Titre posthume
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Titre posthume
Cette année, c’est lui qui l’aura.
C’est son année, celle du couronnement, du sacre quand l’académie se lèvera pour lui décerner le prix, ce sera enfin son jour de gloire.
Plus à subir les regards de pitié de l’entourage, plus à prier pour qu’on n’organise pas une fête de consolation, plus à serrer la main du gagnant en ravalant l’envie de lui serrer le cou.
Jaon Doe a passé des jours à hanter en douce les couloirs autorisés pour connaître la sortie d’un livre avant même que d’autres que l’auteur ne le sachent.
Il a lu et relu tous ces livres concurrents en se demandant lequel était susceptible de plaire plus que le sien, incapable d’être objectif, l’angoisse vrillée aux intestins.
Il a fini par arriver à la conclusion ultime.
Il ne fallait pas seulement se débarrasser de quelques concurrents potentiellement dangereux, il fallait supprimer tous les écrivains, même les minables, ceux à la petite semaine, les écrivaillons du dimanche, les adorateurs du billet doux pour fête des mères, les accoucheurs d’almanach, bref, tous ceux ayant été publiés dans la période scrutée.
Jaon s’est attelé à la tâche, patiemment, des nuits entières, recensant la moindre petite publication, classant les auteurs par lieux pour plus de commodités, puis par âge, situation maritale et familiale. Niveau de difficulté en somme.
La liste établie, il a dû songer aux moyens. Pas le même pour tous non, le roman à l’eau de rose ne mérite pas la subtilité du curare et l’essai philosophique ne peut supporter la laideur de la corde.
Là encore, il a minutieusement recensé les outils à sa disposition. Les poisons divers et variés, les virus à inoculer, les accidents matériels, les suicides déguisés, les maquillages en faits divers, les armes existantes.
Et puis comme il est méthodique, il a classé les auteurs en trois genres, par ordre de grandeur, les moyens de tuer en trois catégories et il a tiré au sort. Untel dans le salon avec la prise électrique, unetelle dans la voiture dont les freins lâchent, un autre s’est vu accorder la douceur de l’arsenic, une autre l’élégance de l’étranglement, un assassinat glauque en ruelle puante pour celui qu’il déteste, le hasard fait bien les choses.
Après tout il a déjà rendu hommage à la plupart. Même s’ils n’ont pas bien jugé son idée d’écrire des oraisons funèbres du vivant des gens, les tuant symboliquement pour éviter de passer à l’acte. On a crié à la folie, les invocations protectrices ont pullulées, c’était l’oiseau de mauvais augure, le jeteur de sorts, on ne joue pas ainsi avec la camarde.
Elles étaient pourtant sincères et sublimes ces oraisons, hommages vibrants que pour une fois la cible allait lire de son vivant.
Il a toujours regretté l’idée de ne pas assister à son enterrement, de ne pas savoir, connaître les vrais pleurs et les hypocrites, les effondrés et les soulagés, les roses et les épines. Et puis, ils auraient dû comprendre, il s’en est écrit une à lui aussi d’oraison. Pas la plus réussie mais la plus authentique du moins.
C’était un livre confinant au génie, personne n’avait eu cette idée avant lui, il ne méritait pas ces huées et ce mépris.
Alors Jaon Doe est passé à l’acte, implacablement, avec l’ordre et la précision d’un maniaque. 64687 ennemis à éradiquer, un énorme classeur à suivre à la lettre : itinéraires, ordre, villes, lieux, arme du crime, une fiche par ville, parfois plus de mille clients par ville.
Il s’est transformé en peste et choléra associés.
Et il les a eu, un par un, jusqu’au dernier, terré dans son trou, qu’il a enfumé.
Trois mois passés à semer la mort et sentir sa petite graine glorieuse pousser.
Il s’est gaussé des gros titres, des unes alarmantes mettant en garde contre la recrudescence d’incendies, d’accidents domestiques, de la route, de suicides, d’overdoses médicamenteuses accidentelles, de disparitions.
« La France a peur » dit-il d’une voix grave.
Et il rigole sous cape.
On a dû remplacer à la va-vite deux des jurés de l’académie qui à cause de leur grand âge n’avaient pas supporté de voir périr un à un les futurs lauréats de leur âme et conscience.
Et aujourd’hui c’est le grand jour, son jour.
Il a mis son plus chic costume, est passé chez le barbier, a préparé son discours et ses interviews pour ne pas bafouiller, a rassemblé sa famille entière et ses amis et connaissances pour l’occasion.
Il attend devant l’hôtel Drouant, les journalistes sont là, les flashs crépitent déjà, la rumeur enfle.
Jaon accroche un sourire triomphant sur son visage de vainqueur, se tourne vers l’entrée et est cueilli par une armée de policiers.
Dans une cellule de garde à vue, un auteur désormais célèbre, postérité assurée, supplie le gardien de lui confirmer l’annonce du prix Goncourt et apprend que cette année, pour la première fois, il fut décerné à titre posthume.
