Exo live, le 14-11-2010
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Re: Exo live, le 14-11-2010
Un truc pas aussi héroïque que prévu... fini d'écrire y a quelques jours, mais pas posté plus tôt faute de connexion internet stable..
Une douche
Se remet au sport, footing tous les matins à six heures
Fleuriste
la réalisation de soi
Télékinésie
Pédophilie
Chekib ferme les yeux, l'eau n'est pas encore chaude. Qu'importe. Chaque muscle, chaque parcelle de chair le brûle, l'eau sur le feu devient vapeur, la douche de Chekib se transforme en hammam.
La remise au footing, tous les matins six heures tapantes sur les quais de la Garonne, ça vous fait prendre conscience de l'enveloppe qui vous héberge le temps d'une vie, et fait de la douche du matin une source particulièrement intense de félicité.
Le gel douche de Chekib lui atterrit dans les mains. Il hésite à s'en saisir, ne peut retenir la pensée flash.
Trop tard.
Qu'il se maudit de n'avoir pu retenir son œil ce jour-là ! Et pourtant, il n'avait pas fait exprès, d'ailleurs qui aurait pu faire exprès ? Ou plutôt, comment ce « qui » aurait pu savoir ?
Il y avait trois jours qu'il venait d'emménager dans un vieil immeuble de Nansouty, et déjà il fallait changer l'ampoule du plafonnier de la salle de bain.
On a donc un Chekib perché sur une chaise à dévisser le culot. Il y a comme une musique assez douce en fond sonore, style pop raï, volume sonore d'ascenseur. Une musique qui semble venir de derrière la cloison, couverte par une voix féminine. Sa tête touchant le plafond, alors qu'il la tourne machinalement vers la source que lui indique son oreille, Chekib aperçoit le trou dans le mur, juste au dessus de l'armoire à pharmacie où il range habituellement son déo et sa mousse à raser, un trou qu'il n'aurait jamais vu s'il n'était pas précisément en train de changer une ampoule, un trou tout petit, de rien du tout, juste assez grand pour y passer un oeil... Faut-il bénir ou maudire la curiosité ?
Qu'on se le dise, une vie entière peut basculer à un détail près.
Et quel détail...
Ce fut la première fois que Chekib voyait Zlabya.
On se serait cru dans un film de Hitchcock, celui avec une jeune femme sous la douche, innocente agnelle qui ignore que le loup rôde, prêt à la dévorer. Chekib se contente de la dévorer de la rétine. Elle est d'abord de dos : panorama suberbe, cascade de longs filaments d'ébène qui lui coulent le long de la colonne pour s'estomper sur une étroite chute de reins et ce qui s'en suit, jusqu'aux jambes finement ciselées quoique un peu maigres. Elle se retourne. Chekib, qui a le regard en bas, ne peut que remonter. Sentir la sueur perler aux tempes lorsqu'un petit buisson sombre et clairsemé arrive en ligne de mire, la bouche s'assécher quand le ventre lisse et très légèrement arrondi laisse place à deux petits bouts de seins, à peine bombés, comme inachevés... Un doute, soudain. Un cou de gazelle, un menton de biche et, enfin, un visage. Chekib manque de défaillir : ces traits sont encore ceux d'une enfant. La tempe palpite, la transpiration s'accélère, le regard fuit de part et d'autre de ce corps. La faible amplitude de la poitrine, l'étroitesse des hanches, la maigreur des bras et des jambes, la timidité du poil... Elle n'a guère que treize ou quatorze ans !
Chekib est au bord de la nausée, pourtant son cœur bat à tout rompre, comme rendu fou. La fille lève les yeux, il prend peur, tombe à la renverse, manque de se fracturer le crâne.
Le destin est bien farceur, parfois. Le temps d'une chute, demi-seconde en apesanteur, Chekib en oublie Camille, dulcinée depuis bientôt deux mois, tandis que s'imprime peu à peu l'image de la jeune fille nue.
Le lendemain, il apprend que Camille, étudiante en architecture, s'apprête à partir un mois pour Potsdam, croquer le Sans-Souci et le Nouveau Palais, étudier la florissante Berlin, et qu'elle le largue par la même occasion.
Le lendemain, il apprend que sa jeune voisine s'appelle Zlabya, comme sa pâtisserie préférée, et qu'elle a bel et bien quatorze ans, soit cinq de moins que lui ou à peu près.
