Le gardien de l'Histoire révolue
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Le gardien de l'Histoire révolue
aezreta
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Ce matin, j'ai rencontré l'ange gardien du temple de l'Histoire révolue. C'était dans une forêt semée de trous d'obus. Immenses cratères de terre bouleversée. Je marchais, sans but entre les arbres millénaires et contournais les ornières créées par la guerre. De ces cicatrices vivantes se dégageait un calme absolu, comme une voix profonde qui m'appelait vers son centre, vers le point brûlant de son souvenir terrestre. C'était comme si les années avaient transformé la violence originelle en une paix éternelle. Un lent renversement de l'indicible, éludé par le vent, apaisement d'un acharnement incompréhensible. J'ai posé mon pied gauche sur le bord d'une de ces balafres et je me suis penchée. Le sol s'est émiettée en un frémissement surgi des temps anciens. Les petites boules de terre ocre ont dégringolé sans un bruit la pente rude du trou, répétant à l'infini, inconsciemment, le trajet létal de l'obus.
Un chuchotement venu de l'invisible :
« Bientôt, dans quelques millénaires, si chaque promeneur pose comme tu viens de le faire son pied gauche sur le bord du gouffre, les stigmates de ce passé violent disparaîtront. L'attention que tu portes à ce vide dans le sol est la seule chose capable d'effacer durablement le néant... »
Je levai les yeux vers le ciel mais je n'y vis qu'un canevas de branches plaquées contre le soleil, je tournai la tête autour de moi mais ne pu observer que la forêt brodée d'ombres.
« Je suis un ange, un gardien. Personne ne doit me voir. Tu peux passer ton chemin. Tu as accompli ton destin. Retourne d'où tu viens, l'histoire continuera son chemin au delà de tes pas. »
Dans le trou d'obus, les billes de terre poursuivaient, elles aussi, leur chemin, entraînant à leur suite quelques graviers et débris de feuilles vieilles de plusieurs années. Certaines étaient arrêtées dans leur course par le frêle tronc ou la tige robuste d'une fougère qui avait poussé là. Où plongeait-elle ses racines ? Comment, sur ce dévers abrupt, parvenait-elle à se dresser, fière et solitaire vers le ciel ? Cette pousse de vie, droite comme la volonté, était née du désastre et ne s'en souciait pas. Peut-être ces cellules, cette chlorophylle frémissante et avide de lumière s'étaient-elles nourries de chair déchiquetée par la déflagration. Peut-être que ce vert presque lumineux était né d'un mélange de boue et de sang, que ce murmure des feuilles à peine déroulées, prenait sa source dans un cri d'agonie. Mon souffle s'était arrêté, comme craignant une odeur de charnier... et la terre continuait sa course folle,
balbutiant le passé. Je me mis à trembler car la peur que la chute du sol sur lui-même ne réitère le cataclysme fondateur s'insinuait en moi.
« Passe ton chemin », reprit la voix, « Passe ton chemin comme la terre passe le sien. Le monde n'est qu'un lent mouvement qui se réfracte sur tous les êtres. Toi-même, tu as communiqué une part de ton énergie au sol qui commence à se refermer sur lui-même. Continue ta course vers l'avenir, d'autres réalités t'attendent pour se mettre en marche. Tu dois leur transmettre ton mouvement de vie comme il t'a été transmis. D'autres, après toi, continueront ton œuvre et, petit à petit, la terre oubliera qu'elle a eu un bord, qu'elle a été une béance. Le trou d'obus disparaîtra sous les vecteurs de vie que la contingence lui aura apporté sous le pas d'un marcheur, la patte d'un loup gris ou le sabot d'un faon. Passe ton chemin. Je reste pour veiller. Je suis l'ange gardien de l'Histoire révolue."
Je reculai d'un pas et, mue par une force que je n'avais jusqu'alors jamais ressenti, m'en allai vers mon propre destin qui se trouvait bien plus loin, au delà de la lisière des bois. Mais avant mon départ, une larme coula sur ma joue, s'échoua souplement sur la fronde d'une fougère qui ploya, lutta contre la gravité terrestre puis laissa la larme continuer son chemin, dégringoler la pente, lissant les raides parois du gouffre, répétant, inlassablement, le trajet de la terre et de l'obus primordial.
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Ce matin, j'ai rencontré l'ange gardien du temple de l'Histoire révolue. C'était dans une forêt semée de trous d'obus. Immenses cratères de terre bouleversée. Je marchais, sans but entre les arbres millénaires et contournais les ornières créées par la guerre. De ces cicatrices vivantes se dégageait un calme absolu, comme une voix profonde qui m'appelait vers son centre, vers le point brûlant de son souvenir terrestre. C'était comme si les années avaient transformé la violence originelle en une paix éternelle. Un lent renversement de l'indicible, éludé par le vent, apaisement d'un acharnement incompréhensible. J'ai posé mon pied gauche sur le bord d'une de ces balafres et je me suis penchée. Le sol s'est émiettée en un frémissement surgi des temps anciens. Les petites boules de terre ocre ont dégringolé sans un bruit la pente rude du trou, répétant à l'infini, inconsciemment, le trajet létal de l'obus.
Un chuchotement venu de l'invisible :
« Bientôt, dans quelques millénaires, si chaque promeneur pose comme tu viens de le faire son pied gauche sur le bord du gouffre, les stigmates de ce passé violent disparaîtront. L'attention que tu portes à ce vide dans le sol est la seule chose capable d'effacer durablement le néant... »
Je levai les yeux vers le ciel mais je n'y vis qu'un canevas de branches plaquées contre le soleil, je tournai la tête autour de moi mais ne pu observer que la forêt brodée d'ombres.
« Je suis un ange, un gardien. Personne ne doit me voir. Tu peux passer ton chemin. Tu as accompli ton destin. Retourne d'où tu viens, l'histoire continuera son chemin au delà de tes pas. »
Dans le trou d'obus, les billes de terre poursuivaient, elles aussi, leur chemin, entraînant à leur suite quelques graviers et débris de feuilles vieilles de plusieurs années. Certaines étaient arrêtées dans leur course par le frêle tronc ou la tige robuste d'une fougère qui avait poussé là. Où plongeait-elle ses racines ? Comment, sur ce dévers abrupt, parvenait-elle à se dresser, fière et solitaire vers le ciel ? Cette pousse de vie, droite comme la volonté, était née du désastre et ne s'en souciait pas. Peut-être ces cellules, cette chlorophylle frémissante et avide de lumière s'étaient-elles nourries de chair déchiquetée par la déflagration. Peut-être que ce vert presque lumineux était né d'un mélange de boue et de sang, que ce murmure des feuilles à peine déroulées, prenait sa source dans un cri d'agonie. Mon souffle s'était arrêté, comme craignant une odeur de charnier... et la terre continuait sa course folle,
balbutiant le passé. Je me mis à trembler car la peur que la chute du sol sur lui-même ne réitère le cataclysme fondateur s'insinuait en moi.
« Passe ton chemin », reprit la voix, « Passe ton chemin comme la terre passe le sien. Le monde n'est qu'un lent mouvement qui se réfracte sur tous les êtres. Toi-même, tu as communiqué une part de ton énergie au sol qui commence à se refermer sur lui-même. Continue ta course vers l'avenir, d'autres réalités t'attendent pour se mettre en marche. Tu dois leur transmettre ton mouvement de vie comme il t'a été transmis. D'autres, après toi, continueront ton œuvre et, petit à petit, la terre oubliera qu'elle a eu un bord, qu'elle a été une béance. Le trou d'obus disparaîtra sous les vecteurs de vie que la contingence lui aura apporté sous le pas d'un marcheur, la patte d'un loup gris ou le sabot d'un faon. Passe ton chemin. Je reste pour veiller. Je suis l'ange gardien de l'Histoire révolue."
Je reculai d'un pas et, mue par une force que je n'avais jusqu'alors jamais ressenti, m'en allai vers mon propre destin qui se trouvait bien plus loin, au delà de la lisière des bois. Mais avant mon départ, une larme coula sur ma joue, s'échoua souplement sur la fronde d'une fougère qui ploya, lutta contre la gravité terrestre puis laissa la larme continuer son chemin, dégringoler la pente, lissant les raides parois du gouffre, répétant, inlassablement, le trajet de la terre et de l'obus primordial.
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poulix- Nombre de messages: 72
Age: 20
Date d'inscription: 01/01/2009

