Gourmandise, quand tu nous tiens !
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Gourmandise, quand tu nous tiens
Gourmandise, quand tu nous tiens ! …
Ma mère n’était pas très bonne cuisinière, mais elle réussissait à merveille le riz au lait. « Le secret, disait-elle, est de le faire d’abord gonfler à feu doux, dans un peu d’eau, et d’ajouter le lait peu à peu, puis le sucre, enfin la vanille. »
Son riz n’était pas « al dente », nous n’aurions pas apprécié qu’il craque tant soit peu sous la dent ! Elle avait le don de trouver le niveau de cuisson juste au-dessus. Les grains étaient détachés les uns des autres, ni trop fermes ni trop tendres, finement enrobés de lait devenu onctueux, crémeux, alourdi par l’amidon et le sucre. Lors de la dégustation, les effluves vanillés charmaient autant le nez que les papilles. Un délice de prince !
Quand elle avait le temps, elle poussait le raffinement jusqu’à chemiser un moule à flan de caramel, et son riz devenait alors royal.
Nous habitions à cette époque dans un petit collectif avec une cour centrale. De l’autre côté de la cour se trouvait l’appartement de mon oncle, ma tante, mes cousines et mon cousin Roger. Ce dernier, ado facétieux et gourmand, arrivait chez nous quelquefois, par surprise, à la fin du repas, et après nous avoir bien fait rire avec ses grimaces et ses galéjades, se régalait avec nous de notre dessert, à la suite du sien pris chez lui…
Je l’entends encore réclamer : « Dis, tata Paulette, quand c’est que tu nous fais ton fameux riz au lait ? Tu m’avertiras, dis ? Tu m’en garderas une petite part ou plutôt une grosse ! … » Et tout le monde avait éclaté de rire à cette boutade culottée.
Il advint qu’un jour, à la fin d’un repas, ma sœur me dit : « On va faire une bonne farce à Roger. Enfin, pas une farce, plutôt un bon riz au lait. Tu vas monter chez lui, tu vas t’asseoir lourdement, et d’un ton très naturel, tu vas dire : Ouf ! Je n'en peux plus. Maman nous a fait son riz au lait … Je crois que j’en ai trop mangé, et pourtant, il en reste encore. »
Elle pouvait compter sur le don de comédie que possèdent les enfants à 12 ans. Je pris en effet mon ton le plus naturel, ravie de ce rôle important que l’on me confiait, et le piège fonctionna. Roger, mains dans les poches, nez en l’air, commença à tourner en rond dans la pièce puis s’éclipsa discrètement. Je dus expliquer notre stratagème à ma tante surprise de ce départ impromptu.
Il traversa la cour à grands pas, grimpa chez nous, et je le suivis pour voir sa réaction. Il fit la bise à tout le monde, puis entra dans la cuisine. Au milieu de la table débarrassée trônait un moule à flan chapeauté d’un couvercle.
Mon cousin, bien élevé, ne se précipita pas sur l’objet du désir comme la misère sur les pauvres ou la vérole sur le bas-clergé, non.
Il refit une bise à ma mère, avec moult pitreries, se trémoussant, lui caressant le dos, disant : « je t’aime bien tu sais tata Paulette, et je l’aime bien aussi ton riz au lait…quand tu en fais… »
Maman pour le jeu, ne réagit pas.
Il insista : « j’ai vu le moule, sur la table…allez, dis-le, tu m’en as gardé cette fois-ci… »
Pas de réponse.
Alors moi, trop impatiente de voir sa tête au moment fatal, je le poussai vers la table en lui disant : « Et oui, qu’on t’en a gardé, gros bêta, allez va, régale-toi ! »
Roger passa sa langue sur ses lèvres, souleva doucement le couvercle, et vit au fond du moule… un magnifique poisson en papier qui le regardait d’un œil torve.
