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Message  lu-k le Jeu 1 Juil 2010 - 20:14

Comme l'indique le titre, le texte qui suit constitue une ébauche de rien du tout, une tentative de. Ainsi, j'aimerais, s'il vous plaît, qu'il ne figure pas dans le catalogue.


Si je parle aujourd'hui de beauté lunaire, ou insulaire - comme sont la sueur et peut-être le sentiment de vacuité qu'on trouve dans le sourire -, c'est que j'évoque son éloquence, sa façon nonchalante d'exprimer ce qui se tord au-dedans. Je l'ai connu étant petit. Nous étions en primaire, j'étais le garçon timide et cette faiblesse constante que je me plais à écrire. Je trouve dans ces descriptions qui touchent le même de la peau une espèce de complaisance, d'affèterie, justement parce que je m'efforce de m'imprégner des choses qui me touchent, et je tombe alors dans ce que beaucoup appellent le cliché égotiste, dans le sens où je ne suis pas seul à récolter, à labourer, à tenter de saisir ce qui sûrement s'accroche à tout être humain – la torpeur invisible, les sécrétions d'une évidence innommable, d'une existence calquée sur le temps et la pensée du temps, c'est-à-dire non pas l'individu créé par la société, mais bien l'individuel saignement. Alors, déjà quand j'étais dans le recueillement qui engage la tristesse, dans ce carcan propice à une réflexion faussée, réflexion qui me prend encore aujourd'hui et sur laquelle je ne peux m'empêcher de chier, persuadé de son caractère fallacieux, il venait me voir. Je le découvrais mais lui ne semblait pas me découvrir. Son teint pâle était comme l'image trouble du souvenir, malgré moi. Je ne le connaissais pas, je ne l'avais jamais vu, il venait d'entrer dans ma classe, en CM2, et il m'interpellait ; son apparence filiforme, ses membres minces et tombant, paraissant liquéfiés, s'agitaient devant moi telles des révélations. Il commençait à parler. Des mots d'enfant dans une voix d'enfant, une voix encore plus juvénile peut-être que toutes les autres voix des gamins de mon âge. Il me causait au départ très brièvement, des fulgurances étranges, automatiques aurait-on dit, alors que j'essayais de soulever, en vain, de dépasser, autrement dit comprendre, ce que l'animal criait dans mon corps, un cri à la fois inconnu et avec lequel j'entretenais une formidable connivence, comme ce garçon, justement, totalement étranger, et pourtant lié à moi par une corde secrète, profonde, son regard et sa silhouette m'évoquant le translucide, la chaleur noire de quelque morceau de passé que je ne pouvais saisir. Je me tenais assis sur ce banc, sous le préau de la cour de récréation, parfois seul. C'étaient quelques minutes mélancoliques au cœur de l'insouciance, même si l'insouciance de l'enfant, je n'y ai jamais bien cru, justement parce qu'elle camoufle un vide, un vertige. J'avais des amis, de nombreux. J'étais intégré, dans le moule, je jouais avec mes camarades sans me remettre en question, mes parents aimaient mon intelligence et mes conneries. Mais de façon sous-jacente toujours s'amorçait la perception aiguë de l'autre, celui qui pleure sans savoir pourquoi, celui qui ressent les tensions avec justement toute l'inquiétude qu'on transforme facilement en innocence. Mes compagnons à l'école glissaient sur moi, et je suis à présent sûr que nous glissions tous les uns sur les autres, à l'instar de déchets qui en rencontrent d'autres et s'en vont dans l'immense tuyaux communautaire, en se bousculant, mais sans jamais se guérir de l'angoisse substantielle de vivre. Avec lui, ce fut tout de suite différent. Les autres glissaient apparemment comme sur un autre, mais moi non, je le regardais, l'écoutais. Juste dix minutes chaque jour environ, il me parlait, toujours debout, moi assis, de son déménagement, des blagues que lui racontait son père. Il avait un grand corps et un visage très jeune. Il se découpait dans la clarté perverse du début d'après-midi, et je ne pouvais m'empêcher de sentir une inhérence, un lien de corrélation entre mes terreurs d'enfant - les seules terreurs véritables -, mes souvenirs et sa gueule, ses mots, tout ce qu'il dégageait. Dans ces moments je ne comprenais rien, et je n'avais pas besoin de comprendre. Le sentiment remplaçait tout ce que ne pouvait générer la raison. C’était autrefois, quand la beauté ne voulait pas dire douleur consciente.

