Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
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Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Rêvelin a écrit:Vous parlez des artistes, je parle de personnes qui essayent d'écrire un poème.
C'est vraiment différent.
En quoi ?
Merci.
Tristan a écrit:parler de brassage d'argent dans le monde de la poésie (performances comprises), je trouve ça un peu gros. pour vivre, ou même se payer une bonne grosse biture, vaut mieux écrire un roman à la nothomb
Je n'ai pas dit que les poètes devaient brasser de l'argent, je dis que tout artiste a besoin de se sustenter.
Par contre, c'est vrai que bien des grands poètes ou formidables écrivains ne sont que le fruit du marketing, donc du fric .... voulez-vous des noms ?
Les éditeurs, et les médias qui diffusent par voies de presses ou d'ondes hertziennes ou numériques ne sont pas prêts à passer des gugusses qui récitent des poèmes ...... sauf si ça rapporte des pépètes ..... comme 'grand corps malade' notre grand pouet pouet national ! son 'Roméo et Juliette' est digne de l'anthologie des proutts du siècle et des siècles ...... Par contre, je lis ici, sur ce site et sur d'autres des textes qui mériteraient d'être connus du grand public ......... ça n'est pas prêt d'arriver !
Amicalement
PS: l'argent n'a jamais frappé personne .... ou alors, c'était vraiment par mégarde ! :-))

Yfig- Nombre de messages: 67
Age: 63
Date d'inscription: 06/06/2011
Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Et bien je connais nombre de poètes dont certains "célèbres" et aucun n'est le fruit du marketing ^^
Mais peut-être ne nous entendons nous pas, déjà, sur la définition du poème, et ce serait là le fruit de notre décalage.
Car la question ne se pose pas vraiment, pour mes connaissances et moi-même, de brasser ou non de l'argent dans le cadre de nos travaux poétiques.
Bon, et s'il fallait reprendre plus précisément votre première longue intervention, je me contenterai de demander, d'abord, en quoi vous pouvez dire que le cinéma est mort alors que la France est en ce moment une des plus grosses fourmilières de cinéastes au monde.
Mais bon, ce n'est pas le sujet.
Mais peut-être ne nous entendons nous pas, déjà, sur la définition du poème, et ce serait là le fruit de notre décalage.
Car la question ne se pose pas vraiment, pour mes connaissances et moi-même, de brasser ou non de l'argent dans le cadre de nos travaux poétiques.
Bon, et s'il fallait reprendre plus précisément votre première longue intervention, je me contenterai de demander, d'abord, en quoi vous pouvez dire que le cinéma est mort alors que la France est en ce moment une des plus grosses fourmilières de cinéastes au monde.
Mais bon, ce n'est pas le sujet.

Rêvelin- Nombre de messages: 1442
Age: 20
Localisation: Angers
Date d'inscription: 12/11/2009

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Yfig a écrit:Je me réjouis, personnellement de la décrépitude du monde des arts, c’est la réponse du peuple à l’élite et HURLER qu’on a du génie, c’est du bruit pour rien.
...

Lyra will- Nombre de messages: 12284
Age: 23
Localisation: The mec bidon's work
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
tiens, Lyra, j'ai toujours pas reçu ton mail au fait

Tristan- Nombre de messages: 2982
Age: 24
Localisation: Nancy
Date d'inscription: 24/06/2007

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Ah, voilà un haut de page pour Yfig.
préambule :
je ne connais pas beaucoup l'art
pas plus le monde de la finance
ce qui me gêne le plus dans ton discours Yfig, c'est qu'il ressort de tes mots qu'on ait d'un côté les gentils et de l'autre les méchants.
je suis tour à tour ange et démon.
je suis même capable (petite vieille - de faire ça : je ne parle pas de ce bouffon de Onfray qui enseigne Kant à des vieillards délabrés et béats d’admiration crédule
et de raisonner, si, si.
je suis du peuple et vous revendique la place de poète. d'érudit de décideur et de payeur
je ne veux ni argent ni laurier, je veux écrire et brûler (suis je Kafka ?)
Bonjour VE
préambule :
je ne connais pas beaucoup l'art
pas plus le monde de la finance
ce qui me gêne le plus dans ton discours Yfig, c'est qu'il ressort de tes mots qu'on ait d'un côté les gentils et de l'autre les méchants.
je suis tour à tour ange et démon.
je suis même capable (petite vieille - de faire ça : je ne parle pas de ce bouffon de Onfray qui enseigne Kant à des vieillards délabrés et béats d’admiration crédule
et de raisonner, si, si.
je suis du peuple et vous revendique la place de poète. d'érudit de décideur et de payeur
je ne veux ni argent ni laurier, je veux écrire et brûler (suis je Kafka ?)
Bonjour VE
- Spoiler:
- c'est sûrement malhabile comme d'hab' tant pis, je file sur tapages, il 'm en a donné envie)

éclaircie- Nombre de messages: 1641
Age: 56
Localisation: au monde et du bon coté
Date d'inscription: 18/02/2009

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Tristan a écrit:tiens, Lyra, j'ai toujours pas reçu ton mail au fait
je m'en occupe ce soir!

