Le Brasier des déchus

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Le Brasier des déchus

Message  Lightmare le Jeu 18 Fév 2010 - 20:02

« Le Brasier des Déchus »
Hideuse sylphide dont l’ardente passion
Assujettit l’âme et mène à la déraison ;
Inéluctable est le destin qu’elle a scellé.
Nombreux sont ceux qui se laissèrent consumer
Et qui attisent les flammes de son brasier.



Le soleil dardait la foule de ses mornes rayons tandis que la fraiche brume matinale pesait sur ses épaules, susurrant à son oreille engourdie que ni le temps ni les récoltes ne s’amélioreraient de sitôt. En ce matin glacial de février 1612, l’annonce de la mise à mort imminente d’une sorcière avait fait se rassembler la plèbe autour du tribunal. La foule désirait sans doute sentir le mal desserrer son étreinte de la Lorraine ou –plus platement- se réchauffer autour du bûcher.
A cette heure, la jeune fille n’était encore que présumée sorcière. Néanmoins, dans ce climat de paranoïa et de méfiance collective, la présomption ne tardait jamais à se cristalliser en une culpabilité oppressante, laquelle se muait à son tour en une mort douloureuse.
Encadrée par deux gardes, elle avançait, indolente, vers la dernière demeure de ses souffrances. Elle était ceinte d’une vulgaire toile qui masquait ses formes voluptueuses et n’empêchait guère le froid de mordre ses chairs. Ses yeux bruns, vidés de toute expression, ressemblaient à deux puits de ténèbres. Son visage blême était rehaussé d’une toison rousse en bataille qui, elle-aussi, avait perdu ses couleurs. Lorsqu’elle pénétra dans le tribunal, le sinistre retentissement des cloches de l’église fit s’élever une nuée de croassements indignés. Les corbeaux, eux, auraient la décence de ne pas participer à l’exécution. De toute manière, que resterait-il à becqueter après l’œuvre des flammes ?
On la conduisit dans la salle, sans ménagement aucun, et elle le vit, dominant la pièce de toute son imposante stature. Lucius. Lucius Von Dunkelort. Au village, son nom n’était qu’un murmure porté par les cendres. Les femmes n’osaient guère y tendre l’oreille et encore moins le prononcer, de peur de se retrouver un beau matin à la place peu enviable qu’elle occupait actuellement. Une courte chevelure blonde surmontait ses traits aussi gelés que son cœur. Il aimait faire montre d’un zèle excessif dans son rôle de « purificateur » si bien que sa simple présence promettait à la malheureuse que ce soleil blafard serait le dernier qu’elle verrait. Il lui adressa un regard implacable qui la foudroya sur place. Plus transie par la peur que par le froid, elle tremblait de tous ses membres. Ses gardes lui intimèrent de s’asseoir et elle ne se fit pas prier, peu désireuse que ses jambes se dérobent sous elle. Derrière, la foule affluait à l’intérieur du bâtiment, comme autant de charognards. Les conversations allaient bon train et toutes la condamnaient. On avait depuis longtemps remarqué son air louche et l’étrange manière qu’avaient ses yeux émeraude de lorgner le bétail et les jeunes enfants. En plus, parait-il, elle avait commis le péché de chair en dehors du mariage…
Quel incongru spectacle que de voir ces vautours piailler comme des pies.
Toutefois, si les langues étaient déliées et franches, on ne pouvait pas en dire autant des yeux. Ils n’osaient se poser sur l’accusée, apeurés à l’idée qu’elle lance un ultime sortilège s’ils s’y aventuraient.
Le juge s’assit et, d’un ferme coup de marteau, abattit le silence sur l’assemblée.
-Accusée, levez-vous ! ordonna-t-il
Puisant dans le peu de forces et de courage qui lui restaient, elle s’exécuta.
-Déclinez votre identité, je vous prie.
-Je…Je m’appelle Jeanne… balbutia-t-elle.
-C’est tout ? N’avez-vous pas de nom de famille ?
Elle songea à son enfance et à l’ermite qui l’avait élevée comme sa fille. Elle n’avait jamais connu le nom de famille de cette vieille dame. D’ailleurs, la pauvre femme elle-même ne s’en souvenait probablement pas. Quand bien-même, qu’aurait-elle fait d’un nom au fin fond de la forêt ? Les champignons ne posent pas ce genre de question, encore moins d’un ton doucereux.
-Je crains que non, répondit-elle.
Des bruissements montèrent parmi les spectateurs. Ceux-ci furent vite étouffés par bien plus efficace que le marteau de Lucius : son regard.
-Hé bien, Jeanne, pouvez-vous au moins nous dire votre âge ?
Marta, l’ermite, lui avait raconté qu’elle l’avait trouvée, emmaillotée sur le

