EXO de l’été : Coup de fatigue
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EXO de l’été : Coup de fatigue
Coup de fatigue
Gédéon rentre en courant s’abriter sous la barza —T’as vu ? Ça y’est, il drache, j’avais raison.— Ouais, et tu parles français comme une vache belge.
Froncement de sourcils, il m’interroge du regard.
« Dracher » n’est pas français, je dis. Ça vient de l’allemand « dreschen » … battre le blé, je crois… et… Mais il a ce petit bruit de bouche pstt pstt qui m’invite à me taire. Il sort deux bananes de dessous sa chemise, m’en tend une —Bon miam-miam, il dit, c’est du français, ça ? — et il prend place sur la paillasse à mes côtés. Alors, en synchronie, avec des gestes lents, religieusement nous déshabillons nos bananes. Les absorbons de même, mâchant longuement chaque bouchée. Les yeux fermés.
Il pleut depuis trois jours sur le canapé vert –citron du PINK CAFE TERRASSE. Ce n’est pas normal. Maman Thérèse doit être souffrante. Sans quoi elle l’aurait fait rentrer. Je guette le retour de Gédéon. Je n’ose pas y aller seule, plus maintenant.
Il s’est levé aux aurores — Hé, hé un bon jour pour les champignons de termitière, Mamélie. J’le sens, j’le sais. Et la mienne, j’voudrais qu’tu la voies, elle est énorme. ENAURRRME ! Personne la connaît que moi, hé hé. Que MO-A ! — et il tambourine du poing sur son maigre torse. Ensuite, il bourre sa chemise de sacs en plastique. Puis il s’agenouille pour prendre ma tête entre ses mains, secoue mes joues — Je serai un peu long, c’est pas tout près, puis y faut que j’tarabiscote mon itinéraire pour pas éveiller la curiosité, tu vois. Pour rev’nir, j’attendrai la nuit. Avec les sacs pleins, c’est plus prudent, tu comprends ?— Là-dessus, il se redresse d’un saut de carpe.
Tu comprends ? il répète.
J’acquiesce.
Il est parti.
Et moi, je ris toute seule parce que tant de vie, ça me tue.
Fatigue. Grosse fatigue.
Hier finalement, Gédéon est rentré bredouille. Pas de champignons. C’est rien, j’attends trois jours et j’y retourne, tu verras qu’y en aura plein a t-il bredouillé avant de s’écrouler.
Ce matin, à ma demande, il est allé jeté un œil au PINK CAFE TERRASSE. Il n’a pas voulu que je l’accompagne.
Il chantonnait en revenant. Et quoi ? j’ai demandé. Tout va bien, il a dit. Alors pourquoi elle a pas rentré son canapé ? Parce qu’elle en aura plus besoin de son canapé. T’en fais pas pour Maman Thérèse, désormais c’est tout doux sous ses fesses.
Et vous voyez comme c’est étrange, j’ai eu cette image des fesses de Maman Thérèse qui m’est revenue en flash tout au long de la journée. Je n’y avais jamais pensé de son vivant.
Il pleut de plus en plus fort. Des gouttes grosses comme des noix de palme. Leur martèlement incessant sur le toit de tôle m’endort comme le bruit d’un train. Je veux dire, comme le bruit du train m’endormait quand j’empruntais ce moyen de transport. Je ne pense pas en revoir un jamais. Un train. Mais rien qu’à y penser, j’en entends siffler un. Ici. Dans le silence. Celui du tumulte soporifique de la pluie. Ou bien parfois, j’entends un moteur, un klaxon, un camion. Ils étaient nombreux avant, à traverser la bourgade. Avant l’avant avant-dernière saison des pluies. Quand il y avaient encore des routes, qu’elles n’étaient pas toutes défoncées. Qu’il y avaient encore des bras assez nourris pour les entretenir.
Oui, quand je veux j’entends le train. Comme quoi. Tout est dans la tête quand il n’y a plus rien.
J’ai enfin assez d’énergie pour reprendre le crayon. Que s’est-il passé depuis… depuis deux mois, je crois.
Il pleut. Il pleut toujours. Tous les jours. Nous avons également essuyé quelques orages. Grandioses. « Essuyé » n’est donc pas le mot. Ils sont inessuyables. Et quand la pluie s’arrête, tout est rouge. Tout est éclaboussé, maculé de terre, cet argile ocre-rouge d’ici : la latérite. Les arbres sont rouges, l’herbe est rouge, les murs sont rouges, nos pieds sont rouges. Et rouge le canapé vert-citron du PINK CAFE TERRASSE qui ne connaîtra plus les fesses de Maman Thérèse enterrée. Elle aussi, dans le rouge.
Entre deux orages, les champignons ont fini par éclore sur la termitière ultra-secrète de Gédéon. Nous nous en sommes goinfrés à nous rendre malade, puis nous avons enfumé ce qui restait pour les déshydrater. Ce ne fut pas facile. Du coup il ne nous reste plus que dix allumettes, aie aie !
Le garçon dit qu’il va se renseigner pour savoir comment conserver du feu à la manière des Anciens. M’étonnerait que l’information soit gratuite car tout ce paye aujourd’hui. Au besoin, ça lui coûtera une poignée de champignons séchés. Mais alors le secret de sa termitière, pfuit.
L’orage d’hier a eu raison du grand flamboyant. La foudre n’a que foutre des pléonasmes on dirait.
Je trouve ça beau et triste un flamboyant qui flamboie, a dit Gédéon. Qu’en penses-tu, Mamélie ?
Moi tout ça, si tu veux savoir, ça me fatigue, j’ai soupiré.