Lyra will- Nombre de messages: 12284
Age: 23
Localisation: The mec bidon's work
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
On pourrait opposer à cela que le discours tenu n'est pas si différent du discours adverse, ni dans son style ni d'en l'emploi des poncifs. On pourrait imaginer même qu'il existe une similitude entre les "artistes" showbizz et les "artistes" maudits, tant les uns comme les autres se complaisent dans le tout reconnaissant et l'inverse, dans le pognon ou la misère, mais avec la même volupté. Entre : je fais de la merde mais je m'enrichie — financièrement s'entend -, et Je fais de la qualité mais je m'enrichie — intellectuellement s'entend, il n'y a que peu en vérité de l'ordre d'un adjectif, et dans les deux cas, ces deux extrêmes prennent beaucoup de place et de leurs ventres bombés d'un égo déplacé, laissent quasiment pas l'espace à ceux — il y en a — qui font et défont l'art au jour le jour, qui, talentueux et opiniâtres, ont le bon goût de ne pas mélanger l'art et le discours. Au bout du compte, les extrêmes tombent dans l'oubli, inévitablement s'y perdent ayant zappé, qu'entre la mer et la terre, sont les bateaux. Et qu'un navire n'est pas né d'un hasard, pas davantage d'une intervention divine, mais de l'observation, mais de la réflexion, mais du travail des Hommes. Rien n'est inné, rien n'est don, rien ne nous est accordé, pas plus le grain que l'ivraie. La merde ça se mérite, suffit pas de se plaindre de n'être pas compris, aimé ou reconnu, non, faut en chier et ne pas faire que l'affirmer. Ça me fait penser à ces peintres qui douillettement s'expriment avec les outils des siècles derniers, qui se lèvent et qui disent : "le siècle ne m'a pas compris", sauf qu'en aucun cas ils ont eu le désir ou même l'intention intellectuelle d'assimiler ledit siècle, son histoire, sa démarche artistique, et qui, d'un revers de main balaient le conceptuel, le ready made ou tout autre intervention parce que hors de leur portée, et, la fainéantise…
Inversement, la réussite ça se mérite, mais comme par réussite on ressort toujours les mêmes sans vraiment regarder de près, elle a tendance à nous dégoûter. Sauf que Nothomb vend infiniment moins de livres qu’un Jim Harrisson ou qu’un Philippe Djian. Mais la soupe populaire qui sert aux deux camps et dans laquelle les deux se baignent volontiers… Soupe populaire des medias qui imposent au peuple, car sans eux nous n'achèterions rien, pire, nous consommerions autre chose. C’est ce qu’il plaît de croire aux deux bords. Deux bords si passionnés par leurs discours respectifs et étrangement si similaires, qu’ils en oublient le principal. Principal qui assis sur son cul, là, depuis le début, ne s’étonne plus que l’on ne lui demande pas son avis alors qu’il se nomme «Chiffres» et que «Chiffres» n’a pas d’humeur, pas d’ego. Il est curieux de constater que «Chiffres» dès lors qu’il s’agit d’avoir raison ou/et de défendre une paroisse, une du genre possédant une nef haute, histoire d’écraser le croyant ou le presque croyant, compte pour du beurre.
Inversement, la réussite ça se mérite, mais comme par réussite on ressort toujours les mêmes sans vraiment regarder de près, elle a tendance à nous dégoûter. Sauf que Nothomb vend infiniment moins de livres qu’un Jim Harrisson ou qu’un Philippe Djian. Mais la soupe populaire qui sert aux deux camps et dans laquelle les deux se baignent volontiers… Soupe populaire des medias qui imposent au peuple, car sans eux nous n'achèterions rien, pire, nous consommerions autre chose. C’est ce qu’il plaît de croire aux deux bords. Deux bords si passionnés par leurs discours respectifs et étrangement si similaires, qu’ils en oublient le principal. Principal qui assis sur son cul, là, depuis le début, ne s’étonne plus que l’on ne lui demande pas son avis alors qu’il se nomme «Chiffres» et que «Chiffres» n’a pas d’humeur, pas d’ego. Il est curieux de constater que «Chiffres» dès lors qu’il s’agit d’avoir raison ou/et de défendre une paroisse, une du genre possédant une nef haute, histoire d’écraser le croyant ou le presque croyant, compte pour du beurre.
Yali- Nombre de messages: 7685
Age: 47
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Yali a écrit:On pourrait opposer à cela que le discours tenu n'est pas si différent du discours adverse, ni dans son style ni d'en l'emploi des poncifs. On pourrait imaginer même qu'il existe une similitude entre les "artistes" showbizz et les "artistes" maudits, tant les uns comme les autres se complaisent dans le tout reconnaissant et l'inverse, dans le pognon ou la misère, mais avec la même volupté. Entre : je fais de la merde mais je m'enrichie — financièrement s'entend -, et Je fais de la qualité mais je m'enrichie — intellectuellement s'entend, il n'y a que peu en vérité de l'ordre d'un adjectif, et dans les deux cas, ces deux extrêmes prennent beaucoup de place et de leurs ventres bombés d'un égo déplacé, laissent quasiment pas l'espace à ceux — il y en a — qui font et défont l'art au jour le jour, qui, talentueux et opiniâtres, ont le bon goût de ne pas mélanger l'art et le discours. Au bout du compte, les extrêmes tombent dans l'oubli, inévitablement s'y perdent ayant zappé, qu'entre la mer et la terre, sont les bateaux. Et qu'un navire n'est pas né d'un hasard, pas davantage d'une intervention divine, mais de l'observation, mais de la réflexion, mais du travail des Hommes. Rien n'est inné, rien n'est don, rien ne nous est accordé, pas plus le grain que l'ivraie. La merde ça se mérite, suffit pas de se plaindre de n'être pas compris, aimé ou reconnu, non, faut en chier et ne pas faire que l'affirmer. Ça me fait penser à ces peintres qui douillettement s'expriment avec les outils des siècles derniers, qui se lèvent et qui disent : "le siècle ne m'a pas compris", sauf qu'en aucun cas ils ont eu le désir ou même l'intention intellectuelle d'assimiler ledit siècle, son histoire, sa démarche artistique, et qui, d'un revers de main balaient le conceptuel, le ready made ou tout autre intervention parce que hors de leur portée, et, la fainéantise…
Inversement, la réussite ça se mérite, mais comme par réussite on ressort toujours les mêmes sans vraiment regarder de près, elle a tendance à nous dégoûter. Sauf que Nothomb vend infiniment moins de livres qu’un Jim Harrisson ou qu’un Philippe Djian. Mais la soupe populaire qui sert aux deux camps et dans laquelle les deux se baignent volontiers… Soupe populaire des medias qui imposent au peuple, car sans eux nous n'achèterions rien, pire, nous consommerions autre chose. C’est ce qu’il plaît de croire aux deux bords. Deux bords si passionnés par leurs discours respectifs et étrangement si similaires, qu’ils en oublient le principal. Principal qui assis sur son cul, là, depuis le début, ne s’étonne plus que l’on ne lui demande pas son avis alors qu’il se nomme «Chiffres» et que «Chiffres» n’a pas d’humeur, pas d’ego. Il est curieux de constater que «Chiffres» dès lors qu’il s’agit d’avoir raison ou/et de défendre une paroisse, une du genre possédant une nef haute, histoire d’écraser le croyant ou le presque croyant, compte pour du beurre.
Très joli plaidoyer ...... très long et emberlificoté, le même discours, la même chanson de ceux pour qui vendre est l'ultime rançon de l'art.
Le chiffre, les chiffres parlent !
Mais oui madame, mais oui monsieur, les chiffrent parlent d'eux mêmes et le couillon qui ne comprend pas leur langage n'est pas digne d'une stance !
Ainsi, les sondages désignent-ils sans la moindre ambiguïté possible le vainqueur des élections, Ben Ali est un saint homme aux dires de DSK et ma concierge joue dans la mort du cygne aux galeries Barbès !
Yali, je ne vous en veux pas de votre candeur, tant de gens se font berner par les discours officiels, le politiquement correct et tout le baragouin qui va avec ......
Vous n'ignorez qu'une chose, une toute petite chose : L'argent achète tout !
Amicalement

Yfig- Nombre de messages: 67
Age: 63
Date d'inscription: 06/06/2011
Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Yfig a écrit:
Vous n'ignorez qu'une chose, une toute petite chose : L'argent achète tout !
Amicalement
Ah, alors dans ce cas cessons d'œuvrer et mettons en quête d'une corde si toutefois nous avons les moyens de nous l'offrir, ça va de soi :-)
Yali- Nombre de messages: 7685
Age: 47
Date d'inscription: 12/12/2005

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Je viens de relire les règles du forum et j'ai enfreint au moins dix principes.
Pardon !
Mea culpa, je ne voulais pas être lapidaire mais compendieux, ce qui, vous l'avouerez est proche l'un de l'autre !
Bien évidemment, ce que je voulais dire, c'est que l'argent peut transformer un étron en lingot d'or !!!! Ce qui fausse toutes les valeurs de référence.
Je ne vais pas m'enfoncer en donnant des noms, des exemples, des anecdotes ..... c'est à l'infini .....
Pardon Yali, je respecte votre conviction et j'essaie de la comprendre.
Vous vous placez, je crois, sur le vecteur éthique quand, vieux con que je suis, je ne vois que la pratique.
Continuez de défendre les valeurs humanistes et idéalistes, laissez-moi la responsabilité des cordes je n'en vaux même pas une.
A la jeunesse de croire, croitre et de pousser ..... aux vieux de leur préparer le terrain !
Amicalement
Pardon !
Mea culpa, je ne voulais pas être lapidaire mais compendieux, ce qui, vous l'avouerez est proche l'un de l'autre !
Bien évidemment, ce que je voulais dire, c'est que l'argent peut transformer un étron en lingot d'or !!!! Ce qui fausse toutes les valeurs de référence.
Je ne vais pas m'enfoncer en donnant des noms, des exemples, des anecdotes ..... c'est à l'infini .....
Pardon Yali, je respecte votre conviction et j'essaie de la comprendre.
Vous vous placez, je crois, sur le vecteur éthique quand, vieux con que je suis, je ne vois que la pratique.
Continuez de défendre les valeurs humanistes et idéalistes, laissez-moi la responsabilité des cordes je n'en vaux même pas une.
A la jeunesse de croire, croitre et de pousser ..... aux vieux de leur préparer le terrain !
Amicalement