Et là, Chekib est sous sa douche et, comme tous les jours depuis quatre mois, il ne peut pénétrer dans sa salle de bain sans que l'image de ce corps nu de rose des sables à peine fleurie ne s'empare de tous ses sens. Il se sent comme le type d'American Beauty pour lequel le seul moment palpitant de la journée est celui où il se paluche sous la douche matinale en pensant à sa Vénus au bain de roses. Rose rouge, rose des sables... Sauf que pour Chekib, ce moment n'est pas vraiment heureux, hanté par la pensée de la différence d'âge, du quasi viol psychologique d'une adolescente encore chaste. Chekib n'est pas comme certains de ses entre guillemets cousins qui s'en branleraient totalement, pour lui ce genre de chose compte.
Comme d'habitude, il se rassure en se disant qu'il n'a même pas dix-neuf ans et que, donc, ce n'est pas si grave, pas comme s'il en avait trente ou quarante, voire pire. Il jouit sur cette pensée.
Amer, tout comme la veille, il songe que demain sera pareil, que la même torture mentale le saisira quand il prendra sa douche après avoir couru, lutte sans merci entre sa bonne morale et sa chair en appétit. Il le sait, jamais il ne sera en paix tant que son obsession pour Zlabya n'aura pas été rassasiée, de quelque manière que ce soit. Et le sentiment naissant qui cogne à sa poitrine, qui n'attend que de rugir... car il y a là bien plus qu'un vulgaire stupre, Chekib le sait. Et puis, il n'a jamais vraiment touché à une fille. C'est peut-être pour cela que ça ne collait pas avec Camille, d'ailleurs...
Le rugissement patientera.
C'est face à son miroir, juste avant d'allumer le sèche-cheveux, que Chekib fait le serment de se réserver pour elle, pour Zlabya, jusqu'à ce qu'elle soit prête. Il attendra le temps qu'il faudra, s'abandonnant tout entier à cette idée fugace, la seule qui puisse taire en lui l'immense sentiment de honte qui hante son froc.
* * *
Le réveil de Chekib a oublié de sonner ce matin. Conséquence, pas de footing, pas de douche, quart d'heure de retard essoufflé chez Monsieur Pot-de-fleurs, son employeur. La première pensée pour Zlabya est en retard, elle aussi, attendant que Chekib passe tablier et gants et plonge dans la première commande, bouquet de pensées, justement, assortiment pourpre, violet et jaune. La couleur, l'odeur, le nom de la fleur enfin, la machine esprit se met en route, verrouille la cible habituelle.
Le bouquet expédié, il s'en va dans la remise, dans son petit coin, là où repose sa plante. Plusieurs pots côte à côte avec des embryons végétaux dedans, Chekib veut créer sa propre fleur, une rose beige, couleur désert, qu'il baptisera rose des sables, qu'il appellera Zlabya, qu'il offrira à Zlabya.
Il lève deux doigts, commande à une petite binette de se poser contre sa paume. Il y a maintenant deux ans qu'il s'est découvert un don pour la télékinésie. Bien pratique pour les fleurs, d'ailleurs, pour les cueillir sans les toucher, sans abîmer le pétale, la tige ; diriger l'eau vers les racines, les racines vers les meilleurs éléments du terreau. Mais il le cache, ce don. Son patron, l'ignore, ce qui vaut d'ailleurs à Chekib de régulières félicitations pour sa main très verte, et le surnom de Tistou qui l'amuse beaucoup.
Mais pour sa rose des sables, le don semble n'être d'aucune utilité. En tout cas, Chekib ignore jusqu'à quelles limites le pousser, le travailler pour en faire une vraie main verte, une poudre magique de druide des Carnutes, d'effrit oriental qui crée son jardin par la force de la pensée.
Il aimerait tellement offrir un jardin à Zlabya. Mais la vie de super-héros, c'est aussi savoir rester discret, garder l'anonymat sur ce que l'on sait faire, même si c'est pour une bonne cause...
* * *
Chekib est détendu, aujourd'hui. Cela fait maintenant une semaine qu'il arrive à prendre sa douche sans être parasité par une pensée libidineuse, qu'il parvient à canaliser ses émotions, sa passion pour Zlabya. On est lundi, Monsieur Pot-de-fleurs est fermé. C'est toujours une joie d'être en congé et de voir les voitures passer avec des gens dedans qui travaillent, eux. Une bonne raison pour s'octroyer une petite promenade sur les quais, sans courir cette fois. Chekib est content d'avoir eu cette idée, d'habitude il ne prend jamais le temps d'admirer le travail fait pour restaurer les façades, mettre en valeur la « ville de pierre » comme on dit, fameuse fierté bordelaise que d'être classé à l'Unesco.