C’est son année, celle du couronnement, du sacre quand l’académie se lèvera pour lui décerner le prix, ce sera enfin son jour de gloire.
Plus à subir les regards de pitié de l’entourage, plus à prier pour qu’on n’organise pas une fête de consolation, plus à serrer la main du gagnant en ravalant l’envie de lui serrer le cou.
Jaon Doe a passé des jours à hanter en douce les couloirs autorisés pour connaître la sortie d’un livre avant même que d’autres que l’auteur ne le sachent.
Il a lu et relu tous ces livres concurrents en se demandant lequel était susceptible de plaire plus que le sien, incapable d’être objectif, l’angoisse vrillée aux intestins.
Il a fini par arriver à la conclusion ultime.
Il ne fallait pas seulement se débarrasser de quelques concurrents potentiellement dangereux, il fallait supprimer tous les écrivains, même les minables, ceux à la petite semaine, les écrivaillons du dimanche, les adorateurs du billet doux pour fête des mères, les accoucheurs d’almanach, bref, tous ceux ayant été publiés dans la période scrutée.
Jaon s’est attelé à la tâche, patiemment, des nuits entières, recensant la moindre petite publication, classant les auteurs par lieux pour plus de commodités, puis par âge, situation maritale et familiale. Niveau de difficulté en somme.
La liste établie, il a dû songer aux moyens. Pas le même pour tous non, le roman à l’eau de rose ne mérite pas la subtilité du curare et l’essai philosophique ne peut supporter la laideur de la corde.
Là encore, il a minutieusement recensé les outils à sa disposition. Les poisons divers et variés, les virus à inoculer, les accidents matériels, les suicides déguisés, les maquillages en faits divers, les armes existantes.
Et puis comme il est méthodique, il a classé les auteurs en trois genres, par ordre de grandeur, les moyens de tuer en trois catégories et il a tiré au sort. Untel dans le salon avec la prise électrique, unetelle dans la voiture dont les freins lâchent, un autre s’est vu accorder la douceur de l’arsenic, une autre l’élégance de l’étranglement, un assassinat glauque en ruelle puante pour celui qu’il déteste, le hasard fait bien les choses.
Après tout il a déjà rendu hommage à la plupart. Même s’ils n’ont pas bien jugé son idée d’écrire des oraisons funèbres du vivant des gens, les tuant symboliquement pour éviter de passer à l’acte. On a crié à la folie, les invocations protectrices ont pullulées, c’était l’oiseau de mauvais augure, le jeteur de sorts, on ne joue pas ainsi avec la camarde.
Elles étaient pourtant sincères et sublimes ces oraisons, hommages vibrants que pour une fois la cible allait lire de son vivant.
Il a toujours regretté l’idée de ne pas assister à son enterrement, de ne pas savoir, connaître les vrais pleurs et les hypocrites, les effondrés et les soulagés, les roses et les épines. Et puis, ils auraient dû comprendre, il s’en est écrit une à lui aussi d’oraison. Pas la plus réussie mais la plus authentique du moins.
C’était un livre confinant au génie, personne n’avait eu cette idée avant lui, il ne méritait pas ces huées et ce mépris.
Alors Jaon Doe est passé à l’acte, implacablement, avec l’ordre et la précision d’un maniaque. 64687 ennemis à éradiquer, un énorme classeur à suivre à la lettre : itinéraires, ordre, villes, lieux, arme du crime, une fiche par ville, parfois plus de mille clients par ville.
Il s’est transformé en peste et choléra associés.
Et il les a eu, un par un, jusqu’au dernier, terré dans son trou, qu’il a enfumé.
Trois mois passés à semer la mort et sentir sa petite graine glorieuse pousser.
Il s’est gaussé des gros titres, des unes alarmantes mettant en garde contre la recrudescence d’incendies, d’accidents domestiques, de la route, de suicides, d’overdoses médicamenteuses accidentelles, de disparitions.
« La France a peur » dit-il d’une voix grave.
Et il rigole sous cape.
On a dû remplacer à la va-vite deux des jurés de l’académie qui à cause de leur grand âge n’avaient pas supporté de voir périr un à un les futurs lauréats de leur âme et conscience.
Et aujourd’hui c’est le grand jour, son jour.
Il a mis son plus chic costume, est passé chez le barbier, a préparé son discours et ses interviews pour ne pas bafouiller, a rassemblé sa famille entière et ses amis et connaissances pour l’occasion.
Il attend devant l’hôtel Drouant, les journalistes sont là, les flashs crépitent déjà, la rumeur enfle.
Jaon accroche un sourire triomphant sur son visage de vainqueur, se tourne vers l’entrée et est cueilli par une armée de policiers.
Dans une cellule de garde à vue, un auteur désormais célèbre, postérité assurée, supplie le gardien de lui confirmer l’annonce du prix Goncourt et apprend que cette année, pour la première fois, il fut décerné à titre posthume.