Yfig- Nombre de messages: 67
Age: 63
Date d'inscription: 06/06/2011
Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Linda Maria Baros
Les enfants passés au tamis
C’est pour toi,
pour que tu sois plus grande et plus belle
et plus droite,
que je me suis coupé le cœur en deux,
comme un sabot d’agneau.
J’ai volé et j’ai menti, j’ai craché du sang.
J’ai lavé des cadavres
et j’ai dormi sur des sacs plastique
remplis de déchets trouvés dans les poubelles,
dans des rues qui gardent toujours
un couteau à la main j’ai dormi,
parmi les écailles des vieux mendiants de la ville,
qui, en ton honneur, se sont laissés pousser
la barbe jusqu’aux chevilles,
comme les anciens Sumériens
partis chasser des lions pour leurs bien-aimées.
C’est pour toi que je me suis laissé hanter
par les cagous de minuit,
c’est auprès de toi que j’ai pleuré quand tu grattais la terre
avec les ongles, comme un cheval aux yeux arrachés,
j’ai pleuré, comme une suicidaire
dont le train réchauffe les jambes.
J’ai vécu parmi les enfants de la rue
qui inhalent de la colle, livides
comme quelques grosses pierres bercées
par les filets de l’éther,
que le tamis fait tourner dans le concasseur,
dans les égouts.
C’est pour toi que j’ai hurlé à la croisée des chemins, hissée
- sur quelque raclage hissée -
dans les fourches des barbeaux.
Je me suis laissé voler par les casseurs, par les magouilleurs,
dans le vacarme des cuillères grandes comme des pelles,
qui tintaient dans les gamelles.
J’ai erré à travers les troquets
qui sentaient le gaz, le chipset brûlé, le réseau,
je me suis frottée aux pyramides de vodka
et aux mains de tes grands hommes
- comme un chat qui se frotte au manuel d’électricité -,
ils ont aussi empourpré mon autre joue,
sans cesse leurs doigts ont heurté ma côte
et ils ont coupé mon cœur en quatre,
en riant, « parce que les auras des saintes sont ainsi »,
et ils m’ont passée au tamis
en même temps que tes autres enfants,
ils m’ont mis le bâillon d’autres paroles.
En ton nom, j’ai caché, comme une ordure,
dans mes poches, parmi les hardes,
les rats vigoureux de la trahison.
J’ai nourri, c’est avec ma chair
que j’ai nourri le pitbull du cachot.
J’ai pleuré, quand tu grattais la terre avec les ongles,
tout comme les chevaux aux yeux arrachés.
Oui, c’est pour toi que je suis entrée en force dans ce monde
comme une vague de sang
qui ne retrouve plus son chemin vers le cœur.
Les lycéens arrachent des oiseaux de leur rectum
Dans un vol noueux, de Mig 16,
descend le soir sur Sankt-Petersburg,
comme à travers un mince placenta, de vitre rougeâtre.
Quelques nacelles - les dômes
semblent se visser avec leurs gros nichons
dans l’air, la tête vers le bas.
À cette heure-là, les lycéens quittent le bahut,
cassent les portes étroites des salles de classe
(ils ont tous une tronçonneuse attachée à la cuisse
avec les cordes hormonales du délire).
Ils passent à travers les grands boulevards
qui sonnent creux,
les gencives bleuâtres de quelque rigole,
les rosettes des squares.
Les boutiques tendent la main dans la rue ;
les portes - vitrifiées.
Des filles aux seins bourgeonnants
ont l’air de les attendre, mais non,
dans les rues, dans d’étroits canyons roses,
des filles minces, d’été,
qui n’ont pas encore connu le pistolet à peinture.
Leur chevelure vole comme un F17,
fait sortir les hommes à travers les murs,
écrase leurs narines rouges.
Sur Nevski-Prospekt.
Les lycéens arrivent, ils essaient de garder leur équilibre
sur la corde nouée du sexe,
les bras jetés de part et d’autre ;
les réformateurs, les sosies halètent sur Nevski-Prospekt,
en même temps que les uniformes.
Mais les filles se promènent, tête baissée,
bien avant que le temps soit venu,
sur les ponts circulaires de la séparation ;
leurs pupilles injectées
errent rêveuses dans le ciel, vont vers le couchant,
sur les immeubles où, dans de grandes mosaïques,
sous les drapeaux rouges, figés,
les ouvriers, toujours les mêmes,
élèvent vigoureusement la massue,
les trayeuses aux doigts d’émail, toujours les mêmes,
tirent laborieusement sur le pis de la vache.
Aux alentours, il y a la ville sèche, extraite des tribunes,
coupée en de minces tranches sur lesquelles
les mendiants sonnent le glas avec leurs dents,
avec leurs gencives abrasives.
La ville crucifiée par les vis coniques
des événements quotidiens.
Des oiseaux de nuit planent, hagards, au-dessus de la Neva.
Après les vêpres, sa langue se tait.
Les combinards boivent les verres de vodka d’un trait,
avalent des balles
dans des aquariums à la lumière jaunâtre ;
une tête de Bulgare roule sous les tables.
Il y en a d’autres qui attendent dans des gangs obscurs
qui sonnent comme un corps caverneux.
Leurs branchies flottent dans l’air, appellent.
Les entrées des passages souterrains
clapotent dans la pénombre,
comme piégées dans les convulsions d’un sphincter.
C’est là que vont les hommes,
ils se faufilent dans les galeries payantes, affaissées.
Ils défont le nœud d’autres genoux.
Ils retiennent leur respiration,
le doigt coincé dans une porte.
Tranchante et courte la corde de la satisfaction.
Vers minuit, au loin, sous les ponts,
les mendiants sucent leur index
tout en dormant, comme des enfants ;
ils montrent leurs gencives et rient.
L’obscurité descend sur Nevski-Prospekt,
elle n’a aucune pitié et ne pardonne jamais.
À la maison, les lycéens arrachent des oiseaux de leur rectum
Les enfants passés au tamis
C’est pour toi,
pour que tu sois plus grande et plus belle
et plus droite,
que je me suis coupé le cœur en deux,
comme un sabot d’agneau.
J’ai volé et j’ai menti, j’ai craché du sang.
J’ai lavé des cadavres
et j’ai dormi sur des sacs plastique
remplis de déchets trouvés dans les poubelles,
dans des rues qui gardent toujours
un couteau à la main j’ai dormi,
parmi les écailles des vieux mendiants de la ville,
qui, en ton honneur, se sont laissés pousser
la barbe jusqu’aux chevilles,
comme les anciens Sumériens
partis chasser des lions pour leurs bien-aimées.
C’est pour toi que je me suis laissé hanter
par les cagous de minuit,
c’est auprès de toi que j’ai pleuré quand tu grattais la terre
avec les ongles, comme un cheval aux yeux arrachés,
j’ai pleuré, comme une suicidaire
dont le train réchauffe les jambes.
J’ai vécu parmi les enfants de la rue
qui inhalent de la colle, livides
comme quelques grosses pierres bercées
par les filets de l’éther,
que le tamis fait tourner dans le concasseur,
dans les égouts.
C’est pour toi que j’ai hurlé à la croisée des chemins, hissée
- sur quelque raclage hissée -
dans les fourches des barbeaux.
Je me suis laissé voler par les casseurs, par les magouilleurs,
dans le vacarme des cuillères grandes comme des pelles,
qui tintaient dans les gamelles.
J’ai erré à travers les troquets
qui sentaient le gaz, le chipset brûlé, le réseau,
je me suis frottée aux pyramides de vodka
et aux mains de tes grands hommes
- comme un chat qui se frotte au manuel d’électricité -,
ils ont aussi empourpré mon autre joue,
sans cesse leurs doigts ont heurté ma côte
et ils ont coupé mon cœur en quatre,
en riant, « parce que les auras des saintes sont ainsi »,
et ils m’ont passée au tamis
en même temps que tes autres enfants,
ils m’ont mis le bâillon d’autres paroles.
En ton nom, j’ai caché, comme une ordure,
dans mes poches, parmi les hardes,
les rats vigoureux de la trahison.
J’ai nourri, c’est avec ma chair
que j’ai nourri le pitbull du cachot.
J’ai pleuré, quand tu grattais la terre avec les ongles,
tout comme les chevaux aux yeux arrachés.
Oui, c’est pour toi que je suis entrée en force dans ce monde
comme une vague de sang
qui ne retrouve plus son chemin vers le cœur.
Les lycéens arrachent des oiseaux de leur rectum
Dans un vol noueux, de Mig 16,
descend le soir sur Sankt-Petersburg,
comme à travers un mince placenta, de vitre rougeâtre.
Quelques nacelles - les dômes
semblent se visser avec leurs gros nichons
dans l’air, la tête vers le bas.
À cette heure-là, les lycéens quittent le bahut,
cassent les portes étroites des salles de classe
(ils ont tous une tronçonneuse attachée à la cuisse
avec les cordes hormonales du délire).
Ils passent à travers les grands boulevards
qui sonnent creux,
les gencives bleuâtres de quelque rigole,
les rosettes des squares.
Les boutiques tendent la main dans la rue ;
les portes - vitrifiées.
Des filles aux seins bourgeonnants
ont l’air de les attendre, mais non,
dans les rues, dans d’étroits canyons roses,
des filles minces, d’été,
qui n’ont pas encore connu le pistolet à peinture.
Leur chevelure vole comme un F17,
fait sortir les hommes à travers les murs,
écrase leurs narines rouges.
Sur Nevski-Prospekt.
Les lycéens arrivent, ils essaient de garder leur équilibre
sur la corde nouée du sexe,
les bras jetés de part et d’autre ;
les réformateurs, les sosies halètent sur Nevski-Prospekt,
en même temps que les uniformes.
Mais les filles se promènent, tête baissée,
bien avant que le temps soit venu,
sur les ponts circulaires de la séparation ;
leurs pupilles injectées
errent rêveuses dans le ciel, vont vers le couchant,
sur les immeubles où, dans de grandes mosaïques,
sous les drapeaux rouges, figés,
les ouvriers, toujours les mêmes,
élèvent vigoureusement la massue,
les trayeuses aux doigts d’émail, toujours les mêmes,
tirent laborieusement sur le pis de la vache.
Aux alentours, il y a la ville sèche, extraite des tribunes,
coupée en de minces tranches sur lesquelles
les mendiants sonnent le glas avec leurs dents,
avec leurs gencives abrasives.
La ville crucifiée par les vis coniques
des événements quotidiens.
Des oiseaux de nuit planent, hagards, au-dessus de la Neva.
Après les vêpres, sa langue se tait.
Les combinards boivent les verres de vodka d’un trait,
avalent des balles
dans des aquariums à la lumière jaunâtre ;
une tête de Bulgare roule sous les tables.
Il y en a d’autres qui attendent dans des gangs obscurs
qui sonnent comme un corps caverneux.
Leurs branchies flottent dans l’air, appellent.
Les entrées des passages souterrains
clapotent dans la pénombre,
comme piégées dans les convulsions d’un sphincter.
C’est là que vont les hommes,
ils se faufilent dans les galeries payantes, affaissées.
Ils défont le nœud d’autres genoux.
Ils retiennent leur respiration,
le doigt coincé dans une porte.
Tranchante et courte la corde de la satisfaction.
Vers minuit, au loin, sous les ponts,
les mendiants sucent leur index
tout en dormant, comme des enfants ;
ils montrent leurs gencives et rient.
L’obscurité descend sur Nevski-Prospekt,
elle n’a aucune pitié et ne pardonne jamais.
À la maison, les lycéens arrachent des oiseaux de leur rectum

