EXO de l'été : Evanescente
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EXO de l'été : Evanescente
Prologue
Eva sentait ses racines pousser, ses bras enchevêtrés aux branches s’allongeaient démesurément, ses articulations craquaient, l’arbre prenait possession d’elle, son corps écorce se fissurait, son regard bleu gris crépitait, le vent agitait ses ramures, les arbres autour d’elle grinçaient sauvagement, le ciel se zébrait d’éclairs, les vagues se déchiraient sur les rochers. Eva se sentit fille de l’air de l’eau du feu et de la terre. Elle ne faisait plus qu’un avec la nature.
Elle sentit une vague d’allégresse la submerger et se noya dans la couleur des cieux. La vague reflua et c’est le cœur rempli de plénitude qu’elle entendit le tonnerre retentir et qu’elle accueillit le coup de foudre qu’elle réclamait de tout son corps, de toute son écorce.
Premier jour
C’était venu subrepticement. Elle était en train de regarder la mer entourée de ses trois jeunes complices et disait en riant à John :
-« Bof tes petites étoiles magiques ça ne me fait pas grand-chose comme effet. Juste envie de rire quoi, c’est tout ! »
Quand elle le vit. Flottant sur l’eau, assis, Bouddha lui souriait. Pourtant, nulle trace de matelas pneumatique ou de bouée sous ses augustes fesses, ni canot ni bateau à proximité. Il lui sourit et elle reçut cinq sur cinq le message. Lui touchant les genoux, elle s’adressa à John :
-« John, arrête de te ronger. Ton père veut juste que tu trouves ta voie par toi-même. Il n’a jamais voulu t’écraser ni t’ignorer. Il est là même quand tu ne le vois pas.
John éclata de rire :
-« Pourquoi tu me parles de mon père soudain ? »
-Parce qu’il est là. Avec nous. Je le vois. »
John partit dans un éclat de rire qui manqua l’étouffer.
-« Ah et tu dis que ces petites étoiles ne te font pas d’effet ? Ah ah ah, mort de rire, tu hallucines grave, vous voyez mon père vous ? »
Jean-Philippe, Marc et Gilles pouffèrent à leur tour.
Eva, sans se démonter, répondit calmement : « Il est là, posé sur l’eau, il a pris la forme d’un Bouddha pour veiller sur toi. »
John s’arrêta de rire brusquement. Il la dévisagea avec attention et sembla intrigué.
- « Putain ça c’est incredible ! Figure- toi que je l’appelle le Bouddha quand je pense à lui , et ça depuis que je suis petit. Mais je ne l’ai jamais dit à personne !!! Je ne te l’ai jamais dit hein ? »
-« Ben non, depuis deux semaines qu’on se connait, t’as eu d’autres sujets de conversation. Mais voilà, je le vois, il me parle de toi. »
John devint blanc et à la grande surprise d’Eva eut les yeux mouillés de larmes. C’est comme si avec ces quelques mots elle avait touché qulque chose d’indicible, un secret enfoui, une douleur pernicieuse, un point crucial de sa psyché.
En même temps que les mots étaient sortis de sa bouche, comme mus par une autorité supérieure qui la dépassait, un sentiment étrange avait envahi Eva. Elle avait l’impression que sa personne était en train de devenir une corde sensible destinée à vibrer sous des doigts inconnus mais qui n’auraient attendu que cela de toute éternité. Quelque chose s’ouvrait en elle, et ça ressemblait à un gouffre. Et par ce gouffre béant, par ce vide sans fond lui parvenait une foule de connaissances nouvelles. Elle eut encore la lucidité de sourire quand la traversa l’idée qu’elle était en connexion directe avec …euh…Dieu ! Purée, une crise de mysticisme, se dit- elle une fraction de seconde…et cette pensée s’enfuit instantanément, le sourire ironique aussi.
Elle savait tout. Soudain. Tout de John qu’elle ne connaissait que depuis quelques jours, tout de son père qu’elle n’avait entrevu que le temps d’un repas. Un homme imposant, d’une beauté évidente, malgré un visage rond auréolé de cheveux blancs, yeux bleu-gris. Il était ce genre d’homme dont chacun guette les pensées, habitué à être entouré d’une cour d’admirateurs et surtout d’admiratrices, passionné de peinture de cinéma et de civilisation et dont les films faisaient autorité dans un certain microcosme intello- artistico -cinéphile et qui même en vacances sur cette petite ile grecque, continuait à disposer de cette aura auprès d’un entourage pétrifié d’admiration.
Eva sut à quel point cette maison dont il avait fait son paradis sur terre, une maison toute blanche aux volets bleus, cernée de terrasses en cascades dévalant vers la mer, remplie d’objets ramenés de ses périples, aux murs couverts de photos , d’articles sur lui et de toiles était un étouffoir pour John.
Sans savoir pourquoi, elle lui dit : -« Ton père a un chagrin secret, immense, il a besoin de s’agiter et il a besoin de séduire, c’est juste pour moins souffrir. Il fait juste semblant de ne pas te voir »
-« Dingue ce que tu me dis, mon frère est mort il y a quelques années, accident de moto. On n’en parle jamais. Tu crois que c’est pour ça qu’il fait comme s’il s’en foutait de sa famille ? »
Eva n’avait pas répondu, trop occupée à regarder le temps se distordre et à observer les molécules étranges qui vibraient dans le vent.
Un kaléidoscope de ciel, de vent et de soleil s’agitait en milliers de fragments muticolores, créant des compositions psychédéliques toujours renouvelées. Quand elle plissait les yeux, le tout disparaissait, alors elle les plissait encore et le tout se reconstituait en myriades d’éclats et d’éclairs colorés. Au milieu, passaient les heures les minutes et les secondes, nonchalantes, à la vitesse de l’ectoplasme, ou fulgurantes à la vitesse de la lumière. Elle goutait ainsi l’instantanéité de l’éternité et l’infinitude d’un présent fractal morcelé jusqu’au quark, jusqu’au quartz, jusqu’au boson. Elle buvait des yeux l’écume de l’eau et les rayons solaires et le vent caressait et berçait chacune des cellules de sa peau. Elle était en chacune des parcelles de son corps et chacune d’elle se mêlait intimement au décor. Elle devint, froide et minérale, ce rocher, elle fila dans l’espace le temps d’un photon, elle perla à la surface de l’eau, nuage devenue, elle erra nue parmi les nues, elle flotta comme une algue dans les grands fonds phosphorescents, elle s’obscurcit dans les grottes pour pénétrer la terre, elle fut montagne et grain de poussière, elle plia le passé le présent et le futur sous ses paupières et ses doigts palpèrent au passage d’autres secrets enfouis, elle ouvrit des malles au trésor et connut bien des extases, elle ne découvrit pas que chacune d’elle peut-être déjà lui brulait les ailes.
Troisième jour
Plus tard, peut-être cinq minutes, peut-être deux heures, ou trois jours,ils avaient avalés une étoile encore , ils s’étaient levés et avaient commencé à grimper en direction du village.
Les cailloux qui roulaient sous ses pieds parfois se révélaient être des pépites d’or qu’elle glissait dans sa poche, cependant, elle était en même temps extraordinairement lucide, elle vivait en parallèle et en même temps dans deux réalités et s’était rendue compte qu’elle pouvait décider elle-même de ce passage. D’un simple clignement d’yeux, d’un sourire, d’une pensée elle pouvait sortir immédiatement d’un monde pour se retrouver dans l’autre. Le mieux c’est quand les deux mondes se superposaient parfaitement et qu’elle pouvait agir et paraitre comme si de rien n’était dans un des mondes, tandis que dans l’autre, au même moment, elle était folle, planait aux confins du cosmos , discutait avec l’un de ses neurones surchauffés ou rencontrait Dieu et ses divers avatars.
Elle montait au village et d’un battement de sang dans la tempe changea de dimension. La terre redevint rugueuse, les pierres cailloux, la mer étale, l’air accablant.
Ils arrivèrent sur la place du village et s’assirent sous un eucalyptus pour se reposer du soleil. Deux des garçons les quittèrent. Elle resta avec John qui n’en menait pas large. Il était triste et tremblait. « Crise d’angoisse, mauvais trip » disait-il. Elle redevint pour lui l’âme sœur, celle qui console, qui caresse, qui dit les mots qui doivent l’être pour que s’ouvre le chemin. Elle pénétra l’esprit de John, y déposa les paroles et les silences aussi dont il avait besoin et l’apaisement revint. Il sourit. Elle fut heureuse d’avoir découvert cette source, cette ressource, qu’elle portait en elle, cette capacité à devenir un puits pour les assoiffés, un baume pour les meurtris, une halte, une oasis et pensa que la peur la douleur et l’angoisse n’auraient plus jamais leur place dans sa propre vie.
John lui proposa une autre étoile bleu-gris. Une étoile minuscule argentée et azurée comme elle voyait la vie, scintillante et rassurante. Elle la prit et la laissa fondre sous sa langue.
C’était venu subrepticement. La musique. Elle l’entendit et commença à dodeliner de la tête, à bouger les épaules, à claquer des doigts. Elle vit que John entendait, lui aussi, l’oreille aux aguets, le regard au ciel. Ils se sourirent et chacun put les voir sur cette petite place, assis en tailleur, battant le rythme en frappant leurs mains ou leurs cuisses , marquant la cadence d’un air extatique et d’un air que pourtant nul autre alentour ne semblait entendre.
C’était une douce mélopée puis ça se déployait. Parfois ça s’égrenait en spirales brillamment architecturées, parfois ça battait en percussions savamment pulsées, parfois encore ce n’était qu’un son de flûte au loin, un accord jazzy, un souffle de voix, puis ce n’était plus qu’un bruissement dans les feuilles, un grincement d’arbre, et enfin ça éclatait en symphonie du tonnerre, en philarmonie de l’éclair. Le cœur d’Eva , se dilatait dans un océan de rouge et sa pupille nageait dans un bleu-gris surdimensionné.
Elle avait conscience, puisqu’elle changeait de dimension sonore d’un battement de cil, que c’était la musique du vent dans les feuilles de l’eucalyptus, mêlée du bruit des pas des passants, traversée de temps à autres des crissements de freins de l’unique autocar de l’ile, scandée parfois par la sirène d’un bateau accostant au port, cadencés par les braiements des quelques ânes alentour et les cris des enfants plus loin qui généraient ces ravissements acoustiques. Mais c’était surtout les feuilles de l’arbre. Les branches de l’arbre. Le plus bel instrument à vent et écorce qu’elle ait jamais contemplé, la musique la plus belle qu’elle ait jamais entendue et elle fut heureuse de jouir de ce concert sauvage et superbe en compagnie de John. Souffle, craquements, halètements, sifflements, grincements...Un pur moment de plénitude.
Septième jour
Au soir du septième jour constellé d’étoiles, elle était descendue seule en direction du port. Entre chien et loup, le ciel plus gris que bleu, menaçait, le vent se levait, fort, violent. Elle s’était adossée encore à un arbre, cette fois- ci non pour s’abriter du soleil mais de la pluie qui commençait à tomber, déjà drue. Elle avait perdu toute notion d’espace et de temps. Et là, tandis que la nuit tombait et que commençait à gronder l’orage, elle avait senti ses racines pousser. Elle sut qui elle était, Eva naissante, et qu’elle était au bout du voyage. Elle s’appuya plus fort encore.
Les éclairs déchiraient le ciel et zébraient l’océan. Ses bras enchevêtrés aux branches s’allongeaient démesurément, ses articulations craquaient, son corps écorce se fissurait en spasmes successifs, son regard crépitait de mille braises.
Elle connut ainsi encore la plénitude quand paupières closes, elle entendit le craquement de sa ramure et que faisant feu de tout bois pour rejoindre l’autre dimension, elle fut figée pour l’éternité, entrant irradiée au royaume des arbres foudroyés sous une pluie d’étoiles incandescentes.
Contraintes: bleu gris/grincement des arbres par grand vent/plénitude/dix mille caractères au moins/ un mot dont on ne connait pas (vraiment) le sens (quark quartz boson philarmonie)