Place de la Bourse, il s'arrête au miroir d'eau, regarde son reflet avec la fontaine et l'imposant bâtiment en arrière plan. C'est toujours le chic des amoureux que d'imaginer le reflet de leur belle au côté du leur. Un petit papier voltige un peu plus loin, prospectus, page de journal, emballage de sandwich, peu importe. Chekib l'attire à lui, en fait un petit bateau, le pose là où il voit le reflet de Zlabya, là où le soleil projette le plus de paillettes d'or. Le miroir se trouble, elle disparaît avec le bateau de papier, qui part voguer où bon lui semble.
Le jeune homme hésite à le lancer dans la Garonne, mais le fleuve est sale, et le noierait à coup sûr.
Ce matin, la concierge a dit que la famille de Zlabya doit quitter Nansouty pour Saint-Michel. Il sera patient. Si son destin doit être lié à elle, Éole et Amour sauront amener sa voile à bon port. Chekib cherche des yeux un crayon ou un stylo qui traînerait par terre, ou même dans une poubelle. Il n'a qu'à tendre la main pour qu'un vieux Bic à moitié fendu se glisse entre ses doigts. Il imagine le bateau dans sa tête, crée une image mentale qu'il insère dans son champ de vision, et gribouille dessus une rose des sables. Un coup de vent achève le dessin, on entend un tramway s'approcher des Quinconces : temps de partir. Chekib sera un héros caché, attendant son heure en silence.
Au bateau de vivre sa vie, maintenant.
Une douche
Se remet au sport, footing tous les matins à six heures
Fleuriste
la réalisation de soi
Télékinésie
Pédophilie
Chekib ferme les yeux, l'eau n'est pas encore chaude. Qu'importe. Chaque muscle, chaque parcelle de chair le brûle, l'eau sur le feu devient vapeur, la douche de Chekib se transforme en hammam.
La remise au footing, tous les matins six heures tapantes sur les quais de la Garonne, ça vous fait prendre conscience de l'enveloppe qui vous héberge le temps d'une vie, et fait de la douche du matin une source particulièrement intense de félicité.
Le gel douche de Chekib lui atterrit dans les mains. Il hésite à s'en saisir, ne peut retenir la pensée flash.
Trop tard.
Qu'il se maudit de n'avoir pu retenir son œil ce jour-là ! Et pourtant, il n'avait pas fait exprès, d'ailleurs qui aurait pu faire exprès ? Ou plutôt, comment ce « qui » aurait pu savoir ?
Il y avait trois jours qu'il venait d'emménager dans un vieil immeuble de Nansouty, et déjà il fallait changer l'ampoule du plafonnier de la salle de bain.
On a donc un Chekib perché sur une chaise à dévisser le culot. Il y a comme une musique assez douce en fond sonore, style pop raï, volume sonore d'ascenseur. Une musique qui semble venir de derrière la cloison, couverte par une voix féminine. Sa tête touchant le plafond, alors qu'il la tourne machinalement vers la source que lui indique son oreille, Chekib aperçoit le trou dans le mur, juste au dessus de l'armoire à pharmacie où il range habituellement son déo et sa mousse à raser, un trou qu'il n'aurait jamais vu s'il n'était pas précisément en train de changer une ampoule, un trou tout petit, de rien du tout, juste assez grand pour y passer un oeil... Faut-il bénir ou maudire la curiosité ?
Qu'on se le dise, une vie entière peut basculer à un détail près.
Et quel détail...
Ce fut la première fois que Chekib voyait Zlabya.
On se serait cru dans un film de Hitchcock, celui avec une jeune femme sous la douche, innocente agnelle qui ignore que le loup rôde, prêt à la dévorer. Chekib se contente de la dévorer de la rétine. Elle est d'abord de dos : panorama suberbe, cascade de longs filaments d'ébène qui lui coulent le long de la colonne pour s'estomper sur une étroite chute de reins et ce qui s'en suit, jusqu'aux jambes finement ciselées quoique un peu maigres. Elle se retourne. Chekib, qui a le regard en bas, ne peut que remonter. Sentir la sueur perler aux tempes lorsqu'un petit buisson sombre et clairsemé arrive en ligne de mire, la bouche s'assécher quand le ventre lisse et très légèrement arrondi laisse place à deux petits bouts de seins, à peine bombés, comme inachevés... Un doute, soudain. Un cou de gazelle, un menton de biche et, enfin, un visage. Chekib manque de défaillir : ces traits sont encore ceux d'une enfant. La tempe palpite, la transpiration s'accélère, le regard fuit de part et d'autre de ce corps. La faible amplitude de la poitrine, l'étroitesse des hanches, la maigreur des bras et des jambes, la timidité du poil... Elle n'a guère que treize ou quatorze ans !
