Un dimanche...
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Un dimanche...
Un petit vent sec et tournoyant balayait d'un bout à l'autre de la cour de la vieille école primaire les dernières feuilles desséchées de l'automne précédent. Cette fin d'hiver était froide, sans pluie.
Rien n'avait changé. Seule ma façon de voir et de regarder s'était modifiée. Je n'avais plus besoin de me hausser sur la pointe des pieds en marchant, ni de tendre démesurément le cou pour apercevoir par-dessus les rebords de fenêtre les rangées de tables dans les classes. Au fond du couloir que je m'étonnai brièvement d'avoir parcouru aussi vite sur toute sa longueur, un homme endimanché comme personne ne sait plus l'être de nos jours, attendait à l'entrée de la cantine. Je le frôlai et pénétrai de quelques mètres dans l'immense salle de mes souvenirs aujourd'hui réduite à des proportions tout à fait ordinaires. Pas de bruits de couverts, pas de rires d'enfants, pas de cris ni de chahut.
L'homme grand et fin m'avait suivi, m'avait dépassé lorsque je m'étais arrêté et m'indiquait maintenant d'un bras étrangement raide un coin de la salle :
- Par ici, Monsieur, si vous voulez bien ...
- ....
Anne-Roxane n'était pas venue, elle m'aurait suivi, l'eussé-je souhaité ... je savais bien m'y prendre avec elle, mais cette fois-ci, je n'avais pas insisté ...
L'homme avait franchi les quelques mètres dans la direction où il voulait me faire aller et sa main artificielle gantée de cuir noir soulevait la toile de la couleur de la glaise. Au milieu de la salle, des petits groupes chuchotaient violemment et gesticulaient silencieusement. Des mains tendues donnaient des coups de sabre dans le vide et des poings se refermaient et s'élevaient au-dessus des têtes.
Je me faufilai entre les groupes comme l'avait fait l'homme devant moi avec une étrange science de l'évitement. Je le rejoignis tant bien que mal. Pour me laisser passer sans que je touche la toile douteuse, il tendit le bras encore plus haut, son visage était crispé par l'effort. La manche de sa veste découvrit son avant-bras de métal presque jusqu'au coude. Entre l'homme et la toile je jetai un long regard sur la salle ... Il y manquait ...
- Où sont les femmes ? ... demandai-je soudain à l'homme qui ne se décidait pas à laisser tomber le rideau.
- Les femmes ? ...
A mes pieds gisaient des centaines de carrés de papier.
BLOOD SWEAT AND TEARS prédisaient les bleus, TRAVAIL FAMILLE PATRIE promettaient les jaunes, NO PASARAN criaient les verts, NUR EINER RETTET UNS VOM BOLCHEVISMUS hurlaient les rouges ...
Une joue, un petit sein rond, une hanche ferme ... Anne-Rox ...
Le rideau s'abaissait lentement.
- Il faut choisir, Monsieur, ... il faut choisir ...
- Où sont les femmes ? ... insistai-je à dix centimètres du visage de l'homme.
De sa main libre il prit sur la tablette une liasse de carrés de papier qu'il me tendit.
- Faites votre choix, Monsieur, ....
- Sans les femmes ?
- Elles n'étaient malheureusement pas sur le Chemin des Dames non plus, Monsieur, ...
Le rideau retombait.
- ... nous les attendons dans une quinzaine d'années, Monsieur.
Rien n'avait changé. Seule ma façon de voir et de regarder s'était modifiée. Je n'avais plus besoin de me hausser sur la pointe des pieds en marchant, ni de tendre démesurément le cou pour apercevoir par-dessus les rebords de fenêtre les rangées de tables dans les classes. Au fond du couloir que je m'étonnai brièvement d'avoir parcouru aussi vite sur toute sa longueur, un homme endimanché comme personne ne sait plus l'être de nos jours, attendait à l'entrée de la cantine. Je le frôlai et pénétrai de quelques mètres dans l'immense salle de mes souvenirs aujourd'hui réduite à des proportions tout à fait ordinaires. Pas de bruits de couverts, pas de rires d'enfants, pas de cris ni de chahut.
L'homme grand et fin m'avait suivi, m'avait dépassé lorsque je m'étais arrêté et m'indiquait maintenant d'un bras étrangement raide un coin de la salle :
- Par ici, Monsieur, si vous voulez bien ...
- ....
Anne-Roxane n'était pas venue, elle m'aurait suivi, l'eussé-je souhaité ... je savais bien m'y prendre avec elle, mais cette fois-ci, je n'avais pas insisté ...
L'homme avait franchi les quelques mètres dans la direction où il voulait me faire aller et sa main artificielle gantée de cuir noir soulevait la toile de la couleur de la glaise. Au milieu de la salle, des petits groupes chuchotaient violemment et gesticulaient silencieusement. Des mains tendues donnaient des coups de sabre dans le vide et des poings se refermaient et s'élevaient au-dessus des têtes.
Je me faufilai entre les groupes comme l'avait fait l'homme devant moi avec une étrange science de l'évitement. Je le rejoignis tant bien que mal. Pour me laisser passer sans que je touche la toile douteuse, il tendit le bras encore plus haut, son visage était crispé par l'effort. La manche de sa veste découvrit son avant-bras de métal presque jusqu'au coude. Entre l'homme et la toile je jetai un long regard sur la salle ... Il y manquait ...
- Où sont les femmes ? ... demandai-je soudain à l'homme qui ne se décidait pas à laisser tomber le rideau.
- Les femmes ? ...
A mes pieds gisaient des centaines de carrés de papier.
BLOOD SWEAT AND TEARS prédisaient les bleus, TRAVAIL FAMILLE PATRIE promettaient les jaunes, NO PASARAN criaient les verts, NUR EINER RETTET UNS VOM BOLCHEVISMUS hurlaient les rouges ...
Une joue, un petit sein rond, une hanche ferme ... Anne-Rox ...
Le rideau s'abaissait lentement.
- Il faut choisir, Monsieur, ... il faut choisir ...
- Où sont les femmes ? ... insistai-je à dix centimètres du visage de l'homme.
De sa main libre il prit sur la tablette une liasse de carrés de papier qu'il me tendit.
- Faites votre choix, Monsieur, ....
- Sans les femmes ?
- Elles n'étaient malheureusement pas sur le Chemin des Dames non plus, Monsieur, ...
Le rideau retombait.
- ... nous les attendons dans une quinzaine d'années, Monsieur.