pas de sa porte, un soir de juillet. A l’époque, elle ne devait pas avoir plus d’un an. Et cela remonte à 16 ans, déjà. 16 ans et demi.
-J’ai 17 ans, votre honneur.
-Bien, savez-vous pourquoi vous êtes ici en cette heure, jeune fille ?
Les mots s’étranglèrent dans sa gorge. Ils n’osaient pas se frayer un chemin vers l’extérieur, par crainte de constituer un aveu.
-Pour… (Elle respira profondément.) Pour sorcellerie.
-Exact ! Et que plaidez-vous ?
-Non coupable !
Un sourire narquois s’esquissa sur le faciès d’ordinaire impassible du juge.
-Soyez assurée, très chère, que nous mettrons tout en œuvre pour nous en assurer… Vous pouvez vous rasseoir.
Lucius profitait du moment présent. Il avait à cœur de traquer et d’ôter la vie à un maximum de ces ignobles catins démoniaques. Il appréciait tout particulièrement deux passages dans un jugement. Le premier, lorsque l’accusée pensait encore naïvement pouvoir s’en sortir. Et le dernier : l’exécution. Lorsqu’enfin les flammes se repaissaient de sa peau, de ses muscles, de ses tendons, puis, dans un délicieux craquement, commençaient à déguster ses os. Pour lui, cela résonnait à chaque fois comme une symphonie. Les hurlements de la sorcière constituaient les chœurs, lourds et entêtants. La mélodie du corps qui se consume se joignait à eux, accompagnés par le crissement plaintif du bois. La musique montait crescendo, jusqu’à l’apothéose, où elle rendait son dernier soupir embrasé. Ensuite, cela redescendait paisiblement et il ne demeurait plus de la corruption qu’un petit talus de cendres qui s’éparpillait, emporté par le vent.
-Nous allons commencer par l’interrogatoire, très chère. Prête ?
Lucius dût considérer que les larmes qui coulaient le long de ses joues signifiaient qu’elle l’était.
-Vous avez mentionné un fait curieux, il y a quelques instants, Jeanne.

Vous avez dit ne pas connaître votre propre nom de famille. Auriez-vous l’amabilité de nous en dire plus ?
Elle redoutait cette question –comme bien d’autres. Expliquer qu’elle avait été élevée par une recluse qui survivait en cueillant des herbes médicinales et des champignons jouerait en sa défaveur.
-Si je ne connais pas mon nom de famille, c’est parce que je n’ai jamais connu mes parents.
Lucius leva un sourcil interrogateur.
-Ils m’ont abandonnée alors que je n’étais encore qu’un nourrisson, reprit-elle. Ils m’ont laissée sur le pas de la porte d’une femme du village voisin.
-Elle vous a recueillie ?
-En effet, Votre Honneur.
-Et pouvez-vous nous en dire d’avantages sur cette âme charitable ?
-Il… Il n’y a pas grand-chose à savoir sur elle, Monsieur le Juge. Il s’agissait d’une dame d’un certain âge qui avait choisi de vivre avec pour seule compagnie moi et la nature.
Lucius sourit aimablement.
-Et comment subvenait-elle à ses besoins ?
Jeanne soupira, dépitée.
-Elle vendait des herbes sur le marché.
Le sourire du juge s’agrandit un instant jusqu’à devenir carnassier. Il s’estompa la seconde d’après, laissant place à une moue réprobatrice.
-Vous voulez dire que vous avez passé toute votre enfance en compagnie d’une vieille recluse à moitié demeurée qui usait de moyens peu catholiques pour vivre ?
Des murmures outrés s’élevèrent du public. A présent, sa culpabilité ne laissait plus de doute. Elevée par une sorcière, il était logique qu’elle en devînt une.
-Ce n’est pas du tout ce que j’ai dit ! s’empourpra Jeanne.