Kilis- Nombre de messages: 5679
Age: 66
Localisation: "Nageur", Charles Matton
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
C'est pas la ruée...excusez Août.
Mon avis n'a pas d'importance, car il est toujours le même,
ceci est de la matière à livre, le livre à la Fnac et des gens qui envie d'acheter un vrai livre l’achètent. Oui, j'ai trouvé une phrase qui décore (ou plutôt qui rythme la descente de la banane), mais cela n'a, encore une fois, aucune importance. Moi je dis : mettons les pataugazs et allons chercher ce canapé depuis le début.
Mon avis n'a pas d'importance, car il est toujours le même,
ceci est de la matière à livre, le livre à la Fnac et des gens qui envie d'acheter un vrai livre l’achètent. Oui, j'ai trouvé une phrase qui décore (ou plutôt qui rythme la descente de la banane), mais cela n'a, encore une fois, aucune importance. Moi je dis : mettons les pataugazs et allons chercher ce canapé depuis le début.

pandaworks- Nombre de messages: 11396
Age: 21
Localisation: http://yycafe-asia.com/
Date d'inscription: 25/06/2007

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Un très beau et étrange texte que j'ai relu plusieurs fois. Il a quelque chose d'envoutant .
Par contre, je n'ai pas compris "le grand flamboyant"...un arbre- torche un truc comme ça ?
Comme contraintes, ocre et fatigue sont bien présentes mais craquement de branche, elliptique ? Le coup de foudre?
Par contre, je n'ai pas compris "le grand flamboyant"...un arbre- torche un truc comme ça ?
Comme contraintes, ocre et fatigue sont bien présentes mais craquement de branche, elliptique ? Le coup de foudre?

Rebecca- Nombre de messages: 8051
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Une ambiance... Pfuit ! Comme ça, léger, subtil, tendre .... Un récit tissé avec de l'aérien, déroutant -mais charmeur- à première lecture, pour se révéler ensuite solide, bien structuré. J'ai beaucoup beaucoup aimé l'univers qui se profile, se dessine, que tu nous laisses deviner.
J'ai remarqué et je retiens : Et moi, je ris toute seule parce que tant de vie, ça me tue.
pas pour l'oxymore mais pour des raisons égoïstes, parce que je me retrouve pleinement dans cette phrase.
L'énoncé des contraintes en fin de texte aurait été bienvenue.
J'ai remarqué et je retiens : Et moi, je ris toute seule parce que tant de vie, ça me tue.
pas pour l'oxymore mais pour des raisons égoïstes, parce que je me retrouve pleinement dans cette phrase.
L'énoncé des contraintes en fin de texte aurait été bienvenue.