midnightrambler- Nombre de messages: 1097
Age: 59
Localisation: NORMANDIE laclefdeschamps66@hotmail.fr
Date d'inscription: 10/01/2010
Re: Un dimanche...
Un texte trés étrange, qui intrigue.
Sommes nous dans un rêve , une quatrième dimension , une mémoire ?L'évocation du chemin des dames , ce massacre, une réminiscence de cours d'histoire d'un enfant devenu grand qu'il revisite de façon onirique ?Cette toile qu'un personnage en décalage dévoile, une célébration historique, artistique ?
Sommes nous dans la même histoire que celle qui narrait des épisodes de la vie de Delphiine, Enguerrand , Luisa et le commissaire Margré ?
Plein de questions comme tu vois.
L'écriture, impeccable.
Sommes nous dans un rêve , une quatrième dimension , une mémoire ?L'évocation du chemin des dames , ce massacre, une réminiscence de cours d'histoire d'un enfant devenu grand qu'il revisite de façon onirique ?Cette toile qu'un personnage en décalage dévoile, une célébration historique, artistique ?
Sommes nous dans la même histoire que celle qui narrait des épisodes de la vie de Delphiine, Enguerrand , Luisa et le commissaire Margré ?
Plein de questions comme tu vois.
L'écriture, impeccable.

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Un dimanche...
Un avant-goût intrigant, inquiétant même...
Voir la suite.
J'aime bien comment le premier paragraphe rend compte de la surprise qu'éprouve l'adulte à réaliser que son ancien environnement n'a pas les proportions qu'il lui avait prêté enfant. C'est une réaction courante que je trouve toujours touchante et parfaitement éloquente en soi.
Sur la forme, je me demande pourquoi " sa main artificielle gantée de cuir noir soulevait la toile de la couleur de la glaise." Pourquoi pas "une toile...", puisque a priori, elle n'a pas été nommée/définie auparavant...
Voir la suite.
J'aime bien comment le premier paragraphe rend compte de la surprise qu'éprouve l'adulte à réaliser que son ancien environnement n'a pas les proportions qu'il lui avait prêté enfant. C'est une réaction courante que je trouve toujours touchante et parfaitement éloquente en soi.
Sur la forme, je me demande pourquoi " sa main artificielle gantée de cuir noir soulevait la toile de la couleur de la glaise." Pourquoi pas "une toile...", puisque a priori, elle n'a pas été nommée/définie auparavant...