-Insinuez-vous que je mens, jeune fille ?!
Elle baissa la tête.
-Non… Bien sûr que non… Mais, peut-être allez-vous un peu vite en besogne…
Lucius ne releva pas sa remarque. Il était satisfait, il avait entendu ce qu’il désirait entendre. Une froide colère s’insinua en lui lorsqu’il repensa à l’ermite qui avait hébergé l’accusée. Une femme de ce genre avait décimé sa maison et sa famille, bien des années auparavant. Son ire s’apaisa, bientôt il condamnerait à nouveau une damnée.
-Où vit-elle actuellement ?
-Elle est morte, il y a 6 mois de cela. C’est pour cela que je suis venue m’installer dans ce village.
Cette révélation déçut Lucius. Il n’aurait pas l’occasion de passer son courroux sur cette sorcière-là.
-Et que faites-vous ici ?
-Je fais la seule chose pour laquelle j’ai un quelconque talent : je récolte des plantes dans la forêt et les revend le vendredi, sur la place du marché.
-Vous perpétuez donc cette infâme tradition que vous a transmise votre mentor !
-Mes herbes n’ont jamais fait de mal à quiconque !
-Ah oui ?! Et le fils de Jacques, le fermier, alors ?
Cette remarque lui coupa le souffle.
-Je… je n’ai pas désiré qu’il périsse… Ses parents m’ont acheté mes herbes trop tard, elles ne sont pas parvenues à faire chuter la fièvre.
-Donc, c’est de la faute des parents, maintenant ?
-Non ! Non ! Arrêtez de déformer mes propos ! cria-t-elle en pleurs.
-Assez ! J’en ai entendu suffisamment de votre part ! Ecoutons ce que nos braves citoyens ont à nous dire sur vous, maintenant.
Jeanne sentait, impuissante, l’étau se resserrer autour d’elle. Elle appréhendait ce moment encore plus que les autres. Elle ne parvenait déjà

pas à se défendre seule face au juge, que ferait-elle face au village ? Supporterait-elle de voir ces visages familiers déformés par la haine et la superstition ?
-J’appelle à la barre notre premier témoin : Francounette Duvivier.
Au fond de la salle, une femme se leva. Son visage, délavé par des années de dur labeur, ne devait ses rares couleurs qu’au travail qu’elle effectuait au soleil. Elle s’avança lentement, flattée par l’honneur de témoigner contre cette petite garce.
-Madame Duvivier, auriez-vous l’extrême amabilité de répéter ce que vous m’avez confié tout à l’heure ?
-Certainement, Votre Honneur ! Vous voyez, cette petite peste là-bas est arrivée depuis quelques mois à peine et depuis rien ne va plus ! Oh, c’est pas qu’la vie était toujours rose, m’sieur l’juge, mais on f’sait tourner. Depuis qu’on la voit dans les parages, par contre, c’est une autre paire de manches ! Le lait que vend Monsieur Jean à quelques pas de son étal tourne encore plus vite qu’avant. Et puis, elle a s’te manière de fixer les gens avec ses grands yeux verts… S’ta vous ficher la chair de poule, m’sieur l’juge. M’enfin, vous pouvez vous estimez heureux si vous avez encore les poils qui s’hérissent après qu’elle vous ait regardé ! conclut-elle avec un ricanement.
L’ignoble mégère ! Pensa Jeanne. Bien évidemment que le lait de cet escroc de Jean tourne vite, il le vend déjà à moitié périmé ! Quant à sa manière de fixer les gens… Sornettes ! Cette vieille harpie cupide ne désire qu’une seule chose : que l’ombre projetée par sa jeunesse et ses herbes fraiches se disperse. Ce ne serait d’ailleurs pas étonnant que ce soit à cause de l’avarice de cette mégère si elle s’est retrouvée accusée de sorcellerie.
-Je vous remercie infiniment, madame. Passons maintenant à notre deuxième témoin : Jacques Dubois.
Le fermier prit la place de Francounette. Différemment à cette dernière, sa présence n’était pas motivée par la cupidité ou la jalousie mais par l’abattement. Toute sa vie, il avait espéré que le Ciel lui donnerait un fils