Eva sentait ses racines pousser, ses bras enchevêtrés aux branches s’allongeaient démesurément, ses articulations craquaient, l’arbre prenait possession d’elle, son corps écorce se fissurait, son regard bleu gris crépitait, le vent agitait ses ramures, les arbres autour d’elle grinçaient sauvagement, le ciel se zébrait d’éclairs, les vagues se déchiraient sur les rochers. Eva se sentit fille de l’air de l’eau du feu et de la terre. Elle ne faisait plus qu’un avec la nature.
Elle sentit une vague d’allégresse la submerger et se noya dans la couleur des cieux. La vague reflua et c’est le cœur rempli de plénitude qu’elle entendit le tonnerre retentir et qu’elle accueillit le coup de foudre qu’elle réclamait de tout son corps, de toute son écorce.
Premier jour
C’était venu subrepticement. Elle était en train de regarder la mer entourée de ses trois jeunes complices et disait en riant à John :
-« Bof tes petites étoiles magiques ça ne me fait pas grand-chose comme effet. Juste envie de rire quoi, c’est tout ! »
Quand elle le vit. Flottant sur l’eau, assis, Bouddha lui souriait. Pourtant, nulle trace de matelas pneumatique ou de bouée sous ses augustes fesses, ni canot ni bateau à proximité. Il lui sourit et elle reçut cinq sur cinq le message. Lui touchant les genoux, elle s’adressa à John :
-« John, arrête de te ronger. Ton père veut juste que tu trouves ta voie par toi-même. Il n’a jamais voulu t’écraser ni t’ignorer. Il est là même quand tu ne le vois pas.
John éclata de rire :
-« Pourquoi tu me parles de mon père soudain ? »
-Parce qu’il est là. Avec nous. Je le vois. »
John partit dans un éclat de rire qui manqua l’étouffer.
-« Ah et tu dis que ces petites étoiles ne te font pas d’effet ? Ah ah ah, mort de rire, tu hallucines grave, vous voyez mon père vous ? »
Jean-Philippe, Marc et Gilles pouffèrent à leur tour.
Eva, sans se démonter, répondit calmement : « Il est là, posé sur l’eau, il a pris la forme d’un Bouddha pour veiller sur toi. »
John s’arrêta de rire brusquement. Il la dévisagea avec attention et sembla intrigué.
- « Putain ça c’est incredible ! Figure- toi que je l’appelle le Bouddha quand je pense à lui , et ça depuis que je suis petit. Mais je ne l’ai jamais dit à personne !!! Je ne te l’ai jamais dit hein ? »
-« Ben non, depuis deux semaines qu’on se connait, t’as eu d’autres sujets de conversation. Mais voilà, je le vois, il me parle de toi. »
John devint blanc et à la grande surprise d’Eva eut les yeux mouillés de larmes. C’est comme si avec ces quelques mots elle avait touché qulque chose d’indicible, un secret enfoui, une douleur pernicieuse, un point crucial de sa psyché.
En même temps que les mots étaient sortis de sa bouche, comme mus par une autorité supérieure qui la dépassait, un sentiment étrange avait envahi Eva. Elle avait l’impression que sa personne était en train de devenir une corde sensible destinée à vibrer sous des doigts inconnus mais qui n’auraient attendu que cela de toute éternité. Quelque chose s’ouvrait en elle, et ça ressemblait à un gouffre. Et par ce gouffre béant, par ce vide sans fond lui parvenait une foule de connaissances nouvelles. Elle eut encore la lucidité de sourire quand la traversa l’idée qu’elle était en connexion directe avec …euh…Dieu ! Purée, une crise de mysticisme, se dit- elle une fraction de seconde…et cette pensée s’enfuit instantanément, le sourire ironique aussi.
Elle savait tout. Soudain. Tout de John qu’elle ne connaissait que depuis quelques jours, tout de son père qu’elle n’avait entrevu que le temps d’un repas. Un homme imposant, d’une beauté évidente, malgré un visage rond auréolé de cheveux blancs, yeux bleu-gris. Il était ce genre d’homme dont chacun guette les pensées, habitué à être entouré d’une cour d’admirateurs et surtout d’admiratrices, passionné de peinture de cinéma et de civilisation et dont les films faisaient autorité dans un certain microcosme intello- artistico -cinéphile et qui même en vacances sur cette petite ile grecque, continuait à disposer de cette aura auprès d’un entourage pétrifié d’admiration.
Eva sut à quel point cette maison dont il avait fait son paradis sur terre, une maison toute blanche aux volets bleus, cernée de terrasses en cascades dévalant vers la mer, remplie d’objets ramenés de ses périples, aux murs couverts de photos , d’articles sur lui et de toiles était un étouffoir pour John.
Sans savoir pourquoi, elle lui dit : -« Ton père a un chagrin secret, immense, il a besoin de s’agiter et il a besoin de séduire, c’est juste pour moins souffrir. Il fait juste semblant de ne pas te voir »
-« Dingue ce que tu me dis, mon frère est mort il y a quelques années, accident de moto. On n’en parle jamais. Tu crois que c’est pour ça qu’il fait comme s’il s’en foutait de sa famille ? »
Eva n’avait pas répondu, trop occupée à regarder le temps se distordre et à observer les molécules étranges qui vibraient dans le vent.
Un kaléidoscope de ciel, de vent et de soleil s’agitait en milliers de fragments muticolores, créant des compositions psychédéliques toujours renouvelées. Quand elle plissait les yeux, le tout disparaissait, alors elle les plissait encore et le tout se reconstituait en myriades d’éclats et d’éclairs colorés. Au milieu, passaient les heures les minutes et les secondes, nonchalantes, à la vitesse de l’ectoplasme, ou fulgurantes à la vitesse de la lumière. Elle goutait ainsi l’instantanéité de l’éternité et l’infinitude d’un présent fractal morcelé jusqu’au quark, jusqu’au quartz, jusqu’au boson. Elle buvait des yeux l’écume de l’eau et les rayons solaires et le vent caressait et berçait chacune des cellules de sa peau. Elle était en chacune des parcelles de son corps et chacune d’elle se mêlait intimement au décor. Elle devint, froide et minérale, ce rocher, elle fila dans l’espace le temps d’un photon, elle perla à la surface de l’eau, nuage devenue, elle erra nue parmi les nues, elle flotta comme une algue dans les grands fonds phosphorescents, elle s’obscurcit dans les grottes pour pénétrer la terre, elle fut montagne et grain de poussière, elle plia le passé le présent et le futur sous ses paupières et ses doigts palpèrent au passage d’autres secrets enfouis, elle ouvrit des malles au trésor et connut bien des extases, elle ne découvrit pas que chacune d’elle peut-être déjà lui brulait les ailes.
Troisième jour
Plus tard, peut-être cinq minutes, peut-être deux heures, ou trois jours,ils avaient avalés une étoile encore , ils s’étaient levés et avaient commencé à grimper en direction du village.
Les cailloux qui roulaient sous ses pieds parfois se révélaient être des pépites d’or qu’elle glissait dans sa poche, cependant, elle était en même temps extraordinairement lucide, elle vivait en parallèle et en même temps dans deux réalités et s’était rendue compte qu’elle pouvait décider elle-même de ce passage. D’un simple clignement d’yeux, d’un sourire, d’une pensée elle pouvait sortir immédiatement d’un monde pour se retrouver dans l’autre. Le mieux c’est quand les deux mondes se superposaient parfaitement et qu’elle pouvait agir et paraitre comme si de rien n’était dans un des mondes, tandis que dans l’autre, au même moment, elle était folle, planait aux confins du cosmos , discutait avec l’un de ses neurones surchauffés ou rencontrait Dieu et ses divers avatars.
Elle montait au village et d’un battement de sang dans la tempe changea de dimension. La terre redevint rugueuse, les pierres cailloux, la mer étale, l’air accablant.
Ils arrivèrent sur la place du village et s’assirent sous un eucalyptus pour se reposer du soleil. Deux des garçons les quittèrent. Elle resta avec John qui n’en menait pas large. Il était triste et tremblait. « Crise d’angoisse, mauvais trip » disait-il. Elle redevint pour lui l’âme sœur, celle qui console, qui caresse, qui dit les mots qui doivent l’être pour que s’ouvre le chemin. Elle pénétra l’esprit de John, y déposa les paroles et les silences aussi dont il avait besoin et l’apaisement revint. Il sourit. Elle fut heureuse d’avoir découvert cette source, cette ressource, qu’elle portait en elle, cette capacité à devenir un puits pour les assoiffés, un baume pour les meurtris, une halte, une oasis et pensa que la peur la douleur et l’angoisse n’auraient plus jamais leur place dans sa propre vie.
John lui proposa une autre étoile bleu-gris. Une étoile minuscule argentée et azurée comme elle voyait la vie, scintillante et rassurante. Elle la prit et la laissa fondre sous sa langue.
C’était venu subrepticement. La musique. Elle l’entendit et commença à dodeliner de la tête, à bouger les épaules, à claquer des doigts. Elle vit que John entendait, lui aussi, l’oreille aux aguets, le regard au ciel. Ils se sourirent et chacun put les voir sur cette petite place, assis en tailleur, battant le rythme en frappant leurs mains ou leurs cuisses , marquant la cadence d’un air extatique et d’un air que pourtant nul autre alentour ne semblait entendre.
C’était une douce mélopée puis ça se déployait. Parfois ça s’égrenait en spirales brillamment architecturées, parfois ça battait en percussions savamment pulsées, parfois encore ce n’était qu’un son de flûte au loin, un accord jazzy, un souffle de voix, puis ce n’était plus qu’un bruissement dans les feuilles, un grincement d’arbre, et enfin ça éclatait en symphonie du tonnerre, en philarmonie de l’éclair. Le cœur d’Eva , se dilatait dans un océan de rouge et sa pupille nageait dans un bleu-gris surdimensionné.
Elle avait conscience, puisqu’elle changeait de dimension sonore d’un battement de cil, que c’était la musique du vent dans les feuilles de l’eucalyptus, mêlée du bruit des pas des passants, traversée de temps à autres des crissements de freins de l’unique autocar de l’ile, scandée parfois par la sirène d’un bateau accostant au port, cadencés par les braiements des quelques ânes alentour et les cris des enfants plus loin qui généraient ces ravissements acoustiques. Mais c’était surtout les feuilles de l’arbre. Les branches de l’arbre. Le plus bel instrument à vent et écorce qu’elle ait jamais contemplé, la musique la plus belle qu’elle ait jamais entendue et elle fut heureuse de jouir de ce concert sauvage et superbe en compagnie de John. Souffle, craquements, halètements, sifflements, grincements...Un pur moment de plénitude.
Septième jour
Au soir du septième jour constellé d’étoiles, elle était descendue seule en direction du port. Entre chien et loup, le ciel plus gris que bleu, menaçait, le vent se levait, fort, violent. Elle s’était adossée encore à un arbre, cette fois- ci non pour s’abriter du soleil mais de la pluie qui commençait à tomber, déjà drue. Elle avait perdu toute notion d’espace et de temps. Et là, tandis que la nuit tombait et que commençait à gronder l’orage, elle avait senti ses racines pousser. Elle sut qui elle était, Eva naissante, et qu’elle était au bout du voyage. Elle s’appuya plus fort encore.
Les éclairs déchiraient le ciel et zébraient l’océan. Ses bras enchevêtrés aux branches s’allongeaient démesurément, ses articulations craquaient, son corps écorce se fissurait en spasmes successifs, son regard crépitait de mille braises.
Elle connut ainsi encore la plénitude quand paupières closes, elle entendit le craquement de sa ramure et que faisant feu de tout bois pour rejoindre l’autre dimension, elle fut figée pour l’éternité, entrant irradiée au royaume des arbres foudroyés sous une pluie d’étoiles incandescentes.
Contraintes: bleu gris/grincement des arbres par grand vent/plénitude/dix mille caractères au moins/ un mot dont on ne connait pas (vraiment) le sens (quark quartz boson philarmonie)