Rêvelin- Nombre de messages: 1442
Age: 20
Localisation: Angers
Date d'inscription: 12/11/2009

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Lyrikline, un des sites de poésie contemporaine qui propose des textes lus par leurs auteurs, auteurs qui viennent du monde entier :
Florence Pazzottu
Jean-Michel Maulpoix
Antoine Emaz
Patrice Delbourg
Florence Pazzottu
Jean-Michel Maulpoix
Antoine Emaz
Patrice Delbourg

Rêvelin- Nombre de messages: 1442
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Date d'inscription: 12/11/2009

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Comme chaque fois que je suis une de tes suggestions sur ce fil, je viens de faire une découverte : ce site que je ne connaissais pas et que je vais garder précieusement dans mes favoris. Merci Rêvelin !

Arielle- Nombre de messages: 4555
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Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
les lèvres remuent des mots pas prononcés
recouverts par le bruissement des feuillages sur la tonnelle
quoi faire des peaux rapprochées par les tissus
décalquant un moment leurs nervures
comment emmagasiner la chaleur confondue des corps
la rendre à une parole
que lire dans les lignes noires des yeux qui s’ancrent trop
souligner le regard de la bordure des cils n’arrange rien au
mystère qui suit les volutes de fumée
le vert du jardin dans l’odeur du tabac
les bras touchés un peu selon la courbe d’allées herbues
quoi dire de ces contacts silencieux hormis les penser en
prolongements des conversations
rester avec eux dans le noir des heures avancées
un obscur trouble qui s’obstine longtemps après
Amandine Marembert
recouverts par le bruissement des feuillages sur la tonnelle
quoi faire des peaux rapprochées par les tissus
décalquant un moment leurs nervures
comment emmagasiner la chaleur confondue des corps
la rendre à une parole
que lire dans les lignes noires des yeux qui s’ancrent trop
souligner le regard de la bordure des cils n’arrange rien au
mystère qui suit les volutes de fumée
le vert du jardin dans l’odeur du tabac
les bras touchés un peu selon la courbe d’allées herbues
quoi dire de ces contacts silencieux hormis les penser en
prolongements des conversations
rester avec eux dans le noir des heures avancées
un obscur trouble qui s’obstine longtemps après
Amandine Marembert

Yoni Wolf- Nombre de messages: 500
Age: 23
Date d'inscription: 28/03/2011

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
"J’aimerais aimer aimer.
Un instant… Passe-moi donc une cigarette,
De ce paquet sur la table de nuit.
Continue… Tu disais
Que dans le développement de la métaphysique
De Kant à Hegel
Quelque chose s’est perdu.
Je suis absolument d’accord.
Oui, je t’ai bien écouté.
Nondum amabam et amare amabam (Saint Augustin).
Comme c’est curieux ces associations d’idées !
Je suis fatigué de penser à ressentir autre chose.
Merci. Laisse, je vais l’allumer. Continue. Hegel…"
Pessoa
Un instant… Passe-moi donc une cigarette,
De ce paquet sur la table de nuit.
Continue… Tu disais
Que dans le développement de la métaphysique
De Kant à Hegel
Quelque chose s’est perdu.
Je suis absolument d’accord.
Oui, je t’ai bien écouté.
Nondum amabam et amare amabam (Saint Augustin).
Comme c’est curieux ces associations d’idées !
Je suis fatigué de penser à ressentir autre chose.
Merci. Laisse, je vais l’allumer. Continue. Hegel…"
Pessoa

Rêvelin- Nombre de messages: 1442
Age: 20
Localisation: Angers
Date d'inscription: 12/11/2009

