d'hiver. Je traçai. Malgré la beauté du ciel au dehors, dans lequel je voyais, à travers les grandes baies du couloir, comme une draperie agitée doucement par le vent, malgré la magnificence de mon igloo, étincelant sous le soleil austral, et dont les moulures de glace n'avaient rien à envier aux palais somptueux où ont vécu les hommes les plus illustres, malgré la suave tranquillité de ma vie, je fus pris cette fois-là d'une légère mélancolie en traversant de part en part le couloir familier, car depuis que s'écoulait mon existence paisible dans ce lieu reculé, jamais je n'avais eu de camarade pour partager les émois de ma modeste vie. A mesure que j'approchais de la fin de ce long corridor, et que le soleil disparaissait derrière la banquise scintillante, cette sombre pensée semblait croître dans mon esprit. Pourquoi moi, qui jamais n'avais souffert de ma solitude, je l'appréhendais à présent avec tristesse et inquiétude? J'avais beau essayer de me raisonner, de penser au calme parfait de mon existence, rien n'y faisait: je ressentais ce manque de plus en plus vivement, ce désir de pouvoir m'accomplir un peu plus au contact d'un autre.
Lorsque j'arrivai dans le salon d'hiver, sur lequel débouchait le couloir après une lourde porte de chêne, et bien que rien n'ait changé depuis l'année passée, quelque chose me sembla différent. Ce sentiment d'étrangeté était-il dû à mes pensées sombres? Je n'aurais pu le dire. La place exacte et méticuleusement respectée de chaque objet de la pièce avait un air anormal, comme si, imperceptiblement, quelqu'un les avait effleuré, sans les déplacer pourtant.
Je traversai la pièce et tournai la poignée de la porte qui séparait le salon de la salle à manger, car l'heure du déjeuner approchait. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque je m'aperçus que la porte était bloquée. Interloqué, je tentai de nouveau de la pousser tout en exerçant un mouvement rotatif de la main droite, mais elle semblait fermée de l'intérieur... Et tandis que je me baissais pour examiner, par la mince fissure qui séparait la porte du mur, le loquet tiré, je crus entendre comme une sorte de respiration, lente et calme, dans la pièce. Au comble de l'étonnement, je pris le parti de frapper à la porte de ma propre salle à manger.
Eh bien, Michel! N'avais-tu pas demandé un camarade? Que signifie qu'il te fasse maintenant peur? Toutes ces années passées dans ta solitude australe ont-elle à ce point troublé ton esprit, que la moindre présence humaine t'effraie? Allons, Michel, réjouis-toi! Il s'appelle Richard... Il s'est enfermé dans la salle à manger pour s'habituer à sa nouvelle demeure... est-il timide? Solitaire? Se joue-t-il de toi? Que t'importe! Ou plutôt : à ta guise. Richard est ta créature, née de ton désir. Tu feras de lui exactement ce que tu voudras (pourras?), chacune des interprétations que tu feras de ses actes le déterminera un peu plus. Que choisis-tu? N'as-tu pas déjà commencé à l'imaginer insolent, enfermé dans un pièce qui t'appartient? Allons, mesure ton ardeur, ou Richard deviendra bientôt ce que tu redoutes le plus...
Au bout de quelques minutes, qui me semblèrent durer une éternité, j'entendis qu'on se levait et qu'on se dirigeait vers la porte. Ma peur se muait insensiblement en colère: qui avait donc pu venir s'enfermer chez moi? Enfin, la clef tourna dans la serrure, et la petite poignée ronde oscilla devant mes yeux; la porte s'ouvrit doucement, coulissant sur ses gonds. Devant moi, un homme se tenait, absolument vertical, d'une rectitude presque effrayante, et sa grande taille était accentuée encore par le chapeau haute forme qui le coiffait. Il était entièrement vêtu de noir, et, dans le léger contrejour de l'embrasure, sa peau semblait étrangement pâle. Lorsqu'il me tendit une main, aux doigts extrêmement fins, pour me saluer, son visage resta totalement inexpressif, comme s'il gardait le regard fixé sur un point derrière moi. Nous nous présentâmes.