Chekib est au bord de la nausée, pourtant son cœur bat à tout rompre, comme rendu fou. La fille lève les yeux, il prend peur, tombe à la renverse, manque de se fracturer le crâne.
Le destin est bien farceur, parfois. Le temps d'une chute, demi-seconde en apesanteur, Chekib en oublie Camille, dulcinée depuis bientôt deux mois, tandis que s'imprime peu à peu l'image de la jeune fille nue.
Le lendemain, il apprend que Camille, étudiante en architecture, s'apprête à partir un mois pour Potsdam, croquer le Sans-Souci et le Nouveau Palais, étudier la florissante Berlin, et qu'elle le largue par la même occasion.
Le lendemain, il apprend que sa jeune voisine s'appelle Zlabya, comme sa pâtisserie préférée, et qu'elle a bel et bien quatorze ans, soit cinq de moins que lui ou à peu près.
Et là, Chekib est sous sa douche et, comme tous les jours depuis quatre mois, il ne peut pénétrer dans sa salle de bain sans que l'image de ce corps nu de rose des sables à peine fleurie ne s'empare de tous ses sens. Il se sent comme le type d'American Beauty pour lequel le seul moment palpitant de la journée est celui où il se paluche sous la douche matinale en pensant à sa Vénus au bain de roses. Rose rouge, rose des sables... Sauf que pour Chekib, ce moment n'est pas vraiment heureux, hanté par la pensée de la différence d'âge, du quasi viol psychologique d'une adolescente encore chaste. Chekib n'est pas comme certains de ses entre guillemets cousins qui s'en branleraient totalement, pour lui ce genre de chose compte.
Comme d'habitude, il se rassure en se disant qu'il n'a même pas dix-neuf ans et que, donc, ce n'est pas si grave, pas comme s'il en avait trente ou quarante, voire pire. Il jouit sur cette pensée.
Amer, tout comme la veille, il songe que demain sera pareil, que la même torture mentale le saisira quand il prendra sa douche après avoir couru, lutte sans merci entre sa bonne morale et sa chair en appétit. Il le sait, jamais il ne sera en paix tant que son obsession pour Zlabya n'aura pas été rassasiée, de quelque manière que ce soit. Et le sentiment naissant qui cogne à sa poitrine, qui n'attend que de rugir... car il y a là bien plus qu'un vulgaire stupre, Chekib le sait. Et puis, il n'a jamais vraiment touché à une fille. C'est peut-être pour cela que ça ne collait pas avec Camille, d'ailleurs...
Le rugissement patientera.
C'est face à son miroir, juste avant d'allumer le sèche-cheveux, que Chekib fait le serment de se réserver pour elle, pour Zlabya, jusqu'à ce qu'elle soit prête. Il attendra le temps qu'il faudra, s'abandonnant tout entier à cette idée fugace, la seule qui puisse taire en lui l'immense sentiment de honte qui hante son froc.
* * *
Le réveil de Chekib a oublié de sonner ce matin. Conséquence, pas de footing, pas de douche, quart d'heure de retard essoufflé chez Monsieur Pot-de-fleurs, son employeur. La première pensée pour Zlabya est en retard, elle aussi, attendant que Chekib passe tablier et gants et plonge dans la première commande, bouquet de pensées, justement, assortiment pourpre, violet et jaune. La couleur, l'odeur, le nom de la fleur enfin, la machine esprit se met en route, verrouille la cible habituelle.
Le bouquet expédié, il s'en va dans la remise, dans son petit coin, là où repose sa plante. Plusieurs pots côte à côte avec des embryons végétaux dedans, Chekib veut créer sa propre fleur, une rose beige, couleur désert, qu'il baptisera rose des sables, qu'il appellera Zlabya, qu'il offrira à Zlabya.