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
(Ah oui, Pessoa...Rêvelin, ne fais pas semblant de découvrir!!!)
Jacqueline Saint - Jean ( Prix Max - Pol Fouchet 1999 )
Encore lourd des eaux de nuit
le voyageur s'éveille les yeux pâles
Novembre s'est voilé la terre se retire
Et la courbe du monde est à recommencer
..
Rien ne s'émeut encore au bord de l'ombre
sinon ce même glissement d'oiseaux
d'une terre à l'autre remaillant l'isthme
.
Il se lève et déjà le silence vacille
dans ce bruit de gravière qui lui hante le corps
..
De si loin si jeune revient la lumière
..
Il marche entre les herbes horloger du désir
son sillage léger régénère le jour
Et les collines suivent
*****
Il marche dans l'odeur des terres retournées
mémoire remuée d'humus et de semences
vieille charrue des songes renversés
.
L'argile et la chair fument
.
Fil de vanneaux dévidé de si loin
dans la fuite des âges
.
et soudain l'oeil fixe d'une grive morte
clouant le voyage de la lumière
.
Là-bas entre les ailes noires des feux
qui montent sur les pentes ce sera le passage
entre cendre et givre
.
Plus loin encore comme en un livre
il deviendra léger dans le secret des neiges
*****
Il marche dans le sommeil de l'avalanche
lourdes paupières de givre où les pentes chavirent
Il marche dans la blancheur ivre
de l'espace qui devient sourd
.
Polyphonie lointaine de l'exil
Pointillé des pistes sans retour
.
Il glisse aux micas du vertige
aveuglé de spirales d'ailes
.
Le corps fraîchit
Le vent l'a dépouillé de ses peaux d'images
il s'avance à voix basse
son ombre s'amenuise
et ses traces d'oiseau s'accordent dans la neige
*****
Il se souvient c'était la troisième saison
ses ambres ses roulis ses sillages
ces trouées d'horizon aspirant les feuillages
.
Les fougères du sang bruissant de traversées
et la chair irriguée de rivières d'images
il est entré dans le récitatif du temps
.
Ils mangeaient la poussière rouge
s'endormaient dans l'oeuf des cosmogonies
.
mais lui comment chercher le chemin de pollen
dans ce récit de brouissures
sans cesse lacéré d'oiseaux
où flotte avec le vent de l'ouest
.
comme une odeur de foin perdu
*****
Rien n'efface le vent disait la fugitive
et sa voix le renvoie sur ses routes de fable
.
Il marchait vers la ville
la même ville engloutie dans l'histoire
derrière le rempart des recommencements
.
Tu tournes en rond dans ce tourment
.
Rien à voir avec ces cavaliers d'orage
qui traversent novembre ivres de feuilles
.
sinon ce grésil obsédant dans le sang
.
Il marche dans la plaine des disparitions
où l'énigme dresse ses pierres
Et parfois pour peupler ce silence de steppe
il plaque son oreille aux poteaux de passage
*****
Il a veillé la Tour prend garde aux cavaliers obscurs
quand le premier s'enfuit des portes de la ville
cheval tendu comme un violon dans les câbles du soir
.
Cavales rousses rallumant les soifs
Oklahomas ouverts jusqu'à la fin des terres
.
Il a tenté le raccourci l'abrupt
haleté comme un chien à l'équerre du vide
.
Derviche du silence
il a saoulé l'absence
il a brûlé les étapes du sens
et parfois corps fumant
il s'est assis dans son vertige
les yeux blancs
*****
Il a voulu savoir
.
L'orage couvait au creux de sa mémoire
.
Il traversait des Sibéries secrètes
où de hautes Cassandre aux yeux de neige
hantaient le seuil des plaines noires
.
Il entendait craquer les charpentes du monde
.
Le sommeil ranimait ce rameur sans visage
accostant furtif aux anses profondes
.
Et face aux ponts infranchissables
où basculent les ombres
..
pelotonné dans son buisson d'histoire
les mains sur les paupières
.
il a refait le noir
*****
Cherchant sa route dans la table des matières
buvant à même l'outre des mémoires
Phaïstos Phaïstos où se perdent les terres
chasse à courre des heures où tournent les veneurs
.
parfois le voyageur rêvait qu'il entendait la mer
.
Au fond de l'ombre alourdi de fatigue
posant sa tête sur le mufle humide de la nuit
glissant dans les pelages du sommeil
il retrouve le cours de la rivière enfantine
le soleil et ses vocalises
les herbes les hespérides
le secret d'un verger les paroles flottantes
pollen perdu qui vous entête bien plus tard
*****
Sur ses lèvres vibrent encore tous les avrils
le tremblement des graminées dans le jour volubile
voyelles des sèves corps balbutiant
il se rebaptise au nom du printemps
.
Sous la peau s'éveille en épis d'eau vive
une enfance aux chevilles vertes aux épaules d'or
truites et cuisses roulent encore
avec les rires de rivières
..
Corps ruisselant
.
Corps délié dans la lumière
sphère éphémère éclats de ciel
il tient le monde entre les cils
.
rond comme une île
*****
Il se souvient d'une île au ras du temps
la mer étale la lenteur d'années-lumière
.
Ni mouette ni remous dans la mémoire
.
Seul le large à la ronde
orbite immense de l'oubli
.
Insulaire sans âge
était-il sable ou sève
dans les moires du monde
était-il au milieu
des fables qui nous fondent
était-il dans l'adieu
.
Jusqu'à ce que
l'ancre qui rouille fasse crisser le bleu
*****
Plus loin c'était l'exode son ressac
les matelas crevés de la mémoire
les nuques basses les yeux déserts
et sur ce charroi d'ombres une chaise à l'envers
les pieds contre le ciel qui dérive à rebours
.
de ces longs ciels dépenaillés
fuyant les hordes revenues
.
Le voyageur s'envase dans les douves
regardant passer le même convoi
.
Il entend encore dans un autre temps
la rouille d'un treuil tourner dans le corps
.
Là-bas dans le soleil de l'estuaire
le fleuve pourtant s'unit à la mer
*****
Des lieux gisaient en lui comme des mares
Locmariaquer Bucarest ou Bavière
leurs noms luisent dans le silence
.
Il faut une barque aux étés perdus
déteinte échouée au fond de la plage
la grisaille douce des fins d'image
où le désir lève sa ligne d'écume
.
Il faut une ville au fond du voyage
pour l'ineffaçable au fond de l'hiver
.
Des lieux refusés frémissaient encore
quand la vie bifurque au bord de la voix
Bavière de rêve Lothlorien d'hier
et le mot jamais tremble de lumière
*****
Assis le soir
aux terrasses dévastées de l'histoire
dans le cercle affolé des hirondelles
saccades d'ailes dans le corps
.
les pieds dans les décombres
dénombrant ce qui tremble
portes qui battent tôles gouttières
feuilles roulées de ruelle en ruelle
.
vers ce cheval aveugle au milieu de la place
.
Assis le soir à l'ombre de la Tour
il nomme à voix basse ce qui reste de jour
priant pleurant peut-être
dans le rayonnement des pierres
*****
Il marche au milieu du lignage secret
.
L'écolier court à l'avant
les doigts violents dans les cavales du vent
.
Il marche comme on se multiplie
amarré à son peuple d'ombres
à ses fables de survie
.
Par vagues revient comme un chant errant
.
Mais la plaine s'amplifie
On voit clignoter le cavalier des leurres
et les moissons cachent leurs morts
.
Reste dans la fragilité des marges
fugace comme un signe
la petite chercheuse de coquillages
*****
Il marche dans le flash obsédant des figures
.
Au centre ce visage piétiné par mille pèlerins
dans un sommeil de fifres de poussière
.
Là-bas la passante au dernier pont des fuites
ses gestes minuscules de papier qui brûle
.
La fille aux yeux fous dans le tunnel des foules
.
Plus loin sur le théâtre rouge des captures
la silhouette indélébile des chasseurs
.
Au bord de l'ombre qui roule à pleins bords
il reconnaît à peine le profil
du passeur aux reins plus lourds
.
Mais toujours au porche du silence
la mendiante est assise au milieu de l'image
*****
Il s'adosse à la montagne d'ombre
et regarde en arrière
l'émouvante vapeur des plaines
.
Et les saisons s'annulent
.
La même buse glisse au sablier du bleu
.
Falaises à l'affût
sur la chevelure du vide
.
Entre les coulées de lumière
la mort avance ses moraines
.
Il marche pour reprendre terre
Antée qui se voûte aux pentes du soir
soleil dans le dos son ombre le tire
.
et le bruit de l'eau lui redit la route
*****
Décembre dans les yeux
entre les cils de givre où s'arrondit
l'ellébore immense de l'aube
.
toutes graines blotties
dans le sommeil des seigles
en ce versant du temps que l'aigle couve
.
semelles dans l'écho
et les mots sous la neige
.
profil durci
sur les glaces des lacs
réverbérant leur sommeil vert
.
plus dense dans l'ubac
.
il sauvera l'hiver
.
Automne 93 et automne 95
..
.Extraits de VOYAGE EN MONODIE,
publié par les Editions Froissart
Centre Froissart : 159, rue du Quesnoy 59300 Valenciennes
( Cahiers Froissart n° 207 )
.
Je remercie Sylvie Schellenberger d'avoir autorisé la reproduction de ces textes.
.
.
Notice bio-bibliographique de Jacqueline SAINT-JEAN
.
Née dans les Côtes d'Armor, mariée, une fille, vit à Tarbes depuis 1968.
Professeur de Lettres à l'I.U.F.M. de Toulouse jusqu'en 1995.
.
Collabore à des ouvrages collectifs : Le pouvoir de la poésie, M. Cosem
( Ed. Casterman ) 1978, et Poésie pour tous, G. Jean ( I.N.R.P. Nathan ) 1982.
Membre du comité de rédaction des revues Encres vives ( Toulouse )
et Rivaginaires ( Bagnères de Bigorre ).
Participe à de nombreuses manifestations et actions pour la poésie.
.
Publications :
Entrées, Ed. Remiremots, 1975. Déclinez vos noms et prénoms, Encres vives, 1976.
Images abîmées, Glyphes, 1979. Les pétrifiés, Glyphes, 1980. Les noms perdus, Encres
vives, 1980. Ce que taisent les métamorphoses, Encres vives, 1983. Les mordorées, En-
cres vives, 1992. Isthmes, Ed. Cadratins, 1994. Entre lune et loup, Prix poésie-jeunesse,
Hachette, 1994.
.
Autres textes et articles dans les revues :
Encres vives, Multiples, Traces, Glyphes, Rivaginaires ( Dit de l'oubli, Signes d'incen-
die, Incognita ); dans les anthologies : Au pays des mille mots ( Milan ) ,