Rebecca- Nombre de messages: 8051
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: EXO de l'été : Evanescente
Il y a des passages vraiment jolis et touchants.
Je ne suis pas sûre d’avoir bien saisi cette histoire sauf que les étoiles sont de la drogue et mènent à la plénitude (je plaisante).
J’ai aimé la communion avec les éléments et la manière de décrire le sentiment de plénitude, pas évident et parfaitement rendu dans plusieurs passages.
Un peu moins accroché à l’histoire de John et de son père ou du moins un peu perdue dans la suite et le déroulement de la narration.
Mais finalement ce n’est pas si important, ce qui retient à la fin de la lecture c’est l’intensité et la persistance d’une certaine sensation, d’avoir été emportée un peu ailleurs, par l’émotion.
Joli exercice.
Je ne suis pas sûre d’avoir bien saisi cette histoire sauf que les étoiles sont de la drogue et mènent à la plénitude (je plaisante).
J’ai aimé la communion avec les éléments et la manière de décrire le sentiment de plénitude, pas évident et parfaitement rendu dans plusieurs passages.
Un peu moins accroché à l’histoire de John et de son père ou du moins un peu perdue dans la suite et le déroulement de la narration.
Mais finalement ce n’est pas si important, ce qui retient à la fin de la lecture c’est l’intensité et la persistance d’une certaine sensation, d’avoir été emportée un peu ailleurs, par l’émotion.
Joli exercice.