Re: Le gardien de l'Histoire révolue
Un texte manifestement très travaillé, soigné, mais qui, pour moi, rate son but. Il voudrait, me semble-t-il, donner une impression de solennité, d'ampleur, mais ne parvient (toujours mon avis, hein !) qu'à être geignard. En plus, ce centrage sur la narratrice qui découvre que la guerre gross malheur me paraît trop nombriliste. Je n'ai donc pas été convaincue.
Mes remarques :
« Je marchais, (pourquoi une virgule ici ?) sans but entre les arbres millénaires »
« C'était comme si les années avaient transformé la violence originelle en une paix éternelle » : je trouve la phrase gauche, avec ce « C’était comme si » et la rime interne de la fin qui se voit trop, je pense, qui veut trop « faire effet »
« Le sol s'est émietté (le sol) »
« je tournai la tête autour de moi mais ne pus observer »
« l'histoire continuera son chemin au-|/b]delà [b](trait d’union) de tes pas »
« Je me mis à trembler car la peur que la chute du sol sur lui-même ne réitère le cataclysme fondateur s'insinuait en moi » : je trouve la structure de la phrase pesante (cela dit, ce peut être voulu)
« mue par une force que je n'avais jusqu'alors jamais ressentie (la force) »
« au-delà (trait d’union) de la lisière des bois »
Mes remarques :
« Je marchais, (pourquoi une virgule ici ?) sans but entre les arbres millénaires »
« C'était comme si les années avaient transformé la violence originelle en une paix éternelle » : je trouve la phrase gauche, avec ce « C’était comme si » et la rime interne de la fin qui se voit trop, je pense, qui veut trop « faire effet »
« Le sol s'est émietté (le sol) »
« je tournai la tête autour de moi mais ne pus observer »
« l'histoire continuera son chemin au-|/b]delà [b](trait d’union) de tes pas »
« Je me mis à trembler car la peur que la chute du sol sur lui-même ne réitère le cataclysme fondateur s'insinuait en moi » : je trouve la structure de la phrase pesante (cela dit, ce peut être voulu)
« mue par une force que je n'avais jusqu'alors jamais ressentie (la force) »
« au-delà (trait d’union) de la lisière des bois »