Easter(Island)- Nombre de messages: 12087
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Easter(Island)- Nombre de messages: 12087
Age: 51
Localisation: à l'horizon
Date d'inscription: 01/03/2008

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Légèreté et profondeur, une combinaison improbable et pourtant la voici en marche ici.
Pour Rebecca : ceci est un flamboyant, mais il en existe des bien plus grands

Pour Rebecca : ceci est un flamboyant, mais il en existe des bien plus grands

Yali- Nombre de messages: 7685
Age: 47
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Ca m'a paru excellent, d'une richesse incroyable, tant d'évocations, de départs de pistes, d'existences suggérées, servi par une écriture précise, économe, qui ne se disperse pas en considérations diverses, qui n'explicite rien, mais qui présente et laisse le lecteur construire le décor et la scène. Une très belle réussite. La barre est haute sur cet exo.

silene82- Nombre de messages: 3560
Age: 54
Localisation: par là
Date d'inscription: 30/05/2009
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
M'a fait penser à du Wim Wenders.
Donc inutile de préciser si j'ai aimé ! Par ailleurs, il m'a bien semblé reconnaitre des bouts...
Il y a juste une phrase qui m'a parue moins naturelle ( mais je n'arrive plus à remettre la main dessus.
Et ceci : car tout ce paye aujourd’hui
Donc inutile de préciser si j'ai aimé ! Par ailleurs, il m'a bien semblé reconnaitre des bouts...
Il y a juste une phrase qui m'a parue moins naturelle ( mais je n'arrive plus à remettre la main dessus.
Et ceci : car tout ce paye aujourd’hui

coline Dé- Nombre de messages: 8137
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Oui, j'ai retrouvé : Ce ne fut pas facile
Il me semble que le passé simple détonne un peu avec le niveau de langage plutôt simple du reste.
Il me semble que le passé simple détonne un peu avec le niveau de langage plutôt simple du reste.

coline Dé- Nombre de messages: 8137
Age: 68
Localisation: Où ça ?
Date d'inscription: 30/08/2008

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Bel oeil ; Pas facile viendrait mieux.

silene82- Nombre de messages: 3560
Age: 54
Localisation: par là
Date d'inscription: 30/05/2009
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Je ne fus pas charmer à ma première lecture, je dois même avouer que je n'avais pas compris grand chose à ce moment ; j'étais dérouté, beaucoup de vocabulaire que je ne comprenais pas, un style qui me perdait un peu et très peu de détails étaient donnés.
Par contre, à ma deuxième, puis, troisième et ... Bon ! J'ai compris ce qu'il y avait de beau et tu as gagné mon cœur !
Merci ! ;-)
Par contre, à ma deuxième, puis, troisième et ... Bon ! J'ai compris ce qu'il y avait de beau et tu as gagné mon cœur !
Merci ! ;-)

Ratz19- Nombre de messages: 307
Age: 21
Date d'inscription: 23/05/2010

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Beaucoup aimé !
"Mon Afrique" s'est réveillée... ainsi que des souvenirs de Buzzati et de Beckett.
"Mon Afrique" s'est réveillée... ainsi que des souvenirs de Buzzati et de Beckett.

dusha- Nombre de messages: 1100
Age: 68
Localisation: ici ou là
Date d'inscription: 31/07/2009
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Une petite tranche de vie qui laisse entrevoir tout un univers en quelques mots et situations.
L'écriture est belle.
Le décor est planté, les personnages vivants, l’ambiance créée mais je ne suis pourtant pas entrée dedans, j'ai regardé sans ressentir.
Désolée d’être passée à côté.
L'écriture est belle.
Le décor est planté, les personnages vivants, l’ambiance créée mais je ne suis pourtant pas entrée dedans, j'ai regardé sans ressentir.
Désolée d’être passée à côté.

elea- Nombre de messages: 3184
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
D'emblée, comme toujours dans tes textes Pili, on entre dans un univers qui t'est très personnel et où tu nous invites à te suivre sans courbettes ni civilités excessives.
J'aime beaucoup cette manière bourrue de nous dire "qui m'aime me suive!" Et le voyage en vaut la chandelle ! Tu nous laisses volontiers la bride sur le cou pour tenter des chemins buissonniers à peine esquissés et on se sent créatifs autant que lecteurs... un régal !
J'aime beaucoup cette manière bourrue de nous dire "qui m'aime me suive!" Et le voyage en vaut la chandelle ! Tu nous laisses volontiers la bride sur le cou pour tenter des chemins buissonniers à peine esquissés et on se sent créatifs autant que lecteurs... un régal !