elea- Nombre de messages: 3184
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Re: Titre posthume
Un peu lourdingue à mon goût, un délire laborieux. Du point de vue narratif, l'arrestation du gars arrive comme un cheveu sur la soupe, juste pour l'effet de surprise : pourquoi, comment a-t-on découvert l'identité du coupable ? Cela doit faire pas mal de temps qu'il est le dernier auteur vivant, on ne l'aurait pas arrêté avant ?
Et puis la toute fin est trop morale pour moi... Bref, je n'ai pas été convaincue.
Mes remarques :
« Jaon Doe a passé des jours à hanter en douce les couloirs autorisés pour connaître la sortie d’un livre avant même que d’autres que l’auteur ne le sachent. » : je trouve la phrase lourde
« on ne joue pas ainsi avec la Camarde »
« Et il les a eus, un par un »
Et puis la toute fin est trop morale pour moi... Bref, je n'ai pas été convaincue.
Mes remarques :
« Jaon Doe a passé des jours à hanter en douce les couloirs autorisés pour connaître la sortie d’un livre avant même que d’autres que l’auteur ne le sachent. » : je trouve la phrase lourde
« on ne joue pas ainsi avec la Camarde »
« Et il les a eus, un par un »

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Titre posthume
Je le savais qu'il était capable de tout cet anonyme !

Ba- Nombre de messages: 3022
Age: 59
Localisation: Tout dépend du vent, c'est dire...
Date d'inscription: 08/02/2009
Re: Titre posthume
J'ai bien aimé l'idée de base et le principe de tuer en fonction du genre d'auteur mais à la fin de la lecture je me suis senti frustré.
Le délire ne va pas plus loin, peut être à cause de la faible longueur du texte. J'aurai apprécié voir Doe faire avaler une à une les pages du Bescherelle à un académicien par exemple :p
Le délire ne va pas plus loin, peut être à cause de la faible longueur du texte. J'aurai apprécié voir Doe faire avaler une à une les pages du Bescherelle à un académicien par exemple :p

Menestroll- Nombre de messages: 26
Age: 21
Date d'inscription: 24/02/2009
Re: Titre posthume
Punaise, ça en fait du monde à tuer par jour !

coline Dé- Nombre de messages: 8136
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: Titre posthume
L'idée est bonne, le trait forcé. A ne pas prendre au sérieux.
les invocations protectrices ont pullulées,
les invocations protectrices ont pullulé

Easter(Island)- Nombre de messages: 12089
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Titre posthume
"ont pulullé", voilà ce que ça devrait donner.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12089
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: Titre posthume
Easter(Island) a écrit:"ont pulullé", voilà ce que ça devrait donner.
Ah bon, moi qui aurais vu pullulé...remarque, Littré aussi. On va corriger. Pas de souci.