elea- Nombre de messages: 3184
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Re: EXO de l'été : Evanescente
D'accord avec elea, il y a de très belles images, un beau style qui rendent bien cette plénitude. Moi aussi, j'aurais bien aimé m'attacher un peu plus à John, le deuil étant un sentiment qui me touche beaucoup habituellement, mais comme a dit elea, ce n'était pas cette histoire que votre texte visait... effectivement.
Bravo pour l'exercice et le respect des contraintes !
Bravo pour l'exercice et le respect des contraintes !

Ratz19- Nombre de messages: 307
Age: 21
Date d'inscription: 23/05/2010

Re: EXO de l'été : Evanescente
J'ose espérer que c'est un premier jet, car j'ai eu la sensation de lire une ébauche de texte.
Ce genre de phrase me laisse perplexe
incrédible me surprend, tout comme la manière d'ouvrir les dialogues.
Le thème traité était dans un autre récit, était-ce le tien ?
Ce genre de phrase me laisse perplexe
Plus tard, peut-être cinq minutes, peut-être deux heures, ou trois jours,ils avaient avalés une étoile encore , ils s’étaient levés et avaient commencé à grimper en direction du village.
incrédible me surprend, tout comme la manière d'ouvrir les dialogues.
Le thème traité était dans un autre récit, était-ce le tien ?

bertrand-môgendre- Nombre de messages: 5932
Age: 56
Localisation: à vau-le-vent
Date d'inscription: 15/08/2007

Re: EXO de l'été : Evanescente
John est anglais. J'ai beaucoup de mal à appréhender le texte, mais c'est bon signe aussi.Une seule chose et sure, tu as poussé la contrainte dans ses retranchements et tu en as crée d'autres, tu as du finir le job épuisée.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: EXO de l'été : Evanescente
bertrand-môgendre a écrit:J'ose espérer que c'est un premier jet, car j'ai eu la sensation de lire une ébauche de texte.
Ce genre de phrase me laisse perplexePlus tard, peut-être cinq minutes, peut-être deux heures, ou trois jours,ils avaient avalés une étoile encore , ils s’étaient levés et avaient commencé à grimper en direction du village.
incrédible me surprend, tout comme la manière d'ouvrir les dialogues.
Le thème traité était dans un autre récit, était-ce le tien ?
oulala merci tu as mis en exergue une grosse fote !
"ils avaient avalé une étoile"
sinon je ne suis pas sure de ce que ce que tu ne comprends pas dans cette phrase...ils prennent de la drogue, du LSD d'après moi, qui modifie totalement la perception du temps, donc s'ils devaient se situer ils ne le pourraient plus; "plus tard "pourrait aussi bien être cinq minutes ou trois jours plus tard, seul le narrateur peut dater... bon ok c'est vachement exagéré, je reconnais, et puis les buvards de LSD en principe sont carrés et non en forme d'étoiles...

Rebecca- Nombre de messages: 8051
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: EXO de l'été : Evanescente
Le problème c'est que je n'ai pas du tout cette histoire de drogue, alors te sachant poète, j'ai patiné comme un malade à décoder des gens qui mangent des étoiles.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: EXO de l'été : Evanescente
Après avoir lu ton texte je me suis interrogée longuement sur ce sentiment de plénitude que tu avais à faire ressentir à tes lecteurs.
Je crois que j'aurais été incapable d'en donner un aperçu, même fugitif, j'admire donc la manière dont tu parviens à nous faire partager toutes les manifestations physiques et morales de cette émotion insaisissable.
Ce qui me gêne un peu c'est la durée que tu donnes à ces impressions qui, pour moi, sont plutôt de l'ordre de l'instant. Evidemment, le recours aux petites étoiles est un moyen bien commode de prolonger l'extase mais il y a là, justement, un procédé qui me parait artificiel : Pour pouvoir tout dire, il te fallait étirer l'aventure sur plusieurs jours (et 10 000 signes) On sent un peu trop la contrainte à ce niveau-là. Peut-être eût-il été plus vraissemblable de ne pas tant te focaliser sur cette fameuse plénitude et broder un peu plus sur ce qui l'entoure ...
Je ne sais vraiment pas comment je m'y serais prise à ta place et tu l'as fait avec beaucoup de poésie et d'images frémissantes que j'ai pris grand plaisir à partager mais que j'aurais peut-être un peu plus condensé au centre d'une histoire, celle de la relation de la narratrice avec John qui est à peine amorcée, par exemple.
Je crois que j'aurais été incapable d'en donner un aperçu, même fugitif, j'admire donc la manière dont tu parviens à nous faire partager toutes les manifestations physiques et morales de cette émotion insaisissable.
Ce qui me gêne un peu c'est la durée que tu donnes à ces impressions qui, pour moi, sont plutôt de l'ordre de l'instant. Evidemment, le recours aux petites étoiles est un moyen bien commode de prolonger l'extase mais il y a là, justement, un procédé qui me parait artificiel : Pour pouvoir tout dire, il te fallait étirer l'aventure sur plusieurs jours (et 10 000 signes) On sent un peu trop la contrainte à ce niveau-là. Peut-être eût-il été plus vraissemblable de ne pas tant te focaliser sur cette fameuse plénitude et broder un peu plus sur ce qui l'entoure ...
Je ne sais vraiment pas comment je m'y serais prise à ta place et tu l'as fait avec beaucoup de poésie et d'images frémissantes que j'ai pris grand plaisir à partager mais que j'aurais peut-être un peu plus condensé au centre d'une histoire, celle de la relation de la narratrice avec John qui est à peine amorcée, par exemple.

Arielle- Nombre de messages: 4552
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Re: EXO de l'été : Evanescente
J'adhère à l'idée directrice mais j'en ai trouvé le traitement trop long et éparpillé, les diverses sensations dont Eva sous influence fait l'expérience m'ont lassée à force, parce que je n'ai pas eu l'impression que cela mène à quoi que ce soit. J'ai eu l'impression d'ébauches de quelque chose, et puis rien. John est mal traité (en deux mots...), j'aurais aimé qu'il prenne plus de place, que l'intérêt du récit se déplace un peu plus vers lui, vers l'histoire avec son frère, potentiellement riche mais à peine effleurée.
Sinon, le dernier paragraphe du premier jour est un passage intense qui me paraît particulièrement réussi du point de vue de l'écriture.
Sinon, le dernier paragraphe du premier jour est un passage intense qui me paraît particulièrement réussi du point de vue de l'écriture.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12087
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Re: EXO de l'été : Evanescente
Et je précise n'avoir lu les commentaires précédant le mien qu'après coup, ce qui tend à confirmer une réaction unanime, à tout le moins concernant John.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12087
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Re: EXO de l'été : Evanescente
Que si, que si, le LSD existait sous forme d'étoiles dans les années fastes où il se contentait de te laisser perché(e).
J'ai beaucoup aimé ta balade onirique, décousue, pas mal incohérente ; pas de fil, mais c'est normal, on n'est pas dans un roman psychologisant.
Je suis cependant d'accord avec Arielle que l'appel du pied de la contrainte, que tu as habilement utilisé avec la distorsion du temps, tire un peu fort par la manche.
Mais faut-il chipoter sur un texte plein de poésie, qui déploie des univers en poupées gigognes ? Il y a bien sûr des scories, mais globalement c'est un beau texte, riche et coloré (tu m'étonnes).
J'ai beaucoup aimé ta balade onirique, décousue, pas mal incohérente ; pas de fil, mais c'est normal, on n'est pas dans un roman psychologisant.
Je suis cependant d'accord avec Arielle que l'appel du pied de la contrainte, que tu as habilement utilisé avec la distorsion du temps, tire un peu fort par la manche.
Mais faut-il chipoter sur un texte plein de poésie, qui déploie des univers en poupées gigognes ? Il y a bien sûr des scories, mais globalement c'est un beau texte, riche et coloré (tu m'étonnes).