Etait-ce cet individu qui exerçait sur moi une impression peu commune? Etait-ce le manque d'entre-gens dont je souffrais dans ma retraite solitaire? Je me trouvais gêné devant l'homme qui me faisait face, assis à la table devant son assiette pleine à laquelle il ne touchait pas, car sans doute il n'aimait pas le plat que je lui avais servi. J'avais peur de déroger à quelque règle de politesse inconnue, comme si les manières de mon hôte, si spéciales dans sa façon de se taire, et de se tenir droit, obéissaient à quelque code dont je n'avais pas connaissance, me rendant à ses yeux inférieur et méprisable. Tout en avalant goulument mon assiette, je regardais, perplexe, Richard, en essayant de lire dans son regard quelque émotion qui eût pu m'éclairer sur son ressenti. Peine perdue. Richard était bel et bien impénétrable.
Le soleil se couchait lentement, depuis plusieurs semaines. Déjà la blancheur immaculée de la glace se teintait de reflets rosâtres, lueurs surannées chaque année plus émouvantes. Bien que je contemplasse chaque fois avec plus de délices ce spectacle enivrant, je ne pouvais m'y attarder trop longtemps: il fallait que je quitte la partie occidentale de ma demeure, pour atteindre l'extrême-orient de l'igloo, réservé à la Nuit, claquemuré et étanche à l'air glacial qui ne manquerait pas de souffler au dehors. J'avais emprunté depuis déjà 42 heures le long couloir de 564km qui reliait le boudoir d'été au grand salon d'hiver. Je traçai. Malgré la beauté du ciel au dehors, dans lequel je voyais, à travers les grandes baies du couloir, comme une draperie agitée doucement par le vent, malgré la magnificence de mon igloo, étincelant sous le soleil austral, et dont les moulures de glace n'avaient rien à envier aux palais somptueux où ont vécu les hommes les plus illustres, malgré la suave tranquillité de ma vie, je fus pris cette fois-là d'une légère mélancolie en traversant de part en part le couloir familier, car depuis que s'écoulait mon existence paisible dans ce lieu reculé, jamais je n'avais eu de camarade pour partager les émois de ma modeste vie. A mesure que j'approchais de la fin de ce long corridor, et que le soleil disparaissait derrière la banquise scintillante, cette sombre pensée semblait croître dans mon esprit. Pourquoi moi, qui jamais n'avais souffert de ma solitude, je l'appréhendais à présent avec tristesse et inquiétude? J'avais beau essayer de me raisonner, de penser au calme parfait de mon existence, rien n'y faisait: je ressentais ce manque de plus en plus vivement, ce désir de pouvoir m'accomplir un peu plus au contact d'un autre.
Lorsque j'arrivai dans le salon d'hiver, sur lequel débouchait le couloir après une lourde porte de chêne, et bien que rien n'ait changé depuis l'année passée, quelque chose me sembla différent. Ce sentiment d'étrangeté était-il dû à mes pensées sombres? Je n'aurais pu le dire. La place exacte et méticuleusement respectée de chaque objet de la pièce avait un air anormal, comme si, imperceptiblement, quelqu'un les avait effleuré, sans les déplacer pourtant.
Je traversai la pièce et tournai la poignée de la porte qui séparait le salon de la salle à manger, car l'heure du déjeuner approchait. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque je m'aperçus que la porte était bloquée. Interloqué, je tentai de nouveau de la pousser tout en exerçant un mouvement rotatif de la main droite, mais elle semblait fermée de l'intérieur... Et tandis que je me baissais pour examiner, par la mince fissure qui séparait la porte du mur, le loquet tiré, je crus entendre comme une sorte de respiration, lente et calme, dans la pièce. Au comble de l'étonnement, je pris le parti de frapper à la porte de ma propre salle à manger.
Eh bien, Michel! N'avais-tu pas demandé un camarade? Que signifie qu'il te fasse maintenant peur? Toutes ces années passées dans ta solitude australe ont-elle à ce point troublé ton esprit, que la moindre présence humaine t'effraie? Allons, Michel, réjouis-toi! Il s'appelle Richard... Il s'est enfermé dans la salle à manger pour s'habituer à sa nouvelle demeure... est-il timide? Solitaire? Se joue-t-il de toi? Que t'importe! Ou plutôt : à ta guise. Richard est ta créature, née de ton désir. Tu feras de lui exactement ce que tu voudras (pourras?), chacune des interprétations que tu feras de ses actes le déterminera un peu plus. Que choisis-tu? N'as-tu pas déjà commencé à l'imaginer insolent, enfermé dans un pièce qui t'appartient? Allons, mesure ton ardeur, ou Richard deviendra bientôt ce que tu redoutes le plus...