Arielle- Nombre de messages: 4552
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Je ne suis malheureusement pas parvenue à comprendre cette histoire. Les personnages sont bien campés, la situation aussi, mais il y a trop de choses que je n’ai pas saisies : les champignons, sont-ce des champis hallucinogènes, ou bien est-ce leur seule nourriture ? Pourquoi dit-elle qu’elle ne prendra plus jamais le train ? Et « Je n’ose pas y aller seule, plus maintenant. » ?
« Hé, hé un bon jour pour les champignons de termitière, Mamélie. J’le sens, j’le sais. Et la mienne, j’voudrais qu’tu la voies, elle est énorme. » : de quoi parle-t-il ? Quel rapport avec les champignons ?
Aïe, Pili, je suis perdue !
Je relis : bon, ils sont à la rue. Dans un pays où tout est dévasté : plus de routes, trop de pluie. Je visualise mieux : la terre ocre. L’Australie ? Ou alors un pays d’Afrique. Elle ne prendra plus le train parce qu’ils n’ont aucun espoir de s’en sortir.
A la relecture, je comprends mieux, mais j’ai eu trop de mal à entrer dans cet univers, pourtant dépeint de façon si magistrale.
Ah, et merci pour l’origine de « Il drache » !
« Hé, hé un bon jour pour les champignons de termitière, Mamélie. J’le sens, j’le sais. Et la mienne, j’voudrais qu’tu la voies, elle est énorme. » : de quoi parle-t-il ? Quel rapport avec les champignons ?
Aïe, Pili, je suis perdue !
Je relis : bon, ils sont à la rue. Dans un pays où tout est dévasté : plus de routes, trop de pluie. Je visualise mieux : la terre ocre. L’Australie ? Ou alors un pays d’Afrique. Elle ne prendra plus le train parce qu’ils n’ont aucun espoir de s’en sortir.
A la relecture, je comprends mieux, mais j’ai eu trop de mal à entrer dans cet univers, pourtant dépeint de façon si magistrale.
Ah, et merci pour l’origine de « Il drache » !

Halicante- Nombre de messages: 1799
Age: 42
Localisation: Ici et maintenant.
Date d'inscription: 25/05/2008

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Comme Halicante, je suis assez déroutée. J'applaudis à la belle efficacité du texte, toute une ambiance en quelques mots, mais l'ensemble est trop elliptique à mon goût...
Une remarque : "tout se paye aujourd’hui"
Une remarque : "tout se paye aujourd’hui"

socque- Nombre de messages: 6570
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 07/01/2008
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Ambiance d'apocalypse.
Très réussi, avec un ton fort bien trouvé où les mots s'économisent au profit d'une atmosphère saturée d'humidité et de fin au ventre.
Du beau boulot
Très réussi, avec un ton fort bien trouvé où les mots s'économisent au profit d'une atmosphère saturée d'humidité et de fin au ventre.
Du beau boulot

Roz-gingembre- Nombre de messages: 1094
Age: 49
Date d'inscription: 14/11/2008
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Elliptique et fort. Evoqué seulement, le destin de ces deux-là m’intrigue mais je suis tenu à l’écart. C’est inconfortable et pourtant plaisant. Je peux à loisir y glisser mes images, entre celles qui naissent à la lecture. Je le vois bien brûler l’arbre rouge et la terre dessous comme dessus, imprégnant tout, j’y sens mes pieds, lavés mais sales, avec les petits grains qui s’insinuent.
Plaisir, vraiment.
M'en fous les contraintes, je n'ai même pas cherché, ça m'aurait enlevé quelque chose, je crois.
Plaisir, vraiment.
M'en fous les contraintes, je n'ai même pas cherché, ça m'aurait enlevé quelque chose, je crois.