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Un dimanche...
Même sensation que mes consœurs, ça intrigue, ça ouvre plein de questions, qu'est-ce qui se joue ? En tous cas, plaisant à lire et qui met en appétit, que demande le peuple ?

silene82- Nombre de messages: 3560
Age: 54
Localisation: par là
Date d'inscription: 30/05/2009
Re: Un dimanche...
Sur la forme, je trouve que certaines phrases manquent de virgules, même si ça ne va pas jusqu'à gêner la lecture. Je trouve aussi que l'insistance sur le côté étrange de la situation est trop lourde :
Sans compter tous les sous-entendus que chacun reçoit à sa manière.
Voilà pour la critique. Sinon, j'aime bien l'ambiance de ton texte, tu décris bien le ressenti de quelqu'un qui redécouvre ce qu'il croyait connaître, qui confronte à la réalité les souvenirs dont il n'avait pas pensé à douter. Une suite est nécessaire pour la compréhension de certaines allusions, mais la lecture fut plutôt agréable =)
Au fond du couloir que je m'étonnai brièvement d'avoir parcouru aussi vite
m'indiquait maintenant d'un bras étrangement raide
comme l'avait fait l'homme devant moi avec une étrange science de l'évitement
Sans compter tous les sous-entendus que chacun reçoit à sa manière.
Voilà pour la critique. Sinon, j'aime bien l'ambiance de ton texte, tu décris bien le ressenti de quelqu'un qui redécouvre ce qu'il croyait connaître, qui confronte à la réalité les souvenirs dont il n'avait pas pensé à douter. Une suite est nécessaire pour la compréhension de certaines allusions, mais la lecture fut plutôt agréable =)

Kash Prex- Nombre de messages: 1481
Age: 23
Localisation: Mitilini (Grèce) kash_prex@hotmail.fr
Date d'inscription: 17/09/2007