L'alphabet du monde ( n°15 Rivaginaires ).
.
.
.
.
Jacqueline Saint - Jean ( Prix Max - Pol Fouchet 1999 )
Encore lourd des eaux de nuit
le voyageur s'éveille les yeux pâles
Novembre s'est voilé la terre se retire
Et la courbe du monde est à recommencer
..
Rien ne s'émeut encore au bord de l'ombre
sinon ce même glissement d'oiseaux
d'une terre à l'autre remaillant l'isthme
.
Il se lève et déjà le silence vacille
dans ce bruit de gravière qui lui hante le corps
..
De si loin si jeune revient la lumière
..
Il marche entre les herbes horloger du désir
son sillage léger régénère le jour
Et les collines suivent
*****
Il marche dans l'odeur des terres retournées
mémoire remuée d'humus et de semences
vieille charrue des songes renversés
.
L'argile et la chair fument
.
Fil de vanneaux dévidé de si loin
dans la fuite des âges
.
et soudain l'oeil fixe d'une grive morte
clouant le voyage de la lumière
.
Là-bas entre les ailes noires des feux
qui montent sur les pentes ce sera le passage
entre cendre et givre
.
Plus loin encore comme en un livre
il deviendra léger dans le secret des neiges
*****
Il marche dans le sommeil de l'avalanche
lourdes paupières de givre où les pentes chavirent
Il marche dans la blancheur ivre
de l'espace qui devient sourd
.
Polyphonie lointaine de l'exil
Pointillé des pistes sans retour
.
Il glisse aux micas du vertige
aveuglé de spirales d'ailes
.
Le corps fraîchit
Le vent l'a dépouillé de ses peaux d'images
il s'avance à voix basse
son ombre s'amenuise
et ses traces d'oiseau s'accordent dans la neige
*****
Il se souvient c'était la troisième saison
ses ambres ses roulis ses sillages
ces trouées d'horizon aspirant les feuillages
.
Les fougères du sang bruissant de traversées
et la chair irriguée de rivières d'images
il est entré dans le récitatif du temps
.
Ils mangeaient la poussière rouge
s'endormaient dans l'oeuf des cosmogonies
.
mais lui comment chercher le chemin de pollen
dans ce récit de brouissures
sans cesse lacéré d'oiseaux
où flotte avec le vent de l'ouest
.
comme une odeur de foin perdu
*****
Rien n'efface le vent disait la fugitive
et sa voix le renvoie sur ses routes de fable
.
Il marchait vers la ville
la même ville engloutie dans l'histoire
derrière le rempart des recommencements
.
Tu tournes en rond dans ce tourment
.
Rien à voir avec ces cavaliers d'orage
qui traversent novembre ivres de feuilles
.
sinon ce grésil obsédant dans le sang
.
Il marche dans la plaine des disparitions
où l'énigme dresse ses pierres
Et parfois pour peupler ce silence de steppe
il plaque son oreille aux poteaux de passage
*****
Il a veillé la Tour prend garde aux cavaliers obscurs
quand le premier s'enfuit des portes de la ville
cheval tendu comme un violon dans les câbles du soir
.
Cavales rousses rallumant les soifs
Oklahomas ouverts jusqu'à la fin des terres
.
Il a tenté le raccourci l'abrupt
haleté comme un chien à l'équerre du vide
.
Derviche du silence
il a saoulé l'absence
il a brûlé les étapes du sens
et parfois corps fumant
il s'est assis dans son vertige
les yeux blancs
*****
Il a voulu savoir
.
L'orage couvait au creux de sa mémoire
.
Il traversait des Sibéries secrètes
où de hautes Cassandre aux yeux de neige
hantaient le seuil des plaines noires
.
Il entendait craquer les charpentes du monde
.
Le sommeil ranimait ce rameur sans visage
accostant furtif aux anses profondes
.
Et face aux ponts infranchissables
où basculent les ombres
..
pelotonné dans son buisson d'histoire
les mains sur les paupières
.
il a refait le noir
*****
Cherchant sa route dans la table des matières
buvant à même l'outre des mémoires
Phaïstos Phaïstos où se perdent les terres
chasse à courre des heures où tournent les veneurs
.
parfois le voyageur rêvait qu'il entendait la mer
.
Au fond de l'ombre alourdi de fatigue
posant sa tête sur le mufle humide de la nuit
glissant dans les pelages du sommeil
il retrouve le cours de la rivière enfantine
le soleil et ses vocalises
les herbes les hespérides
le secret d'un verger les paroles flottantes
pollen perdu qui vous entête bien plus tard
*****
Sur ses lèvres vibrent encore tous les avrils
le tremblement des graminées dans le jour volubile
voyelles des sèves corps balbutiant
il se rebaptise au nom du printemps
.
Sous la peau s'éveille en épis d'eau vive
une enfance aux chevilles vertes aux épaules d'or
truites et cuisses roulent encore
avec les rires de rivières
..
Corps ruisselant
.
Corps délié dans la lumière
sphère éphémère éclats de ciel
il tient le monde entre les cils
.
rond comme une île
*****
Il se souvient d'une île au ras du temps
la mer étale la lenteur d'années-lumière
.
Ni mouette ni remous dans la mémoire
.
Seul le large à la ronde
orbite immense de l'oubli
.
Insulaire sans âge
était-il sable ou sève
dans les moires du monde
était-il au milieu
des fables qui nous fondent
était-il dans l'adieu
.
Jusqu'à ce que
l'ancre qui rouille fasse crisser le bleu
*****
Plus loin c'était l'exode son ressac
les matelas crevés de la mémoire
les nuques basses les yeux déserts
et sur ce charroi d'ombres une chaise à l'envers
les pieds contre le ciel qui dérive à rebours
.
de ces longs ciels dépenaillés
fuyant les hordes revenues
.
Le voyageur s'envase dans les douves
regardant passer le même convoi
.
Il entend encore dans un autre temps
la rouille d'un treuil tourner dans le corps
.
Là-bas dans le soleil de l'estuaire
le fleuve pourtant s'unit à la mer
*****
Des lieux gisaient en lui comme des mares
Locmariaquer Bucarest ou Bavière
leurs noms luisent dans le silence
.
Il faut une barque aux étés perdus
déteinte échouée au fond de la plage
la grisaille douce des fins d'image
où le désir lève sa ligne d'écume
.
Il faut une ville au fond du voyage
pour l'ineffaçable au fond de l'hiver
.
Des lieux refusés frémissaient encore
quand la vie bifurque au bord de la voix
Bavière de rêve Lothlorien d'hier
et le mot jamais tremble de lumière
*****
Assis le soir
aux terrasses dévastées de l'histoire
dans le cercle affolé des hirondelles
saccades d'ailes dans le corps
.
les pieds dans les décombres
dénombrant ce qui tremble
portes qui battent tôles gouttières
feuilles roulées de ruelle en ruelle
.
vers ce cheval aveugle au milieu de la place
.
Assis le soir à l'ombre de la Tour
il nomme à voix basse ce qui reste de jour
priant pleurant peut-être
dans le rayonnement des pierres
*****
Il marche au milieu du lignage secret
.
L'écolier court à l'avant
les doigts violents dans les cavales du vent
.
Il marche comme on se multiplie
amarré à son peuple d'ombres
à ses fables de survie
.
Par vagues revient comme un chant errant
.
Mais la plaine s'amplifie
On voit clignoter le cavalier des leurres
et les moissons cachent leurs morts
.
Reste dans la fragilité des marges
fugace comme un signe
la petite chercheuse de coquillages
*****
Il marche dans le flash obsédant des figures
.
Au centre ce visage piétiné par mille pèlerins
dans un sommeil de fifres de poussière
.
Là-bas la passante au dernier pont des fuites
ses gestes minuscules de papier qui brûle
.
La fille aux yeux fous dans le tunnel des foules
.
Plus loin sur le théâtre rouge des captures
la silhouette indélébile des chasseurs
.
Au bord de l'ombre qui roule à pleins bords
il reconnaît à peine le profil
du passeur aux reins plus lourds
.
Mais toujours au porche du silence
la mendiante est assise au milieu de l'image
*****
Il s'adosse à la montagne d'ombre
et regarde en arrière
l'émouvante vapeur des plaines
.
Et les saisons s'annulent
.
La même buse glisse au sablier du bleu
.
Falaises à l'affût
sur la chevelure du vide
.
Entre les coulées de lumière
la mort avance ses moraines
.
Il marche pour reprendre terre
Antée qui se voûte aux pentes du soir
soleil dans le dos son ombre le tire
.
et le bruit de l'eau lui redit la route
*****
Décembre dans les yeux
entre les cils de givre où s'arrondit
l'ellébore immense de l'aube
.
toutes graines blotties
dans le sommeil des seigles
en ce versant du temps que l'aigle couve
.
semelles dans l'écho
et les mots sous la neige
.
profil durci
sur les glaces des lacs
réverbérant leur sommeil vert
.
plus dense dans l'ubac
.
il sauvera l'hiver
.
Automne 93 et automne 95
..
.Extraits de VOYAGE EN MONODIE,
publié par les Editions Froissart
Centre Froissart : 159, rue du Quesnoy 59300 Valenciennes
( Cahiers Froissart n° 207 )
.
Je remercie Sylvie Schellenberger d'avoir autorisé la reproduction de ces textes.
.
.
Notice bio-bibliographique de Jacqueline SAINT-JEAN
.
Née dans les Côtes d'Armor, mariée, une fille, vit à Tarbes depuis 1968.
Professeur de Lettres à l'I.U.F.M. de Toulouse jusqu'en 1995.
.
Collabore à des ouvrages collectifs : Le pouvoir de la poésie, M. Cosem
( Ed. Casterman ) 1978, et Poésie pour tous, G. Jean ( I.N.R.P. Nathan ) 1982.
Membre du comité de rédaction des revues Encres vives ( Toulouse )
et Rivaginaires ( Bagnères de Bigorre ).
Participe à de nombreuses manifestations et actions pour la poésie.
.
Publications :
Entrées, Ed. Remiremots, 1975. Déclinez vos noms et prénoms, Encres vives, 1976.
Images abîmées, Glyphes, 1979. Les pétrifiés, Glyphes, 1980. Les noms perdus, Encres
vives, 1980. Ce que taisent les métamorphoses, Encres vives, 1983. Les mordorées, En-
cres vives, 1992. Isthmes, Ed. Cadratins, 1994. Entre lune et loup, Prix poésie-jeunesse,
Hachette, 1994.
.
Autres textes et articles dans les revues :
Encres vives, Multiples, Traces, Glyphes, Rivaginaires ( Dit de l'oubli, Signes d'incen-
die, Incognita ); dans les anthologies : Au pays des mille mots ( Milan ) ,
L'alphabet du monde ( n°15 Rivaginaires ).
.
.
.
.