Au bout de quelques minutes, qui me semblèrent durer une éternité, j'entendis qu'on se levait et qu'on se dirigeait vers la porte. Ma peur se muait insensiblement en colère: qui avait donc pu venir s'enfermer chez moi? Enfin, la clef tourna dans la serrure, et la petite poignée ronde oscilla devant mes yeux; la porte s'ouvrit doucement, coulissant sur ses gonds. Devant moi, un homme se tenait, absolument vertical, d'une rectitude presque effrayante, et sa grande taille était accentuée encore par le chapeau haute forme qui le coiffait. Il était entièrement vêtu de noir, et, dans le léger contrejour de l'embrasure, sa peau semblait étrangement pâle. Lorsqu'il me tendit une main, aux doigts extrêmement fins, pour me saluer, son visage resta totalement inexpressif, comme s'il gardait le regard fixé sur un point derrière moi. Nous nous présentâmes.
Etait-ce cet individu qui exerçait sur moi une impression peu commune? Etait-ce le manque d'entre-gens dont je souffrais dans ma retraite solitaire? Je me trouvais gêné devant l'homme qui me faisait face, assis à la table devant son assiette pleine à laquelle il ne touchait pas, car sans doute il n'aimait pas le plat que je lui avais servi. J'avais peur de déroger à quelque règle de politesse inconnue, comme si les manières de mon hôte, si spéciales dans sa façon de se taire, et de se tenir droit, obéissaient à quelque code dont je n'avais pas connaissance, me rendant à ses yeux inférieur et méprisable. Tout en avalant goulument mon assiette, je regardais, perplexe, Richard, en essayant de lire dans son regard quelque émotion qui eût pu m'éclairer sur son ressenti. Peine perdue. Richard était bel et bien impénétrable.
jaon doe- Nombre de messages: 235
Age: 101
Localisation: Pseudonyme de publication commun, à la disposition de tous ceux qui veulent. Pour obtenir son mot de passe, vous pouvez envoyer un mail à Procuste à partir de son profil.
Date d'inscription: 05/02/2010
Re: Richard et moi
Bonsoir Jaon Doe,
Oui, texte très bien écrit ... qui ne m'a pas vraiment intéressé, mais je ne suis pas un lecteur de science fiction.
Quelques remarques :
- ligne 34 : ... quelqu'un les avait effleurés ...
- ligne 47 : Toutes ces années ... ont-elles ...
- ligne 54 : ... enfermé dans un epièce ...
- ligne 69 : ... le manque d'entregent ... ou bien je n'ai pas compris ! ... oui, sûrement ... mais le manque de "compagnie" est bien réel !
- ligne 76 : ... goulûment ...
Amicalement,
midnightrambler
Oui, texte très bien écrit ... qui ne m'a pas vraiment intéressé, mais je ne suis pas un lecteur de science fiction.
Quelques remarques :
- ligne 34 : ... quelqu'un les avait effleurés ...
- ligne 47 : Toutes ces années ... ont-elles ...
- ligne 54 : ... enfermé dans un epièce ...
- ligne 69 : ... le manque d'entregent ... ou bien je n'ai pas compris ! ... oui, sûrement ... mais le manque de "compagnie" est bien réel !
- ligne 76 : ... goulûment ...
Amicalement,
midnightrambler

midnightrambler- Nombre de messages: 1097
Age: 59
Localisation: NORMANDIE laclefdeschamps66@hotmail.fr
Date d'inscription: 10/01/2010
Re: Richard et moi
S'il est encore un peu tôt pour qualifier avec certitude ce registre de science-fiction, il n'en demeure pas moins qu'il y a bien un élément fantastique et absurde. Ça me rappelle certaines lectures dont L'homme qu'on prenait pour un autre (J. Egloff) au titre parfaitement explicite... Reste à attendre la suite.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Richard et moi
J'aime beaucoup ce début d'histoire étonnante et ce style d'écriture .

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
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