pour reprendre sa ferme. Quatre filles plus tard, il commençait à désespérer de ne jamais avoir un héritier. Jusqu’à ce que le bon Dieu lui en donne un ! Un brave gamin, aux cheveux aussi blonds que le blé qu’il faisait pousser. Rien qu’à y repenser, ses mains tremblèrent. Il se ressaisit, il vengerait bientôt sa mort. Il parlait avec tristesse et rage, expliquant à la cour à quel point son enfant était gentil, travailleur et robuste. Trop robuste pour qu’une simple fièvre ne l’emporte ! Sans cette sorcière et ses maudites herbes… Les sanglots interrompirent sa déclaration et Lucius le congédia.
Il se sentait proche de ce malheureux père. Lui aussi connaissait la douleur de perdre un être cher. Il la connaissait même d’avantage puisqu’il avait perdu sa femme, sa fille et sa demeure. Et le responsable était de la même espèce répugnante : une sorcière. Il s’était absenté quelques jours, afin d’aider un ami à lui, juge dans un hameau voisin, dans une pénible affaire. Un coup de filet d’une trentaine de sorcières présumées. A l’époque, Lucius savait encore faire montre de clémence et n’usait pas de sadisme à outrance. Une grossière erreur car cette faiblesse lui a couté ses pénates et ses proches ! Quand il était revenu, il ne restait de sa famille et de son foyer que de la poussière. D’après ses voisins, une vieille femme avait été aperçue dans les parages la nuit du drame. Elle était déjà réputée pour ses activités suspectes et son obstination à vivre en marginale. Elle aurait fini tôt ou tard au tribunal. Sans doute avait-elle voulu se débarrasser de lui pour éviter d’être jugée… Elle avait disparu dans la nature et Lucius n’avait jamais pu mettre la main dessus. Il s’était rattrapé en passant sa rage sur ses consœurs et nourrissait le désir de la livrer un jour au bûcher. Chassant ses pensées, il fit venir son dernier témoin, son préféré également car il achèverait l’accusée. Recueillir ses aveux avait nécessité de longues heures de torture et la promesse illusoire d’une clémence dans le verdict de Jeanne. Mais cette dernière ne le saurait jamais et ces efforts allaient être récompensés.
-J’appelle maintenant le dernier témoin : Philippe Dumont !

Jeanne n’osait y croire. Pas lui ! Pas lui ! Oh non, il devait s’agir d’un autre homme portant le même nom ; il n’aurait jamais témoigné contre elle !
Le jeune homme s’avança, résigné. Elle reconnut immédiatement ses cheveux châtain, ses yeux bruns et son visage délicat. Elle ne comprenait plus rien. Son monde venait de s’écrouler autour d’elle comme un château de cristal. Toute sa vie, le peu qu’elle avait réussi à accomplir, la seule personne qui comptait encore pour elle… Tout s’en allait, toute la toile de son existence s’effilochait et cet homme allait arracher le morceau le plus douloureux.
-Pouvez-vous vous présenter, Monsieur ?
-Je… Je me nomme Philippe. Philippe Dumont, répondit-il tandis que ses points se crispèrent sur ses genoux. Et je suis l’amant de l’accusée.
Des chuchotements montèrent à nouveau de l’assemblée.
-Et pourquoi témoignez-vous ?
-Parce qu’elle m’a séduit contre mon gré… lâcha-t-il à voix basse.
-Pouvez-vous répéter plus fort ? Je crains avoir mal entendu, demanda poliment Lucius en souriant.
-Elle m’a séduit contre mon gré, répéta-t-il à contrecœur.
Cette dernière phrase poignarda Jeanne et fit voler en éclat son cœur. Pourquoi le jeune homme charmant qu’elle avait rencontré au marché et qui l’avait courtisée disait-il cela ? Comment pouvait-il dire une chose aussi cruelle après ces instants de tendresse et ces étreintes passionnées ? Comment l’homme qui avait donné pour la première fois un goût aussi merveilleux à sa vie la trahissait-il ainsi ? Son esprit vacilla, frappé par la souffrance et l’incompréhension et elle pleura de tout son soûl alors que son amant continuait ses funestes explications.
-Je l’avais rencontrée au marché et elle m’a vendu quelques herbes.
-Et ?
-Et… (il soupira profondément, répugnant à l’idée de prononcer ces mots.) Et, ses herbes me troublèrent l’esprit à tel point que je la pris pour maîtresse.