Un autre dimanche ...
- Tu lui as dit que tu y retournerais ?
Les mots avaient barbouillé ma joue avant de couler dans mon oreille puis sur le drap bleu ciel. La chevelure d'Anne-Roxane enveloppait mon visage. Je n'apercevais la rosace du plafond que par intermittence et les détails en étaient brouillés par les larmes qui hésitaient à rejoindre les mots sur le drap.
- Non, ... mais je lui ai fait un petit signe de la main en partant, ... je crois bien qu'il a compris ...
Les années leur avaient donné un peu de ballant mais c'était toujours deux sillons de plaisir que leurs pointes étonnamment formées traçaient lentement sur ma poitrine.
- Je viendrai avec toi cette fois-çi ...
La trace humide que laissait le lent va et vient de son sexe sur mon ventre entre l'extrémité de mon sternum et mon nombril avait désséché ma gorge ...
- Anne-Ro...xxx, ... le reste se perdit dans l'allegro final de la septième symphonie de Beethoven jouée par l'orchestre philarmonique de Berlin sous la baguette de Wilhelm Furtwängler le vingt novembre 1943.
Une brise légère faisait trembler les branches des quelques arbres qui avaient été plantés dans la cour de la vieille école primaire. Les bourgeons en avance annonçaient un printemps doux et précoce.
Tout avait changé.
Les longues fenêtres de double-vitrage anti-reflets, entourées de PVC nous empêchaient de voir les tables à l'intérieur des classes. Elles devaient aussi priver les petits élèves de l'animation que faisait toujours naître un carreau cassé par un ballon maladroit.
Amarrée à mon bras, Anne-Roxane se laissait remorquer le long du bâtiment comme un fin limier des mers entre les berges resserrées du Canal de Suez. Sa résistance me rassurait.
- Mon arrière-grand-père ne vient plus depuis longtemps ... nous annonça une jeune femme à l'entrée de la cantine comme si elle m'avait reconnu. Son sourire charmant me dédommagea de l'absence de son aïeul.
Un parcours strict où chacun devait, à chaque étape, laisser une partie de son identité avait été établi et il n'y avait plus aucun carré de papier sur le sol, ni bleus, ni jaunes, ni verts, ni rouges ...
- Les règles ont bien changé ... me glissa la jeune femme qui avait perçu mon étonnement, ... puisqu'il fait beau, les enfants doivent rester dans la cour où ils peuvent escalader la cage à écureuil et jouer aux billes ou à la marelle pendant que leur parents sont à l'intérieur. Dans la salle en effet des groupes d'hommes et de femmes chuchotaient joyeusement et gesticulaient librement.
Elle souleva le rideau très haut. Le décolleté de sa robe s'ouvrit largement ... je détournai pudiquement les yeux. AVENIR, CONFIANCE, PROSPERITE, CLARTE ... annonçaient les carrés de papier multicolores sur la tablette.
- Vous choisissez ... et surtout vous mettez les carrés de papier inutiles dans le grand sac-poubelle à vos pieds ... me précisa-t-elle.
Le rideau retomba derrière moi, l'amarre se rompit et j'entendis derrière moi :
- Non, ... Madame, vous devez aller dans un autre isoloir ...
Les mots avaient barbouillé ma joue avant de couler dans mon oreille puis sur le drap bleu ciel. La chevelure d'Anne-Roxane enveloppait mon visage. Je n'apercevais la rosace du plafond que par intermittence et les détails en étaient brouillés par les larmes qui hésitaient à rejoindre les mots sur le drap.
- Non, ... mais je lui ai fait un petit signe de la main en partant, ... je crois bien qu'il a compris ...
Les années leur avaient donné un peu de ballant mais c'était toujours deux sillons de plaisir que leurs pointes étonnamment formées traçaient lentement sur ma poitrine.
- Je viendrai avec toi cette fois-çi ...
La trace humide que laissait le lent va et vient de son sexe sur mon ventre entre l'extrémité de mon sternum et mon nombril avait désséché ma gorge ...
- Anne-Ro...xxx, ... le reste se perdit dans l'allegro final de la septième symphonie de Beethoven jouée par l'orchestre philarmonique de Berlin sous la baguette de Wilhelm Furtwängler le vingt novembre 1943.
Une brise légère faisait trembler les branches des quelques arbres qui avaient été plantés dans la cour de la vieille école primaire. Les bourgeons en avance annonçaient un printemps doux et précoce.
Tout avait changé.
Les longues fenêtres de double-vitrage anti-reflets, entourées de PVC nous empêchaient de voir les tables à l'intérieur des classes. Elles devaient aussi priver les petits élèves de l'animation que faisait toujours naître un carreau cassé par un ballon maladroit.
Amarrée à mon bras, Anne-Roxane se laissait remorquer le long du bâtiment comme un fin limier des mers entre les berges resserrées du Canal de Suez. Sa résistance me rassurait.
- Mon arrière-grand-père ne vient plus depuis longtemps ... nous annonça une jeune femme à l'entrée de la cantine comme si elle m'avait reconnu. Son sourire charmant me dédommagea de l'absence de son aïeul.
Un parcours strict où chacun devait, à chaque étape, laisser une partie de son identité avait été établi et il n'y avait plus aucun carré de papier sur le sol, ni bleus, ni jaunes, ni verts, ni rouges ...
- Les règles ont bien changé ... me glissa la jeune femme qui avait perçu mon étonnement, ... puisqu'il fait beau, les enfants doivent rester dans la cour où ils peuvent escalader la cage à écureuil et jouer aux billes ou à la marelle pendant que leur parents sont à l'intérieur. Dans la salle en effet des groupes d'hommes et de femmes chuchotaient joyeusement et gesticulaient librement.
Elle souleva le rideau très haut. Le décolleté de sa robe s'ouvrit largement ... je détournai pudiquement les yeux. AVENIR, CONFIANCE, PROSPERITE, CLARTE ... annonçaient les carrés de papier multicolores sur la tablette.
- Vous choisissez ... et surtout vous mettez les carrés de papier inutiles dans le grand sac-poubelle à vos pieds ... me précisa-t-elle.
Le rideau retomba derrière moi, l'amarre se rompit et j'entendis derrière moi :
- Non, ... Madame, vous devez aller dans un autre isoloir ...

midnightrambler- Nombre de messages: 1097
Age: 59
Localisation: NORMANDIE laclefdeschamps66@hotmail.fr
Date d'inscription: 10/01/2010
Re: Un dimanche...
Atmosphère envoutante et tout à fait déconcertante...
Je ne me pose plus de questions...
Je laisse venir les petits papiers du dimanche ...avec CONFIANCE.
Je ne me pose plus de questions...
Je laisse venir les petits papiers du dimanche ...avec CONFIANCE.