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Message  socque le Jeu 1 Juil 2010 - 20:40

Marrant, à partir de "Alors, déjà quand j'étais dans le recueillement (...)", je me suis retrouvée plongée dans l'ambiance de Paradis noirs, sans bien sûr toute la force, la superbe de cet ouvrage extraordinaire, mais avec quelque chose d'intéressant, de vraiment prenant pour moi. Avant, non, j'ai trouvé le début juste chiant.

« C’était autrefois, quand la beauté ne voulait pas dire douleur consciente » : ouais !

Mes remarques :
« une espèce de complaisance, d'afféterie »
« s'en vont dans l'immense tuyau (et non « tuyaux ») communautaire »
« un lien de corrélation entre mes terreurs d'enfant - les seules terreurs véritables – » : typographie, le trait d’union « - » ne suffit pas pour encadrer une incise, il faut le quart ou semi-cadratin « – » ou « — »

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Message  Easter(Island) le Ven 2 Juil 2010 - 10:57

L'impression que le texte cherche sa fluidité, qu'il s'y essaie, achoppe quelque part et ne fait qu'effectuer des retours sur l'idée principale sans que cela donne lieu au développement attendu. J'ai trouvé ceci dense, voire magmatique par endroits, avec pourtant toujours ce je ne sais quoi qui attire et retient l'attention... J'aimerais en savoir plus sur ce personnage.

Ici, je butte sur la syntaxe, le "de" me gêne ; il me semble qu'il faudrait soit reprendre le nom, soit enlever "de".

J'avais des amis, de nombreux.

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Re: Essai

Message  Louis le Ven 2 Juil 2010 - 21:34

Revient en mémoire la figure d’un jeune garçon connu autrefois. Souvenirs d’une fascination exercée par cet enfant rencontré dans une école autrefois fréquentée. Contrairement aux autres condisciples, lui ne « glissait » pas, ne coulait pas comme tant d’autres dans la coexistence indifférente, mais il retenait l’attention, accrochait le regard, agrippait une sensibilité vécue en sa présence. Lui pourtant n’avait pas de visage : « Je le découvrais mais lui ne semblait pas me découvrir. Son teint pâle était comme l'image trouble du souvenir ». Il n’y avait pas rencontre, mais découverte, mais révélation. Pas de sortie hors de soi dans la rencontre de l’autre en son altérité, mais découverte de soi. Découverte de l’autre que l’on porte en soi dans une présence extérieure, objectivée. Cet autre est une figure du passé. Ainsi la mémoire de ce jeune camarade écolier est la mémoire d’une mémoire, le souvenir d’un souvenir, un souvenir relai qui permet de remonter plus loin encore dans le temps de l’enfance. Le temps originel des premières terreurs.
Ce rapport à soi médiatisé par l’autre n’était pas conscient, il se situait au niveau de la sensibilité, de la seule sensibilité associée à la mémoire. Une comparaison est faite entre la beauté attribuée au vécu sensible d’hier et le vécu d’aujourd’hui. Celui-là est toujours douloureux, mais conscient. Le rapport à soi s’est fait plus direct, dans la réflexion, mais la beauté est devenue douleur consciente qui semble avoir perdu la « nonchalance » avec laquelle elle s’exprimait dans le discours même du jeune garçon évoqué par le souvenir, dans ses « fulgurances étranges ».
Le texte exprime donc une perte, non celle d’une insouciance, mais celle d’un état antérieur à l’émergence d’un degré élevé de conscience, à une sorte d’inconscience. Il exprime une nostalgie d’une éloquence perdue, celle qui exprimait de belle façon la douleur, sans conscience de l’exprimer. Il laisse entendre que l’éloquence d’aujourd’hui, plus réfléchie, pourrait en être moins belle, mais tout autant, si ce n’est plus douloureuse, peut-être.
La qualité de vos écrits semble le démentir.




Louis

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