silene82- Nombre de messages: 3560
Age: 54
Localisation: par là
Date d'inscription: 30/05/2009
Re: Titre posthume
Sur le fond, l'idée me paraît extra; Sauf qu'il fallait l'exploiter. Déjà, Jaon Doe, c'est pas mal de monde, se tue-t-il lui-même à travers ses multiples avatars selon des critères de lui seul connu ?
Cela dit, j'aime bien le ton, l'écriture est propre, il manque juste le petit quelque chose soit grinçant, soit carrément picaresque qui m'aurait définitivement séduit.
Je pense d'ailleurs que c'est plus par manque de relecture et de vraie envie de faire un bon petit quelque chose que ça ne décolle pas plus.
A vous relire donc.
Cela dit, j'aime bien le ton, l'écriture est propre, il manque juste le petit quelque chose soit grinçant, soit carrément picaresque qui m'aurait définitivement séduit.
Je pense d'ailleurs que c'est plus par manque de relecture et de vraie envie de faire un bon petit quelque chose que ça ne décolle pas plus.
A vous relire donc.

silene82- Nombre de messages: 3560
Age: 54
Localisation: par là
Date d'inscription: 30/05/2009
Re: Titre posthume
socque : morale la fin? Ah bon, je la voulais simplement cruelle, tout ce mal qu’il s’est donné pour rien… ce n’était pas pour le punir, mais simplement car j’aime être cruelle avec mes personnages.
Sinon, bien sûr que dans la vraie vie la police aurait bouclé son enquête avant, mais dans la vraie vie, aucun auteur ne ferait cela n’est-ce pas?
Maintenant savoir s'il faut donner de la vraisemblance aux fables (qui se veulent) humoristiques, ce peut effectivement être un débat.
Menestroll : bonne remarque, j’aurais pu me laisser aller à plus de loufoque, je manque d’imagination dans ce genre.
Easter(Island) :
Silene82 : je n’ai pas pensé à ce que représentait Jaon Doe, je n’avais pas nommé le z’héros à l’origine, c'était un clin d’œil pour les lecteurs de VE.
Non, non, c’est juste un vrai manque de talent et cela prouve simplement mes limites.
Sinon, bien sûr que dans la vraie vie la police aurait bouclé son enquête avant, mais dans la vraie vie, aucun auteur ne ferait cela n’est-ce pas?
Maintenant savoir s'il faut donner de la vraisemblance aux fables (qui se veulent) humoristiques, ce peut effectivement être un débat.
Menestroll : bonne remarque, j’aurais pu me laisser aller à plus de loufoque, je manque d’imagination dans ce genre.
Easter(Island) :
merci de l’avoir noté.A ne pas prendre au sérieux
Silene82 : je n’ai pas pensé à ce que représentait Jaon Doe, je n’avais pas nommé le z’héros à l’origine, c'était un clin d’œil pour les lecteurs de VE.
Je pense d'ailleurs que c'est plus par manque de relecture et de vraie envie de faire un bon petit quelque chose que ça ne décolle pas plus.
Non, non, c’est juste un vrai manque de talent et cela prouve simplement mes limites.

elea- Nombre de messages: 3184
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Une sorte de fable.
Je pense que c'est à lire comme une sorte de fable. Parce qu'en réalité, au bout de 3 ou 4, il se serait fait gauler. Et puis, occire tant de gens, ça suppose une bonne santé, il aurait eu largement le temps d'être en fauteuil roulant avant d'avoir atteint la moitié, sauf à les rassembler en troupeau et jeter une grenade au milieu.
Pour le style, ne sais quoi en dire. Et puis, j'ai plus de mal à dire mon avis quand d'autres sont passés avant. Pour une fois, je donne ma langue au chat.
Ubik.
Pour le style, ne sais quoi en dire. Et puis, j'ai plus de mal à dire mon avis quand d'autres sont passés avant. Pour une fois, je donne ma langue au chat.
Ubik.

ubikmagic- Nombre de messages: 945
Age: 50
Localisation: ... dans le sud, peuchère !
Date d'inscription: 13/12/2009

Re: Titre posthume
L'anonymat meurtrier, c'est tellement vrai, une déclinaison à déguster, sympathique comme tout... tout était déjà dit.
Jérémie- Nombre de messages: 418
Age: 34
Localisation: Sixfeetunder
Date d'inscription: 27/03/2010
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