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: Le gardien de l'Histoire révolue
Je relirai car je n'ai pas lu jusqu'au bout.
Les rimes trop évidentes m'ont vraiment gêné. Déjà parce qu'elles se suivent en AA et ensuite parce que je ne trouve pas ça très intéressant dans un texte en prose, je préfère quand l'on fait résonner les mots de manière plus secrète et subtile.
Donc pour l'instant cela m'a arrêté.
Mais je reviendrai.
ps : par ailleurs les termes "Histoire révolue", je sais pas, ça me pompe un peu
Les rimes trop évidentes m'ont vraiment gêné. Déjà parce qu'elles se suivent en AA et ensuite parce que je ne trouve pas ça très intéressant dans un texte en prose, je préfère quand l'on fait résonner les mots de manière plus secrète et subtile.
Donc pour l'instant cela m'a arrêté.
Mais je reviendrai.
ps : par ailleurs les termes "Histoire révolue", je sais pas, ça me pompe un peu

Rêvelin- Nombre de messages: 1442
Age: 20
Localisation: Angers
Date d'inscription: 12/11/2009

Re: Le gardien de l'Histoire révolue
Un texte qui me parle, beaucoup même. Pour cette notion de gardien entre autres, pour ce sol qui se dérobe aussi. Et surtout pour cette manière de raconter, sombre et froide tout en étant pourtant si proche du thème abordé. Un bon mélange.
Je suis toutefois plus réservée sur la partie "échanges verbaux"" qui me paraissent plus simplistes que les parties narratives, plus abouties à mes yeux.
Je suis toutefois plus réservée sur la partie "échanges verbaux"" qui me paraissent plus simplistes que les parties narratives, plus abouties à mes yeux.

Sahkti- Nombre de messages: 25655
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
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