Polixène- Nombre de messages: 1147
Age: 49
Localisation: dans un pli du temps
Date d'inscription: 23/02/2010

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Enfin pris le temps de lire ce long extrait ... J'ai commandé aussitôt "Chemins de bords" de Jacqueline Saint-Jean.
Merci Polixène !
Merci Polixène !

Arielle- Nombre de messages: 4555
Age: 66
Localisation: Brocéliande
Date d'inscription: 02/01/2008

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
[quote="Polixène"](Ah oui, Pessoa...Rêvelin, ne fais pas semblant de découvrir!!!)
J'ai découvert il y a juste quelques mois en fait ... ^^
J'ai découvert il y a juste quelques mois en fait ... ^^

Rêvelin- Nombre de messages: 1442
Age: 20
Localisation: Angers
Date d'inscription: 12/11/2009

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Bon, tout le monde le connaît j'imagine mais ça peut pas faire de mal ...
Contre les alvéoles
contre la colle
contre la colle les uns les autres
contre le doux les uns les autres
Cactus !
Flammes de la noirceur
impétueuses
mères des dagues
racines des batailles s’élançant dans la plaine
Course qui roule
rampement qui bout
unité qui fourmille
bloc qui danse
Un défenestré s’envole
un arraché de bas en haut
un arraché de partout
un arraché jamais plus rattaché
Homme arcbouté
homme au bond
homme dévalant
homme pour l’opération éclair
pour l’opération tempête
pour l’opération sagaie
pour l’opération harpon
pour l’opération requin
pour l’opération éclatement
Homme non selon la chair
mais par le vide et le mal et les torches intestines
et les bouffées et les décharges nerveuses
et les revers
et les retours
et la rage
et l’écartèlement
et l’emmêlement
et le décollage dans les étincelles
Homme non par l’abdomen et les plaques fessières ou les vertèbres
mais par ses courants, sa faiblesse qui se redresse aux chocs, ses
démarrages
homme selon la lune et la poudre brûlante et la kermesse en soi du
mouvement des autres
et la bourrasque et le vent qui se lève et le chaos jamais ordonné
Homme tous pavillons dehors, claquant au vent bruissant de ses pulsions
homme qui rosse le perroquet
qui n’a pas d’articulations
qui ne fait pas d’élevage
homme-bouc
homme à crêtes
à piquants
à raccourcis
homme à huppe, galvanisant ses haillons
homme aux appuis secrets, fusant loin de son avilissante vie
Désir qui aboie dans le noir est la forme multiforme de cet être
Élans en ciseaux
en fourches
élans rayonnés
élans sur toute la Rose des vents
Aux bruits
au rugissement, si l’on donnait un corps !…
Aux sons du balafon et à la foreuse perçante
aux trépignements adolescents qui ne savent encore
ce que veut leur poitrine qui est comme si elle allait éclater
aux saccades, aux grondements, aux déferlements
aux marées de sang dans les artères tout à coup changeant de sens
à la soif
à la soif surtout
à la soif jamais étanchée
si l’on donnait un corps !…
Ame du lasso
de l’algue
du cric, du grappin et de la vague qui gonfle
de l’épervier, du gnou, de l’éléphant marin
âme triple
âme excentrée
âme énergumène
âme de larve électrisée venant mordre à la surface
âme des coups et des grincements de dents
âme en porte à faux toujours vers un nouveau redressement
Abstraction de toute lourdeur
de toute langueur
de toute géométrie
de toute architecture
abstraction faite : VITESSE !
Mouvements d’écartèlement et d’exaspération intérieure plus que
mouvements de la marche
mouvements d’explosion, de refus, d’étirement en tous sens
d’attractions malsaines, d’envies impossibles
d’assouvissement de la chair frappée à la nuque
mouvements sans tête
A quoi bon la tête quand on est débordé?
Mouvements des replis et des enroulements sur soi-même en
attendant mieux
mouvements des boucliers intérieurs
mouvements à jets multiples
mouvements résiduels
mouvements à la place d’autres mouvements qu’on ne peut montrer
mais qui habitent l’esprit
de poussières
d’étoiles
d’érosion
d’éboulements
et de vaines latences…
Fête de taches, gamme des bras
mouvements
on saute dans le « rien »
efforts tournants
étant seul, on est foule
Quel nombre incalculable s’avance
ajoute, s’étend, s’étend !
Adieu fatigue
adieu bipède économe à la station de culée de pont
le fourreau arraché, on est autrui
n’importe quel autrui
on ne paie plus tribut
une corolle s’ouvre, plongée sans fond…
La foulée désormais a la longueur de l’espoir
le saut a la longueur de la pensée
on a huit pattes s’il faut courir
on a dix bras s’il faut faire front
on est tout enraciné, quand il s’agit de tenir
jamais battu
toujours revenant
nouveau revenant
tandis qu’apaisé le maître du clavier feint le sommeil !
Taches
taches pour obnubiler
pour rejeter
pour désabriter
pour instabiliser
pour renaître
pour raturer
pour clouer le bec à la mémoire
pour repartir
Bâton fou
boomerang qui sans cesse revient
revient torrentiellement
à travers d’autres
reprendre son vol…
Gestes
Gestes de la vie ignorée
de la vie impulsive
et heureuse à se dilapider
de la vie saccadée, spasmodique, érectile
de la vie à la diable, de la vie n’importe comment
de la vie
Gestes du défi et de la riposte
et de l’évasion hors des goulots d’étranglement
Gestes de dépassement
du dépassement
surtout du dépassement
Gestes qu’on sent, mais qu’on ne peut identifier
(pré-gestes en soi, beaucoup plus grands que le geste visible
et pratique qui va suivre)
Emmêlements
attaques qui ressemblent à des plongeons
nages qui ressemblent à des fouilles
bras qui ressemblent à des trompes
Allégresse de la vie motrice
qui sape la méditation du mal
on ne sait à quel règne appartient
l’ensorcelante fournée qui sort en bondissant
animal ou homme
immédiat, sans pause
déjà reparti
déjà vient le suivant
instantané
comme en des milliers et des milliers de vertigineuses secondes
une lente journée s’accomplit
La solitude fait des gammes
le désert, les arabesques
la multiplication
indéfiniment réitéré
Signes
non de toit, de tunique ou de palais
non d’archives et de dictionnaire du savoir
mais de torsion, de violence, de bousculement
mais d’envie cinétique
Signes de la débandade, de la poursuite et de l’emportement
des poussées antagonistes, aberrantes, dissymétriques
signes non critiques, mais déviation avec la déviation et course
avec la course
signes non pour une zoologie
mais pour la figure des démons effrénés
accompagnateurs de nos actes et contradicteurs de notre réserve
Signes des dix mille façons d’être en équilibre dans ce monde
mouvant qui se rit de l’adaptation
signes surtout pour retirer son être du piège de la langue des autres
faite pour gagner contre vous, comme une roulette bien réglée
qui ne vous laisse que quelques coups heureux
et la ruine et la défaite pour finir
qui y étaient inscrites à l’avance
pour vous, pour tous
Signes non pour retour en arrière
mais pour mieux « passer la ligne » à chaque instant
signes non comme on repense
mais comme on pilote
ou, ainsi qu’il arrive dans un grand encombrement
quand automate inconscient, on se sent comme piloté
Signes, non pour être complet
mais pour être fidèle à son transitoire
non pour conjuguer
mais pour retrouver le don des langues
la sienne au moins, qui, sinon soi, qui la parlera ?
Écriture directe enfin pour le dévidement
pour le soulagement des formes,
pour le désencombrement des images