Il avait oublié que ce jour-là était un 1er avril.
embellie
Ma mère n’était pas très bonne cuisinière, mais elle réussissait à merveille le riz au lait. « Le secret, disait-elle, est de le faire d’abord gonfler à feu doux, dans un peu d’eau, et d’ajouter le lait peu à peu, puis le sucre, enfin la vanille. »
Son riz n’était pas « al dente », nous n’aurions pas apprécié qu’il craque tant soit peu sous la dent ! Elle avait le don de trouver le niveau de cuisson juste au-dessus. Les grains étaient détachés les uns des autres, ni trop fermes ni trop tendres, finement enrobés de lait devenu onctueux, crémeux, alourdi par l’amidon et le sucre. Lors de la dégustation, les effluves vanillés charmaient autant le nez que les papilles. Un délice de prince !
Quand elle avait le temps, elle poussait le raffinement jusqu’à chemiser un moule à flan de caramel, et son riz devenait alors royal.
Nous habitions à cette époque dans un petit collectif avec une cour centrale. De l’autre côté de la cour se trouvait l’appartement de mon oncle, ma tante, mes cousines et mon cousin Roger. Ce dernier, ado facétieux et gourmand, arrivait chez nous quelquefois, par surprise, à la fin du repas, et après nous avoir bien fait rire avec ses grimaces et ses galéjades, se régalait avec nous de notre dessert, à la suite du sien pris chez lui…
Je l’entends encore réclamer : « Dis, tata Paulette, quand c’est que tu nous fais ton fameux riz au lait ? Tu m’avertiras, dis ? Tu m’en garderas une petite part ou plutôt une grosse ! … » Et tout le monde avait éclaté de rire à cette boutade culottée.
Il advint qu’un jour, à la fin d’un repas, ma sœur me dit : « On va faire une bonne farce à Roger. Enfin, pas une farce, plutôt un bon riz au lait. Tu vas monter chez lui, tu vas t’asseoir lourdement, et d’un ton très naturel, tu vas dire : Ouf ! Je n'en peux plus. Maman nous a fait son riz au lait … Je crois que j’en ai trop mangé, et pourtant, il en reste encore. »
Elle pouvait compter sur le don de comédie que possèdent les enfants à 12 ans. Je pris en effet mon ton le plus naturel, ravie de ce rôle important que l’on me confiait, et le piège fonctionna. Roger, mains dans les poches, nez en l’air, commença à tourner en rond dans la pièce puis s’éclipsa discrètement. Je dus expliquer notre stratagème à ma tante surprise de ce départ impromptu.
Il traversa la cour à grands pas, grimpa chez nous, et je le suivis pour voir sa réaction. Il fit la bise à tout le monde, puis entra dans la cuisine. Au milieu de la table débarrassée trônait un moule à flan chapeauté d’un couvercle.
Mon cousin, bien élevé, ne se précipita pas sur l’objet du désir comme la misère sur les pauvres ou la vérole sur le bas-clergé, non.
Il refit une bise à ma mère, avec moult pitreries, se trémoussant, lui caressant le dos, disant : « je t’aime bien tu sais tata Paulette, et je l’aime bien aussi ton riz au lait…quand tu en fais… »
Maman pour le jeu, ne réagit pas.
Il insista : « j’ai vu le moule, sur la table…allez, dis-le, tu m’en as gardé cette fois-ci… »
Pas de réponse.
Alors moi, trop impatiente de voir sa tête au moment fatal, je le poussai vers la table en lui disant : « Et oui, qu’on t’en a gardé, gros bêta, allez va, régale-toi ! »
Roger passa sa langue sur ses lèvres, souleva doucement le couvercle, et vit au fond du moule… un magnifique poisson en papier qui le regardait d’un œil torve.
Il avait oublié que ce jour-là était un 1er avril.
embellie