silene82- Nombre de messages: 3560
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Re: EXO de l'été : Evanescente
Bon si vous avez le courage de relire !!! Moins incohérente, la version roman psychologisant :-))) recentrée sur les relations de John et d'Eva.
Prologue
Eva sentait ses racines pousser, ses bras enchevêtrés aux branches s’allongeaient démesurément, ses articulations craquaient, l’arbre prenait possession d’elle, son corps écorce se fissurait, son regard bleu gris crépitait, le vent agitait ses ramures, les arbres autour d’elle grinçaient sauvagement, le ciel se zébrait d’éclairs, les vagues se déchiraient sur les rochers. Eva se sentit fille de l’air de l’eau du feu et de la terre. Elle ne faisait plus qu’un avec la nature.
Elle sentit une vague d’allégresse la submerger et se noya dans la couleur des cieux. La vague reflua et c’est le cœur rempli de plénitude qu’elle entendit le tonnerre retentir et qu’elle accueillit le coup de foudre qu’elle réclamait de tout son corps, de toute son écorce.
Premier jour
Elle se réveilla et sa première pensée fut pour John. John qu’elle avait rencontré la veille sur le bateau qui les menait d’Athènes à Ios, cette délicieuse petite ile des Cyclades. Elle se rendait chez son amie Karine tandis qu’il rejoignait sa famille. En discutant, ils s’étaient rendu compte qu’ils seraient voisins sur l’ile, leurs deux maisons situées en dehors du village se trouvant côte à côte, posées sur le même flanc de colline rocheuse, juste au dessus de la mer.
Elle sourit en se rappelant qu’ils s’étaient donné rendez-vous dés aujourd’hui. Tout de même, quel drôle de rêve, avait-elle eu le temps de penser avant de se précipiter à sa fenêtre pour jouir du paysage, sublime. Karine lui avait confié les clés de sa maison, retardée à Paris pour raisons professionnelles. Elle la rejoindrait d’ici quelques jours avec dans ses bagages toute une bande d’amis qu’elle avait invités pour l’été. Eva se sentait soulagée de n’être pas seule pour les attendre et se réjouissait de découvrir l’ile en bonne compagnie. Seule au paradis, peut-être cette joie qui l’envahissait eut été moins intense, et sans doute n’eut-elle pas quitté les abords de la maison sauf pour se ravitailler en bougies et en victuailles de première nécessité. Bien qu’elle ne soit pas du genre angoissée et qu’habiter une maison quasiment isolée et sans électricité ne l’ait pas convaincue de repousser son arrivée, ça la rassurait de savoir que son voisin était si sympathique et qu’il connaissait l’endroit depuis sa prime enfance.
Le soir même, après qu’ils aient passé une merveilleuse journée à se baigner dans une eau incroyablement transparente et à lézarder au soleil, elle fut invitée chez lui et rencontra la tribu qui vivait là, famille, amis de longue date, et connaissances de l’été.
Deuxième jour
Avec John, elle avait fait la connaissance de Jean-Philippe, Marc et Gilles. Ils étaient allés jouer aux échecs dans un des cafés du village. A un moment, John avait disparu et quand il était revenu s’était lancé dans de grands conciliabules avec ses amis. Il en ressortait qu’il s’était procuré du LSD et se demandait s’il était opportun d’en prendre ici tout de suite et si Eva voudrait participer à « l’expérience ».
Eva était enthousiaste mais ne sachant exactement quels étaient les effets de cette étrange drogue présentée sous forme de petites étoiles à ingérer, elle demanda à ce qu’ils s’isolent de tout regard étranger et demanda à John de différer sa prise à lui afin qu’elle se sente plus en sécurité si des effets indésirables se manifestaient et qu’elle ait besoin d’assistance. Ils s’étaient éloignés en direction d’une petite crique quasiment inaccessible autrement que par bateau sauf pour John guide émérite en sentiers non battus.
C’était venu subrepticement. Elle était en train de regarder la mer entourée de ses trois jeunes complices et disait en riant à John :
-« Bof tes petites étoiles magiques ça ne me fait pas grand-chose comme effet. Juste envie de rire quoi, c’est tout ! »
Quand elle le vit. Flottant sur l’eau, assis, Bouddha lui souriait. Pourtant, nulle trace de matelas pneumatique ou de bouée sous ses augustes fesses, ni canot ni bateau à proximité. Il lui sourit et elle reçut cinq sur cinq le message. Lui touchant les genoux, et sans réfléchir, elle s’adressa à son nouvel ami :
-« John, arrête de te ronger. Ton père veut juste que tu trouves ta voie par toi-même. Il n’a jamais voulu t’écraser ni t’ignorer. Il est là même quand tu ne le vois pas.
John éclata de rire :
-« Pourquoi tu me parles de mon père soudain ? »
-Parce qu’il est là. Avec nous. Je le vois. »
John partit dans un éclat de rire qui manqua l’étouffer.
-« Ah et tu dis que ces petites étoiles ne te font pas d’effet ? Ah ah ah, mort de rire, tu hallucines grave, vous voyez mon père vous ? »
Jean-Philippe, Marc et Gilles pouffèrent à leur tour.
Eva, sans se démonter, répondit calmement : « Il est là, posé sur l’eau, il a pris la forme d’un Bouddha pour veiller sur toi. »
John s’arrêta de rire brusquement. Il la dévisagea avec attention et sembla intrigué.
- « Putain ça c’est in-cre-di-ble ! » Il était suffisamment ému pour se mettre à mélanger langue maternelle et langue paternelle.
-« Figure- toi que je l’appelle le Bouddha quand je pense à lui, et ça depuis que je suis petit. Mais je ne l’ai jamais dit à personne !!! Je ne te l’ai jamais dit hein ? »
-« Ben non. Mais voilà, je le vois, il me parle de toi. »
John devint blanc et à la grande surprise d’Eva eut les yeux mouillés de larmes. C’est comme si avec ces quelques mots elle avait touché quelque chose d’indicible, un secret enfoui, une douleur pernicieuse, un point crucial de sa psyché.
En même temps que les mots étaient sortis de sa bouche, comme mus par une autorité supérieure qui la dépassait, un sentiment étrange avait envahi Eva. Elle avait l’impression que sa personne était en train de devenir une corde sensible destinée à vibrer sous des doigts inconnus mais qui n’auraient attendu que cela de toute éternité. Quelque chose s’ouvrait en elle, et ça ressemblait à un gouffre. Et par ce gouffre béant, par ce vide sans fond lui parvenait une foule de connaissances nouvelles. Elle eut encore la lucidité de sourire quand la traversa l’idée qu’elle était en connexion directe avec …euh…Dieu ! Purée, une crise de mysticisme, se dit- elle une fraction de seconde…et cette pensée s’enfuit instantanément, le sourire ironique aussi.
Elle savait tout. Soudain. Tout de John qu’elle ne connaissait que depuis deux jours, tout de son père qu’elle n’avait entrevu que le temps d’un repas. Un homme imposant, d’une beauté évidente, malgré un visage rond auréolé de cheveux blancs, yeux bleu-gris. Il était ce genre d’homme dont chacun guette les pensées, habitué à être entouré d’une cour d’admirateurs et surtout d’admiratrices, passionné de peinture de cinéma et de civilisation et dont les films faisaient autorité dans un certain microcosme intello- artistico -cinéphile et qui même en vacances sur cette petite ile grecque, continuait à disposer de cette aura auprès d’un entourage pétrifié d’admiration.
Eva sut à quel point cette maison dont il avait fait son paradis sur terre, une maison toute blanche aux volets bleus, cernée de terrasses en cascades dévalant vers la mer, remplie d’objets ramenés de ses périples, aux murs couverts de photos , d’articles sur lui et de toiles était un étouffoir pour John.
Sans savoir pourquoi, elle lui dit :
-« Ton père a un chagrin secret, immense, il a besoin de s’agiter et il a besoin de séduire, c’est juste pour moins souffrir. Il fait juste semblant de ne pas te voir »
-« Dingue ce que tu me dis, mon frère est mort il y a quelques années, accident de moto. On n’en parle jamais. Tu crois que c’est pour ça qu’il fait comme s’il s’en foutait de sa famille ?T’as eu le temps de remarquer ça en une seule soirée ? »
Eva n’avait pas répondu, trop occupée à regarder le temps se distordre et à observer les molécules étranges qui vibraient dans le vent.
Un kaléidoscope de ciel, de vent et de soleil s’agitait en milliers de fragments muticolores, créant des compositions psychédéliques toujours renouvelées. Quand elle plissait les yeux, le tout disparaissait, alors elle les plissait encore et le tout se reconstituait en myriades d’éclats et d’éclairs colorés. Au milieu, passaient les heures les minutes et les secondes, nonchalantes, à la vitesse de l’ectoplasme, ou fulgurantes à la vitesse de la lumière. Elle goutait ainsi l’instantanéité de l’éternité et l’infinitude d’un présent fractal morcelé jusqu’au quark, jusqu’au quartz, jusqu’au boson. Elle buvait des yeux l’écume de l’eau et les rayons solaires et le vent caressait et berçait chacune des cellules de sa peau. Elle était en chacune des parcelles de son corps et chacune d’elle se mêlait intimement au décor. Elle devint, froide et minérale, ce rocher, elle fila dans l’espace le temps d’un photon, elle perla à la surface de l’eau, nuage devenue, elle erra nue parmi les nues, elle flotta comme une algue dans les grands fonds phosphorescents, elle s’obscurcit dans les grottes pour pénétrer la terre, elle fut montagne et grain de poussière, elle plia le passé le présent et le futur sous ses paupières et ses doigts palpèrent au passage d’autres secrets enfouis, elle ouvrit des malles au trésor et connut bien des extases, n’avait-elle pas peur que chacune d’elle ne lui brûle les ailes ?