Le couperet venait de tomber. Ils pouvaient bien la condamner au bûcher, ils ne brûleraient qu’une femme déjà morte.
-Merci beaucoup, dit Lucius. Vous pouvez regagner votre place.
L’amant ne se fit pas prier et retourna s’asseoir, le regard bas. Lorsqu’il passa au niveau de sa maitresse, il faillit crier qu’il l’aimait, qu’il l’aimait plus que tout au monde et qu’il n’avait dit ces horribles choses qu’en l’échange de la promesse d’un verdict clément. Mais il ne put dire ces mots et jamais elle ne les entendrait.
-Accusée, avez-vous une dernière chose à dire pour votre défense ?
Murée dans sa prison de tourments et de silence, elle ne répondit rien.
-Très bien, nous allons passer à la dernière étape : la recherche de la marque du diable.
Cette étape, aussi douloureuse qu’humiliante, consistait à tondre entièrement l’accusée et de chercher sur le moindre centimètre carré de sa peau la marque laissée par son pacte avec le malin. Pour ce faire, on piquait chaque parcelle de son épiderme jusqu’à trouver une marque suspecte, étonnamment indolore et qui ne saignait pas.
Deux barbiers se levèrent et commencèrent leur office. Les boucles rousses de Jeanne tombèrent sur le plancher. On lui arracha sa misérable toile de jute et le juge se leva pour s’assurer de la bonne conduite de la fouille. Il dégaina le couteau accroché à sa ceinture. Manche en argent ciselé et lame immaculée ; un cadeau de son épouse décédée. Il piqua ses chairs à de multiples reprises. Le sang ruisselait le long de son corps blême. La foule s’en enivrait et hurlait sa haine. Au bout d’insoutenables minutes, Lucius découvrit la marque suspecte, sur sa cuisse droite. Frappé de stupéfaction, il lâcha son poignard. Ses mains tremblaient et il dut se faire violence pour se calmer. Son visage était devenu livide et, après avoir ramassé son arme, il regagna sa place à grand-peine. Les barbiers la rhabillèrent et se rassirent. La machine superstitieuse avait déjà fait bien trop de chemin pour s’arrêter, elle broierait la pauvre enfant sous peu et plus rien ne pourrait la sauver.

Lucius devait rendre son verdict, maintenant.
-Mademoiselle Jeanne, en vertu de tout ce qu’il m’a été donné de voir et d’entendre aujourd’hui… (ses ongles s’enfoncèrent dans la peau de sa cuisse) Je vous déclare coupable de sorcellerie et vous condamne au bûcher. Puisse le seigneur avoir pitié de votre âme…
Le public jubilait, Jeanne aurait hurlé s’il lui restait un quelconque souffle de vie dans ses poumons. On l’emmena, pauvre dépouille neurasthénique, noyée sous le sang et les larmes, vers la place où elle serait brûlée vive.
Lucius n’assista pas à l’exécution. Il resta prostré dans le tribunal, contemplant son regard dans la lame de son poignard. La vieille femme qui avait tenté de le trouver chez lui un soir de juillet, 1595 et celle qui avait recueilli Jeanne n’étaient qu’une seule et même personne. Il l’avait compris en voyant la marque qui avait scellé son destin. Il ne s’agissait pas de la marque du diable mais d’une simple tâche de naissance. Il tenait son arme fermement, il savait qu’il ne lui restait qu’une seule chose à faire pour chasser les affreux murmures qui n’auraient de cesse de le hanter jusqu’au crépuscule de ses jours. Cet affreux bruissement, qui répétait « Tu n’as pas condamné une sorcière mais ta propre fille. »
Les cloches de l’église sonnèrent.
Il ne les entendit pas, il ne les entendrait plus jamais.