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Un dimanche...
vrai qu'on se moque un peu de savoir quoi et comment
La magie opère
et encore mieux avec les deux textes à la suite
j'aime beaucoup et pas envie de disséquer : je prends tel que
La magie opère
et encore mieux avec les deux textes à la suite
j'aime beaucoup et pas envie de disséquer : je prends tel que

Reginelle- Nombre de messages: 1763
Age: 61
Localisation: à l'ombre d'un cerisier
Date d'inscription: 07/03/2008
Un autre dimanche ...
- Nous n'y retournerons pas aujourd'hui ?
Il faisait déjà chaud. La voix d'Anne-Roxane me parut venir de loin . Je n'avais pas envie d'ouvrir les yeux. Je tendis la main. Mes doigts, mes phalanges, mes ongles, mes paumes savaient bien reconnaître son corps.
Le drap plissé et l'oreiller aplati ne leur offrirent qu'une tiédeur de remplacement.
- Anne ... Anne-Rox ?
Soudain inquiets mes yeux s'étaient ouverts. Mon bras gauche sur mon coude en guise d'étai, leur avait en une fraction de seconde, permis une inspection circulaire de la grande chambre baignée de la lumière irisée des premiers rayons du soleil à travers les volets mi-clos.
- Je suis là ... je cherche une paire de sandales ... dans la penderie ...
Sa voix douce et rassurante, plus claire cette fois-ci, avait guidé mes yeux vers un coin de la pièce. Je la découvris comme à travers le périscope de l'U-boot du capitaine de corvette Günther Prien, au-delà du moutonnement du drap bleu ciel et de deux petits récifs jumeaux que ne mentionnaient pas les cartes marines : accroupie, bleue, magnifique. Elle me tournait le dos.
- Ne bouge pas ... je t'en prie ... ne bouge pas, mon amour ...
La position amplifiait ses formes. Ses cuisses légèrement écartées, posées sur ses jambes repliées sous elle, m'apparaissaient à quarante-cinq degrés à tribord, fermes et durcies par la flexion. Ses fesses rebondies - il n'y a pas d'autre mot - tendaient à l'extrème le tissu bleu, tellement bleu, du boubou que nous avions acheté ensemble pour elle sur le marché de Bonabéri à Douala bien des années auparavant.
- Pourquoi ... pourquoi ? Je peux quand même tourner la tête, mon amour ?
Par-delà les deux rochers déserts et un troisième îlot qui émergeait lentement des vagues de satin comme un volcan en formation, son sourire glissait doucement vers moi.
- Non, ... nous n'irons plus avant longtemps, ... soufflé-je ... tu ne ... tu ne m'as toujours pas dit quelle couleur tu avais choisie ...
Son visage était maintenant complètement tourné vers moi et ses épaules, l'une blanche l'autre bleue, si bleue, avaient bougé un peu aussi, ce qui l'avait obligée à ancrer fermement le bout des doigts de sa main droite dans la moquette profonde pour conserver son équilibre.
- Toi d'abord ! lança-t-elle joyeusement en se laissant rouler sur le dos avec souplesse ... vas-y, dis-moi quelle couleur tu as choisie, toi !
Elle était au bout du lit. Le menton sur le bois et les yeux narquois, un rien admiratifs, entre mes pieds.
- Le bleu, ... la Prospérité ... et je ... et je suis riche de toi ... je suis très riche, ma chérie ...
Une large tache bleue vint soudain faire revivre les couleurs pastel, un peu trop ternes, du paravent dont nous avions bien inutilement voulu meubler le coin de la pièce près de la fenêtre.
- Mais je ne suis pas bleue, je suis blanche, ... se moqua-t-elle en plongeant dans les eaux soyeuses et plissées, ... toute blanche.
Il faisait déjà chaud. La voix d'Anne-Roxane me parut venir de loin . Je n'avais pas envie d'ouvrir les yeux. Je tendis la main. Mes doigts, mes phalanges, mes ongles, mes paumes savaient bien reconnaître son corps.
Le drap plissé et l'oreiller aplati ne leur offrirent qu'une tiédeur de remplacement.
- Anne ... Anne-Rox ?