embellie- Nombre de messages: 1301
Age: 74
Localisation: Toulouse
Date d'inscription: 20/01/2009
Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
Hou ! Les vilaines filles cruelles !
Je dois dire que c'est si bien évoqué que j'ai senti le goût du riz au lait et humé l'odeur de vanille. Une scène familiale heureuse. Ça fait plaisir.
Et dire qu'un garçon paraissait culotté pour avoir dit "tu m'en garderas une petit part ou plutôt une grosse !". Il y a de l'eau qui a coulé sous les ponts.
Je dois dire que c'est si bien évoqué que j'ai senti le goût du riz au lait et humé l'odeur de vanille. Une scène familiale heureuse. Ça fait plaisir.
Et dire qu'un garçon paraissait culotté pour avoir dit "tu m'en garderas une petit part ou plutôt une grosse !". Il y a de l'eau qui a coulé sous les ponts.

Plotine- Nombre de messages: 1988
Age: 69
Date d'inscription: 01/08/2009
Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
J'entends d'ici les rires et les gloussements sous cape...j'ai bien aimé et pourtant je déteste le riz au lait

Yellow_Submarine- Nombre de messages: 281
Age: 41
Localisation: Fougères
Date d'inscription: 08/01/2010
Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
Délicieuse Embellie, ton riz au lait me fait mourir d'envie...j'imagine déjà les bulles dorées du caramel au fond du moule....et que c'est bien de décrire si bellement une époque pas si lointaine ou un simple dessert réjouissait et réunissait petits et grands.

CROISIC- Nombre de messages: 1460
Age: 57
Localisation: COGNAC
Date d'inscription: 29/06/2009

Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
Chez moi, le riz au lait, c'était mon père qui le faisait. Dans des ramequins, et sur chacun, il dessinait l'initiale de nos prénoms, avec de la cannelle en poudre. Il y a si longtemps. Jamais je ne le réussis comme lui.
ffff... joli, joli, tout ça. Très bellement raconté.
Et merci pour le souvenir.
ffff... joli, joli, tout ça. Très bellement raconté.
Et merci pour le souvenir.

Reginelle- Nombre de messages: 1763
Age: 61
Localisation: à l'ombre d'un cerisier
Date d'inscription: 07/03/2008
Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
Délicieux texte.

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
Un joli texte d'antan. Et de circonstance !

Easter(Island)- Nombre de messages: 12094
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
très sympa ce texte, sauf que chez moi le riz au lait c'était signe de dérangement intestinal, remède très efficace ! blurp... peux plus sentir ça...
:-))
Easter a corrigé une petite lettre, à ta demande, et je me demande s'il n'y en a pas une mal choisie ici : "Et oui, qu’on t’en a gardé"
j'écrirais "eh oui", non ? ;-)
:-))
Easter a corrigé une petite lettre, à ta demande, et je me demande s'il n'y en a pas une mal choisie ici : "Et oui, qu’on t’en a gardé"
j'écrirais "eh oui", non ? ;-)

mentor- Nombre de messages: 19026
Age: 33
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – — -
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
Un écrit sur les "choses simples et merveilleuses" peuplant les souvenirs, rédigé avec précision, humour afin que nous aussi, pris au jeu, nous tombions sur le poisson!
Je ne sais si c'est usuel ici, pourtant je viens 8 jours après cette farce te souhaiter bon anniversaire, à l'occasion de cette lecture.
Je ne sais si c'est usuel ici, pourtant je viens 8 jours après cette farce te souhaiter bon anniversaire, à l'occasion de cette lecture.

éclaircie- Nombre de messages: 1641
Age: 56
Localisation: au monde et du bon coté
Date d'inscription: 18/02/2009

Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
Question : a-t-il mangé le " poisson à l'œil torve " ?

Ba- Nombre de messages: 3025
Age: 59
Localisation: Tout dépend du vent, c'est dire...
Date d'inscription: 08/02/2009
Re: Gourmandise, quand tu nous tiens !
un litre de lait
du sucre
8 cuillères à soupe de riz (pas plus)
une heure à la cocotte à feu très très doux
Gaffe en retirant la soupape le lait peut très bien en sortir
... j'ai pas fait ça depuis une éternité!
merci embellie
du sucre
8 cuillères à soupe de riz (pas plus)
une heure à la cocotte à feu très très doux
Gaffe en retirant la soupape le lait peut très bien en sortir
... j'ai pas fait ça depuis une éternité!
merci embellie

Roz-gingembre- Nombre de messages: 1094
Age: 49
Date d'inscription: 14/11/2008
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