Troisième jour
Elle était avec John, assise sous un eucalyptus, pour se protéger du soleil. Il n’en menait pas large. Il était triste et tremblait. « Crise d’angoisse, mauvais trip » disait-il. Elle redevint pour lui l’âme sœur, celle qui console, qui caresse, qui dit les mots qui doivent l’être pour que s’ouvre le chemin. Elle pénétra l’esprit de John, y déposa les paroles et les silences aussi dont il avait besoin et l’apaisement revint. Il sourit. Elle fut heureuse d’avoir découvert cette source, cette ressource, qu’elle portait en elle, une oasis, et pensa que la peur la douleur et l’angoisse n’auraient plus jamais leur place dans sa propre vie.
John lui proposa une autre étoile bleu-gris. Une étoile minuscule argentée et azurée comme elle voyait la vie, scintillante et rassurante. Elle la prit et la laissa fondre sous sa langue.
Vint la musique. Elle commença à dodeliner de la tête, à bouger les épaules, à claquer des doigts. Elle vit que John entendait, lui aussi, l’oreille aux aguets, le regard au ciel.
C’était une douce mélopée puis ça se déployait. Parfois ça s’égrenait en spirales brillamment architecturées, parfois ça battait en percussions savamment pulsées, parfois encore ce n’était qu’un son de flûte au loin, un accord jazzy, un souffle de voix, puis ce n’était plus qu’un bruissement dans les feuilles, un grincement d’arbre mêlé du bruit des pas des passants, traversé de temps à autres des crissements de freins de l’unique autocar de l’ile, scandé parfois par la sirène d’un bateau accostant au port, cadencé par les braiements des quelques ânes alentour et les cris des enfants . Le cœur d’Eva , se dilatait dans un océan de rouge et sa pupille nageait dans un bleu-gris surdimensionné. C’était la musique la plus belle qu’elle ait jamais entendue et elle fut heureuse de jouir de ce concert sauvage et superbe en compagnie de son ami.
Quatrième jour
Au soir du quatrième jour , elle était descendue seule en direction du port. Entre chien et loup, le ciel menaçait, le vent se levait, fort, violent. Elle s’était adossée encore à un arbre, cette fois- ci non pour s’abriter du soleil mais de la pluie qui commençait à tomber, déjà drue. Et là, tandis que la nuit tombait et que commençait à gronder l’orage, son rêve lui était revenu. Et tandis que les éclairs déchiraient le ciel et zébraient l’océan, elle sut que ce n'était pas aux branches grinçantes qu'elle voulait s'enchevêtrer , elle sut pour qui craquait son corps écorce, elle était Eva naissante, et tous les artifices du monde ne valaient pas qu'on s'y brule les ailes, ses récents voyages réels et oniriques n'avaient eu pour but que de la rapprocher d'un être en souffrance qui la rendait vivante et qu'elle seule était capable d'apaiser, de comprendre. Elle finirait de retisser les liens , entre lui, son père, son frère disparu.
Elle remonta la colline, traversa le village, trempée, éperdue, et heureuse, courut jusque chez John.
Il ne sembla pas étonné de la voir surgir entre deux éclairs, comme s’il l’avait attendue de toute éternité, il l’entoura de ses bras et l’embrassa longuement C’est ainsi que faisant feu de tout bois et rejoignant l’autre dimension, celle que l’un comme l’autre avaient toujours refusée, ils entrèrent irradiés au royaume de l’amour sous une pluie d’étoiles incandescentes.
Bouddha, sur le seuil de la porte, les regardait en souriant.
Epilogue
Au matin du millième jour, et la passion durant ce qu’elle dure, Eva et John en ayant récolté le fruit, une petite fille aux joues rondes comme deux pommes, peut-être leurs chemins se séparèrent-ils, ou peut-être entamèrent-ils de concert une nouvelle vie, celle que l’on mène lorsqu’on enterre sous un ciel redevenu gris, sous la ramure déshabillée d’un arbre desséché et grinçant, ses illusions fanées et le rêve fugitif d’une plénitude passée, sur une ile au soleil en été.
Contraintes: bleu gris/grincement des arbres par grand vent/plénitude/dix mille caractères au moins/ un mot dont on ne connait pas (vraiment) le sens (quark quartz boson)
Prologue
Eva sentait ses racines pousser, ses bras enchevêtrés aux branches s’allongeaient démesurément, ses articulations craquaient, l’arbre prenait possession d’elle, son corps écorce se fissurait, son regard bleu gris crépitait, le vent agitait ses ramures, les arbres autour d’elle grinçaient sauvagement, le ciel se zébrait d’éclairs, les vagues se déchiraient sur les rochers. Eva se sentit fille de l’air de l’eau du feu et de la terre. Elle ne faisait plus qu’un avec la nature.
Elle sentit une vague d’allégresse la submerger et se noya dans la couleur des cieux. La vague reflua et c’est le cœur rempli de plénitude qu’elle entendit le tonnerre retentir et qu’elle accueillit le coup de foudre qu’elle réclamait de tout son corps, de toute son écorce.
Premier jour
Elle se réveilla et sa première pensée fut pour John. John qu’elle avait rencontré la veille sur le bateau qui les menait d’Athènes à Ios, cette délicieuse petite ile des Cyclades. Elle se rendait chez son amie Karine tandis qu’il rejoignait sa famille. En discutant, ils s’étaient rendu compte qu’ils seraient voisins sur l’ile, leurs deux maisons situées en dehors du village se trouvant côte à côte, posées sur le même flanc de colline rocheuse, juste au dessus de la mer.
Elle sourit en se rappelant qu’ils s’étaient donné rendez-vous dés aujourd’hui. Tout de même, quel drôle de rêve, avait-elle eu le temps de penser avant de se précipiter à sa fenêtre pour jouir du paysage, sublime. Karine lui avait confié les clés de sa maison, retardée à Paris pour raisons professionnelles. Elle la rejoindrait d’ici quelques jours avec dans ses bagages toute une bande d’amis qu’elle avait invités pour l’été. Eva se sentait soulagée de n’être pas seule pour les attendre et se réjouissait de découvrir l’ile en bonne compagnie. Seule au paradis, peut-être cette joie qui l’envahissait eut été moins intense, et sans doute n’eut-elle pas quitté les abords de la maison sauf pour se ravitailler en bougies et en victuailles de première nécessité. Bien qu’elle ne soit pas du genre angoissée et qu’habiter une maison quasiment isolée et sans électricité ne l’ait pas convaincue de repousser son arrivée, ça la rassurait de savoir que son voisin était si sympathique et qu’il connaissait l’endroit depuis sa prime enfance.
Le soir même, après qu’ils aient passé une merveilleuse journée à se baigner dans une eau incroyablement transparente et à lézarder au soleil, elle fut invitée chez lui et rencontra la tribu qui vivait là, famille, amis de longue date, et connaissances de l’été.
Deuxième jour
Avec John, elle avait fait la connaissance de Jean-Philippe, Marc et Gilles. Ils étaient allés jouer aux échecs dans un des cafés du village. A un moment, John avait disparu et quand il était revenu s’était lancé dans de grands conciliabules avec ses amis. Il en ressortait qu’il s’était procuré du LSD et se demandait s’il était opportun d’en prendre ici tout de suite et si Eva voudrait participer à « l’expérience ».
Eva était enthousiaste mais ne sachant exactement quels étaient les effets de cette étrange drogue présentée sous forme de petites étoiles à ingérer, elle demanda à ce qu’ils s’isolent de tout regard étranger et demanda à John de différer sa prise à lui afin qu’elle se sente plus en sécurité si des effets indésirables se manifestaient et qu’elle ait besoin d’assistance. Ils s’étaient éloignés en direction d’une petite crique quasiment inaccessible autrement que par bateau sauf pour John guide émérite en sentiers non battus.
C’était venu subrepticement. Elle était en train de regarder la mer entourée de ses trois jeunes complices et disait en riant à John :
-« Bof tes petites étoiles magiques ça ne me fait pas grand-chose comme effet. Juste envie de rire quoi, c’est tout ! »
Quand elle le vit. Flottant sur l’eau, assis, Bouddha lui souriait. Pourtant, nulle trace de matelas pneumatique ou de bouée sous ses augustes fesses, ni canot ni bateau à proximité. Il lui sourit et elle reçut cinq sur cinq le message. Lui touchant les genoux, et sans réfléchir, elle s’adressa à son nouvel ami :
-« John, arrête de te ronger. Ton père veut juste que tu trouves ta voie par toi-même. Il n’a jamais voulu t’écraser ni t’ignorer. Il est là même quand tu ne le vois pas.
John éclata de rire :
-« Pourquoi tu me parles de mon père soudain ? »