Lightmare

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Message  midnightrambler le Ven 19 Fév 2010 - 1:03

Bonsoir Lightmare,

Votre texte me semble intéressant, mais il se fait tard et je n'ai eu le temps que de le parcourir ...
Je le lirai et le commenterai ...

Le troisième mot, le verbe "darder" mérite déjà un commentaire détaillé :

On ne darde pas quelqu'un ... on darde quelque chose sur quelqu'un ...
En l'occurrence on peut dire que le soleil dardait ses rayons sur la foule et il me semble que ces rayons ne pouvaient pas être mornes, ils devaient absolument être chauds, ardents, brûlants ... aujourd'hui le verbe darder est d'ailleurs presqu'exclusivement réservé à l'action du soleil, mais on peut aussi darder un regard perçant sur quelqu'un.

Amicalement,
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Re: Le Brasier des déchus

Message  Plotine le Ven 19 Fév 2010 - 10:16

C'est bien écrit. Ainsi donc nous n'avons pas à désespérer de la nouvelle génération.
Un petit truc : j'avais deviné la fin dès le début mais je suis un peu sorcière moi aussi.

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Message  midnightrambler le Ven 19 Fév 2010 - 18:41

Bonjour Lightmare,

Commentaire (Suite) ...

Un texte assez long, très bien écrit. L'atmosphère de l'époque est très bien rendue grâce à un vocabulaire très riche.
La progression de l'intrigue est bien menée ainsi que les les incursions dans le passé.

Quelques remarques :

- ligne 1 : dardait, déjà évoqué
- ligne 1 : fraîche
- ligne 35 : peu désireuse que ses jambes se dérobassent sous elle.
- ligne 40 : paraît-il,
- ligne 57 : Quand bien même ... sans trait d'union
- ligne 75 : esquisser, verbe transitif non pronominal ... on esquisse quelque chose mais rien ne peut s'esquisser ... ici, se dessiner ?
- ligne 110 : Et pouvez-vous nous en dire davantage ...
- ligne 137 : il y a six mois de cela.
- ligne 143 : et les revendsle vendredi,
- ligne 176 : vous pouvez vous estimer heureux ...
- ligne 183 : herbes fraîches
- ligne 188 : différemment de ... mais ici contrairement à serait à mon avis plus adapté.
- ligne 197 : (il était) ... trop robuste pour qu'une simple fièvre ne l'emportât !
- ligne 201 : Il la connaissait même davantage ...
- ligne 208 : lui a coûté ses penates ...
- ligne 220 : ses efforts ... (ceux de Lucius ?)
- ligne 227 : ses cheveux châtains ...
- ligne 235 : ses poings se crispèrent sur ses genoux.
- ligne 239 : Je crains d'avoir mal entendu,
- ligne 259 : maîtresse ...
- ligne 314 : dans les poumons.
- ligne 319 : juillet 1595 ... sans virgule

Amicalement,
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Message  midnightrambler le Ven 19 Fév 2010 - 18:47

Corrections de corrections !

- ligne 143 : et les revends le vendredi,
- ligne 208 : lui a coûté ses pénates ...

midnightrambler

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Message  Narbah le Ven 19 Fév 2010 - 19:36

Litemare, à 15 ans, tu t'es déjà bien lâchée ! Tu as une tendance aux formules qui font genre un peu gothique mais c'est pas grave.
"Le soleil dardait la foule de ses mornes rayons" qu'un autre que moi à déjà relevé n'est pas heureux. "Son visage blême était rehaussé d’une toison rousse" (tu veux dire "surmonté d'une tignasse rousse" non plus, etc. Mais ce qui est intéressant c'est le souffle, on comprends. Tu racontes une histoire et c'est ce qui est bien. Le style vient tout seul avec la pratique.
Vive la jeunesse et les sorcières !

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