conselia- Nombre de messages: 559
Age: 50
Localisation: www.printernet-collection.com
Date d'inscription: 17/09/2009

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
"...tant de vie ça me tue".
Rien que pour ça j'achète. Et puis le flamboyant qui plénoasme sous la foudre et les champignons qu'on enfume (au fait, quel genre de champignons, la police serait curieuse de le savoir) et le canapé sous les fesses de Mamélie, bref du Pili-Pili de la meilleure veine africaine, à la fois décalé et bien droit dans ses bottes. Coloniales naturellement.
Rien que pour ça j'achète. Et puis le flamboyant qui plénoasme sous la foudre et les champignons qu'on enfume (au fait, quel genre de champignons, la police serait curieuse de le savoir) et le canapé sous les fesses de Mamélie, bref du Pili-Pili de la meilleure veine africaine, à la fois décalé et bien droit dans ses bottes. Coloniales naturellement.

Gobu- Nombre de messages: 1287
Age: 58
Date d'inscription: 18/06/2007
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Hé bé Pili, j'ai pas grand-chose à dire, parce que tout me paraît superbe. Que de vie et de corps tu donnes à tes personnages... pfiouuu, beaucoup beaucoup aimé !
Pas super constructif ce comm', j'en conviens, mais voilà ! : - )
Pas super constructif ce comm', j'en conviens, mais voilà ! : - )

Sahkti- Nombre de messages: 25652
Age: 38
Localisation: Suisse et Belgique
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Un texte qui exprime, avec sensibilité, un accablement et un abattement, une attente lasse, une fatigue de vivre.
Dans le village africain où se situe la scène, ce n’est pas le soleil et la sécheresse qui, comme l’on pourrait s’y attendre, sont accablants, mais la pluie. Ce n’est pas une pluie qui féconde la terre, et lui redonne vie, c’est une pluie mortelle. Dans ce village d’Afrique, il pleut, et il meurt. La pluie n’arrose pas, ne vivifie pas, mais sème la mort. Elle s’abat sur la terre, abat toute vie, elle drache. La pluie est la faucheuse. La terre en est rouge, toute rouge, sanguinolente, blessée.
Gédéon, l’africain, conserve son caractère enjoué et sa vitalité malgré la situation. Il assure la survie. Il trouve les bananes qui nourrissent, tire partie de la pluie diluvienne par la cueillette des champignons. Mamélie, elle, que l’on devine européenne, se sent abattue, fatiguée, dans ce lieu de désolation, lieu de solitude, loin de tout, hors de tout, où guettent les dangers de la lutte pour la survie, où rôde la mort. Une très belle image, celle de la pluie incessante qui tombe sur un canapé vide, canapé vert maculé de rouge sang, où nul désormais ne s’assoit plus, exprime avec force le sentiment de déréliction de la narratrice.
Très beau texte, Pili.
Dans le village africain où se situe la scène, ce n’est pas le soleil et la sécheresse qui, comme l’on pourrait s’y attendre, sont accablants, mais la pluie. Ce n’est pas une pluie qui féconde la terre, et lui redonne vie, c’est une pluie mortelle. Dans ce village d’Afrique, il pleut, et il meurt. La pluie n’arrose pas, ne vivifie pas, mais sème la mort. Elle s’abat sur la terre, abat toute vie, elle drache. La pluie est la faucheuse. La terre en est rouge, toute rouge, sanguinolente, blessée.
Gédéon, l’africain, conserve son caractère enjoué et sa vitalité malgré la situation. Il assure la survie. Il trouve les bananes qui nourrissent, tire partie de la pluie diluvienne par la cueillette des champignons. Mamélie, elle, que l’on devine européenne, se sent abattue, fatiguée, dans ce lieu de désolation, lieu de solitude, loin de tout, hors de tout, où guettent les dangers de la lutte pour la survie, où rôde la mort. Une très belle image, celle de la pluie incessante qui tombe sur un canapé vide, canapé vert maculé de rouge sang, où nul désormais ne s’assoit plus, exprime avec force le sentiment de déréliction de la narratrice.
Très beau texte, Pili.
Louis- Nombre de messages: 329
Age: 56
Date d'inscription: 28/10/2009
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Et moi, je ris toute seule parce que tant de vie, ça me tue.
excellente cette phrase!
J'aime assez l'ensemble, je trouve qu'il y a quelque chose d'attachant, au niveau des personnages, mais également de l'atmosphère, je ne sais pas, comme une proximité. Après, ce qui m'a un peu frustrée, gênée, et peut-être un peu "déroutée" comme disaient Halicante et socque, c'est que j'ai eu l'impression d'être parachutée au beau milieu d'un récit, roman, de sentir qu'il s'est passé des choses avant, qu'il va s'en passer aussi après, et donc d'avoir la sensation de lire un fragment de quelque chose qui est conçu pour avoir plus d'ampleur.
Mais une ambiance, c'est sûr!
excellente cette phrase!
J'aime assez l'ensemble, je trouve qu'il y a quelque chose d'attachant, au niveau des personnages, mais également de l'atmosphère, je ne sais pas, comme une proximité. Après, ce qui m'a un peu frustrée, gênée, et peut-être un peu "déroutée" comme disaient Halicante et socque, c'est que j'ai eu l'impression d'être parachutée au beau milieu d'un récit, roman, de sentir qu'il s'est passé des choses avant, qu'il va s'en passer aussi après, et donc d'avoir la sensation de lire un fragment de quelque chose qui est conçu pour avoir plus d'ampleur.
Mais une ambiance, c'est sûr!