Il lève deux doigts, commande à une petite binette de se poser contre sa paume. Il y a maintenant deux ans qu'il s'est découvert un don pour la télékinésie. Bien pratique pour les fleurs, d'ailleurs, pour les cueillir sans les toucher, sans abîmer le pétale, la tige ; diriger l'eau vers les racines, les racines vers les meilleurs éléments du terreau. Mais il le cache, ce don. Son patron, l'ignore, ce qui vaut d'ailleurs à Chekib de régulières félicitations pour sa main très verte, et le surnom de Tistou qui l'amuse beaucoup.
Mais pour sa rose des sables, le don semble n'être d'aucune utilité. En tout cas, Chekib ignore jusqu'à quelles limites le pousser, le travailler pour en faire une vraie main verte, une poudre magique de druide des Carnutes, d'effrit oriental qui crée son jardin par la force de la pensée.
Il aimerait tellement offrir un jardin à Zlabya. Mais la vie de super-héros, c'est aussi savoir rester discret, garder l'anonymat sur ce que l'on sait faire, même si c'est pour une bonne cause...
* * *
Chekib est détendu, aujourd'hui. Cela fait maintenant une semaine qu'il arrive à prendre sa douche sans être parasité par une pensée libidineuse, qu'il parvient à canaliser ses émotions, sa passion pour Zlabya. On est lundi, Monsieur Pot-de-fleurs est fermé. C'est toujours une joie d'être en congé et de voir les voitures passer avec des gens dedans qui travaillent, eux. Une bonne raison pour s'octroyer une petite promenade sur les quais, sans courir cette fois. Chekib est content d'avoir eu cette idée, d'habitude il ne prend jamais le temps d'admirer le travail fait pour restaurer les façades, mettre en valeur la « ville de pierre » comme on dit, fameuse fierté bordelaise que d'être classé à l'Unesco.
Place de la Bourse, il s'arrête au miroir d'eau, regarde son reflet avec la fontaine et l'imposant bâtiment en arrière plan. C'est toujours le chic des amoureux que d'imaginer le reflet de leur belle au côté du leur. Un petit papier voltige un peu plus loin, prospectus, page de journal, emballage de sandwich, peu importe. Chekib l'attire à lui, en fait un petit bateau, le pose là où il voit le reflet de Zlabya, là où le soleil projette le plus de paillettes d'or. Le miroir se trouble, elle disparaît avec le bateau de papier, qui part voguer où bon lui semble.
Le jeune homme hésite à le lancer dans la Garonne, mais le fleuve est sale, et le noierait à coup sûr.
Ce matin, la concierge a dit que la famille de Zlabya doit quitter Nansouty pour Saint-Michel. Il sera patient. Si son destin doit être lié à elle, Éole et Amour sauront amener sa voile à bon port. Chekib cherche des yeux un crayon ou un stylo qui traînerait par terre, ou même dans une poubelle. Il n'a qu'à tendre la main pour qu'un vieux Bic à moitié fendu se glisse entre ses doigts. Il imagine le bateau dans sa tête, crée une image mentale qu'il insère dans son champ de vision, et gribouille dessus une rose des sables. Un coup de vent achève le dessin, on entend un tramway s'approcher des Quinconces : temps de partir. Chekib sera un héros caché, attendant son heure en silence.
Au bateau de vivre sa vie, maintenant.

Chako Noir- Nombre de messages: 4218
Age: 21
Localisation: sur la lune
Date d'inscription: 08/04/2008

Re: Exo live, le 14-11-2010
Chako : La télékinésie au service de la poésie, qu‘elle soit fleurie ou bateau-dessin, très joli. Et sympa cette idée de retrouver tes deux personnages d’un autre exo. Un texte tendre et pudique.

elea- Nombre de messages: 3191
Age: 39
Localisation: Au bout de mes doigts
Date d'inscription: 10/04/2010
Re: Exo live, le 14-11-2010
Chako Noir, une superbe histoire ! Chapeau bas.

Procuste- Nombre de messages: 521
Age: 50
Localisation: œ Œ ç Ç à À é É è È æ Æ ù Ù â  ê Ê î Î ô Ô û Û ä Ä ë Ë ï Ï ö Ö ü Ü – —
Date d'inscription: 16/10/2010
Re: Exo live, le 14-11-2010
"Drôle d'endroit pour une rencontre" ... certes mais quelle jolie histoire ! Touchante et bien écrite !

Rebecca- Nombre de messages: 8057
Age: 53
Date d'inscription: 30/08/2009
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