dont la place publique-cerveau est en ces temps particulièrement engorgée
Faute d’aura, au moins éparpiller ses effluves.
***
Michaux, in Mouvements
Contre les alvéoles
contre la colle
contre la colle les uns les autres
contre le doux les uns les autres
Cactus !
Flammes de la noirceur
impétueuses
mères des dagues
racines des batailles s’élançant dans la plaine
Course qui roule
rampement qui bout
unité qui fourmille
bloc qui danse
Un défenestré s’envole
un arraché de bas en haut
un arraché de partout
un arraché jamais plus rattaché
Homme arcbouté
homme au bond
homme dévalant
homme pour l’opération éclair
pour l’opération tempête
pour l’opération sagaie
pour l’opération harpon
pour l’opération requin
pour l’opération éclatement
Homme non selon la chair
mais par le vide et le mal et les torches intestines
et les bouffées et les décharges nerveuses
et les revers
et les retours
et la rage
et l’écartèlement
et l’emmêlement
et le décollage dans les étincelles
Homme non par l’abdomen et les plaques fessières ou les vertèbres
mais par ses courants, sa faiblesse qui se redresse aux chocs, ses
démarrages
homme selon la lune et la poudre brûlante et la kermesse en soi du
mouvement des autres
et la bourrasque et le vent qui se lève et le chaos jamais ordonné
Homme tous pavillons dehors, claquant au vent bruissant de ses pulsions
homme qui rosse le perroquet
qui n’a pas d’articulations
qui ne fait pas d’élevage
homme-bouc
homme à crêtes
à piquants
à raccourcis
homme à huppe, galvanisant ses haillons
homme aux appuis secrets, fusant loin de son avilissante vie
Désir qui aboie dans le noir est la forme multiforme de cet être
Élans en ciseaux
en fourches
élans rayonnés
élans sur toute la Rose des vents
Aux bruits
au rugissement, si l’on donnait un corps !…
Aux sons du balafon et à la foreuse perçante
aux trépignements adolescents qui ne savent encore
ce que veut leur poitrine qui est comme si elle allait éclater
aux saccades, aux grondements, aux déferlements
aux marées de sang dans les artères tout à coup changeant de sens
à la soif
à la soif surtout
à la soif jamais étanchée
si l’on donnait un corps !…
Ame du lasso
de l’algue
du cric, du grappin et de la vague qui gonfle
de l’épervier, du gnou, de l’éléphant marin
âme triple
âme excentrée
âme énergumène
âme de larve électrisée venant mordre à la surface
âme des coups et des grincements de dents
âme en porte à faux toujours vers un nouveau redressement
Abstraction de toute lourdeur
de toute langueur
de toute géométrie
de toute architecture
abstraction faite : VITESSE !
Mouvements d’écartèlement et d’exaspération intérieure plus que
mouvements de la marche
mouvements d’explosion, de refus, d’étirement en tous sens
d’attractions malsaines, d’envies impossibles
d’assouvissement de la chair frappée à la nuque
mouvements sans tête
A quoi bon la tête quand on est débordé?
Mouvements des replis et des enroulements sur soi-même en
attendant mieux
mouvements des boucliers intérieurs
mouvements à jets multiples
mouvements résiduels
mouvements à la place d’autres mouvements qu’on ne peut montrer
mais qui habitent l’esprit
de poussières
d’étoiles
d’érosion
d’éboulements
et de vaines latences…
Fête de taches, gamme des bras
mouvements
on saute dans le « rien »
efforts tournants
étant seul, on est foule
Quel nombre incalculable s’avance
ajoute, s’étend, s’étend !
Adieu fatigue
adieu bipède économe à la station de culée de pont
le fourreau arraché, on est autrui
n’importe quel autrui
on ne paie plus tribut
une corolle s’ouvre, plongée sans fond…
La foulée désormais a la longueur de l’espoir
le saut a la longueur de la pensée
on a huit pattes s’il faut courir
on a dix bras s’il faut faire front
on est tout enraciné, quand il s’agit de tenir
jamais battu
toujours revenant
nouveau revenant
tandis qu’apaisé le maître du clavier feint le sommeil !
Taches
taches pour obnubiler
pour rejeter
pour désabriter
pour instabiliser
pour renaître
pour raturer
pour clouer le bec à la mémoire
pour repartir
Bâton fou
boomerang qui sans cesse revient
revient torrentiellement
à travers d’autres
reprendre son vol…
Gestes
Gestes de la vie ignorée
de la vie impulsive
et heureuse à se dilapider
de la vie saccadée, spasmodique, érectile
de la vie à la diable, de la vie n’importe comment
de la vie
Gestes du défi et de la riposte
et de l’évasion hors des goulots d’étranglement
Gestes de dépassement
du dépassement
surtout du dépassement
Gestes qu’on sent, mais qu’on ne peut identifier
(pré-gestes en soi, beaucoup plus grands que le geste visible
et pratique qui va suivre)
Emmêlements
attaques qui ressemblent à des plongeons
nages qui ressemblent à des fouilles
bras qui ressemblent à des trompes
Allégresse de la vie motrice
qui sape la méditation du mal
on ne sait à quel règne appartient
l’ensorcelante fournée qui sort en bondissant
animal ou homme
immédiat, sans pause
déjà reparti
déjà vient le suivant
instantané
comme en des milliers et des milliers de vertigineuses secondes
une lente journée s’accomplit
La solitude fait des gammes
le désert, les arabesques
la multiplication
indéfiniment réitéré
Signes
non de toit, de tunique ou de palais
non d’archives et de dictionnaire du savoir
mais de torsion, de violence, de bousculement
mais d’envie cinétique
Signes de la débandade, de la poursuite et de l’emportement
des poussées antagonistes, aberrantes, dissymétriques
signes non critiques, mais déviation avec la déviation et course
avec la course
signes non pour une zoologie
mais pour la figure des démons effrénés
accompagnateurs de nos actes et contradicteurs de notre réserve
Signes des dix mille façons d’être en équilibre dans ce monde
mouvant qui se rit de l’adaptation
signes surtout pour retirer son être du piège de la langue des autres
faite pour gagner contre vous, comme une roulette bien réglée
qui ne vous laisse que quelques coups heureux
et la ruine et la défaite pour finir
qui y étaient inscrites à l’avance
pour vous, pour tous
Signes non pour retour en arrière
mais pour mieux « passer la ligne » à chaque instant
signes non comme on repense
mais comme on pilote
ou, ainsi qu’il arrive dans un grand encombrement
quand automate inconscient, on se sent comme piloté
Signes, non pour être complet
mais pour être fidèle à son transitoire
non pour conjuguer
mais pour retrouver le don des langues
la sienne au moins, qui, sinon soi, qui la parlera ?
Écriture directe enfin pour le dévidement
pour le soulagement des formes,
pour le désencombrement des images
dont la place publique-cerveau est en ces temps particulièrement engorgée
Faute d’aura, au moins éparpiller ses effluves.
***
Michaux, in Mouvements

Rêvelin- Nombre de messages: 1442
Age: 20
Localisation: Angers
Date d'inscription: 12/11/2009

Re: Poésie d’aujourd’hui : Partageons nos découvertes
Jean Lê a écrit:Youpi ! je viens de gagner le concours poésie des éditions omnibus. Sur face de bouc, il faisait de la pub pour un concours poésie sur le thème de l'école et j'avais envoyé "L'école buissonnière". Sur 340 poèmes je remporte le premier prix, je suis encore sur le Q

mentor- Nombre de messages: 19026
Age: 33
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – — -
Date d'inscription: 12/12/2005

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