Soudain inquiets mes yeux s'étaient ouverts. Mon bras gauche sur mon coude en guise d'étai, leur avait en une fraction de seconde, permis une inspection circulaire de la grande chambre baignée de la lumière irisée des premiers rayons du soleil à travers les volets mi-clos.
- Je suis là ... je cherche une paire de sandales ... dans la penderie ...
Sa voix douce et rassurante, plus claire cette fois-ci, avait guidé mes yeux vers un coin de la pièce. Je la découvris comme à travers le périscope de l'U-boot du capitaine de corvette Günther Prien, au-delà du moutonnement du drap bleu ciel et de deux petits récifs jumeaux que ne mentionnaient pas les cartes marines : accroupie, bleue, magnifique. Elle me tournait le dos.
- Ne bouge pas ... je t'en prie ... ne bouge pas, mon amour ...
La position amplifiait ses formes. Ses cuisses légèrement écartées, posées sur ses jambes repliées sous elle, m'apparaissaient à quarante-cinq degrés à tribord, fermes et durcies par la flexion. Ses fesses rebondies - il n'y a pas d'autre mot - tendaient à l'extrème le tissu bleu, tellement bleu, du boubou que nous avions acheté ensemble pour elle sur le marché de Bonabéri à Douala bien des années auparavant.
- Pourquoi ... pourquoi ? Je peux quand même tourner la tête, mon amour ?
Par-delà les deux rochers déserts et un troisième îlot qui émergeait lentement des vagues de satin comme un volcan en formation, son sourire glissait doucement vers moi.
- Non, ... nous n'irons plus avant longtemps, ... soufflé-je ... tu ne ... tu ne m'as toujours pas dit quelle couleur tu avais choisie ...
Son visage était maintenant complètement tourné vers moi et ses épaules, l'une blanche l'autre bleue, si bleue, avaient bougé un peu aussi, ce qui l'avait obligée à ancrer fermement le bout des doigts de sa main droite dans la moquette profonde pour conserver son équilibre.
- Toi d'abord ! lança-t-elle joyeusement en se laissant rouler sur le dos avec souplesse ... vas-y, dis-moi quelle couleur tu as choisie, toi !
Elle était au bout du lit. Le menton sur le bois et les yeux narquois, un rien admiratifs, entre mes pieds.
- Le bleu, ... la Prospérité ... et je ... et je suis riche de toi ... je suis très riche, ma chérie ...
Une large tache bleue vint soudain faire revivre les couleurs pastel, un peu trop ternes, du paravent dont nous avions bien inutilement voulu meubler le coin de la pièce près de la fenêtre.
- Mais je ne suis pas bleue, je suis blanche, ... se moqua-t-elle en plongeant dans les eaux soyeuses et plissées, ... toute blanche.

midnightrambler- Nombre de messages: 1097
Age: 59
Localisation: NORMANDIE laclefdeschamps66@hotmail.fr
Date d'inscription: 10/01/2010
Re: Un dimanche...
Je ne vois toujours pas où l'on va, dans le troisième épisode encore moins que dans le deuxième, mais bon... Des descriptions très détaillées parfois, avec pour conséquence des phrases assez longues.
Note : extrême.
Note : extrême.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Un dimanche...
Comme Easter, je ne vois pas où l'on va, mais je suis confiante.
Jolies descriptions dans le 3ème, belle atmosphère dans les 3 textes, je suis conquise...et j'attends la suite !
Jolies descriptions dans le 3ème, belle atmosphère dans les 3 textes, je suis conquise...et j'attends la suite !

CROISIC- Nombre de messages: 1460
Age: 57
Localisation: COGNAC
Date d'inscription: 29/06/2009

Re: Un dimanche...
Une ambiance feutrée, un dimanche plus doux, moins inquiétant, un texte agréable à lire...

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Un dimanche...
très... pas envie de commenter. Juste lire... et attendre...

Reginelle- Nombre de messages: 1763
Age: 61
Localisation: à l'ombre d'un cerisier
Date d'inscription: 07/03/2008
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