Lyra will- Nombre de messages: 12283
Age: 23
Localisation: The mec bidon's work
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
J'aime beaucoup et je me disais que tout un roman dans cette atmosphère là, ça le ferait bien.
Je dois insister sur l'extraordinaire qualité d'écriture ! Je détaille un peu :
Techniquement, il faut regarder l'alternance des dialogues, le flot des pensées (passé présent futur). Comment les situations se trament, comment l'atmosphère se pose, pratiquement sans passages narratifs ou descriptifs. Le jeu des tensions narratives (champignons, allumettes) aussi relancent le récit.
J'ai l'impression, si je peux me permettre, que beaucoup gagneraient à regarder d'un peu plus près comment ce texte est fichu, non pour faire pareil, mais simplement pour comprendre comment et pourquoi ça marche.
Je dois insister sur l'extraordinaire qualité d'écriture ! Je détaille un peu :
Techniquement, il faut regarder l'alternance des dialogues, le flot des pensées (passé présent futur). Comment les situations se trament, comment l'atmosphère se pose, pratiquement sans passages narratifs ou descriptifs. Le jeu des tensions narratives (champignons, allumettes) aussi relancent le récit.
J'ai l'impression, si je peux me permettre, que beaucoup gagneraient à regarder d'un peu plus près comment ce texte est fichu, non pour faire pareil, mais simplement pour comprendre comment et pourquoi ça marche.

Loupbleu- Nombre de messages: 5849
Age: 40
Localisation: loupbleu@vosecrits.com
Date d'inscription: 12/12/2005
Re: EXO de l’été : Coup de fatigue
Planter un décor dans la première phrase c'est un joli tour de main presti tidi digi tidi gneuse... magique quoi, pour dire.
L'atmosphère, tu as ça dans le sang Kilis. Jamais de mes voyages, je ne pourrais transcrire ce genre d'ambiance. Le vécu est présent et on ne peut l'imiter. Tu auras beau travailler ton texte, inventer des personnages, rien à faire, le naturel revient de lui-même. Et ça plait. C'est bon signe.
Commentaire peu constructif, surement parce que tu démontes mes ambitions d'écrire simple.
L'atmosphère, tu as ça dans le sang Kilis. Jamais de mes voyages, je ne pourrais transcrire ce genre d'ambiance. Le vécu est présent et on ne peut l'imiter. Tu auras beau travailler ton texte, inventer des personnages, rien à faire, le naturel revient de lui-même. Et ça plait. C'est bon signe.
Commentaire peu constructif, surement parce que tu démontes mes ambitions d'écrire simple.

bertrand-môgendre- Nombre de messages: 5932
Age: 56
Localisation: à vau-le-vent
Date d'inscription: 15/08/2007

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