-Parce qu’il est là. Avec nous. Je le vois. »
John partit dans un éclat de rire qui manqua l’étouffer.
-« Ah et tu dis que ces petites étoiles ne te font pas d’effet ? Ah ah ah, mort de rire, tu hallucines grave, vous voyez mon père vous ? »
Jean-Philippe, Marc et Gilles pouffèrent à leur tour.
Eva, sans se démonter, répondit calmement : « Il est là, posé sur l’eau, il a pris la forme d’un Bouddha pour veiller sur toi. »
John s’arrêta de rire brusquement. Il la dévisagea avec attention et sembla intrigué.
- « Putain ça c’est in-cre-di-ble ! » Il était suffisamment ému pour se mettre à mélanger langue maternelle et langue paternelle.
-« Figure- toi que je l’appelle le Bouddha quand je pense à lui, et ça depuis que je suis petit. Mais je ne l’ai jamais dit à personne !!! Je ne te l’ai jamais dit hein ? »
-« Ben non. Mais voilà, je le vois, il me parle de toi. »
John devint blanc et à la grande surprise d’Eva eut les yeux mouillés de larmes. C’est comme si avec ces quelques mots elle avait touché quelque chose d’indicible, un secret enfoui, une douleur pernicieuse, un point crucial de sa psyché.
En même temps que les mots étaient sortis de sa bouche, comme mus par une autorité supérieure qui la dépassait, un sentiment étrange avait envahi Eva. Elle avait l’impression que sa personne était en train de devenir une corde sensible destinée à vibrer sous des doigts inconnus mais qui n’auraient attendu que cela de toute éternité. Quelque chose s’ouvrait en elle, et ça ressemblait à un gouffre. Et par ce gouffre béant, par ce vide sans fond lui parvenait une foule de connaissances nouvelles. Elle eut encore la lucidité de sourire quand la traversa l’idée qu’elle était en connexion directe avec …euh…Dieu ! Purée, une crise de mysticisme, se dit- elle une fraction de seconde…et cette pensée s’enfuit instantanément, le sourire ironique aussi.
Elle savait tout. Soudain. Tout de John qu’elle ne connaissait que depuis deux jours, tout de son père qu’elle n’avait entrevu que le temps d’un repas. Un homme imposant, d’une beauté évidente, malgré un visage rond auréolé de cheveux blancs, yeux bleu-gris. Il était ce genre d’homme dont chacun guette les pensées, habitué à être entouré d’une cour d’admirateurs et surtout d’admiratrices, passionné de peinture de cinéma et de civilisation et dont les films faisaient autorité dans un certain microcosme intello- artistico -cinéphile et qui même en vacances sur cette petite ile grecque, continuait à disposer de cette aura auprès d’un entourage pétrifié d’admiration.
Eva sut à quel point cette maison dont il avait fait son paradis sur terre, une maison toute blanche aux volets bleus, cernée de terrasses en cascades dévalant vers la mer, remplie d’objets ramenés de ses périples, aux murs couverts de photos , d’articles sur lui et de toiles était un étouffoir pour John.
Sans savoir pourquoi, elle lui dit :
-« Ton père a un chagrin secret, immense, il a besoin de s’agiter et il a besoin de séduire, c’est juste pour moins souffrir. Il fait juste semblant de ne pas te voir »
-« Dingue ce que tu me dis, mon frère est mort il y a quelques années, accident de moto. On n’en parle jamais. Tu crois que c’est pour ça qu’il fait comme s’il s’en foutait de sa famille ?T’as eu le temps de remarquer ça en une seule soirée ? »
Eva n’avait pas répondu, trop occupée à regarder le temps se distordre et à observer les molécules étranges qui vibraient dans le vent.
Un kaléidoscope de ciel, de vent et de soleil s’agitait en milliers de fragments muticolores, créant des compositions psychédéliques toujours renouvelées. Quand elle plissait les yeux, le tout disparaissait, alors elle les plissait encore et le tout se reconstituait en myriades d’éclats et d’éclairs colorés. Au milieu, passaient les heures les minutes et les secondes, nonchalantes, à la vitesse de l’ectoplasme, ou fulgurantes à la vitesse de la lumière. Elle goutait ainsi l’instantanéité de l’éternité et l’infinitude d’un présent fractal morcelé jusqu’au quark, jusqu’au quartz, jusqu’au boson. Elle buvait des yeux l’écume de l’eau et les rayons solaires et le vent caressait et berçait chacune des cellules de sa peau. Elle était en chacune des parcelles de son corps et chacune d’elle se mêlait intimement au décor. Elle devint, froide et minérale, ce rocher, elle fila dans l’espace le temps d’un photon, elle perla à la surface de l’eau, nuage devenue, elle erra nue parmi les nues, elle flotta comme une algue dans les grands fonds phosphorescents, elle s’obscurcit dans les grottes pour pénétrer la terre, elle fut montagne et grain de poussière, elle plia le passé le présent et le futur sous ses paupières et ses doigts palpèrent au passage d’autres secrets enfouis, elle ouvrit des malles au trésor et connut bien des extases, n’avait-elle pas peur que chacune d’elle ne lui brûle les ailes ?
Troisième jour
Elle était avec John, assise sous un eucalyptus, pour se protéger du soleil. Il n’en menait pas large. Il était triste et tremblait. « Crise d’angoisse, mauvais trip » disait-il. Elle redevint pour lui l’âme sœur, celle qui console, qui caresse, qui dit les mots qui doivent l’être pour que s’ouvre le chemin. Elle pénétra l’esprit de John, y déposa les paroles et les silences aussi dont il avait besoin et l’apaisement revint. Il sourit. Elle fut heureuse d’avoir découvert cette source, cette ressource, qu’elle portait en elle, une oasis, et pensa que la peur la douleur et l’angoisse n’auraient plus jamais leur place dans sa propre vie.
John lui proposa une autre étoile bleu-gris. Une étoile minuscule argentée et azurée comme elle voyait la vie, scintillante et rassurante. Elle la prit et la laissa fondre sous sa langue.
Vint la musique. Elle commença à dodeliner de la tête, à bouger les épaules, à claquer des doigts. Elle vit que John entendait, lui aussi, l’oreille aux aguets, le regard au ciel.
C’était une douce mélopée puis ça se déployait. Parfois ça s’égrenait en spirales brillamment architecturées, parfois ça battait en percussions savamment pulsées, parfois encore ce n’était qu’un son de flûte au loin, un accord jazzy, un souffle de voix, puis ce n’était plus qu’un bruissement dans les feuilles, un grincement d’arbre mêlé du bruit des pas des passants, traversé de temps à autres des crissements de freins de l’unique autocar de l’ile, scandé parfois par la sirène d’un bateau accostant au port, cadencé par les braiements des quelques ânes alentour et les cris des enfants . Le cœur d’Eva , se dilatait dans un océan de rouge et sa pupille nageait dans un bleu-gris surdimensionné. C’était la musique la plus belle qu’elle ait jamais entendue et elle fut heureuse de jouir de ce concert sauvage et superbe en compagnie de son ami.
Quatrième jour
Au soir du quatrième jour , elle était descendue seule en direction du port. Entre chien et loup, le ciel menaçait, le vent se levait, fort, violent. Elle s’était adossée encore à un arbre, cette fois- ci non pour s’abriter du soleil mais de la pluie qui commençait à tomber, déjà drue. Et là, tandis que la nuit tombait et que commençait à gronder l’orage, son rêve lui était revenu. Et tandis que les éclairs déchiraient le ciel et zébraient l’océan, elle sut que ce n'était pas aux branches grinçantes qu'elle voulait s'enchevêtrer , elle sut pour qui craquait son corps écorce, elle était Eva naissante, et tous les artifices du monde ne valaient pas qu'on s'y brule les ailes, ses récents voyages réels et oniriques n'avaient eu pour but que de la rapprocher d'un être en souffrance qui la rendait vivante et qu'elle seule était capable d'apaiser, de comprendre. Elle finirait de retisser les liens , entre lui, son père, son frère disparu.
Elle remonta la colline, traversa le village, trempée, éperdue, et heureuse, courut jusque chez John.
Il ne sembla pas étonné de la voir surgir entre deux éclairs, comme s’il l’avait attendue de toute éternité, il l’entoura de ses bras et l’embrassa longuement C’est ainsi que faisant feu de tout bois et rejoignant l’autre dimension, celle que l’un comme l’autre avaient toujours refusée, ils entrèrent irradiés au royaume de l’amour sous une pluie d’étoiles incandescentes.
Bouddha, sur le seuil de la porte, les regardait en souriant.
Epilogue
Au matin du millième jour, et la passion durant ce qu’elle dure, Eva et John en ayant récolté le fruit, une petite fille aux joues rondes comme deux pommes, peut-être leurs chemins se séparèrent-ils, ou peut-être entamèrent-ils de concert une nouvelle vie, celle que l’on mène lorsqu’on enterre sous un ciel redevenu gris, sous la ramure déshabillée d’un arbre desséché et grinçant, ses illusions fanées et le rêve fugitif d’une plénitude passée, sur une ile au soleil en été.
Contraintes: bleu gris/grincement des arbres par grand vent/plénitude/dix mille caractères au moins/ un mot dont on ne connait pas (vraiment) le sens (quark quartz boson)

Rebecca- Nombre de messages: 8051
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Re: EXO de l'été : Evanescente
Je ne sais pas si je préfère la 1ère ou la 2ème mouture.
Je dis bravo pour l'exercice, mais l'histoire me laisse indifférente ; ça doit être mon côté guindé, parapluie coincé !!!
Je dis bravo pour l'exercice, mais l'histoire me laisse indifférente ; ça doit être mon côté guindé, parapluie coincé !!!

CROISIC- Nombre de messages: 1459
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Re: EXO de l'été : Evanescente
La première me plaisait déjà énormément, la seconde ne m' a rien apporté vraiment , à part le plaisir de la relecture.

Polixène- Nombre de messages: 1147
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Re: EXO de l'été : Evanescente
La manière de raconter l’histoire n’a pas réussi à m’embarquer. Tu n’ouvre aucune porte au lecteur. Je suis restée dehors, désolée. Dommage, le sujet est intéressant.
Autre chose : tu es fâchée avec l’accent circonflexe ?
Autre chose : tu es fâchée avec l’accent circonflexe ?

Kilis- Nombre de messages: 5679
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Re: EXO de l'été : Evanescente
Je n'ai pas adhéré, du tout du tout du tout.
La forme ne m'embarque guère et le fond, mouais.
Faut-il que je relise ?
Non.
Me manque une violence ( pertinente) de tes autres textes.
Très mauvais critique, mais j'ai cru lire du mauvais bla-bla.
La forme ne m'embarque guère et le fond, mouais.
Faut-il que je relise ?
Non.
Me manque une violence ( pertinente) de tes autres textes.
Très mauvais critique, mais j'ai cru lire du mauvais bla-bla.
lol47- Nombre de messages: 835
Age: 49
Localisation: si tu n'aimes pas ton prochain aime au moins le suivant
Date d'inscription: 07/01/2008

Re: EXO de l'été : Evanescente
Difficile de passer de l'un à l'autre. La deuxième mouture ne me plaît pas, avec cette langue trop mâchée que tu fuies et heureusement, d'habitude :
pour raisons professionnelles, prime enfance,et autres gondoles de spirales.
Je prends 1: impair et l'éclaircissement qui va bien.
pour raisons professionnelles, prime enfance,et autres gondoles de spirales.
Je prends 1: impair et l'éclaircissement qui va bien.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
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Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: EXO de l'été : Evanescente
Quelle poésie ! J’ai trouvé certains passages sublimes (« Eva n’avait pas répondu, trop occupée à regarder le temps se distordre et à observer les molécules étranges qui vibraient dans le vent. » et tout le passage qui suit, et l’épilogue, aussi), mais je n’ai pas lu la première version. L’histoire entre les deux protagonistes est bien campée, la rencontre « hors du réel » (même si le « réel » ne veut pas dire grand-chose…) et les descriptions de la « réalité » sous LSD vraiment réussies (mais, comme je n’ai jamais essayé le LSD, je ne sais pas ce que ça donne…)
Bon, après avoir lu les commentaires sur cette deuxième version, il semblerait que la première ait été plus appréciée, du coup je lis la première…
Ah, oui ! « Le mieux c’est quand les deux mondes se superposaient parfaitement et qu’elle pouvait agir et paraitre comme si de rien n’était dans un des mondes, tandis que dans l’autre, au même moment, elle était folle, planait aux confins du cosmos , discutait avec l’un de ses neurones surchauffés ou rencontrait Dieu et ses divers avatars. » : ça, j’aime beaucoup ! Vrai que l’histoire que tu as plus développée dans la deuxième version n’apporte qu’un ancrage plus fort dans le réel, mais, dans ton texte, ce n’est pas le réel qui est intéressant : c’est ce qu’il y a au-delà.
Alors, moi aussi, je tape 1.
Bon, après avoir lu les commentaires sur cette deuxième version, il semblerait que la première ait été plus appréciée, du coup je lis la première…
Ah, oui ! « Le mieux c’est quand les deux mondes se superposaient parfaitement et qu’elle pouvait agir et paraitre comme si de rien n’était dans un des mondes, tandis que dans l’autre, au même moment, elle était folle, planait aux confins du cosmos , discutait avec l’un de ses neurones surchauffés ou rencontrait Dieu et ses divers avatars. » : ça, j’aime beaucoup ! Vrai que l’histoire que tu as plus développée dans la deuxième version n’apporte qu’un ancrage plus fort dans le réel, mais, dans ton texte, ce n’est pas le réel qui est intéressant : c’est ce qu’il y a au-delà.
Alors, moi aussi, je tape 1.

Halicante- Nombre de messages: 1799
Age: 42
Localisation: Ici et maintenant.
Date d'inscription: 25/05/2008

Re: EXO de l'été : Evanescente
Bizarre : j'aime le coq, j'aime l'âne, mais là... je voterais pour un lapin blanc, malheureusement, y'en a pas !
Je suis infoutue de te dire ce qui fait que je ne marche pas ( moins encore dans la seconde mouture) : je trouve ça long, sans l'humour qui habituellement te caractérise.
Bien que le fil conducteur ( drogue) justifie les considérations sur l'étirement du temps et les fantasmes d'extralucidité, ça ne fonctionne pas : on dirait un cas d'école !
Je suis infoutue de te dire ce qui fait que je ne marche pas ( moins encore dans la seconde mouture) : je trouve ça long, sans l'humour qui habituellement te caractérise.
Bien que le fil conducteur ( drogue) justifie les considérations sur l'étirement du temps et les fantasmes d'extralucidité, ça ne fonctionne pas : on dirait un cas d'école !

coline Dé- Nombre de messages: 8137
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: EXO de l'été : Evanescente
J'ai lu jusqu'au bout la première version parce que c'était l'exercice, quoi, et que je devais commenter... il se confirme, Rebecca, que je suis réfractaire à votre manière, mais cela ne préjuge en rien des qualités du texte ; ce n'est pas mon truc, rien à faire.
Une remarque :
« elle vivait en parallèle et en même temps dans deux réalités et s’était rendu (et non « rendue ») compte »
Une remarque :
« elle vivait en parallèle et en même temps dans deux réalités et s’était rendu (et non « rendue ») compte »

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: EXO de l'été : Evanescente
Je crois que les contraintes libèrent, à conditions d’en accepter le principe : danser au son d’une musique que l’on n’a pas choisie et s’apercevoir que les pas nous sont propres, malgré tout. J’ai parfois eu le sentiment à te lire que ta petite musique, si personnelle, était parfois couverte par le bruit de l’effort, le frottement du duffle-coat sur la robe de soie, en quelque sorte. Pour autant, et chaque fois que j’y ai retrouvé ce qui caractérise ton écriture, inventive et légère, le plaisir n’a pas manqué. Libérez nos camarades ! Des contraintes faisons fi, pour constater, in fine, qu’elles ont été malgré tout respectées….

conselia- Nombre de messages: 559
Age: 50
Localisation: www.printernet-collection.com
Date d'inscription: 17/09/2009

Re: EXO de l'été : Evanescente
Ton avatar me plaisait déjà avant de lire ce texte, peut-être encore plus maintenant.
Ce que j'ai le plus aimé dans cette histoire, c'est bien cette similitude avec l'histoire de Daphnée, transformée en arbre au seul contact du doigt d'Apollon (chez Ovide) et dont un futur pape aura dit :
"Quisquis amans sequitur fugitivae gaudia formae/ fronde manus implet baccas seu carpit amras"
Ou encore si tu ne lis pas plus le latin dans le texte que moi - mais peut-être le fais-tu-:
"Qui aime suivre les formes fugaces des plaisirs se retrouve à la fin avec des feuilles et des baies amères dans la main."
Ça résonne quand même étrangement bien,non? (ça fait partie des choses qui me scotche : ces croisements d'histoire!)
Ici le plaisir vient de ces étoiles qui distordent jusqu'au coup de foudre.
Conquise par l'histoire, tu l'auras compris.
Je trouve cependant que parfois, tu en fais un peu trop.
tu as une belle plume, tu peux te passer de cela. Il est vrai que décrire la plénitude n'est pas si facile et de ce coté tu ne t'en sors pas mal du tout.
Je préfère la première version, malgré tout.
Ce que j'ai le plus aimé dans cette histoire, c'est bien cette similitude avec l'histoire de Daphnée, transformée en arbre au seul contact du doigt d'Apollon (chez Ovide) et dont un futur pape aura dit :
"Quisquis amans sequitur fugitivae gaudia formae/ fronde manus implet baccas seu carpit amras"
Ou encore si tu ne lis pas plus le latin dans le texte que moi - mais peut-être le fais-tu-:
"Qui aime suivre les formes fugaces des plaisirs se retrouve à la fin avec des feuilles et des baies amères dans la main."
Ça résonne quand même étrangement bien,non? (ça fait partie des choses qui me scotche : ces croisements d'histoire!)
Ici le plaisir vient de ces étoiles qui distordent jusqu'au coup de foudre.
Conquise par l'histoire, tu l'auras compris.
Je trouve cependant que parfois, tu en fais un peu trop.
tu as une belle plume, tu peux te passer de cela. Il est vrai que décrire la plénitude n'est pas si facile et de ce coté tu ne t'en sors pas mal du tout.
Je préfère la première version, malgré tout.

Roz-gingembre- Nombre de messages: 1094
Age: 49
Date d'inscription: 14/11/2008
c'est bien
mais pas trop de style, et ça me lasse vitte.

akdonf- Nombre de messages: 87
Age: 55
Localisation: Mir bouteille.
Date d'inscription: 03/09/2010
Re: EXO de l'été : Evanescente
Une idée qui me plaît beaucoup. Et qu'est-ce que tu racontes bien ! Ce thème me touche de près, je retrouve énormément de justesse et de sensibilité dans ton texte, de la poésie aussi et ce qu’il faut d’espoir et d’illusion.
Je me demande ce pendant si le texte n’y gagnerait pas en densité et en qualité si les parties consacrées à John et son père étaient plus concises, moins descriptives.
Je me demande ce pendant si le texte n’y gagnerait pas en densité et en qualité si les parties consacrées à John et son père étaient plus concises, moins descriptives.

Sahkti- Nombre de messages: 25652
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
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